‹ Rectification du vocabulaire [microforme]Chapitre 10 sur 39 · OK · texte numérisé non relu

OK

Il y avait quelques jours que M. et Mme Laurent étaient installés dans leur appartement, lorsqu'ils reçurent, d’une de leurs nouvelles connaissances à Paris, une invitation à diner.

Au moment où, vers onze heures du matin, ils allaient sortir pour se rendre à cette invitation, Mme Laurent s'aperçut qu’elle avait laissé son mouchoir brodé dans sa chambre.

— Justine, dit-elle à la bonne, allez donc chercher mon mouchoir, que j'ai

laissé sur le bureau, dans ma chambre.

Entre les deux fenêtres, il y avait, en effet, un joli bureau en bois desiles, sorte de petit meuble coquet sur lequel Mme Laurent faisait sa correspondance, ri8. 1.— Bureau de dame, style La bonne regarda là-dessus, dérangea tous les bibelots, scruta les petits casiers et ne trouva pas le mouchoir.

Madame piétinait d’impatience.

Justine revint en disant:

—J'ai cherché partout sur le meuble, Madame, et je ne l'ai pas trouvé.

—Mais il crève les yeux!... en plein sur le bureau... je le vois d'ici.

Elle se rendit dans sa chambre, suivie de Justine et de son mari. Elle alla tout droit à son meuble de toilette :

—Tenez, le voici. Il est pourtant visible.

—Mais Madame m'avait dit qu’il était sur le bureau, répondit Justine en désignant le petit bureau-secrétaire. (fig. 1).

Mme Laurent comprit qu'elle avait fait une confusion de noms. —Ce n'est donc pas un bureau ceci? dit-elle, —Non, Madame, c’est la toilette.

Alors M. Laurent inscrivit dans ses notes :

BUREAU.—Meuble affectant différentes formes, sur lequel on écrit et dans lequel on renferme ses papiers. Ce meuble porte aussi le nom de secrétaire.

(fig. 4 et 5). On appelle encore bureau la pièce, la chambre où l’on selivre au travail.— Monsieur est dans son bureau.

L'endroit où s'expédient les affaires :

les bureaux du ministère, de la douane.

Un établissement public : — le bureau de poste, les messayeries, etc. En un mot ce que nous appelons impropre-

FIG, 2,—Toilette, ment ofice.

TOILETTE.—Meuble avec glace (miroir) garni de tous les objets destinés aux soins de la coiffure et de la propreté des mains et du visage. (fig. 2 et 3).

M. et Mme Laurent se rendirent à leur invitation. Ils s’adressèrent au concierge de leur amphytrion.

—Morsieur Gallus, s’il vous plaît ?

-—Au deuxième étage; la porte à gauche.

Is montèrent un étage et sonnèrent à la porte de gauche. FIG. 3.=Toilette anglaise

Une jeune bonne vint leur ouvrir.

—Monsieur Gallus ?

FA —Ce n'est pas ici, Monsieur.

[À —Pas ici ?... Vous en êtes sûre ?

—Oh! bien sûre... et je ne connais pas la personne que vous | demandez.

M. et Mme Laurent, mécontents, allèrent retrouver le concierge. = -

—Vous vous êtes trompé, dit M. Laurent ; M. Gallusest inconnu au deuxième étage, la porte à gauche.

+-Alh !'bien, par exemple ! s’exclama le concierge, voilà douze ans qu'il reste là !

—Enfin, c'est ce que nous a répondu une jeune servante qui est venue nous ouvrir.

—Vous avez dû vous tromper d'étage, sûrement, car M. Gallus n’a pas de jeune servante.

—Au deuxième, la porte à gauche, n'est-ce pas? précisa M. Laurent.

—Oui.

—Eh bien, au deuxième, la porte à gauche, il y a une jeune servante qui ne connaît pas M. Gallus.

—C'est un peu trop fort !… Veuillez monter avec moi, dit le concierge, com- Û plaisant par hasard, et surtout piqué * s16. s.—Bureau caisse. dans sa curiosité.

Les trois personnes gravirent l'escalier. Le concierge montait devant. Après avoir franchi un étage, il se disposait à continuer l'ascension, lorsque M. Laurent l’arrêta.

