SYSTÈME
DE CHARPENTE EMPLOYE A L’ARSENAL MARITIME d’aNVERS.
(Planche n" 5.)
Ce système présente plusieurs avantages :
i”. Il se prête aux grandes comme aux petites dimensions j il a été exécuté à Anvers pour la toiture de la salle des gabaris et celle de l’atelier de la menuiserie, dont les bêlimens ont iao mètres de longueur sur ao mètres de largeur ; on lui donne la forme du plein cintre ou d’une portipn d’arc, suivant la hauteur que doivent avoir les toiu.
a". Il convertit en espace libre des greniers obstrués au moins en partie par les fermes ordinaires.
3°. Il est d’une grande légèreté, et tout-à-fait exempt de poussée sur les murs latéraux.
4°. Il présente une grande économie en substituant à du bois équarri, des bouts de madsiers de o", o54 à o", 081 millim. (a ou 3 pouces) d'épaisseur et d'une longueur. quelconque.
dans laquelle on a couché des bottes de genêt. Les Hollandais emploient quelquefois des bottes de paille : ce moyen suffit pour empêcher 1 eboulement des (erres et contre-butter le garou. On donne à la tranchée 45 i 5o centimètres de profondeur.
aa
5 a . Il est d’une construction si simple que l'ouvrier en bois le plus ordinaire l'exécute facilement.
6". Il se monte sans danger avec le secours de la chèvre.
L’idée principale consiste à remplacer la ferme ordinaire par un arc composé de bouts de madriers jointifs d’une épaisseur proportionnée à l'ouverture de l’arc. Les fermes de la salle des gabaris et de l'atelier de menuiserie de l’arsenal maritime d’Anvers sont composées de trois madriers de o, 081 millimètres ( 3 pouces) d’épaisseur chacun (i).
Les joints des deux cours de courbes extérieures se trouvent toujours vis-à-vis le plein du cours de la courbe intérieure , et les madriers posés ainsi de champ sont solidement chevillés en bois dans le sens de leur épaisseur et boulonnés aux endroits seulement où s’appliquent les mtlises.
Les deux naissances de Tare entrent dans les murs latéraux, où elles sont comme scellées, de manière que l'intrados y aboutit, ce qui ménage de l'espace et consolide en outre les extrémités. Llles s'assemblent à tenons et moi taises dans un entrait qui sert de puulre au plancher; le madrier du milieu prolongé forme le tenon. . .
L’entrait ou poutre porte sur des sablières si le bâtiment est percé de croisées sur ses deux faces; ces sablières sont fixées dans la longueur des murs latéraux par des ancres en fer vis-à-vis chacune des fermes.
On pourrait poser l’arbalétrier immédiatement sur l’arc dont nous venons de parler ; mais , pour mieux lier le système et diminuer la hauteur du toit sans perdre d’espace intérieur , on encastre l’arbalétrier dans le milieu de l’arc en bois en le délardant des deux côtés suivant la courbure , de sorte qu’en cet endroit c’est le milieu .de l’arbalétrier, réduit*à l’épaisseur d’un madrier et taillé convenablement, qui remplace celui du milieu.
A chaque sortie de l’arbalétrier, on place un étrier boulonné, en tout quatre, deux de chaque côté (a). •
(t) Il CM inutile de faire observer que plus les morceaux de madriers sont longs, plus l’arç est solide } on peut cependant , en cas de besoin , employer des morceaux aussi courts qu’on voudra , en ayant soin de les placer plein sur joint , régie générale.
(a) Si l'arc çsl petit on ne met qu’un seul étrier dans le milieu de l'arbalétrier, et 11
Di izc : rCoOsjle
Les étriers dont on peut réunir les deux branches au-dessus de la courbe par un second boulon serrent autant que possible les deux pièces de cette courbe avec l'arbalêliier , et en font comme un seul morceau dans la partie où celui-ci la pénètre.
Des luoises composées de deux madt iers entaillés à nientonnet sur la courbe, soutiennent l’arbalétrier et le lient avec elle. Leur nombre est proportionné à lu grandeur de l’arc.
• La moise du milieu , composée aussi de deux madriers , soutient le faîtage et sert de jwiinçon.
