KO
M. Laurent s'adresse au directeur d’un grand établissement financier : ,
—Monsieur, j'ai appris que vous vous chargiez des émissions d'actions et d'obligations des sociétés légales établies à l'étranger. Or, comme je suis chargé de Promouvoir les intérêts d'une de ces
(1) Cérès, déesse mythologique de l’agriculture. Ses trésors, dont elle disposait en faveur des humains comprenaient le blé, les céréales, les moissons, etc.
(2) Flore, déesse des fleurs et des jardins; mère du Printemps,
sociétés dont le siège est au Canada, je viens m'entendre avec vous pour lancer une partie de nos obligations sur votre marché, —Je suppose, Monsieur, que vous entendez par
SOCIETE LEGALE — une société fondée en conformité des lois de votre pays.
Certainement, répondit M. Laurent, comprenant qu'il venait de faire un pléonasme.
En effet, l'établissement des sociétés ou associaitions fondées dans le but d'exploiter en commun un objet déterminé, est subordonnée à des formalités préalables qui leur assurent une existence légale, qui leur donnent une personnalité civile. Il ne peut donc y avoir de sociétés illégales que parmi les coquins, et ceux-là ne peuvent opérer au grand jour. Donc, en parlant d'une société légale, M. Laurent faisait, sinon un pléonasme vicieux, du moins une redondance, une superfétation. :
L'interlocuteur de M. Laurent reprit:
—Mais cela ne m'instruit pas sur les opérations de cette société.
—<L'est une société qui exploite de nombreuses mines d'amiante, et dont les produits sont en demande dans le monde entier. —{C'est donc une
SOCIETE COMMERCIALE — c'est-à-dire un groupe d'actionnaires ayant en vue la réalisation de bénéfices résultant d'actes de commerce.
—C'est tout à fait cela.
—Et vous êtes chargé, m'avez-vous dit, de promouvoir les intérêts de cette société.
—Oui, Monsieur.
—Dois-je comprendre par ce terme, que j'entends pour la première fois, que c’est une corruption du mot
PROMOTEUR — c'est-à-dire que vous avez découvert ou acheté les mines, fondé la société dont vous êtes l'âme, en un mot que vous avez le soin principal de cette affaire?
—Non, Monsieur, ce n’est pas cela que j'ai voult dire. Mais votre interprétation me fait sentir que j'ai encore employé une de ces expresions fausses que nous devons à la pénétration opiniâtre de l'anglais dans notre Province. Dans ma pensée,
RBCTIPICATION DU VOCABULAIRE 217
PROMOUVOIR — signifie favoriser, encourager, protéger, débattre les intérêts dont la société m'a confié la garde et 1g défense,
—En un mot, et en bon français, vous êtes son représentant éclairé et dévoué, chargé par elle de conclure et de transiger en son nom.
—LC'est très exact.
Et les deux hommes parlèrent d'affaires,
Rentré chez lui, M. Laurent demanda à Justine si promouroir était français.
—Oui, Monsieur,
—Pouvez-vous alors m'en donner la définition exacte ?
—Facilement :
PROMOUVOIR.—/'erbe actif et défectif — signifie élever quelqu’un à un poste, à un grade supérieur, à une dignité.
Ce verbe n'est usité qu'à l'infinitif, aux temps composés et à la voix passive : — J'ai bromu.—Nous avons promu —On l'a promu. —Elle à été promue.—Il est bromu—Elle sera promue—Je suis Promu—Tu seras promu, etc.
Un grand cirque américain doit donner une série de représentations à Paris. Il a obtenu de la préfecture l'autorisation de faire une parade dans les rues. Au moment où l’on entend les premières mesures de l'orchestre cacophonique annonçant le passage de la troupe, bêtes, gens et voitures bariclées qui composent ce cirque tapageur, M. Laurent s’écrie:
—Justine, venez vite, si vous voulez voir toute la procession.
Justine accourt, se met à la fenêtre avec M. et Mme Laurent et dit:
—Mais ce n’est pas une procession.
—Qu'’est-ce que c’est donc?
