‹ Recueil choisi de traits historiques et de contes morauxChapitre 120 sur 148 · A UNE PAQUERETTE DES CHAMPS ÉCRASÉE SOUS LA CHARRUE (AVRIL · texte numérisé non relu

A UNE PAQUERETTE DES CHAMPS ÉCRASÉE SOUS LA CHARRUE (AVRIL

TRADUIT PAB l'eDITEUB.

Petite et gente fleur au contour cramoisi, Pourquoi me rencontrer en cette heure fatale P Sans le vouloir, je viens ici, De t'écraser jusqu'au dernier pétale ; Et ne puis maintenant malgré mon désespoir, Joli bijou ! te rendre à la vie à l'espoir !

Aujourd'hui ce n'est plus comme c'était hiar, La joyeuse alouette alors de ta corolle

Sous sa patte, au souffle de l'air Faisait gaiement ployer la brillante auréole, Lorsque de la nature épiant le réveil Elle montait— montait saluer le soleil.

Sur ton nid de verdure a soufflé dès l'abord De ses torrents de pluie, et de sa froide haleine

L'âpre bise du vent du nord, Cependant tu naquis au milieu de la plaine Joyeusement, narguant la voix de l'ouragan, En crevassant le sol par un subit élan.

The flaunting flowers our gardens yield, Higb sbelt'ring woods and waV maun shiéld ; But thou, beneath the randora bidd

0* clod or atane, Adorns tbe bistîe stibble-field,

Unseeni alane.

There, in tbv scanty mantle dad, Thj snawie bosom sun-ward spr^td, Thou lifts tby unassuming bead

In bomUe guise ; Bat now tbe sbare uptears tby bed,

And low thou lies !

Such is tbe fate of artless maîd, Sweet flow*ret of the rural sbade !

By love's simplicity betray'd,

And guileless trust, Till she, like tbee, ail soird, is laid

Low i* tbe dost.

Such is tbe fate of simple Bard,

On life's rougb oceau luckless starr'd !

Unskilful he to note tbe card

Of prudent lore, Till billows rage, and gales blow bard,

And wbelm bim o'er !

Such fate to suffering wortb is giv'n, Wbo long with wants and woes bas striv'n, By buman pride or cunning driv'n

To mis'ry's brink, Till wrencb'd of e\*Tj stay but beav'n,

He, ruin'd, sink !

Ev*n thou wbo moum'st tbe Daîsy's fate, Tbat fate is tbine — no distant date ; Stem Ruin's plougb-sbare drives, elate,

Pull on tby bloom, Till crosb'd beneath tbe furrow's weigbt,

Sball be tby doom !

Les fleurs qui font jabot dans nos riches jardins, Sont mises à Tabri des vents et de Torage, Par les arbres, les murs voisins ; (Toi simple fleur des champs, tu n'as pour ton partage, Qu*une motte de terre en guise d'oreiller.

Ou qu'un caillou poudreux que tu sais émailler.

Là, modeste et drapée en ton humble manteau.

Etalant au soleil ta poitrine de neige, Tu fixais ton regard si b^u Sur l'astre radieux qui réchauffe et protège, Lorsque^destin fatal ! voilà soudam mon soc Qui t'arrache à ton lit, en écrasant ton roc.

De naïve fillette, hélas ! tel est le sort :

Modeste fleur éclose à l'ombre du village,

Elle croissait sans nul effort. L'orgueil de ses parents, aussi belle que sage. Quand un vil séducteur sut lui ravir son cœur. Pour la jeter bien bas, souillée et sans honneur I

Tel est souvent aussi le misérable sort

Du Barde, s*il est né sous une sombre étoile.

En vain veut-il gagner le port.

Que peut-il P inhabile à diriger la voile, Jouet des vents, hélas ! forme-t-il un radeau, Le voilà qui chavire, et lui creuse un tombeau.

Tel est encor le sort du mérite souffi*ant.

En lutte ouverte avec les besoins de la vie.

Il bataille persévérant Jusqu'à ce que vaincu par l'intrigue et l'envie. Sans soutien que le ciel, en son affreux destin De misère en misère il succombe à la fin !

Et moi qui m'attendris sur toi, petite fleur, Je subirai ton sort, ma pauvre Pâquerette,

Et bientôt le soc du malheur Labourera mes flancs sur ma rude couchette.

Jusqu'à tant qu'écrasé sous ce sillon rongeur Je tombe jeune eacor broyé par la doideur !

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