FIG. 4.—Bureau ministre,

Den ous

—Mais c'est ici, fit-il en montrant la porte où il avait sonné.

—Ici! non. Ici c'est le premier étage.

—Comment, le premier étage! Et celui d'en bas, vous ne le comptez donc pas?

—En bas, c'est le rez-de-chaussée.

it er

le

M. Laurent vit qu'il avait encore fait une confusion en comp- ‘tant à l'anglaise: premier floor, deuxième floor, etc. Il s'excusa auprès du concierge, monta à l'étage supérieur et sonna chez M. Gallus.

Un valet de chambre vint ouvrir.

Il était en tenue de service intime: gilet de livrée à manches et tablier blanc à bavette; tenue qui n'indique pas que l'en attend des convives. Cette particularité était conntie de M. Laurent et lui fit craindre une nouvelle erreur.

Le valet de chambre fit entrer M. et Mme Laurent au salon, leur demanda qui il fallait annoncer et se retira.

Constatant le silence qui régnait dans l'appartement et le temps relativement long que mettaient M. et Mme Gallus à apparaître, M. Laurent fut pris d'inquiétude.

—Je crains, dit-il à sa femme, que nous ne nous soyions encore ‘une fois fourvoyés.

Il tira de sa poche l'invitation de M. et Mme Gallus et constata “qu’elle était bien pour le jour même. Il avait reçu cette invitation six jours plus tôt et avait, selon l’usage, fait connaître son acceptation.

]1 se rassura.

A cer ment Mme Gallus parut en robe d'intérieur, suivie de -M. Ga'sus en pantalon de flanelle et veston de foyer. Salutations embarrassées et gène réciproque.

—Monsieur, dit enfin M. Laurent, je m'aperçois qu'il y a un ‘malentendu entre nous. Veuillez, je vous prie, me l'expliquer et ‘surtout excuser mon involontaire indiscrétion, ainsi que mon ägnorance s’il y a lieu.

On s’expliqua. L'invitation à diner était pour le soir, non pour midi, attendu qu’à Paris le repas de midi s'appelle déjeüner, et celui du soir diner. Cette dfiférence dans les appellatons était la cause de l’erreur de M. Laurent. M. et Mme Gallus, avec la bonne grâce et l’exquise politesse des gens de Paris, réussirent à prouver que les torts étaient de leur côté, attendu qu'à l'égard d'étrangers ils auraient dû spécifier l'heure,

10 LEÇONS PRATIQUES pe FRANÇAIS La double mésaventure suivantes dans les notes de ETAGE.—Espace entre de Compte pas et prend Je

de cette visite mo

tiva les observations M. Laurent :

ux planchers, le

plancher inférieur ne nôm de

Et pendant que M.

division des maisons d ENTRESOL.

rez-de-chau

Laurent inscrivait ces note e Paris, il compléta :

s relatives à la

grande élévation de, logis dans des ent général, les entres fond, luxueux, habité train de maison.

SOUS-SOL. Le Sous-sol est 1 le rez-de-cl

palier, et qui ‘do C'est

charge, ses privilèges, mais pas nécessairement son bureatt, son matériel.

(c) OFFICE.—Cela désigne l'ensemble des domestiques d'une maison. — Office nombreux ; c'est-à-dire personnel, serviteurs nombreux.

(4) OFFICE—est féminin lorsqu'il désigne la pièce commune destinée aux domestiques. C'est à la fois leurs corps de garde et leur salle à manger: — Cet appartement a une belle office. Conduisez ce brave homme à l'office, et régales-le. Déjeuner, diner, souper n'ont pas la même significaion, du

moins quant aux heures propres à ces importantes fonctions, à

Paris qu'au Canada.

DEJEUNER.—A Paris, il y a le petit déjeuner et le déjeuner proprement dit. Le petit déjeuner se prend au saut du lit. Il est ordinairement composé de lait, de café au lait, de café noir ou de chocolat, accompagné de brioches ou de petits pains au beurre; on y adjoint assez souvent des oeufs ; rarement de la viande. Le vrai déjeuner se prend vers midi. C'est un repas solide, gas-

tronomique, auquel on invite souvent des convives. Le déjeuner

pent être un repas d’apparat, mais il a lieu entre hommes dans ia majeure partie des cas. C’est ce que l'on appelle au Canada le lunch ou le diner. * CÆA42LT LU LA \

Dans un grand nombre de villes de province, en France, ce repas prend, comme chez nous, le nom de diner. Il n'y a guère qu'à Paris qu'on dévie à cette règle. Paris a tort, cela est évident. Mais qu'y faire, puisque c'est l'usage absolu ?