—C'est un défilé,
—Vraiment! Eh bien, vous nous expliquerez cela tout à l'heure. Pour l'instant, jouissons de ce spectacle pittoresque.
Lorsque l'orgue à vapeur eût poussé ses derniers et pitoyables &émissements sous les fenêtres de M. Laurent, celui-ci s'adressa à Justine:
—-Maintenant vous pouvez nous aprendre quelle différence il convient de faire entre une procession et un défilé.
PROCESSION.—C'est la marche lente, recueillie, solennelle, ayant un caractère religieux, d’une foule de peuple, de sociétés, d'associations pieuses, encadrant le clergé, avançant en s’accompagnant de chants et de prières.
DEFILE.—C'est la marche à la suite les uns des autres, en file ou en pelotons, d’un corps de troupe, de différentes associations corporatives, d’un cortège carnavalesque ou d’une troupe de saltimbanques.
En français, on ne donne le nom de procession qu'aux manifestations religieuses ambulantes. Appeler procession un défilé profane, même grave, c'est une ironie outrageante pour la religion.
—Je vous remercie, Justine, de m'avoir mis en garde contre cette faute déplorable. Je la signalerai à mes compatriotes, qui, tous, de très bonne foi, donnent le nom de procession à toute espèce de cortège qui circule dans les rues.
M. et Mme Laurent rentrent à la maison.
Monsieur consulte le contenu de la coupe porte-cartes placée dans l’antichambre et fait un mouvement de surprise en trouvant, parmi d’autres, la carte de visite d’un de ses compatriotes. Il fronce les sourcils et demande à Justine:
—Reconnaïtriez-vous l’homme qui vous a remis cette carte?
—Parfaitement, Monsieur.
—Eh bien, quelque soit le jour et l’heure où il se présentera de nouveau, que je sois absent ou présent, dites-lui que je n'y suis pas ; faites-lui même comprendre que je n’y serai jamais pour lui.
—Pourquoi?... Que signifie cet ordre? demande Mme Laurent.
—Cela signifie que je ne veux pas recevoir chez moi un défalcataire.
Un peu plus tard, lorsqu'elle fut délivrée des exigences de son service, Justine demanda à M. Laurent ce que c'était qu’un défalcataire.
REOTIFICATION DU VOCABULAIRE 219
—J'entends, par défalcataire, un employé public ou privé, qui a commis des détournements de fonds au préjudice du Trésor, de son administration, ou de son patron. Mais votre question m'intrigue. Ce mot, encore, ne serait-il pas français?
—Non, Monsieur.
DEFALCATAIRE — n'est pas français.
Il y a le verbe défalquer et le substantif défalcation ; mais le mot défalcataire n'existe pas.
DEFALQUER.—Cela signifie déduire, retrancher, rabattre, réduire une partie d’une somme ou d’une quantité, Exemple: — “Je vous paierai votre facture, si vous consentez à défalquer les frais d'expédition, qui doivent être à votre chargé”. — “Ma troupe compte deux mille hommes, c'est vrai, mais si vous défalques les sapeurs, les porteurs, les conducteurs, les infirmiers et les invalides, il ne me reste que quinze cents combattants.”
DEFALCATION.—Cest l'opération réelle ou mentale à laquelle
se livre celui qui défalque, c’est-à-dire qui opère une réduction,
qui retient une partie de la quantité. Exemple: “J'ai expédié à
M. Abé tout le savon que nous avions en magasin, défalcation
faite des caisses préalablement retenues par M. Cédé.
—Il me semble pourtant qu’il serait logique, dit M. Laurent, d'employer défalcataire pour désigner celui qui opère la défalcation.
—Ceci, répondit Justine, est une opinion; elle est même très sensée; mais ce n’est pas une règle. Mais en supposant que défalcataire soit employé comme néologisme, on comprendrait qu'il s’agit de qualifier celui qui pratique une défalcation, c'est-à-dire: une chose consentie, convenue, approuvée, et non un vol, car la soustraction qui s'opère à l’aide d’une défalcation n’est nullement illicite.
