‹ Recueil d'expériences et d'observations faites sur différens travaux exécutés pour la construction du pont de Nemours, pour celle de l'arsenal et du port militaire d'Anvers, et pour la reconstruction du port de Flessingue; dans lequel on a traité la théorie de l'équilibre des voutes;Chapitre 36 sur 37 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

SUR LA RESTAURATION DE LA GRANDE ÉCLUSE DU BASSIN DU PORT MILITAIRE DE FLESSINGUE.

L’ilede Walcheren fut bloquée en 1809 par une flotte anglaise; les vaisseaux français qui étaient en rade devant Flessingue remontèrent l’Escaut jusqu’à Anvers, en laissant en observation une avant-garde composée de deux vaisseaux de 74 , au-dessus du fort l’Ilot. Les Anglais, après avoir opéré un débarquement dans le port de Terre - Vert, pénétrèrent dans Elle et firent le siège de Flessingue , où ils entrèrent le i 5 août même année.

Les bassins de la marine militaire auxquels on travaillait à Anvers n’étant pas achevés, la flotte française fut obligée d’hiverner dans l'Escaut, où elle fut préservée de l'effet des glaces par les soins des officiers de la marine, à qui M.«Malouet, alors préfet maritime, procura tous les moyens qui étaient à sa disposition dans l’arsenal de la marine.

On ne pouvait espérer de faire entrer les bâlimens dans les bassins pour y passer l'hiver suivant ; il fallut donc trouver un moyen de les abriter des glaces, qui, dans un hiver rigoureux , sont très-épaisses et très-élevées daDS l’Escaut.

Les vaisseaux ne pouvaient , sans danger , stationner dans le fleuve. On chercha inutilement sur l’un et l’autre bord des criques où ils auraient pu entrer et être à l’abri des courans de flot et de jussant. Enfin on trouva à l’embouchure du Rupel dans l'Escaut, vis-à-vis la ville de Rupelmonde , deux hauts-fonds assez spacieux pour y faire hiverner les vaisseaux en les formant en deux divisions. Cet affluant étant lui— même sujet à des débâcles de glaces qui auraient pu endommager les bâlimens , le Ministre de la Marine ordonna de construire des cstacades en bois afin de prévenir tout accident ; il en fut exécuté deux suivant le système indiqué par la planche n° a. Elles ont résisté au choc des glaces de l'hiver de 181 1 , qui fut assez rude dans le p.1ys, et supporté une charge de ces glaces qui avait 5 à 4 mètres de hauteur. Les bois employés à leur construction étaient généralement de sapin.

Les Anglais évacuèrent l’île de Walchercn le 27 décembre 180g. Avant de se retirer de Flessinguc , ils rasèrent les cbanlicrs et l’arsenal de la marine; ils firent sauter la grande écluse du grand bassin militaire (1); iis firent également sauter le magasin général en pratiquant un fourneau de mine sous chaque encoignure dè cet établissement exécuté par les Hollandais, et qui était un vrai modèle dans son genre. La plus grande pallie du revêtement en charpente des quais du hassin militaire fut renversée dans ce bassin, après avoir sapé avec la lutche , à-peu-près au niveau de basse-mer , tous les picnx du revêtement.

Des bùlimcns d’embarcation , comme chaloupes , canots , etc. , furent échoués à l’entrée du chenal et dans le grand bassin ; l’un et l’autre étaient encombrés de matériaux de toute espèce , d’aÛuls , de canon , de boulets et de fusils de munition ; la grande écluse avec ses portes de flot et scs doubles portes d’ébe , n’offrait plus qu’un amas de décombres.

Le 12 juin 1810, je reçus l’ordre de rétablir le port militaire de Flessingue, plus grand , plus approprié à la marine française qu’il n'était avant sa destruction.

Le magasin général a été reconstruit sur les anciennes fondations de ces murs de cage , mais sur un nouveau plan de distribution intérieure ; il est divisé en deux grandes parties dans sa longueur dont chacune a 8 mètres g 3 centim. de largeur, et est voûtée à l’épreuve do la bombe. La plate-forme au-dessus de ces voûtes était destinée à former un cavalier armé de huit pièces de canon de 24*

La largeur delà grande écluse, qui, en 1806 et 1807, avait été portée de 14 mètres 44 à 16 mètres o 5 , a été reconstruite sur 17 mètres 5 + pour le passage des vaisseaux , sans augmenter la largeur de ses fonda-

(t) Les Anglais avaient pratiqué six puits de chaque côté de I’e'cluac, quatre dans l’épaisseur de chaque bajoyvr et deux dans les terres et au pied de b maçonnerie de» bajoyers. Les fourneaux déminés ont été fouillés jusqu'à 7 mètres 3- en contre- ha» de U tablette de l'écluse , ce qui répond au niveau des buses.

