‹ Recueil complet des poésies de Saint-PavinChapitre 4 sur 21 · XL. (bouts rimes.) Inédit · texte numérisé non relu

XL. (bouts rimes.) Inédit

Trois jeunes hommes de Paris , De bonne et de mauvaise taille, Se trouvant sans denier ny maille.

Cherchent de l'argent à tout prix.

Pour leur caution ils ont pris Un vendeur d'huistres à l'escaille, Et pour nantissement on baille Un castor noir, presque tout gris.

Bissestre, belle métairie, Leur part en la Conciergerie, Est un hypoteque très-bon :

Ces trois messieurs fort à leur aise, Si vous voulez, au denier seize S'obligeront in solidum.

Imprimé, p. lu.

La fortune qui me maltraitte, Ne bornera jamais son cours :

Et les araignes tous les jours Font leurs toiles dans ma pochette.

Ma garderobe est tantost nette, Je n'ay plus d'habit de velours; Mes chevaux ressemblent des ours, Mon caresse devient charette.

Mes laquais tirent à la fin, Et ce qui restoit de mon train A pris congé pour recompense :

Enfin, hors ceux à qui je dois,

On ne voit point d'iiermitc en France

Qui soit moins visité que moy.

30 POÉSIES DE SAIiNT-PAVIN.

Imprimé, p. 15.

Sans ressource à ce coup le malheur me terrasse; Je vois bien, mais trop tard, que le jeu m'est fatal Je ne puis résister à mon destin brutal, Chers amis, c'en est fait, il faut quitter la place.

Au moins souvenez-vous que j'ay frayé la trace Par où les gens de bien s'en vont à l'hospital : Qui sçait bien despenser et n'emprunte pas mal Ne doit pas s'affliger de porter la besace.

Je ne suis plus nourry que par mes créanciers, Qui taschent, pour tirer payment de leurs deniers, De me faire survivre à tous ceux dont j'hérite :

Que mes jours sont suivis d'une bizare fin !

Les dettes me font vivre, et quand je seray quitte.

Je prévois qu'il faudra que je meure de faim !

Sur l'abbé de Fiesque (Imprimé, p. 75).

Abbé, vous avez la naissance, La bonne mine, et l'air des grands :

Ces avantages apparents Cachent un peu d'insuffisance ; Mais la longue persévérance A ne rien dire de bon sens Fait enfin descouvrir les gens :

Vous devez garder le silence.

Pour rendre parfait vostre corps

Nature fit tous ses efforts, Et se donna tant d'avantage,

Que celuy qui forma l'esprit En fut jaloux, et de despit Refusa d'achever l'ouvrage.

Inédit.

Amarante, dans un ouvratje Fait pour Boissat nommé l'Esprit, Sur les plus sçavans de nostre âge L'art de bien escripre enchérit.

J'estime encore davantage Les vers que pour Flore elle escrit.

Ils sont plus selon mon usage.

J'aime les douceurs qu'elle y dit ;

Tous deux, l'ame assez raisonnable, Nous courtisons nostre semblable, N'aimant le reste qu'à demy :

Sans l'accuser d'une infamie, J'escris souvent à mon amy Comme elle escript à son amie.

Ne faites point tant la cruelle ; Vostre froideur hier me surprit, Iris, si vous passez pour belle, Je passe pour homme d'esprit.

Tousjours Yous ne serez pas telle, Vostre fleur desjà se flestrit, Et l'on verra durer plus qu'elle Les sonnets que ma plume escrit.

Du moins je vois la chose égale.

Il est vray que fort libérale Vous m'avez donné de l'amour ;

Je m'en tiens vostre redevable, Rendez- vous un peu plus traitable ; Je pourray ra'aequiter un jour.

Imprimé, p. 40.

Tout le monde sçait que je t'aime, Je te l'ay dit ; si tu le crois, La justice que tu me dois T'engage à me traitter de mesme.

Mes soupirs, mon visage blesme, Les tristes accents de ma voix, Ne te parlent tous à la fois Que de ma passion extresme.

As-tu besoin d'autres tesmoins 1 Regarde mes respects, mes soins N'en est-ce pas assez, Climene l

Veux-tu m'obliger à mourir?

Ne va pas si viste, inhumaine.

Je ne suis pas las de souffrir.

POÉSIES DE SAINT- PAVIiX. 33

Imprimé, p. 56.

Caliste, vos rigueurs ont lassé ma constance, J'ay peine à me connoistre en Testât où je suis, Sans beaucoup de chagriu je souffre yostre absence, Et loin de vous cliercher, cruelle ! je vous fuis.

Je ne regarde plus qu'avec indifférence Ce qui fit autrefois ma joie et mes ennuys Au repos de mon cœur incessamment je pense, Et pour me l'assurer je fais ce que je puis.

Des folles passions mon esprit se dégage,

Les plaisirs que je prens ont rapport à mon âge,

Et les plus innocents sont pour moy les plus doux :

Je ne soupire plus au moins pour une ingrate, Mais de quelque douceur dont mon ame se flatte, Je vivois plu.5 heureux quand je mourois pour vous.

A. Ninon pe Lenclos (Imprimé, p. 66).

Je commence à vous mescognoistre.

Vous me fuiez, ingrate; hé quoy !

Vostre cœur si tendre, pour moy Seul pourroit-il ne le pas estre !

Je crains bien que ce petit traistre

Ne m'ait desjà manqué de foy.

On le croit souvent tout à soy,

Qu'on n'en est pas longtemps le maistre.

Le changement vous est si doux,

Que quand on est bien avec vous, On n'ose s'en donner la gloire ;

Celui qui peut yous arrester

A si peu de temps pour le croire,

Qu'il n'en a pas pour s'en vanter.

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