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Le choix des preuves

REOTIPICATION DU VOCABULAIRE 56

3. L'examen des moyens propres à émouvoir ; ce que les anciens rhéteurs ; wpelaient les passions ;

4. L'observance des procédés qui doivent gagner la confiance de l'auditoire ; ce que l'on appelait les moeurs.

DISPOSITION. (la)—C'est la partie de la rhétorique qui impose l’ordre à donner aux différentes parties du discours. Un discours très complet se compose de sept parties: l'exorde, la Proposition, la division, la narration, la confirmation, la réfutation et la péroraison.

EXORDE. (1").—C'est le début du discours. I1 n’est soumis qu’à une seule règle, la convenance, l'adaptation de ses termes au sujet à traiter et à l'auditoire.

Il y a six sortes d’exorde: 1.—l'exorde simple, qui est toujours préférable; 2.—l’exorde par insinuation, à l’aide duquel on se glisse dans l'esprit des auditeurs ; 3.—l'exorde grave, qui annonce

4 un sujet élevé, noble, calme et ferme ; 4.—l’exorde pompeux, qui convient à Voraison funèbre ou au panégyrique; 5.—l’exorde ex-

abrupto, “par lequel on entre de suite au coeur du sujet: 6.—

l'exode tiré d’une circonstance fortuite.

PROPOSITION. (la)—Ce n'est que l'exposé, le sommaire du sujet que l’on va traiter.

DIVISION. (la) — C’est l’énumération des matières qui vont être abordées, dans l’ordre où elles seront traitées. La division doit être entière, distincte, progressive, naturelle, c’est-à-dire qu’elle doit embrasser le sujet dans son ensemble; séparer nettement. les diverses parties des unes des autres; aller de la partie la moins importante à la partie la plus importante, et être fondée sur la nature même des choses.

NARRATION. (la)—C'est le récit qu’il convient de faire à l’auditoire pour l'instruire de la cause que soutient l’orateur. La narration doit être brève, très claire et aussi intéressante que possible,

FCONFIRMATION. (la) —C'est l’exposé et le développement des preuves venant à l'appui de la thèse développée et soutenue par J'orateur. C’est la partie capitale du discours et il importe d’en

mt

tirer grand effet en déroulant les preuves dans l'ordre où l'on suppose qu'elles frapperont le plus vivement l'auditoire, Les plus concluantes se réservent pour les dernières.

REFUTATION. (la).—Elle a pour objet de renverser les preuves apportées par l'adversaire, et de montrer qu'elles sont mal fondés

PERORAISON. (la).—C'est Ja conclusion du discours. Elle se compose de deux parties: 1.—La récapitulation de toute la substance du discours; 2.—L'action oratoire sur l'auditoire Peur émouvoir les coeurs ou exalter les imaginations, C'est la partie la plus difficile du discours et celle qui doit être la plus travaillée.

Tous les discours ne renferment pas ces sept parties ou sept points, Selon le sujet, on Peut et on doit même en omettre plusieurs,

ELOCUTION. (l)—C'est la partie dè la rhétorique qui traite

‘de la manière d'exprimer ses pensées par le langage et qui contient les règles du style.

—Hélas! soupira M. Laurent, je m'aperçois qu'un discours n’est pas chose si simple à composer qu’on le croit chez nous, et qu’il faut bien des qualités pour mériter le titre d’orateur.

—En effet, dit Justine, pour être digne du nom d’orateur, il ne suffit pas de composer un discours, même parfait; il faut d'autres qualités acquises et naturelles.

ORATEUR.—Pour mériter ce titre, en plus du savoir, c'est-à-dire de l’érudition, il faut de la voix, de l'élégance, de la souplesse, de l'éducation, de la présence d’esprit et du sang-froid.

Mais j'ai été entraînée dans une digression ; laissez-moi me reprendre et vous faire connaître les autres variétés du discours. Selon le sujet, le discours prend le nom d’oraison funèbre, de panégyrique, d’apologie, de sermon, de plaidoyer ou de séquisitoire.