Les j ramies se posent sur l’arbalétrier de manière à en arraser le * dessus, ce qui se fait en entaillant la panne de moitié de son épaisseur, et l’arbalétrier de la même quantité.
Les chevrons, lattis et coyaux se construisent à l’ordinaire.
On remarquera que le système est tellement lié par les entrait» qui annulent la jioussée, par les sablières extérieures qui maintiennent les arcs par le bas comme le faîtage par le haut cl les pannes dans l’intervalle , qu’on pourrait le construire sur des soutiens isolés et le transporter pour ain&i dire d’un lieu dans un autre. -
La facilité de la construction dérive de la légèreté. La ferme composée de la courbe et des deux arbalétriers assembles sur le tas, se •lève avec deux chèvres, et est maintenue verticalement par deux arcsboutans en planches, jusqu'à ce que la ferme voisine soit levée et liée avec la première.
Enfin le moindre avantage du système , qui ne doit cependant point être omis, c'est que, de l'apparence de la construction résulte un coup -d’œil agréable lorsqu’on lait peindre les bois en couleur de l’espèce dont on veut lui donner la teinte, et les fers en noir ou en bleu foncé. .
La planche n° 6 représente une ancienne charpente dont les bois étaient bien conservés et pouvaient être employés; on a seulement substitué aux euirails, liens, etc., la courbe du nouveab système pour faire d’un grenier une salle de malades.
portion d'arc qui le supporte ne se trouve alors divisée qu’en quatre parties par l'étrier et les moires , au lieu de cinq , comme il arrive avec deux élriefs.
Les salles les plu» spacieuses de l'hôpital général de la marine à Anvers, placées sous des toits lambrissés, étaient disposées de cette manière, et ont été généralement approuvées par les officiers de santé.
Charpente du bâtiment de la Buanderie et des Séchoirs d’hiver de r Hôpital de la Marine, à Saint-Bernard.
On avait établi deux hôpitaux pour le service de la marine à Anvers : l’un, pouvant contenir jusqu’à 700 malades, avait été installé dans un ancien couvent des minimes, situé dans la ville, et qu’on avait disposé convenablement pour en faire un hôpital ; et l’autre , pouvant contenir aooo malades, avait été installé dans une ancienne abbaye de bernardins , située près du village de Schill , sur le bord de l’Escaut , à deux lieues et demie d’Anvers. Ce dernier était placé dans un enclos considérable entouré de murs, et se trouvait dans la position la plus agréable et la plus convenable pour un pareil établissement.
L’abbaye avait été presque entièrement démolie par les premiers acquéreurs, et ne présentait que des ruines ; on a fait entrer dans le projet d’hôpital toutes les parties des anciens bâtiraens qui se sont trouvées en état et susceptibles de resservir. La distance où se trouvait cet établissement de la ville d’Anvers avait obligé de comprendre dans le projél tout ce qui était nécessaire, t°. pour le logement des malades formant trois classes; celle des officiers militaires et civils , celle des sous-officiers et celle des matelots, a*. Pour le traitement des différentes espèces de maladies , en disposant les salles convenablement pour empêcher, autant que possible, entre elles, une communication dangereuse pour les malades.
5 *. Pour l’établissement d’une grande pharmacie, comprenant un magasin général , le laboratoire des pharmaciens , une tisaneri» et une pharmacie courante.
4 *. Pour les cours de chirurgie et de médecine.
5 °. Pour une grande lingerie , magasin du mobilier de l’hôpital ', dépôt des effets des malades en entrant.
6". Pour l’approvisionnement et la manutention des vivres, leur distribution , etc. ,
7 0 . Pour le logement des administrateurs , des officiers de santé , des
sœurs chargées du soin des malades, de i’aumônierde l'hopita), etc. 7
8°- Pour le casernement de la troupe employée à la garde et à la police de l'établissement, pour celui des pompiers, celui des forçais choisis pour être employés comme servnns dans les salles des malades.
9°. Pour des ateliers de réparations de meubles, matelots et autres effets de mobilier.
io°. Pour le blanchissage du linge elle faire sécher. La planche n°. 7 représente une coupe de la buanderie.