—Alors, comment qualifie-t-on, en français, l’acte de celui qui, comme mon audacieux visiteur, fraude le trésor public en détournant à son profit une partie des sommes dont il est comptable ?
—Cet acte se nomme
"MALVERSATION.—C'est l'acte d’un fonctionnaire qui détourne-
des fonds qui lui sont confiés dans l’exercice de sa charge. On dit aussi
MALVERSER.—Tout homme qui abuse de sa position officielle pour détourner les deniers publics, malverse, ou a malversé. Mais ce terme est peu usité. On lui préfère malversation.
On emploi encore le mot
“CONCUSSION — pour indiquer l’exaction commise par un trésorier public, et
CONCUSSIONNAIRE — pour qualifier l’acte de celui qui s’est rendu coupable de concusion.
Mais malversation, concussion et concussionnaire ne s’emploient qu’à l’égard des fonctionnaires publics. Les actes semblables commis par des employés attachés au service des particuliers sont qualifiés vol, détournement, faux, ou abus de confiance.
KO *k *
M. Laurent reçoit une lettre de Montréal. Cette lettre est signée de son propriétaire, notaire estimable de la ville, mais a été écrite Au dactylographe par un de ses clercs. On y lit cette phrase : “Conformément à vos ordres, j'ai fait décorer la façade de votre maïson pour honorer au passage la procession de la Fête-Dieu, qui 4 eu lieu dimanche prochain.”
—Comment! s’exclame Mme Laurent, qui a eu lieu dimanche prochain!
—Bah! c'est une erreur cléricale, répond M. Laurent.
— Une erreur cléricale! s’écrie à son tour Justine, ahurie.
—Eh, oui. Le clerc qui-a écrit la lettre a eu une distraction et A tracé dimanche prochain pour dimanche dernier.
—Bon! fit Justine, il ne s'agit que de s'entendre. C’est une erreur de clerc, et non une ererur cléricale. La chose est beaucoup moins grave. :
—Expliquez-nous donc votre pensée, Justine.
—<LC'est facile,
CLERICAL — adjectif.—Se dit de tout ce‘qui appartient au clergé, de tout ce qui dépend du clergé, de tout ce qui touche au
REOTIFICATION DU VOCABULAIRE 22T
clergé: la vie cléricale; — l'influence cléricale; — les faveurs:
cléricales.
S'ubstantif —Ce mot désigne tout partisan du clergé et de la Prépondérance de son action sociale: — sn clérical; — les cléricoux.
Conséquemment, une
ERREUR CLERICALE — serait une faute involontaire, légère ou grave, commise par le clergé, ou par un de ses membres, ou Par un de ses partisans autorisé à agir en son nom.
—Ah! mais ce n’est pas du tout cela que j'ai voulu dire.
—J'en suis sûre, Monsieur ; mais laissez-moi vous mettre .en garde contre cette fâcheuse expresion qui ne peut être que maf interprêté ici.
—Indiquz-moi alors la bonne expression. ;
—Il faut dire: — C’est une erreur. de rédaction, une faute de: copiste, ou, plus élégamment, un lapsus calami, locution latine qui, comme vous le savez, se traduit pas: faute échapée à la plume.
A la tombée du jour, Justine, assise dans l'embrasure de la porte-fenêtre du salon, Poursuit une lecture captivante. Survient Mme Laurent:
e sens où Madame vient d'en:
vous en déconseiller l'emploi.
u répertoire officiel, personne
Puristes pourraient plisser le
-.. et encore... Cetet expression constitue un délicieux +
figuratif néologisme ; et le néologisme n'est une faute que par l'abus ou le mauvais emploi qu’on en fait,
—Je suis bien aise, répondit Mme Laurent, de constater que
VOUS ne condamnez pas toutes nos expressions, car ce n'est pas la
Première fois que vous les accueillez avec faveur. Mais, tout de
RS
ns 8 nr po en
même, dites-moi comment j'aurais dû m'exprimer pour parler selon les règles fixées.
—Madame aurait dû dire: “Comment pouvez-vous lire ainsi dans l'obscurité.