ORAISON FUNEBRE.—C'est le discours prononcé en l'honneur d’un mort illustre et par lequel on fait l'éloge du défunt au point de vue de ses qualités, en Sénéral, et spécialement de ses vertus chrétiennes.

RBCTIFICATION DU VOCABULAIRE 67

PANEGYRIQUE.—C'est le discours prononcé à la pa de quelqu'un, ane” ou vivant. oué

APOLOGIE.—C" est «4 £a ayant LAAT büt {a mie des actes ou de la conduite d'un personnage.

SERMON.—Le sermon eët le discours prononcé en chaire, dans le but de propager les vérités de la religion et d'exposer la doctrine,

PLAIDOYER.—C'est le discours prononcé à l'audience «| de justice par un avocat pour défendre une cause. 11 on dit également

PLAIDOIRIE.—Mais on doit donner la préférence à :1 prerricre expression. La plaidoirie est plutôt l'art de jaider «1 le pl doyer l'action. Au mot plaidoirie, Littré dit. 1-11", frofession de palider, 2.—Action de plaider. Et au mot plidoer, il dit: Discours prononcé devant un tribunal pour soutenir le droi d'une partie. Il n’y a donc entre ces deux termes d'u im-

perceptible nuance qui pourrait s'exprimer ainsi: “Je suis cutré dans le prétoire au moment où l'avocat commençait sa plaidoirie; il a prononcé un plaidoyer magnifique.” La différence, on le voit, est très subtile. Elle existe cependant, et les puristes font la distinction.

REQUISITOIRE.—C'est le discours que prononce le ministère public devant un tribunal. Il énumère les griefs de l'accusation," met en relief les méfaits de l'accusé et requiert contre lui, au nom de la société, les peines édictées par la loi.

Quant au discours que prononce le juge après la clôture des débats, après le plaidoyer et le réquisitoire, ce n'est pas fa charge, ainsi que vous l’appelez, c’est le résumé.

CHARGE.—En termes de palais, la charge est l’ensemble des déclarations et des témoignages contre l'accusé. Le témoin à charge est celui qui dépose en faveur de l'accusation. Le témoin à décharge est celui qui dépose en faveur de l'accusé. Le réquisitoire de l'avocat général est une charge.

RESUME.—Le résumé du juge, président le tribunal, n’est et ne doit être que la récapitulation des divers témoignages entendus,

des faits acquis à l'audience. Le président qui ajouterait à som résumé des arguments en faveur de l’accusation ou tracerait une ligne de conduite aux jurés manquerait gravement à son devoir. C'est lui qui prononce la sentence, mais ce n’est pas lui qui juge et, conséquemment, il doit se garder de toute manifestation d'opinion personnelle,

J'ajoute que depuis quelques années, en France, on a supprimé résumé, précisément à cause d’un scandale d'audience provoqué

par un président passionné.

CCE |

Un soir que M. Laurent avait une longue et urgente correspondance à expédier, il lui arriva un fâcheux accident : il cassa. l'ampoule électrique qui éclairait son bureau. Il appela Justineet la pria d'aller sans retard acheter unetlampe avec sa cheminée, une mèche, un abat-jour, et de l'huile de charbon.

—Je sais ce que c’est qu’une lampe, répondit Justine, un abatjour et une mèche; mais une cheminée de lampe et de l'huile de charbon, je ne sais de quoi vous parlez.

—La cheminée ou le globe, c'est la même chose; l'huile de charbon, c’est l'huile pour la lampe,

Justine, non satisfaite de la difinition, insista pour avoir une explication plus précise.

—Le globe de lampe existe; mais je doute fort que ce soit l'objet connu ici sous ce nom que vous désirez puisque vous demandez aussi un abat-jour. Quant à l'huile de charbon, ce produit est tout à fait inconnu ici. Je comprends que c'est de l'huile: Pour alimenter la lampe, mais encore faudrait-il savoir quelle sorte de lampe désire Monsieur. 11 y a les lampes carcel, les lampes modérateur à piston, dans lesquelles on brüle de l’huite de colza, et les lampes simplifiées, les lampes à pétrole, dans lesquelles on brûle de’ l'huile de pétrole.