L’eau qui élirait dans les puits a empêché les mineurs de placer plus bas le foyer des mines; ils ont été obligés d'employer des pompes pour terminer les fouilles.

Ces fourneaux ont été chargés de lu- à iro livres 4p poudre; quelques-uns n'ont pas produit tout leur effet.

lions. Le moyen employé pour obtenir 17 métrés 54 tic passe est simple ; on s’est servi de l’ancienne fondation Jes bajoycrs qui étaient appuyés de contre-forts, et pour donner à cellesdes nouveaux bajoycrs 1 une épaisseur suffisante , on a construit des voûtes en briques d’un contrefort à l’autre.

Après l’enlèvement des déeombres qui couvraient le radier et les avant - radiers construits en charpente et maçonnerie de briques, on s’est assuré de la situation de chacun , et l’on a reconnu qu’ils n’avaient point été endommagés par la commotion de l'explosion des mines dont il a déjà été parlé. Des sondes faites sur plusieurs points avec une tarière ont conduit à reconnaître encore que l’écluse était fondée sur pilotis, et enfin que le radier était composé de deux grillages superposés dont les cases étaient remplies de maçonnerie de brique, ainsi que celles du second grillage recouvert de deux planchers , dont la premier était en madriers de chêne et le deuxième en madriers de sajnii.

/I est bon de dire ici qu’en retirant la tarière du trou de sonde qu’elle avait fait , l’eau jaillissait de 5 o à 40 centimètres de hauteur , et qu’en peu de minutes , il se formait au pied du jet d’eau un cercle de dépôt de sable très-fin que l’eau entraînait avec elle. Cette observation ne présente rien d’extraordinaire ; elle prouve que la sonde était audessous de la nappe d’eau du pays ; d’ailleurs, les deux extrémités de l’enceinte où l’on reconstruisait l’écluse étaient fermées du côté du grand bassin par un batardeau en charpente, et du côté de la mer par un batardeau en terre et fascines. On jugera aisément que chaque trou de sonde était promptement et solidement bouché , car il se serait fait en peu de temps un afTouillement sous le radier.

L’eau, sur les busesde l’ancienne écluse, montait de 6 mètres 1 7 cent, dans les marées de nouvelle et pleine lune. Les vaisseaux de 74 ne pouvaient entrer dans le bassin qu’avec leur plan-d’eau, après avoir été désarmés en rade.

Les travaux exécutés en 1806 et 1807 pour élargir l’écluse , avaient été faits par marées, en enlevant le parement en pierre de taille, cl partie du massif en briquesdes bajoyers qui avaient été écbancrés de 81 centimètres chacun, sur 3 mètres 66 de liauteur au-dessus de la hasse-mér, afin que l’élargissement se trouvât vis-à-vis la maîtresse côte des vaisseaux.

Les anciennes portes avaient été enlevées et reconstruites pour occuper la hauteur depuis le fond du radier de l’écluse jusqu’au-dessus du fond de chaque échancrure, afin de servir de heurtoir à des doubles portes neuves qui occupaient la nouvelle largeur de l'écluse au-dessus du niveau de basse-mer.

On jugera qu’il n’avait pas été possible d’augmenter la hauteur d’eau sur les buses de l’écluse en 1806 et 1807 >' M reconstruction offrait donc l'occasion favorable d’en chercher le moyen. On va faire connaître celui qu’on a imaginé et qui a été employé.