OBSCURITE.—C'est l'absence totale ou relative de lumière. Toute pièce non éclairée, soit par le soleil, soit artificiellement, est une pièce obscure, une pièce plongée dans l'obscurité, mais non dans la 4oirceur.
NOIRCEUR.—C'est l'étai de tout ce qui est noir, comme l'état de tout ce qui est blanc est la blancheur. On dit la noirceur de Tébène, de la réglisse, de l'encre, parce que ces objets sont noirs. On dit aussi les noirceurs du visage pour désigner les petites taches noires qui déparent certaines femmes.
Au figuré, noirceur se dit de toute action ou parole perfide. ou
méchante, de toute perfidie ou médhanceté: — Il a l’âme. pleine
de noircen-. — Il ne dit que des noirceurs de son prochain.
D'une , :.mbre tendue de noir on dira: — “La noirceur des téntures produit un effet lugubre.” Mais d’une chambre insuffisamment ou non éclairée, on doit dire une chambre obscure, — J'obscurité de la chambre.
—Allons, bon! Voilà qu’il mouille à présent !
Cette exclamation, lancée par M. Laurent en présence de Justine, autorise celle-ci à demander :
—Qui dox? Monsieur.
—Comment, qui donc.
—Oui. Qui est-ce qui mouille? et que mouille-t-i1?
M. Laurent regarda Justine sans rien comprendre à sa double interrogation; mais il étendit la main vers l’extérieur et dit:
—N'entendez-vous pas le bruit de l’averse?
—Ah! Monsieur veut dire qu’il pleut?
—Pas autre chose. Mais il paraït que j'ai encore fait usage d’un mot impropre.
—Tout à fait impropre.
MOUILLER — verbe actif.—C'est l’action de tremper, d’humec-
ter un objet, de le plonger dans l’eau, ou d’additionner d’eau un
produit qui la supporte. On mouille le linge; on miouille le trottoir en l’arosant ; on mouille ses habits en tombant dans l'eau ou en s’exposant à la pluie; on mouille le vin en ÿ ajoutant de l’eau, Dire il! mouille pour il
un verbe unipersonnel
terminé. C’est pourquoi,
Pu résister à la curiosité
l'objet mouillé.
PLEUVOIR — serbe unipersonnel et défectif—Se dit, au Propre, de l’eau qui tombe du ciel. Ce verbe ne s'emploie qu’à la troisième personne du singulier et au mode infinitif, excepté au participe présent. I] n’a point d’impératif, car il n’y a que Dieu qui puisse commander au temps, Le participe passé n’a point de féminin.
Il faut donc dire ;/ bleut ; ou il tombe de la Pluie; ou il tombe de l’eau, et non i/ mouille.
À propos d’une scène de la rue, où les agents de police avaient été hués par la foule, M. Laurent à vu arrêter un homme paisible, qui se trouvait près de lui et qui n’avait nullement manifest.. En <ompagnie de plusieurs personnes, il s’est rendu au poste pour témoigner de l'innocence de l'homme arrêté, ‘Après avoir fait le récit de cette aventure à sa femme et à Justine, il ajouta :
—A sa place, j'intenterai une action en dommages-intérêts à Ja police pour fausse arrestation.
—Alors, vous seriez sûr de perdre votre procès, dit Justine,
—Pourquoi cela ?
—Parce que votre réclamation ne serait pas fondée ; câr c’est une véritable et non tne fausse arrestation qui a été opérée. Laissezmoi d’abord vous dire qu’une - FAUSSE ARRESTATION — serait une arrestation simutée,
dans le but de tromper quelqu’un, de denner le change à la
foule. Une fausse arrestation ne pourrait donc s’accomplir
qu'avec la connivence de la police et du sujet qui se préterait à cette comédie. Or, ce sujet ne serait pas recevable dans sa plainte. Il serait plutôt exposé à des représailles judiciaires. Tandis que la victime de l'erreur dont vous parlez aurait le droit de se plaindre d’une
ARRESTATION TEMERAIRE — s'il s'agissait d’une arresta-. tion précipitée et sans motifs valables ; ou d’une ARRESTATION ARBITRAIRE — si cette arrestation avait été. opérée en vertu de la seule autorité, ou plutôt du bon plaisir de J'agent; ; ou d’une ARRESTATION ILLEGALE — si l'arrestation avait été effes. tuée en deho:s des formes prescrites par la loi: On ptut donc demander justice Idrsqu’on a été victime d’unearrestation injustement ou maladroitement pratiquée, non d’unefausse a-vestation, puisque celle-ci n’aurait pas réellement eu lieu.