—C'est du pétrole, Nous appelons cela chez nous de l’huile de Charbon, mais je sais fort bien que c’est du pétrole. Je me suis laissé entraîner par l'habitude.

REOTIFICATION DU VOCABULAIRE 59

—Alors, ce n’est ni une cheminée, ni un globe qu’il vous faut, mais un verre.

Il résulta de ce petit incident que M. Laurent dut allonger la liste de ses rectifications.

PETROLE.—Huile minérale provenant de sources ou nappes souterraines, situées sur divers points du globe, notamment en Amérique, en Asie et en Russie. Cette huile est rectifiée et livrée à la consommation à un prix beaucoup plus avantageux que les autres huiles combustibles.

Il ya quatre sortes de lampes en usage en France: la lampe carcel, la lampe modérateur, le quinquet, la lampe à pétrole. Dans les trois premières, on brûle du colza, que les ménagères appellent. simplement huile à brûler. 1

CARCEL.—Cette lampe tient son nom de son inventeur. L'huile est versée dans le corps de la lampe et un double piston, actionnépar un mouvement d’horlogerie disposé dans le culot, fait mon-

ter lentement l'huile destiné à l’alimentation d’une mèche en

fonme de tube glissant entre deux cylindres qui la moulent in-

térieurement et extérieurement.

La lampe carcel n’est plus en usage que dans les vieilles familles: qui se cramponnent aux vielles coutumes et aux vieux objets. Son prix, d’ailleurs, est relat:vement très élevé.

LAMPE MODERATEUR.—C'est une amélioration économique de la lampe carcel, et qui lui a succédé pendant longtemps, c’està-dire tant que la crainte exagérée du pétrole prohiba ce dernier mode d'éclairage. La lampe à piston ne diffère de la lampe carcel que par le mécanisme qui fait monter l'huile. Au lieu d’un mouvement d’horlogerie mettant en marche une pompe refoulante, c'est un piston, descendant verticalement dans le corps de la lampe, qui exerce une pression sur l’huile à l'aide d’une tige à crémaillère poussée pär un ressort en spirale. Ces sortes de lampes tendent à disparaître pour faire place à la lampe à pétrole, partout où l’on ne peut avoir le gaz ou l'électricité.

QUINQUET.—C'est une lampe sans mécanisme à double courant d'air, avec réservoir d'huile placé plus haut que la mèche. Le

réservoir <t le bec, placés parallèlement peuvent glisser sur une tige verticale plantée sur un pied lourd qui assure la stabilité de l'appareil. Ainsi que les précédentes, cette lampe tend à disparaitre. Elle tire aussi son nom de son inventeur.

VERRE.—Le verre est un corps solide, transparent et fragile, produit de ja fusion d’un sable silicieux mêlé de potasse ou de soude. On nomme verre toutes sortes d’objets faits avec cette matière : un verre à boire, un verre de montre, un verre de lunette, un verre de lampe, etc. ( fig. 44, 45, 46).

w16. 4—Verre À boire ù

FIG. 45.—Verre à = (ei hon à PT FIG. pres de

VERRE DE LAMPE.—C'est le nom unique en France de ce que l’on appelle en Canada cheminée où globe. (fig. 47, 48). Le nom canadien de Cheminée pour verre de lampe est plus

“exact, plus frappant, et mériterait la préférence Sur le nom banal

de verre de lampe, attendu que, parmi plusieurs acceptions, on appelle

CHEMINEE.—Un tuyau passe la fumée et desti

é le nom de cheminée, qui,

vis de beaucoup de Français.

et ne corrige rien. I] faut dire verre sous peine d’être incompris.

GLOBE.—Le globe de lampe est la sphère semi opaque, en verre dépoli ou de couleur translucide, qui entoure le verre. (fig. 49).

Un jou: Justine reçut la visite de son neveu, un bambin d’une dizaine d'années, fort intelligent et fort poli. Elle le présenta à M. Laurent qui accueillit très bien l’enfant, dont la mine éveillée prévenait en sa faveur. Il le questionna sur ses travaux d’écolier, lui demanda où il en était en grammaire, en arithmétique, en géographie, en catéchisme, etc. La perfection toute relative des ré-

FIG. 47.—Verre de lampe à huile de colza.

