‹ Recueil complet des poésies de Saint-PavinChapitre 14 sur 21 · RONDEAUX · texte numérisé non relu

RONDEAUX

Imprimé, p. 18.

Quoy, me voïant le cœur blessé Des traits que vos yeux m'ont lancé, Philis, vous n'en faittes que rire !

Quand pour vous un amant soupire, N'est-il pas mieux récompensé 1 Je me croïois, pauvre insensé, Dans un poste plus avancé, Et j'esperois, je n'ose dire

Quoy.

De vous quitter j'ay balancé ; Mais, à dire vray, j'ay pensé Que mon mal en deviendroit pire.

Pour empescher qu'on se retire Vous avez trop de je ne sçay Quoy.

luédit.

D'aymer une Illustre, une Infante, Une Reine docte et galante, On satisfait sa vanité ;

Mais nostre sensualité N'y trouve rien qui la contente.

Si j'adorois une sçavante, Je serois bientost rebuté

D'ayraer.

Telle maistresse est peu charmante, Quand, aïant des ans plus de trente, Elle n'a plus de royauté ; Il faut servir une beauté Jeune et modeste, et qui se vante D'aymer.

Inédit.

Comme je crois, vous estes amoureux. Vous vous mirez, vous poudrez vos cheveux. Vous consultez comme on lance une œillade; Quoy ! vous allez seul à la promenade Galantiser le sujet de vos feux !

Ce dessein est d'un homme vigoureux.

Pour un perclus le pas est dangereux, Puisque l'amour veut toujours qu'on gambade,

Comme je crois.

Mais si ce dieu favorable à vos vœux, Vous y laissoit venir aux mains tous deux, Pourriez-vous bien tirer une estocade?

Assurément vous feriez le malade, Ou du combat vous sortiriez honteux,

Comme je crois.

Inédit.

Si vous voulez, ô beauté que j'adore, Bannir d'icy le chagrin qui dévore Un vieux perclus qui ne peut en sortir, Venez le voir, hastez-vous de partir ; A son secours vosbontez il implore.

S'il n'est pas fait comme Varde ou Roqu'laure, La bonne humeur sa vieillesse décore, Vous en pourrez faire vostre martyr,

Si vous voulez.

Estant chezluyla contrainte il abhorre, Les Jeux, les Ris que l'Amour fait eclore S'y trouveront prests à vous divertir, Et je vous puis asseurer, sans mentir, Que vous aurez d'autres plaisirs encore

Si vous voulez.

Pour une fois vous avoir fait attendre Chez Amarante, où je ne peus me rendre, Il ne faut pas me condamner si fort, Ny publier, quand mesme j'aurois tort, Que je n'ay plus rien de vous à prétendre ; Aïant failly, ce n'est pas bien l'entendre, Pour vostre honneur il falloit me deffendre : Injustement vous avez pris l'essort

Pour une fois.

Pour vostre amant vous n'estes pas fort tendre, Je congnois bien qu'on ne vous peut surprendre, Dans les plaisirs qui se prennent d'accord ; Vous en donner souvent seroit ma mort, Vous seriez peu satisfaite d'en prendre Pour une fois.

Inédit.

Du mal d'autruy peu de gens sont grevez, Du vostre on rit chez les plus reservez, Quoyqu'autrement la charité l'ordonne ; A vostre toux un autre nom se donne, Quand vous crachez on dit que vous bavez : S'ils ont raison, Philis, vous le sçayez ; Mais, sans mentir, de l'air dont vous vivez, J'en jurerois quasy, Dieu me pardonne,

Du mal.

Heureusement si vous vous en sauvez, C'est qu'à présent ceux dont vous vous servez Se sont trouvez d'une santé fort bonne : Mais à vouloir ne refuser personne.

Je suis trompé, si bientost vous n'avez

Du mal.

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