Au rez-de-chaussée sont placés les cuves pour lessiver le linge, un bassin pour le laver, et une grande salle entourée de tables pour l’élirer quand il est sec, le repasser, le réparer, etc., avant de- le porter dans la lingerie. Les pièces supérieures sont des séchoirs pour l’hiver.
On remarquera que cet établissement est exécuté en charpente; les murs, d'une brique et demie d'épaisseur, ne servent que d’enveloppe pour préserver les bois de l’action de l’air extérieur ordinairemcnlchargé d’humidité dans le pays : on pense bien qu'il était isolé des autres li#limens. .
On peut dire ici que l’hôpital Saint-Bernard était cité par les officiers de santé de la marine et les sœurs chargées du soin des malades, comme celui qui remplissait le plus exactement, dans le nombre de ceux qu’ils connaissaient, le programme qu’on doit sc proposer en formant ce genre d’établissement.
Charpente du grand Atelier des Forges.
Voyn plsnches n" 8 et n’ 8 hit . — La planche suivante représente l'élévation
latérale.
Le grand atelier des forges de l’arsenal maritime d’Anvers, situé dans le premier chantier de construction des. vaisseaux ( il y en avait un autre dans le second chantier ), avait 194 mètres de longueur sur 20 mètres de largeur hors-œuvres. Le plan était divisé en trois parties , savoir ; une grande nef dans le milieu , de 1 1 mètres 5 o de largeur dans œuvres, aux deux côtés de laquelle étaient placées les forges doubles au nombre de vingt-quatre, plus quatre forges simples; et deux, bas-côtés, où étaient placés les établis des liroeuis.
Les grands entrails de la charpente de la nef étaient alternativement d’une et deux pièces; cés derniers étaient asseiuhlés à clef. Ils sont rattaches au premier entrait par un tirant en fer, et aux arbalétriers par des moises pendantes. Malgré leur grande portée , ils se sont maintenus sans flexion sensible. On jugera qu’il ne faudrait pas employer un pareil système de charpente pour porter un plancher destiné à être chargé de matière pesante.
Atelier de la Tonnellerie projeté.
t'oyez planche n” t) qui représente U coupe en travers, et celle n' g bit qui représente l'élévation latérale.
I/atelier de la tonnellerie a a5 mètres 5o de longueur, et g mètres 4o <ie largeur hors-ccuvres. Cet atelier est entouré d’une galerie à jour formée par des piliers cariés en briques couronnés par des chapiteaux dVinlrc pœslum en pierre de taille. La galerie est destinée à mettre à couvert les ouvriers qui travaillent à l’air. Dans le milieu du plan est situé le hangar aux merrins ; en avant un vaste atelier précédé d’un vestibule de chaque côté duquel sont les bureaux d’ofliciers du génie maritime, et de maîtres chargés du détail de la tonnellerie.
La partie supérieure sert de magasin des pièces à eau , fabriquée au rez-de-chaussée. •
Porte de l’entrée principale de T Arsenal de la Marine militaire
à Anvers.
Voyez planche n 0 10 .
L’entrce des arsenaux est , en général , interdite au public , et ceux de la marine , plus que les autres , ont besoin de la plus grande surveillance dans l’intérieur des chantiers et des ateliers, où l’on emploie une très-grande quantité de cuivre , de fer, de plomb, etc. , et où, malgré toute la surveillance qu’on y exerce et l’extrême sévérité des lois et réglcmens, il se commet chaque jour des vols, ou par les ouvriers, ou par les étrangers qui trouvent moyen de s’introduire parmi ces ouvriers aux lieures des travaux.
Lit porte principale de l'arsenal est celle par laquelle entrent et sortent les ouvriers de toutes professions, rangés sur deux lignes et dans l’ordre des directions auxquelles ils appartiennent. C’est à cette porte que le poste de l’ollicier qui commande la garde militaire de l'arsenal cl des chantiers est placé. l orsque la cloche du port annonce l’entrée ou la sortie des ouvriers , toutes les autres portes sont fermées ; le poste prend les armes, le portier et les gardiens de service examinent les ouvriers sortant et veillent à ce qu’ils n'emportent aucune matière; ils arrêtent ceux qu’ils soupçonnent ou qui paraissent en avoir de cachée sur eux.