FIG. 49.—Globe de lampe...

FIG. 48. — Verre de lam; à pétrole. .

ponses de l'enfant lui causa un grand plaisir, et il congédia le gamin en lui donnant une petite tape amicale sur la joue et en lui mettant dans les mains une charge de fruits confits. Lorsqu'il fut parti, il dit à Justine:

—Il est très gentil, votre neveu. Savez-vous que c'est: un enfant de talent.

Justine se mit à rire:

—Oh! Monsieur, du talent!... Il faut attendre qu’il sache ce que c’est pour lui en reconnaître. Il est intelligent, c'est vrai; if

a des aptitudes, il est doué, studieux, j'en conviens, Mais c'est tout.

— Alors cela ne constitue pas le talent chez un enfant?

—Ni chez un enfant, ni chez un adulte,

TALENT.—Le talent est une chose acquise par l'étude ou par la pratique d’un art. Mais le talent n'est pas nécessairement Je Partage de ceux qui travaillent le plus ou qui s’exercent le plus longtemps dans les professions qui exigent du savoir-faire. Le talent échoit à des êtres mieux doués que les autres, et qui ont le plus souvent moins d'efforts à faire que leurs concurrents Pour mériter l’épithète éminemment flatteuse d'homme de talent. Dire, en France, qu'un écrivain, qu’un artiste ou qu'un artisan a du talent, c’est le placer parmi l'élite et lui élever une sorte de monument moral.

—Eh bien, dit en riant M. Laurent, 'au Canada, nous donnons du talent à tort et à travers, surtout aux enfants, et je vois que nous tombons dans l’exagération. Ce que vous appelez talent, nous l’appellerions génie.

GENIE.—Le génie, c’est le talent porté à son plus haut période, au plus haut degré auquel puissent arriver les facultés humaines. Les hommes de talent sont assez nombreux, Dieu merci! mais les hommes de génie sont très rares. On en compte quelques unités par génération.

M. Laurent doit faire un court voyage, Mme Laurent dit à Justine:

—Demain matin, comme je serai seule et que je suis dormeuse, vous viendrez m’éveiller.

—Bien Madame. A quelle heure Madame veut-elle que j'aille fa réveiller ?

—A huit heures.

—Je n’y manquerai pas.

M. Laurent, toujours aux aguets, intervint :

—Donnez-moi donc ume explication, Justine. Madame vous prie d'aller l’éveiller et vous lui répondez que vous ne manquerez pas d'aller la réveiller. Quelle est a bonne expression.

—ÆCette fois, Monsieur, j'ai corrigé madame sans m’en apercevoir. Il y a entre ges deux expressions mae nuance si subtile que vraiment la correction serait excessive. Cependant, la question étant posée, il vaut mieux employer révedller. ‘EVEILLER.—C'est tirer quelqu'un.du sommeil sans en avoir l'in-

tention. En vaquant aux soins du mésage dans une pièce voi-

sine, je puis faire un léger bruit qui éseillers madame, contre ma volonté.

-S'EVEILLER.—S'éveiller, c’est sortir du sommeil naturellement. ‘REVEILLER.—Réveiller quelqu'un c’est le tirer délibérément du sommeil. C’est ce que je ferai demain matés en entrant dans la chambre de madame. Peut-être sera-t-elle déjà écwillée.

Alors je n'aurai pas besoin de la réveiller. Mais, je le répète,

la nuance est presque insaisissable et il n'y a pas faute à deman-

der à être éveillé ou à être réveillé.

La différence entre éveiller et réveiller est beaucoup plus sen- -sible au figuré. Eveiller les passions, c'est exciter les passions qui ne se sont pas encore manifestées. Réveïller les passions, c'est les exciter de nouveau alors qu’elles s'étaient apaisées.

—Justine, lorsque vous sortirez, vous aurez l’obligeance de jeter cette lettre à la boite.

—Oui, Monsieur.

