‹ Recueil d'archéologie orientaleChapitre 14 sur 213 · P. E. F., Quart., Stat. ib., p · texte numérisé non relu

P. E. F., Quart., Stat. ib., p

Je suis bien aise de constater, à ce propos, en lisant l'intéressant rapport de M. Bliss sur les résultats de ses excavations à Tell Es-Sâfi, qu'il prend plus au sérieux que ne le faisait son ancien collaborateur, M. Dickie, la loi de la taille médiévale que j'ai découverte et formulée en 1874 et qui constitue un sur et précieux diagnostic des pierres taillées par les Croisés. Le fait qu'il a relevé l'existence de cette taille caractéristique sur les blocs des premières couches de construction de Tell Es-Sàfi (« the dressed stones ail showed signs of the fine diagonal Crusading cbiselling ») est une remarquable vérification de cette loi, puisque l'histoire nous apprend que les Croisés avaient élevé à Tell Es-Sàfi leur fameuse forteresse de Blanche Garde. Je crois pouvoir prédire, dès à présent, qu'en examinant de plus près les blocs en question, M. Bliss y découvrira, en outre, au moins sur quelques-uns, des signes lapidaires empruntés à l'alphabet latin ou à la symbolique courante du moyen-âge occidental (voir le grand tableau synoptique de ces signes, plus de 700 types différents, recueillis sur les monuments des Croisés, dans mes Archaeological Researches in Palestine, vol. I, p. 10).

Sur les deux ouèlys et l'âge présumé de leur construction, cf., en dehors de Rey, les observations de Guérin [Judèe % II, p. 91), qui remontent à 1863.

La localité de Tell Es-Sâfi figure sur la carte mosaïque de Màdeba, sous 1p. nom suggestif de CAO ISA, comme je l'ai montré clans mon Recueil d'nrchdogie orientale (vol. Il, 170); cela nous prouve qu'elle florissait encore à l'époque byzantine, et que le nom est, par conséquent, antérieur à la conquête arabe.

Voir, sur la forme de ce nom et sur son origine araméenne, ce que je dis dans le passage précité, en y ajoutant celui de la p. 179.

Le Taktikon publié dans 'Iepo<joX<j|ita;(p. xoô'), document d'une date malheureusement incertaine, mais, en tout cas, refondu à l'époque arabe, parle en ces termes de Tell Es-Sàû, mentionné comme dépendance de l'évèché d'Éleuthéropolis :

xb Eicdvio tou 0ouvoO xa8ap6xa<r»pov, orcep Xlyetai TeXeaaçiov r, TeXe<rrfa?t.

Le bounos est le tell sur lequel s'élève la localité ; Telesaphion et Telessaphi

sont les transcriptions, la seconde très exacte, du nom sous sa forme arabe JJ JLaII, et katharokastron est la traduction littérale de ce même nom (xaQapi; = jU, « pur •»}.

bole qui, comme h l'ordinaire, devait accompagner cette légende et, selon toute probabilité, en séparer nettement les deux termes indépendants.

On ne saurait nier que la multiplicité de ces exemplaires sortis de trois points différents de la Palestine, et la généralisation de la formule stéréotypée qu'ils reproduisent, viennent apporter une grande force à l'explication, à la fois très simple et très rationnelle, que j'ai développée plus haut. Je ne doute guère désormais que l'avenir ne lui réserve de nouvelles confirmations.

Ces anses estampillées constituent maintenant une famille relativement nombreuse — surtout si Ton lient compte de ce que leur nombre, destiné à s'accroître, n'est qu'un coefficient représentant des centaines ou plutôt même des milliers de jarres de même espèce. Elles ont en commun une particularité caractéristique sur laquelle M. Bliss insiste avec raison f : une sorte de double côte saillante qui les renforce et les sillonne de haut en bas. Celte particularité pourra servir à diagnosliqucr d'autres anses anépigraphes de même fabrication, fournissant ainsi un critérium chronologique pour les couches dans lesquelles on les rencontrera.

Une autre observation matérielle se dégage pour moi de l'ensemble de ces anses exhumées tant à Jérusalem qu'à Tell Zakariya et à Tell Es-Sâfi : elles se divisent en deux groupes, distingués nettement par la nature du symbole accompagnant les légendes.

Les sept anses de Jérusalem sont marquées au type du disque ailé ou de l'épervier sacré ; ce même type se retrouve sur trois, au moins, des anses de Tell Zakariya \ Sept autres anses provenant de ce tell (n 08 1-7) sont, au contraire, marquées au type du scarabée aux quatre ailes éployées. Il est assez frappant de voir que, sous ce rapport, le groupe se répartit en deux séries sensiblement égales : 1° série au disque ailé ; 2° série au scarabée.

2. N°» 7, 8, 9. Et peut-être d'autres encore, M. Bliss ne s'expliquant pas sur la nature du symbole des trois autres anses de Tell Zakariya, et des deux anses de Tell Es-SàH.

JARRES ISRAÉLITES MARQUÉES A l' ESTAMPILLE DES ROIS DE JtIDA 21

On est amené à se demander si la différence dans l'emploi de ces deux symboles ne correspondrait pas à des différences dans l'origine ou la destination des jarres. Il est peu probable que ces symboles aient un rapport avec la ville même dont ils accompagnent le nom. En effet, nous n'avons, en tout cas, jusqu'ici,que deux symboles, tandis que nous avons, au moins, trois noms de villes différentes, peut-être quatre, sinon davantage : Hébron, Ziph, Socho e» — celui-ci encore hypothétique il est vrai, — Morechal. Tout au plus, pourrait-on supposer que ces villes étaient réparties en deux groupes, par exemple, régionaux, groupes caractérisés, l'un par le disque ailé, l'autre par le scarabée. Et encore, dans cette hypothèse, on se heurte à une grave difficulté ; c'est que nous voyons le nom de la ville de Socho inscrit aussi bien à côté du disque ailé qu'à côté du scarabée. Il faudrait admettre alors que celte ville aurait passé d'un groupe à l'autre. Aussi vaut-il mieux peut-être considérer ces deux symboles différents, soit comme deux marques propres à deux rois différents, soit comme deux marques de fabrique distinguant les manufactures royales de poteries d'où sortent ces jarres officiellementpoinçonnécs.

Les excavations de M. Blissà Tell EsSâfiont amené la découverte d'une autre anse de jarre également estampillée ! , mais ne rentrant pas dans la catégorie de celles étudiées ci-dessus. Ici, plus de symbole, plus de mention du roi, plus de nom de ville; mais, simplement des noms de personnes quelconques.

On voit nettement que, dans ce cas, il s'agit d'un véritable cachet personnel, apposé par un particulier sur l'anse du vase, soit que ce vase ait été commandé, soit qu'il ait été fabriqué par lui. C'est le nom du possesseur ou celui du potier. L'empreinte offre tout à fait l'aspect de ces sceaux israélites gravés sur pierres fines, dont nous possédons maintenant et dont j'ai

Page 1