RUE BONAPARTE
RECUEIL
Jarres israèlites marquées à l'estampille des rois de
Juda.
Au cours des grandes excavations entreprises en 1869 à Jérusalem, le long des faces extérieures de l'angle sud-est de l'enceinte du Haram,au lieu dit Ophel, Sir Charles Warren avait découvert 1 ^ une profondeur considérable, non loin du niveau des assises inférieures de l'ancien mur, un groupe de huit anses de vases en terre cuite, qui présentaient les caractères non équivoques d'une haute antiquité.
A en juger par la force et l'épaisseur des anses, en argile bien cuite, rouge, dure, recouverte d'un dépôt pulvérulent grisâtre, et, aussi, par les fragments de panse y adhérents, ces vases devaient être de grande taille, peut-être des jarres analogues, comme formes et comme dimensions, aux jarres phéniciennes et carthaginoises dont j'ai eu l'occasion de parler ailleurs*. La robustesse des anses, notamment, comparée à leur diamètre relativement faible, les rapproche sensiblement de ces spécimens plus complets de la céramique orientale qui, sous ce rapport, se distinguent nettement des amphores de fabrication hellénique à hautes anses surélevées. Ainsi que je l'ai expliqué dans la notice citée ci-dessus, ces anses petites et trapues constituaient
1. Exactement, le 19 janvier 18G9, d'après la teneur de l'étiquette apposée, le jour même de la trouvaille, sur l'anse A ; à une profondeur de 52 pieds.
Recueil d'Aucii ':ologik orientale. IV. Janvikk 1900. Livkaibun 1
moins une poignée, destinée à soulever la jarrç à la main, qu'une sorte d'anneau fixe servant au passage d'une corde à l'aide de laquelle on la manœuvrait. Il devait en être de même pour les jarres de Jérusalem dont, seules, les anses nous ont été conservées.
Mais, bien que d'un intérêt réel pour l'archéologie, c'est surtout par leur valeur épigraphique que ces débris méritent l'attention.
Sept de ces anses, en effet, portent des timbres à légendes hébraïques plus ou moins bien conservées; les lettres, du type phénicien, se distinguent par les particularités propres à l'alphabet hébreu archaïque tel qu'il se montre à nous dans les deux grandes inscriptions découvertes par moi au village de Selwân; dans l'inscription du canal souterrain de Siloé; dans le reste de cartouche que j'ai signalé au dessus de la porte de Pédicule monolithe de Selwân; enfin, sur les cachets israélites de l'époque des rois. A priori, par les seules raisons paléographiques, on était donc en droit de reporter la date des anses en question à cette dernière époque. Je montreraijtout à l'heure que ce diagnostic est pleinement confirmé par la teneur même de ces courtes légendes. Voici la description des huit anses formant groupe, telle qu'elle résulte de l'examen minutieux que j'ai eu, dans le temps, l'occasion de faire des originaux conservés à Londres dans les collections du Palestine Exploration Fund, aussi bien que des excellents moulages que j'en possède. Elle reproduit en partie, en la complétant et la corrigeant sur plusieurs points, celle que j'avais donnée en 1883\
À. — Tout on haut de l'anse, deux cercles concentriques, annulaires, avec un point central (motif qui se retrouve dans la décoration égyptienne et assyrienne), imprimés en creux.
Immédiatement au dessous, empreinte d'un cachet ovale exécuté d'une façon indépendante de la précédente : disque, ou épervier solaire, en relief, aux deux ailes éployées; autour du
i. Clermont-Ganneau, Sceaux et cachets Israélites, phéniciens, etc., p. tl et suiv., pi. I, n* 3 (cf. p. 48).