Il convient donc de nocer soigneusement cette particularité, si l'on veut éviter des mécomptes. Toute invitation à déjeuner est pour midi; à diner pour six heures, à souper pour minuit,

DINER.—Le diner se prend vers six heures. C'est encore un repas solide, chaud et non froid, de grande ordonnance, et un® des manifestations les plus ordinaires de la vie mondaine. Les dames y assistent toujours. Dans les milieux fashionables on y paraît en grande toilette.

SOUPER.—Le souper se prend dans la nuit, après le théâtre, le bal, où une soirée prolongée. Le souper est ordinairement

LESONS PRATIQUES pe FRANÇAIS

moins Cérémonieu &rande allure.

d'en-cas, ou de

une collation que ’

ts. Autrefois, — iln

Par bonheur, M La Vanture (ce qu’ après lui,

— Qu'est-ce que c'est donc?

—C'est un ça fé.

voir che, out

idi, ien els,

oit

# est généralement fréquenté par la classe ouvrière. Les consom-

REOCTIFICATION DU VOCABULAIRE

Et M. Laurent apprit ainsi la différence qu'il y a entre un café, un restaurant, une buvette, un cabaret et un marchand de vins. Voici comment il rédigea ses notes:

RESTAURANT.—Endroit où l’on sert des repas. On peut, en mangeant, y consommer du vin, de la bière, du cidre, des liqueurs, du café, du lait, du thé, et généralement tout ce qu'on sert dans les cafés, mais, sauf des exceptions très rares, on n'y sert pas de consommations liquides en dehors des repas. Ce , n'est pas la loi, c'est l'usage qui s'y oppose. ‘4 CAFE.—Endroit où l’on sert des boissons de toute espèce. On s'y donne rendez-vous ; on y joue aux cartes, aux dominos, aux dames, aux échecs, au jacquet, au billard, etc. On y lit les journaux, on y fait sa correspondance, on y cause, on y flâne, mais on n’y mange pas. Les dames y sont admises, et de très honnêtes femmes, accompagnées de leur mari, ne se font pas faute de fréquenter ces établissements.

Celui qui tient un café se nomme couramment cafetier, mais son véritable nom, d’après le rôle des patentes (licences) et limonadier. Un café est un établissement de limonade.

BUVETTE.—C'est un endroit où l'on boit hâtivement, sur le

comptoir. Ordinairement, les buvettes sont des lieux où l'on ne

: rencontre que de la populace, Mais dans certains endroits, dans

les gares de chemins de fer, par exemple, il y a des buvettes, ou

buffets de rafraichissements, qui sont fort bien tenues et honorablement fréquentées.

CABARET.—C'est le lieu où l'on vend de la boisson au détail. Il

ji nicnéél

mations y sont meilleur marché, mais aussi de qualité inférieure. Ce mot est synonyme de

MARCHAND LE VINS—qui n’est autre chose qu'un cabaret. Ii ne faut pourtant pas le confondre avec le marchand de vins en gros ou en détail, en fûts, au panier ou à la bouteille, qui, lui, ne vend pas et n’a pas le droit de vendre au verre, ni de faire

consommer sur place.

14 LEÇONS PRATIQUES. px FRANÇAIS

— Justine, dit un matin M. Laurent, AaPportez-moi, je vo:ix prie, mes pantalons noirs.

© Un instant après Justine apportait à son maitre trois pantalons noirs, C'est tout ce qu'elle avait trouvé de cette couleur.

—Mais, ma pauvre fille, que voulez-vous que je fasse de cela ?

—Je ne sais pas, Monsieur.

— Pourquoi m'en aNportez-vous trois ?

—Monsieur m'a demandé ses pantalons noirs, je les apporte ; j'ai pensé que Monsieur voulait choisir.

M. Laurent vit bien qu'il avait mal exprimé son désir, 11 demanda des explications, qui lui permirent d'enrichir ses notes d'une nouvelle observation,

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