Et Justine parcourut du regard la suscription, qui était ainsi + conçue : :

Monsieur Léon Daniel

Correcteur d'Epreuves

à l’imprimerie Lahure rue de Fleurus Cité.

emma,

va

RS de

durs +

—La lettre, dit-elle, arrivera sremént à destination, et sans retard; mais si Monsieur n’est pas trop regardant de son temps et de ses enveloppes il fera mieux d’en récrire l'adresse.

—Tiens! Et pourquoi ?

—Parce que cétte adresse contient quatre fautes.

—Vraiment !

—Il y a d'abord deux majuscules intempestives: une à correcteur et une à épreuves. Maïs il en manque une à imprimerie, où elle est obligatoire.

—Je ne discuterai pas pour les majuscules de correcteur et d'épreuves. Je sais qu'au Canada nous abusons de ces caractères.

. C'est un mal contagieux que nous tenons des Anglais, qui mettent des majuscules à huit mots sur dix. Mais je demande des explications pour imprimerie. C’est un nom commun qui, par conséquent, s'écrit avec une minuscule. (Voir appendice: de l'emploi. des lettres majuscules).

—Ce serait exact si vous me donniez l’ordre écrit d'aller dans: une imprimerie, n'importe laquelle, y faire une commande. Dans ce cas il faudrait une lettre minuscule. Mais vous désignez une imprimerie spéciale, particulière, appartenant à M. Lahure, et cette désignation en fait un substantif Propre qui veut la majuscule, afin de lever l'incertitude qu’il pourrait y avoir entre le sens appellatif et le sens individuel. Plusieurs imprimeurs font des travaux pour le gouvernement; on dit alors que ces travaux sont faits dans les imprimeries de l'Etat, avec une minuscule, Mais si vous désignez l'imprimerie qui appartient exclusivement à l'Etat, l'Imprimerie nationale, c’est-à-dire une imprimerie unique, c'est un nom propre et il faut la majuscule, Or, l’Imprimerie Lahure est une imprimerie unique, comme !’Imprimerie nationale.

—Mon Dieu! ma pauvre Justine, que le français est donc difficile à parler et à écrire.

—C'est vrai, Monsieur, mais qu’y faire?

—Hélas!... Et les autres fautes, vous m'en avez signalé quatre.

—J'en ai relevé deux, les majuscules et la minuscule mal placées. La troisième est un pléonasme qui fera sourire le facteur d’abord, puis les employés du bureau de M. Lahure et enfin le destinataire,

RBCTIFICATION DU VOCABULAIRE 65

On ne dit pas et on n'écrit pas correcteur d'épreuves, surtout

quand on s'adresse à une imprimerie, mais correcteur tout court.

Cependant, si l’on veut spécifier absolument on dira: correcteur

d'imprimerie, et non correcteur d'épreuves.

CORRECTEUR.—C'est celui qui, dans les imprimeries, est chargé de corrigeur les fautes commises par les compositeurs qui lui livrent l'empreinte du travail qu'ils ont accompli. En français, le mot correcteur n’a pas d’autre acception que celle-là. Dire correcteur d'épreuves, c'est comme si l'on disait marchand de marchandises.

—Mais cependant — je ne discute pas, je questionne — lorsque le correcteur a indiqué, corrigé les fautes sur l'épreuve, c'est-àdire sur le papier, il y a un autre agent qui les corrige sur le plomb. Comment le nomme-t-on celui-là ?

—On le nomme

CORRIGEUR.—C'est lui qui d'après les corrections marquées . sur l'épreuve les opère sur le caractère. Les petits dictionnaires français ne mentionnent pas ordinairement corrigeur, parce que

ce nom appartient à la technique. Mais il est dans les diction-

naires complets. Les hommes de lettres, les journalistes, les

typographes et tous les gens de métiers annexes font la distinction convenable entre le correcteur et le corrigeur.

—C'est encore quelque chose que j'apprends, dit M. Laurent. Et il ajouta: Le corrigeur est nécessairement un ouvrier typographe qui, malgré son habileté, doit parfois iaisser passer des fautes, ainsi que le correcteur, du reste. Comme dans vos journaux et dans vos livres, il est rare de découvrir des fautes, il faut nécessairement que le correcteur repasse une fois ou deux derrière le corrigeur. Est-ce que ce n’est pas onéreux pour cet ouvrier de livrer des revises au correcteur.