La vue d'un r'giment qui défile dans la rue, musique en tête, met, par association d'idée, M. Laurent sur la voie de quelques. petits problèmes. Aussi il questionne:
—Justine, connaissez-vous le chiffre de la garnison de Paris?
—Pas exactement; mais je crois que ce chiffre oscille entretrente et quarante mille hommes.
—Et combien y a-t-il de baraques pour loger'ces hommes, avecleurs chevaux et leur matériel ?
—Mais, Monsieur, les soldats ne sont pas logés dans des ba:raques, je vous prie de le croire. Ils ont de belles et bonnes casernes, dont plusieurs ressemblent à des palais.
—Aïe!.. Vous me prenez encore en défaut. En anglais on dit barrack pour désigner les bâtisses affectées au logement des soldats. De barrack nous avons fait baraque, qui est un mot français mais qui, je le constate, n’a pas la même signification.
—Non, Monsieur, pas plus du reste que bâtisse, que vous employez pour bâtiment. En français,
BARAQUE.—C'est une hutte, un abri en planches, une construction en bois dressée temporairement, Ces constructions ort relativement peu de valeur, et, par analogie, on nomme baraque une maison en mauvais état et, figurément, une maison mal tenue.
CASERNE.—C'est le bâtiment, et non la bâtisse, affectée au logement des troupes.
BATISSE.—On nomme ainsi la maçonnerie d'un bâtiment, Une bâtisse n'est donc qu'un bâtiment en cours de construction.
BATIMENT.—On appelle bâtiment une construction en ma- Sonnerie destinée à servir d'habitation ou à contenir des objets divers. Une maison de pierres, de moellons ou de briques est un bâtiment. Il prend le nom d’
EDIFICE — quand le bâtiment à des proportions plus considérables, plus imposantes que le’ bâtiment ordinaire, et particulièrement lorsqu'il est isolé, c’est-à-dire détaché des constructions qui l'entourent.
MONUMENT.—Cest un ouvrage d'architecture considérable par sa masse et par sa richesse extérieure, On appelle aussi monument une statue ou une construction allégorique destinée à perpétuer le souvenir d’un grand homme, d'une belle action, ou à recouvrir une sépulture,
MONUMENTS PUBLICS.—On appelle ainsi l'ensemble des édifices appartenant à l'Etat ou aux municipalités, et destinés à l'utilité ou à l’embellissement des villes.
PALAIS.—Monument somptueux qui sert d'habitation au souverain, aux ministres ou à un grand personnage. On nomme aussi palais tous les monuments magnifiques affectés à diverses destinations, telles que bibliothèques, musée, expositions, etc., ainsi que le lieu où siègent les tribunaux: le Palais de justice.
Un jour M. et Mme Laurent virent passer une voiture légère, à deux roues, qui leur rappela les calèches de Québec. Cela leur
inspira l'envie de se payer la fantaisie d’une longue promenade en calèche. Mais comme il n’y a pas, à Paris, de véhicules de ce genre parmi les voitures publiques, M. Laurent dût s'adresser à un grand loueur. Ce qu’il fit par téléphone en rentrant chez lui :
—Allo! Pouvez-vous me louer une bonne calèche pour demain ?
—Certainement, répondit le loueur.
On convint du prix, de l’he: re à laquelle la calèche sera mise à la disposition de M. et Mme Laurent, et ceux-ci se promirent pour le lendemain une délicieuse promenade en calèche.