La porte principale d'un arsenal maritime doit être construite sur des dimensions propordonnées au nombre d'ouvriers de toute espèce qui y sont employés, et à- celui des individus qui y sont attachés pour les différens services, ou qui les fréquentent habituellement; elle doit former porche pour mettre à l’abri les pnqiesés qui exercent une surveillance continuelle pendant les heures du travail. Les loges des portiers et des gardiens doivent être situées d’un côté de celte pot te et le corps-degarde principal doit être placé de l’autre : c’est d’après ce programmé que nous avons rédigé le projet représenté par la. planche n“. 10.
Les ingénieurs du corps royal des ponts-el-chaussées élaut chargés de diriger les travaux maritimes des ports militaires connue ceux des ports de commerce, nous avons pensé que le projet dont il s’agit, et qui -devait être exécuté eu 1814, servirait particulièrement à l'intelligence de ce qui précède.
Nous nous arrêtons aux détails et observations où nous venons d'entrer sur les arsenaux cl port» militaires d’Anvers et de Flessingue; nous croyons qu’ils suffiront pour donner une idée des nombreux et iinportans travaux qui ont été projetés et exécutés pendant les huit ans que nous avons été chargés de la direction de ces deux porCs. Nous terminerons en traçant la marche que nous' croyons indispensable qu’un ingénieur suive lorsqu’il est appelé à diriger de grands travaux d’art.
La première chose à faire par un ingénieur chargé de projeter un ouvrage d’art , est de bien connaître la localité et la nature du terrain sur lequel l’ouvrage doit être fondé. Des sondes rapprochées , faites avec soin par les moyens connus , ou des pieux d'expérience battus au refus, abandonnés et repris à certaine distance avec un mouton d'un poids
plus fort, conduisent à la connaissance nécessaire pour fixer l'ingénieur cl le mettre à même de proposer le système de fondation qu’il croit préférable.
U doit s'assurer de l’exactitude des plans et nivcllemcns, ou bien il court risque d'être induit en erreur, et s’expose à faire un projet qui, quoique bien conçu, renferme des vices qui ne manquent pas de se montrer dans l'exécution, et qu’il est quelquefois impossible ou au moins très-difficile de corriger, et enfin qui donnent lieu à des augmentations de dépenses sans atteindre le but qu’une sage prévoyance n’aurait pas manqué.
L'ingénieur doit calculer l'action des parties agissantes dans l'ouvrage qu’il projette, et celle des parties résistantes, pour arrivera l’équilibre; en conséquence il doit connaître la qualité des pierres de taille qu’il emploiera et les mettre en expérience, si elles sont destinées à résister à la pression de grands fardeaux ; il doit s’assurer de la qualité des matières qui composent les mortiers.
11 visitera les carrières et sablières ; il connaîtra leurs 'produits , les chemins qui y conduisent , leur situation , la facilité ou les difficultés qu’elles présentent pour les transports; enfin il s’assurera des moyens de faire tous les approvisionnemens nécessaires, et ne s’en rapportera, pour aucun de ces objets, à l'entrepreneur, quelque confiance qu’il mérite d’ailleurs.
L’ingénieur mettra le plus grand soin dans l’examen des matériaux ; il en fera la réception lui-même.
11 fera veiller strictement à la fabrication des mortiers , et vérifiera lui-même le plus souvent possible si les oonditions du devis sont remplies à cet égard.
Il traoera lui-même sur le terrain le plan des fondations , ou s’il en confie le tracé à un-subordonné , il ne doit pas manquer de le vérifier.
Il choisira des employés zélés, intelligens et probes ; il surveillera et fera surveiller ceux de l'entrepreneur, et ne per mettra que celui-ci n’ailà son service que ceux qui présenteront les mêmes garanties ; enfin il doit prendre les moyens d’exercer sa surveillance sur les travaux comme sur les individus employés généralement sous ses ordres.
