CHANSONS
Inédit.
Amarillis, que vous estes cruelle De refuser mon service et mes soins !
Je ne sçaurois, quand je vous vois si belle, Me dispenser de vous en rendre moins.
Pour vous cacher mes feux il faut trop de contraintes ; Je souffre vos rigueurs, souffrez mes plaintes.
Il ne faut plus se faire violence, Laissons agir librement nos humeurs, Aïez pour moy beaucoup d'indifférence.
Je vous diray sans cesse : Je me meurs. Ainsy nous nous verrons avec moins de contraintes, Je souffre vos rigueurs, souffrez mes plaintes.
S'il est permis déjuger de vostre ame Par mon mérite et par vostre froideur, Vous avez plus de mespris pour ma flamme Que vous n'avez de soin de vostre honneur. Je n'y puis consentir sans beaucoup de contraintes ; Je souffre vos rigueurs, souffrez mes plaintes.
Mais toutesfois si je vous importune De souspirer sans cesse auprès de vous. Il est aisé de mettre ma fortune Dans un estât plus tranquille et plus doux. Escoutez mon amour avec moins de contraintes,- Vous verrez aussytost cesser mes plaintes.
Pressé de cent petits Amours Dont il ne pouvoit se deffendre, Alcandre tenoit ce discours A son cœur facile à surprendre :
Gardez bien que ces jeunes fous Ne se rendent maistres chez vous.
Ces ennemys du genre humain, Seuls autheurs de vostre misère, Tenans un flambeau dans la main Viennent à vous pour vous mal faire Je vois bien que ces petits fous Veulent mettre le feu chez vous.
Connoissez-vous ces enragez, La belle Tris vous les envoie ; Si chez vous ils estoient logez Vous n'auriez ny repos ny joie.
Gardez bien que ces petits fous Ne se rendent maistres chez vous.
On dit qu'ils sont issus des dieux, Mais je crois que ce sont des fables; Iris les forme dans ses yeux, Ils n'en sont pas moins redoutables.
Gardez bien que ces petits fous Ne se rendent maistres chez vous.
Des sages ils sont redoutez ; Ne voyez- vous pas ceste belle
iOll POÉSIES DE SAINT-PAVIN.
Les envoïer de tous costez Et n'en point retenir chez elle t Gardez bien que ces petits fous Ne se rendent maistres chez vous .
En jouant, ces malicieux, Qui ne sont jamais raisonnables. Frappent comme des furieux, Et les blessez sont incurables.
Gardez bien que ces petits fous Ne se rendent maistres chez vous.
Pour vous tromper ils vous feront
Cent agremens et cent caresses,
Et les petits fourbes seront
Tousjours menteurs dans leurs promesses.
Gardez bien que ces petits fous
Ne se rendent maistres chez vous .
Mais, las ' bien loin d'en avoir peur. Pour eux vous souspirez sans cesse, Vous voulez vous rendre, mon cœur, Et c'est en vain que je vous presse De fermer la porte à ces fous :
Je crois qu'ils sont desjà chez vous.
Inédit.
Tyran des âmes les mieux nées, Honneur, ennemy des plaisirs, Que tes généreuses pensées Me feront couster de souspirs !
Je cours où la gloire m'appelle,
Et je quitte Philis qui m'est plus chère qu'elle.
Mon malheur n'est-il pas extresme ?
Le sort où je me vois soumis Me rend ennemy de moy-mesrae :
Pourdesfayre mes ennemys, Je cours où la gloire m'appelle, Et je quitte Philis qui m'est plus chère qu'elle.
Dans cette injuste violence Qu'on fait souffrir à mon amour, Jeune beauté, si je t'offense, C'est pour mieux mériter un jour, Venant d'où la gloire m'appelle, La gloire de servir une dame si belle.