Le lendemain, à l'heure fixée, un magnifique équipage, avec cocher et valet de pied sur le siège, s'arrête devant la porte. C’est une voiture découverte, très élégante et très confortable.
—Mais qu'est-ce qu’on nous envoie-fà? Ce n'est pas cela que je veux! s’écrie M. Laurent.
Justine s'approche de la fenêtre, jette un coup d'oeil dans la rue et dit:
—Quel genre de voiture a donc demandé Monsieur ?
—J'ai demandé une calèche.
—Une calèche! Eh bien on ous a envoyé une calèche, et une fort belle encore.
—Vrai, c'est décourageant, murmure M. Laurent; je ne puis rien obtenir qui réponde à mon désir sans avoir besoin de parlementk: avec tous mes fournisseurs.
Cet accès d'humeur passé, M. et Mme Laurent montent dans la calèche et se font conduire chez le loueur, à qui ils expliquent que ce n’est pas ce genre de voiture qu'ils avaient en vue.
—Vous m'avez demandé une calèche, je vous en ai envoyé une.
—Oui, oui, sans doute; mais ce n’est pas cela que nous désirons... J'entends par calèche une voiture à deux roues, haut montée et bien suspendue.
—Veuillez venir avec moi, dit le loueur. Et il conduisit ses clients dans une vaste remise où se trouvaient des voitures de tous modèles et de toute dénomination.
D'un coup d'oeil M. Laurent découvrit la voiture qu’il désirait,
RBOYIFICATION DU VOCABULAIRE 227
—Voilà, dit-il en la désignant du doigt, la calèche qu'il me faut.
—{C'est bien, Monsieur, je vais faire atteler immédiatement. Seulement, permettez-moi de vous dire que cette voiture n’est pas une calèche; c'est un cabriolet.
F16. 108,—Cabriolet.
CALECHE.—Voiture découverte, à quatre roues, suspendue sur huit ressorts, munie à l'avant d’un siège mobile, à l'arrière d’une capote à soufflet. (fig. 106. Le siège s’enlève lorsque l’on conduit la calèche à la Daumont.
r10. 107.— Attelage à la Daumélt,
DAUMONT. (à la).—L'attelage à la Daumont, c'est-à-dire à la manière du duc d'Aumont, qui en introduisit l'usage en France, se compose de quatre chevaux attelés sans volée — ce qui veut dire sans guides — conduits par deux postillons en selle sur les chevaux de main gauche. (fig. 107).
CABRIOLET.—Voiture légère à deux roues, bien suspendue et munie aussi d’une capote à soufflet. (fig. 108.
Mme Laurent rentre très fatiguée, après avoir fait de nombreuses visites,
226 LEJONS PRATIQUES DE PRANÇAIN
—Je n'irai plus chez Mme Leblanc, dit-elle à son mari. Elle demeure trop haut. Pense donc, mon ami, il faut monter -quatre escaliers |
—Je crois que Madame se trompe, dit Justine qui était présente. Madame a dû monter quatre étages et non quatre escaliers.
—C'est possible, Justine, mais expliquez-moi ce qui différencie un étage d’un escalier.
ÉSCALIER.—C'est l’ensemble des marches ou degrés qui conduisent du rez-de-chaussée à l'étage supérieur d’une maison. Il peut y avoir plusieurs escaliers dans une maison; mais pour monter chez une seule personne on ne peut avoir à gravir plusieurs escaliers, puisque de la première à la dernière marche, et quelque soit le nombre des marches, cet ensemble ne forme qu’un escalier.
ETAGE.—C'est l’espace compris entre chaque plancher. Le premier, le deuxième, le troisième, le quatrième étage, etc. Un escalier peut avoir un nombre indéterminé d'étages. L’'étage n'est qu’une partie d’un tout qui se nomme escalier. On dit: “Cette maison a sept étages, et non sept escaliers.
—Justine, dit M. Laurent qui s’absente pour deux ou trois jours avec sa femme, j'ai acheté, au Louvre, un pupitre que l’on doit me livrer demain où après-demain. En attendant mon retour, vous le ferez déposer dans l’antichambre.
—Bien, Monsieur.