L’ingénieur aura le plus grand soin de dessiner ou de faire dessiner des plans de fondations en grand, et des détails de chaque partie de l’ou-
vragej il fera planter sur le terrain autant de petits piquets qu'il y aura de pilots tracés sur le plan de détail en grand , et chacun de ces derniers portera un numéro correspondant à chaque piquet planté à la place où le pilot devra être battu.
L’ingénieur fera surveiller le battage des pilots par des employés dont Usera sûr, et qui ne permettront de le cesser que lorsque chaque pilot arrivé au refus fixé ne prendra plus de fiche après plusieurs volées de sti i le. Les pilots , surtout ceux qui sont destinés à porter de grands poids, doivent recevoir un second battage avec un mouton plus-pesant que le premier dont on s’est servi ; ce second battage se fait ordinairement avec la sonnette à tirandes ou avec lu sonnette à dcclit. Il faut user modérément de celte dernière, dont le mouton produit une plus forte percussion, et qui, lorsqu'elle tend à vaincre violemment la résistance du terrain et le frottement qu’il exerce sur la surface du pilot , le fait éclater subitement ou en écrase la tête malgré l'emploi des fret les.
Les employés tiendront un journal exact du battage, qui servira à rédiger une table générale contenant le numéro de chaque pilot, sa longueur , son diamètre moyeu, le poids du mouton, le nombre de volées battues, sa fiche ai) refus de...
L’ingénieur fera lui-même le tracé çles fondations en maçonnerie sur les plates-formes ou simples grillages en charpente. Si l'on emploie de la pierre de taille, il fera lever exactement le plan de chaque assise en cotant la hauteur cl les dimensions des carreaux et boutisses qui forment le parement, afin que le cube en soit calculé cl distrait du cube total comprenant une autre espèce de maçonnerie , comme moellon , brique, etc.
L’ingénieur veillera avec le pltis grand soin à ce que les joints de lit soient fichés convenablement et pleins, si les dimensions et le poids de chaque morceau tic pierre s'opposent à ce qu'il spit posé sur un lit de mortier fait à l'avance. Il veillera également à ce que les parties déinaigries vers la queue soient bien calées avec des moellons plats cl choisis, et qu'il ne reste aucun vide sans mortier entre la pierre de taille et les garnis en moellon. Tous les joints inoutans seront coulés en mortier assez liquide pour s'introduire dans toute la longueur et la hauteur du joint, au moyen de petits augets qu'on tiendra pleins après avoir
passe à plusieurs reprises une scie dentelée dans toute la hauteur et la longueur du joint. Aucun morceau de pierre de taille ne sera mis en œuvre qu’il n’ait été préalablement visité avec soin.
L’ingénieur tiendra avec une exactitude et un soin scrupuleux un journal qui relatera le nombre d’ouvriers de toute profession employés aux travaux , les obstacles et les difliculléséprouvés, leu rca use , leurs effets, les moyens employés pour y parer ou pour les vaincre. Ce journal servira à rédiger à la fin de chaque mois un précis historique qui fera connaître les progrès et la situation des travaux , les événemens marquans arrivés dans le cours- du mois, leur influence sur l'avancement de chaque partie d'ouvrage; il contiendra, s’il y a lieu, les propositions de l'ingénieur chargé du service, soit pour faire des modifications au système de fondations adopté, pour raison d’obstacles ou de difficultés imprévus, soit pour obtenir 'des crédits plus forts , soit enfin pour demander un supplément de fonds motivé par des avaries , etc.
A ce précis historique seront joints des plans et coupes qui feront connaître la situation des travaux à la fin du mois. Les ouvrages faits seront distingués par une teinte plus forte ou différente de celle des ouvrages restant à faire.
La partig du service des ingénieurs sur laquelle on np peut trop appeler leur attention, est la comptabilité de la dépense ; elle doit être continuellement à jour, de telle sorte qu’ils soient toujours prêts à répondre à toutes les demandes qui peuvent leur être faites à cet égard. *
Si le journal dont il a été parlé plus haut est bien tenu, il leur fournira tous les élémens dont ils auront besoin pour tenir leurs comptes en règle.