—Des revises ?

—Oui. Chez nous, quand l’auteur ou le correcteur a parcouru une épreuve plus chargée de fautes que d'ordinaire et qu'il redoute des omissions, il écrit au bas de l'épreuve: revise. Cela veut dire qu’il veut voir une nouvelle épreuve, après les correc-

tions faites à l'atelier par le corrigeur.

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“and s 2 nus

REVISE — substantif — n'est pas français. Il y a

REVISEUR.—Celui qui revoit après un autre: un reviseur de comptes. :

Ilya REVISER.—C'est l’action de revoir, d'examiner de nouveau, pour

modifier s'il y a lieu: reviser un procès

llya :

REVISABLE.—C'est ce qui peut être rev: © ‘gement revisable.

Il ya REVISION.—C'est l'action de reviser: la revision de la constitu-

tion, etc.

Il y a même Û REVISIONNISTE.—Celui qui effectve une révision. On nomme

ainsi, notamment, tout partisan de la revision constitutionnelle.

Mais il n'y a pas revise.

— Alors, comment le correcteur réclame-t-il une nouvelle épreuve ?

—Îl marque en tête où au bas de l'épreuve, au lieu de revise, seconde épreuve. Lorsque celle-ci lui parvient et qu'il croit utile d’en voir une autre, il marque troisième épreuve, et, s’il y a lieu, quatrième, cinquième épreuve. Lorsque l'épreuve est purgée de fautes, il met son visa ou écrit bon à tirer.

—Je n'ai plus rien à dire. Et la quatrième faute?

—La quatrième faute, c’est le mot Cité. I faut mettre Paris, où En Ville, ou, par abréviation E. V. Mème, pour Paris, vous

Pouvez vous dispenser de toute indication de cette nature, Le nom et le numéro de la rue suffisent.

—Mais Ville ou Cité n'est-ce pas la même chose. —Non, pas tout à fait.

VILLE.—On appelle ville l'assemblage, le &roupement d’un grand nombre de maisons disposées par rues et donnant asile à un nombre assez considérable de citoyens.

CITE.—C'est, ainsi que la ville, une circonscription locale, mais qui comprend la collection des citoyens. Une ville pourrait être déserte, inhabitée, en ruines. Une cité, non.

Ce qui constitue la plus grande différence entre ces deux termes, c'est que le mot cité appartient au langage noble, au laugage poétique. En français, dans le langage courant, on n'emploie jamais le mot cité, à moins que ce ne soit pour désigner la plus ancienne partie de certaines villes. Ainsi il y a la Cité de Paris. C'est une petite île formée par la Seine, au centre de la ville, et où Paris, sous le nom de Lutèce, a pris naissance, Elle est connue sous le nom d’Ile de la Cité, ou, plus simplement, la Cité tout court.

Permettez-moi d'appuyer ces ebservations d'un exemple:

Je suppose que, rentré au Canada, vous vouliez acheter une maison de rapport à Paris, et qu'à cette fin vous vous adressiez à un notaire parisien, officier ministériel en qui on peut avoir toute confiance. Vous lui écrivez dans ce sens:

“J'ai séjourné quelque temps à Paris et je désire y faire un placement foncier. Veuillez donc acquérir en mon nom une maison de rapport dans n'importe quelle rue de la cité, à la condition toutefois que le prix d’achat ne dépassera pas deux cent mille francs et que le revenu ne sera pas inférieur à sept et demi pour cent”.

Les propriétés particulières sont rares dans /a Cité, fle minuscule que l'on traverse, à pied, en longueur où en largeur, en quelques ininutes, et qui est oocupée par de vastes monuments: Notre- Dame, l’Hôtel-Dieu, la Préfecture de police, le Tribunal de commerce, la caserne de la Cité, le Marché aux fleurs, la Morgue, le Palais de Justice et ses dépendances: la Sainte-Chapelle, le Dépôt, la Conciergerie.

