TRADITIONS ARABES AU PAYS DE MOAB
astronomique et ont des significations beaucoup plus précises que celles qu'il essaie de tirer de divers rapprochements philologiques vagues et contestables. C'est ce qui me paraît clairement ressortir des exemples suivants :
El-matar eth-theriâoui, traduit par « la pluie abondante »,
est en réalité la pluie des Pléiades (L^l, Eth-Thouraiyâ).
^Jill Ju^^ nom transcrit et traduit d*une façon quelque peu
surprenante par « le secours de la peste », n'est autre que -x»^
7»1jJ1, Sad edh dhâbeh^nom des deux étoiles brillantes sur la
corne gauche du Capricorne.
La pluie dite el-djaiizah n'a rien à voir avec le mot •'jy>'
djauza « coup à boire « du proverbe cité d'après le Lisân. Ce
nom nous cache celui, soit des Gémeaux^ soit à'Orion (Jj^l
El'Djauzâ).
La pluie de ech^charâ c'est tout simplement la pluie de
Sirius ou du Chien {(Sj^, ChVrà),
La pluie de es-semâk (prononcé à la bédouine semachy ou mieux sémâtch)^ c'est la pluie, soit des Poissons [Es-Séméké)^
soit plutôt de YÉpi ou à'Arcturus [■^\J\ iJU-JI^ Es-Sémâk er» raméh)^.
Je ne me charge pas de rechercher jusqu'à quel point ces dénominations, dont l'identité absolue est elle-même sujette à caution, mais dont la nature astronomique n'est pas niable^ correspondent aux aspects réels du ciel étoile selon les divers moments de l'année. Il est possible qu'elles aient été conservées ou
1. Celte série d'explications, que j'ai publiées déjà dans le Journal Asiatique (1906, II, p. 361) s'est trouvée confirmée depuis, de la façon la plus positive, par les observations de Musil, Kusejr ^Amra, I, p. 55, relevées et commentées par Noeldeke dans la ZDMGf 1907, p. 231. Les noms et les époques des pluies selon les Bédouins sont indiqués avec précision par Musil : 1» As^ad ad-dâbeh, dans la première moitié de novembre; réputée malsaine pour les hommes et les animaux; 2® Ma'at-irajjâwi, milieu ou fin décembre; 3° AL gôza, en janvier; 4» Aà-ëe^era' ; 4° S'mâô, courte pluie avec orage, au printemps.
acquises par simple tradition. Nos Bédouins actuels ne doivent guère se livrer aux observations astronomiques, si rudimentaires soient-elles S que ces noms supposent à l'origine. Ils ont pu oublier celles-ci, peut-être même embrouiller les données sur lesquelles ellea reposaient; et c'est pourquoi, en ayant perdu eux-mêmes la trace, ils n'ont pas su mettre le P. Jaussen sur la bonne voie étymologique.
Cette oblitération même ne rend que plus intéressant le fait que je signale. Elle nous montre, en effet, que cette conception est proprement une survivance, nous reportant à une époque et dans un milieu plus anciens. Je ferai remarquer, à l'appui de cette conclusion, que quelques-uns de ces astérismes (par exemple les Pléiades et Sirius), étaient, et cela sous les mêmes noms qu'ils portent encore aujourd'hui, l'objet d'un culte chez les Arabes anté-islamiques ".D'ailleurs nous savons, par des renseignements formels, que ces Arabes, adonnés aux croyances dites sabéennes, attachaient une importance particulière à la position de certaines étoiles, comme annonçant les époques des pluies. Témoin par exemple le passage d'Aboul-Féda' :
1. Je crois toutefois me rappeler, en consultant des souvenirs déjà bien lointains, que les Bédouins^ ou du moins certains d*entre eux, savent encore distinguer et dénommer quelques étoiles ou groupes d^étoiles. Pour les fellahs cisjordaniens, la chose est hors de doute; cf. la liste relevée par M. Baldensperger (Pal. Expl. F. Quart, Stat,, 1893, p. 311). Seulement quelques erreurs se sont glissées dans cette liste, d'ailleurs fort instructive. Par exemple, le nom
de la Voie Lactée : 4îlJa3t cLy tareek Utubânet^ doit être corrigé en âîLJl ^3*;^
tarîq et-tabbdnè « le chemin des marchands de paille » . Ce curieux nom, équivalent littéral de celui que les Persans donnent à la Voie Lactée ; rehi kehkechârif provient d'une vieille légende très répandue dans tout l'Orient (cf. syriaque, hébreu post-biblique, turc, arménien, etc), qui a son écho même en Occident [Mehlweg, Mûhlenweg),
Je note dans cette même liste le nom de Hareef el Thureiyah, bjsJI v-Âj^ donné par les fellahs au Cocher (?). Le premier mot aurait-il quelque rapport avec celui de la pluie de el-^arîf («Jb yJI) qui, dans l'exposé du P. Jaussen,
précède la pluie Eth-therayâouî (= des Pléiades)? On sait que, dans certains dialectes bédouins et fellahs, le ha et le*am sont susceptibles de s'échanger.
2. Cf. entre autres Krehl,ï7e6er die Religion der vorisL Araber, p. 24, 25.