TOPOGRAPHIE DK LA JÉRUSALEM ANTIQUE
Mais rien n*en est sorti qui prouvât peu ou prou, que c'est le tombeau d'Hérode. Quant à la prétendue « épitaphe » dudit tombeau^ on n'en a jamais trouvé trace.
Par contre, Tauteur a omis d'enregistrer sur sa carte, aussi bien que dans son texte descriptif, certaines indications qui cependant avaient leur prix, étant donnée surtout l'importance qu'il attribue, avec raison, au rocher et aux conditions dans lesquelles celui-ci apparaît à nos yeux. J'ai déjà signalé quelques-unes de ces omissions. En voici d'autres plus graves, qu'il aurait pu éviter s'il avait bien voulu prendre la peine de se reporter à tel ou tel de mes ouvrages. C'est ainsi qu'il ignore ou laisse ignorer à ses lecteurs, l'existence d'une sorte de keroub assyrien sculpté sur le roc, dans les antiques carrières dites w Cavernes Royales ». Même silence en ce qui concerne le reste d'inscription en caractères phéniciens gravés au dessus de la porte de l'édicule de style égyptien taillé dans le roc, à l'entrée du village de Selouân; les inscriptions phéniciennes, également gravées dans des cartouches sur le roc, dans ce village même, etc. C'était pourtant là du roc daté, s'il en fut.
L'auteur passe bien légèrement (p. 151), du moins à mon avis, sur la vieille piscine de Sainte- Anne qui, ne lui en déplaise, a bien des chances pour représenter la Probatique authentique, adjacente à la Bethesda ou Beit Hanna = Maison de Sainte- Anne. De même, il n'est guère explicite (p. 96 et 121), sur l'immense contrescarpe qui s'étend entre le couvent des Dames de Sion et THospice autrichien. C^est cependant un des points les plus importants de la Jérusalem antique, comme l'ont montré les fouilles que j'y ai pratiquées en 1874 et dont j'ai donné tout le détail dans mon ouvrage anglais plusieurs fois cité. Il se trouve justement qu'à l'heure actuelle, l'endroit a un regain d'actualité grâce aune supercherie habile organisée pour y créer de toutes pièces un sanctuaire dont le besoin se faisait sentir... « la prison de Jésus ». C'est un nouveau et piquant chapitre à ajouter aux « Mystères de Jérusalem »; j'aurai peut-être à le conter un jour, car l'archéologie a son mot à dire dans l'afTaire.
Uauteur donne une nomenclature assez détaillée des rues, quartiers^ édifices, etc., de la Jérusalem arabe, d'après celle du D' Sandreczky insérée dans VOrdnance Survey de 1865. Là encore, je constate plus d'une lacune. J'en signalerai, entre autres, une d'autant plus regrettable que le nom omis intéresse un des problèmes les plus discutés de la topographie hiérosolymitaine. C'est la Hâra (rue), le Soûq (marché) et la Qahoué (café) de la Bâchoûra^ vers Tangle sud-est duMoristàn. Ces noms figuraient cependant déjà dans le relevé très consciencieux de Sandreczky {Zeitschr. des D. Palàstina-Vereins, VI, 69). Celui-ci, d'ailleurs, a ignoré la signification et n'a pas vu la portée de ce vocable Bdchoûra qui, attaché à ce point avec une si remarquable insistance, n'en a pas moins échappé jusqu^ici à Tattention des archéologues. On me permettra de profiter de l'occasion pour faire ressortir la portée de celte donnée qu'on a négligée à tort. Bâchoûra est un vieux mot arabe tombé en désuétude et désignant ce qu'en langage de fortification médiévale, on appelait la (( barbacane », c'est-à-dire l'ouvrage avancé défendant la porte d'une ville ou d'une forteresse. Le mot est encore employé dans les inscriptions du sultan Beibars, par exemple. Il est emprunté au syriaque et contracté de bar choûrâ « le fils du mur =: antemurale ». Or, à quelques mètres de là s'élèvent justement les restes d'une vieille porte fortifiée (« Torreste »), dans laquelle nombre d'archéologues autorisés inclinaient à voir une des portes, la porte Gennath ou autre, de la première enceinte dont on retrouve encore des vestiges un peu plus à l'ouest, vestiges inscrits sur la carte même de M. Kiimmel, sous la rubrique « alter Mauerrest ». L'auteur repousse cette opinion, le tracé qu'elle implique étant gênant pour son système, qui veut à tout prix battre en brèche l'emplacement du Saint-Sépulcre. Je crois qu'on peut tirer un argument nouveau de la dénomination arabe, et cet argument n'est guère en faveur de sa thèse. D'une antiquité assurée par le fait même que le mot est aujourd'hui incompris, elle tend à montrer que le « Torrest » était un ante^ murale appartenant, comme les vestiges qui s'y alignent vers