H y a, par conséquent, des chances pour que le notaire vous réponde :

“Dans les conditions de prix et de rendement que vous fixez, il n’y a pas un seul immeuble à vendre dans /a Cité”.

Selon vos ordres formels, le notaire n'aurait cherché une propriété que dans la Cité et non dans la ville, dans n’importe quelle rue.

Vous seriez étonné d'apprendre qu'il n'ÿ a pas de propriétés à vendre à Paris, mais le notaire ne le serait pas moins que vous du choix que vous auriez fait.

L'erreur ne tiendrait qu'à l'emploi du mot cité pour ville. CR

M. Laurent avisa un jour, dans le voisinage de sa demeure, une boutique sur laquelle il vit : “Atelier de reliure”. Comme il tenait à consigner ses notes journalières autrement que sur des feuilles volantes, il voulut faire faire un livre avec une réglure spéciale, Il entra.

—Monsieur, dit-il, pouvez-vous me faire un livre blanc?

‘ La demande était baroque ; mais le relieur crut avoir affaire à un bourgeois tout à fait ignorant des termes de la reliure, If Pensa qu'il s'agissait d'exécuter une relieure blanche, et il répondit :

—Oui, Monsieur, Mais je vous ferai observer que le blanc est la couleur du Saint-Père, et qu’on lui réserve presque exclusivemen. ce genre de travaux.

Ce fut au tour de M. Laurent à tomber des nues.

—Mais le pape n’a rien à voir là-dedans, et je ne pense pas commettre un attentat à son autorité ni à sa majesté en faisant faire un livre blanc à mon usage.

—Sans doute, Monsieur, et je peux exécuter votre ordre. Seulement, je vous préviens que les peaux blanches coûtent sensiblement plus cher que les peaux de couleur. Voulez-vous du chagrin ou du maroquin du Levant?

—Oh! je ne veux pas de luxe. Il me suffira d’avoir un livre blanc solide,

—La peausserie en blanc ne se fait que ans les articles de luxe.

—Enfin, combien cela me coûtera-t-il, pour un livre de trois cénts pages envi:'on ?

—De quel format est votre livre ?

—Mon livre? quel livre?...

Mais le livre que vous voulez faire relier.

—Je ne vous ai pas dit que je voulais faire relier un livre. Je vous demande de me faire un livre blanc, mais vous emploierez la peau de la couleur qui vous conviendra le mieux, blanc, noir, vert ou bleu, ça m'est égal.

Le relieur pensa qu'il avait affaire à un mauvais plaisant.

—Monsieur, dit-il d'un ton pincé, si vous êtes sérieux expliquezvous plus clairement; mais si vous voulez badiner, je vous préviens que j'ai autre chose à faire et qu'il me plait peu de vous donner la réplique.

M. Laurent, qui se heurtait pour la première fois à Paris à un industriel manquant de complaisance, répondit à son tour avec aigreur.

—Je ne badine pas. Je suis étranger, Américain, et si je m'exprime mal, je sais du moins fort bien ce que je veux.

Le relieur se radoucit,

—Eh bien, Monsieur, excusez un mouvement d'humeur, et expliquez-moi ce que vous voulez.

—Je veux un livre blanc, rayé en travers et divisé dans le sens de la hauteur par trois filets rouges.

—Bon! bon! bon! fit le relieur. Mais c'est un registre qu’il vous faut?

—Un registre?... oui, en effet, c'est un registre. Mais un petit registre.

—C'est que je ne fais pas cet article-là.

— Comment, un relieur ne fait pas de registres ?

—Non, Monsieur, il faut vous adresser à un papetier.

—Quoi!... on spécialise, on divise les métiers à ce point, à Paris! :

—Ce n'est pas de la spécialité, ni de la division. Le métier de reileur et celui de papetier sont bien différents. Je n'ai ni l'outillage ni les ouvriers pour faire, un registre, de même que le papetier n’a ni l'outillage ni les ouvriers pour faire une reliure.

—J'apprends du nouveau... Mais je ne voudrais pas vous avoir dérangé pour rien. Pouvez-vous du moins me faîre une douzaine de petits pads.

MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

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