Les ingénieurs ne doivent jamais s’écarter du devis des travaux ; il n’est pas moins essentiel d’établir la dépense d’après les prix du détail estimatif, saufà diminuer sur le montant des ouvrages exécutés le rabais proportionnel fait par l’entrepreneur adjudicataire.
Les ingénieurs ne doivent jamais se permettre de faire un changement ou un*e modification au projet et au devis et détail estimatif approuvés par M. le Directeur-général, sans y avoir été autorisés. Les conditions des devis et les conditions générales imprimées par ordre de M. le Directeur-général doivent être sans cesse le guide de leur conduite pour
la construction des travaux et le réglement des dépenses de l'entrepreneur.
Ils doivent tenir attaclicment exact des dépenses imprévues, et n’en faire aucune, sauf les cas d’urgence, sans y avoir été autorisés.
S’il y a péril pour la totalité ou partie des ouvrages p.tr une avarie imminente ; s’il s’agit d’arrêter les progrès de celle qui n’aura pu être prévue , l’ingénieur serait répréhensible de n’avoir pas pris sur-le-champ les mesures qui auraient dépendu de lui, en pareille circonstance, pour éviter des dommages ou pour en arrêter de plus grands ; mais dans ce cas, qui est véritablement celui d'urgence , il doit constater par un rapport détaillé les motifs qui l’ont forcé d’agir. Les dépenses nécessitées par de pareils événemens doivent faire l’objet d’un état à part , accompagné du rapport explicatif mentionné ci-dessus, pour être approuvé par M. le Directeur-général. Ces dépenses doivent cire payées sur la somme à valoir ajoutée au montant du détail estimatif, cl qu’il ne faut jamais négliger de porter pour tous les grands travaux, particulièrement ceux qui sont exécutés à la mer ou dans le lit des rivières.
Les ingénieurs doivent éviter, autant qu’il est possible, de faire travailler par régie ; ce mode donne lieu à une source d’abus presqu’inévilablcs, et dont la responsabilité retombe sur eux seuls, quoiqu’ils soient obliges d’employer des ageus secondaires pour constater la nature et la quantité des dépenses.
Un ingénieur ne pouvant surveiller à la fois le régisseur, ses employés et ceux de l’administration, il faut bien qu’il s’en rapporte à ces derniers, qui sont toujours exposes à la séduction, cl qui y résistent d’autant moins que ce sont ordinairement des agens employés temporairement , parce qu’il en faut un grand nombre et qu'ils sont peu payés.
En livrant au public ce recueil d’observations et d’expériences , je n’ai point eu la prétention de ni criger en maître et de donner des leçons aux ingénieurs expérimentés; j’ai rapporté fidèlement ce que la pratique et l’expérience m’ont fourni de remarquable et de constant pendant le temps employé à la construction des travaux dont j'ai parlé. Il m’eût été facile de faire un gros volume si j’eusse voulu citer un grand nombre d'observations que j’ai été à même de faire pendant vingt ans de nia vie que j’ai employés à diriger de grands ouvrages d’art ; mais ces observations
n'apprendraient rien de hien important aux jeunes ingénieurs qui débutent dans lu carrière 1 : j’ai donc cru devoir me borner à leur citer des exemples qui suffiront sans doute pour les engagera se prémunir contre les difficultés et les événetnens qu’ils rencontreront dans le cours de l’exécution <^es travaux qu’ils auront à diriger. L’instruction soignée et complète qu’ils ont été à même de recevoir dans des écoles où la théorie est perfectionnée de jour en jour , leur aptitude , leur zèle et leur dévouement le désir de mériter l’estime et la c'onfiance d’un gouvernement tout paternel , le bonheur d'être utiles à leur pays , en feront bientôt des ingénieurs distingués et recommandables , surtout s’ils repoussent l’esprit de système, les prétentions exagérées; enfin s’ils se persuadent bien qu’il ne suffit pas de faire de grands et beaux ouvrages , maisqu'il faut essentiellement, pour sa réputation et sa tranquillité personnelle , qu’ils soient construits avec une sage économie, et qu’ils remplissent l’objet que s’est proposé le Gouvernement lorsqu'il en a ordonné l’exécution.
Di j'tized bir-Üoogfe