Le lendemain, on apporta un bureau-ministre.
—I1 doit y avoir erreur, dit Justine. C'est un pupitre que monsieur a acheté, non un bureau
—Je n’en sais rien, répondit .. :ivreur. On m'a chargé de livrer ce bureau, je le livre, voilà tout. Il n’y a rien à payer.
Justine était perplexe. Devait-elle recevoir ou refuser un bureau - alors qu’on attendait un pupitre. Mais elle pensa que M. Laurent avait encore une fois erré dans le vocabulaire et elle accepta le meuble,
L1 RECTIPICATION DU VOCABULAIRE 229
‘BUREAU — (Voir ce mot, page 7, et la fig. 4, page 8.)
PUPITRE.—Sorte de boîte peu profonde, dont le couvercle est incliné pour qu'on puisse écrire commodément (fig. 109). Les tables d'écoliers faisant partie du mobilier scolaire sont des bupitres. . $ On nomme aussi pupitre un petit meuble formé d'une ou deux
tablettes inclinées, en bois ou en métal, munies inférieurement
d'un rebord, sur lesquelles on pose des livres ou des cahiers de
musique. (fig. 110, 111).
à FIG. 110.—Pupitre.
FIG. 109.—Pupitre, PI1G 111.—Pupitre,
Le meuble qni est placé dans le choeur d’une église, qui porte
le livre sur lequel on chante l'office et que l'on désigne sous le
nom.de lutrin, n'est autre chose qu’un pupitre de grandes dimensions.
M. Laurent veut faire construire dans le jardin de sa maison de campagne un abri ombreux sous lequel il pourra diner ou se reposer en plein air, sans être incommodé par le soleil ou par les ondées, A ce sujet il demande à Justine de lui indiquer un contracteur.
—Je ne comprends pas, répond Justine, ce que Monsieur entend par contracteur.
—Je veux dire un maître menuisier qui se chargera de constraire ce que je désire, pour un prix fixé d'avance et par contrat.
—Vous avez alors l'intention de faire exécuter un travail à forfait. C'est donc à un entrepreneur que vous aurez affaire et non à un contracteur.
—Tiens! et pourquoi?
—Parce que CONTRACTEUR — n’est pas français. Nous avons contrat, con-
tracter, contractant, mais pas contracteur.
ENTREPRENEUR.—C'est celui qui entreprend, qui exécute certains travaux ou certaines fournitures à son propre compte et à forfait.
FORFAIT.—C'est un marché par lequel une des parties contractantes s'engage à faire ou à livrer quelque chose dans un temps donné et pour un prix arrêté, à perte ou à gain, sans que l'autre partie soit appelée à payer ne somme supérieure au prix convenu, quand bien même l'entrepreneur établirait lumineusement que le travail exécuté lui coûte le double de ce prix.
CONTRAT.—C'est une convention écrite, entre deux ou plusieurs personnes, ayant pour objet de régler définitivement et clairement les termes d’une convention, les conditions et le prix d'un travail, d’une livraison, d’une exploitation en commun.
CONTRACTER.—C'est prendre un engagement par contrat, Contractex un bail.
CONTRACTANT — adjectif et substantif —Se dit de quiconque contracte. les parties contractantes; les contractants.
—Alors, dit M. Laurent, je conclus qu’il faut, en toute circonstances, remplacer notre mot contracteur par entrepreneur. —Absolument, oui, Monsieur.
RBOTIPICATION DU VOCABULAIRE
lei se termine notre volume, mais non notre travail, Si. comme nous l'espérons, accueillie, nous en publierons
Nous n'avors pas épuisé la liste des vocables défectueux qui sin-
gularisent notre parler, et nous ne pouvions point l'épuiser en un seul volume.
Notre seconde série complètera le travail que nous avons entrepris, <n nous permettant d'indiquer et de corriger non seulement les termes impraprement employés dans la langue écrite comme dans la langue
contraventions aux règles syn-
Abdication. . , .
Abus de confiance, Accaparement.
Accommodation .
Accommoder.
Acide carbolique, Aûde mhénique .