On a déjà dit que les sondes avaient' fait connaître que le radier était composé de deux grillages superposés : c’est d’après la certitude qu’on en avait acquise qu’on s’est déterminé à enlever le grillage supérieur entre les chambres des portes de flot et des doubles portes d’éhe , dans l’emplacement de l’estrade de chacune de ces portes pour former leur buse; ensuite on a pratiqué dans l’épaisseur de la partie conservée île ce grillage, et suivant le grand axe de l'écluse , une cunelteen forme tiare renversé. On voit que le grillage supérieur n’a été enlevé que dans l’emplacement occupé par les chambres des portes et celui qui est occupé par la cunette. On sera peut-être surpris que les buses ou heurtoirs des portes n'aient que o mètre 189 millim. au centre de cette cunette; mais si l’on considère, t° quelle forme une portion d'arc renversé dont la flèche est o mètre 72 cent. ; 2 ° quelle n’a que 5 mètres 55 cent, entre les bajoyers de l’écluse, et enfin que celle faible hauteur de buse n’existe qu'au centre de l’axe , et qu’elle croît à partir de ce point pour arriver à 72 ccntim. , à a mètres 67 cent, de l’axe de l’écluse, on sera rassuré sur la solidité de la fermeture des portes : au reste, elles ont été mises dans ce moment à une épreuve de plus de neuf ans, et se conservent parfaitement étanches.

Nous savons que cette opération a été regardée par plusieurs ingénieurs comme trop hardie ; mais ils n’ont pas réfléchi que le radier de l’écluse a encore 1 mètre 62 cent, à t mètre 94 cent, dans sa plus grande épaisseur sous le centre de la cunette jusqu'à l’avant-radier du côté de la mer, où cette épaisseur est réduite à o roctre 86 cent. Nous conviendrons, par exemple, que cet avant-radier, qui se trouve réduit sous l’axe de la cunette à o mètre 85 cent, près de l'écluse , et à o mètre 57 cent.

à l’autre extrémité , pouvait donner un peu d’inquiétude pendant la construction delà cunette , parce que la nappe d’eau du pays tendait incessamment à le soulever comme étant placé à plusieurs mètres audessous du niveau de la surface de cette napped’eau ; mais si l'on réfléchit encore que ce n’est qu’au centre de la cunctte formant arc renversé que cette faible épaisseur existe , qu’elle va en augmentant à partir de ce point, et qu’à a mètres 67 cent, de là, le radier se trouve dans son ancienne épaisseur , on trouvera qu’il n’y a pas eu tant de hardiesse qu'on se l'imagiuera d’abord dans l’opération dont il s’agit.

Nous avons déjà dit qu’il n’y avait que 6 mètres 17 cent, de hauteur d’eau sur les anciens buses de l’écluse , et que les vaisseaux de 74 , pour entrer dans le bassin, étaient obligés de désarmer en rade : c’était une sujétion dangereuse pour tout bâtiment obligé de se retirer devant des forces supérieures , ou avarié par un coup de vent ou dans un combat , et qui est forcé de rentrer le plus promptement possible dans le port pour se radouber; c’était egalement un inconvénient très-grave dans le cas d’un armement secret ; il fallait donc profiter du moment où l'on restaurait l’écluse pour augmenter la hauteur d'eau sur les buses; il n’y avait que deux moyens : l’un d’enlever le radier pour le rétablir plus bas en recépant les pieux de fondation , et l’on eût retardé au moins d'une campagne l’entrée de l’escadre dans le bassin, après avoir fait une dépense très-considérable ; l’autre, qui était leplus simple, le plus expéditif, le moins dispendieux , celui qui a été employé et qui a eu le plus heureux succès.

Enfin par la suppression des anciens buses et la construction d’une cunette , on a obtenu 7 mètres 47 cent, de hauteur d’eau sur les buses de l’écluse restaurée, c’est-à-dire 1 mètre 3 o cent, de plus que sur ceux de l’ancienne écluse.

Nous avons cédé volontiers au désir de mettre les remarques cl observations qui précèdent sous les yeux des jeunes ingénieurs qui ont besoin de s’appuyer sur les exemples consacrés par l’expérience, dans les cas difficiles qui peuvent se rencontrer, lorsqu’ils sont cliargés de grands travaux hydrauliques : nous allons parler maintenant de ta restauration des revélemens en charpente du grand bassin.

Le revêtement en charpente du bassin côté de l’est avait été dé-

( «es )

iruit sur 660 mètres de longueur. Les Anglais , comme on l’a déjà dit, avaient sapé les pieux un peu au-dessus du niveau de basse-mer; ils avaient coupé les ventrières, les chapeaux et les ancres en bois qui passaient sous les terres du quai : tout le système de charpente se trouvant ainsi divisé , il devint facile de renverser le tevétement dans le bassin , au moyen de palans placés sur le quoi opposé.

11 était naturel de chercher à faire usage des anciens pieux de revêtement sapés au-dessus de basse-mer, et de profiter de la circonstance où l’on était obligé de creuser pour ainsi dire de nouveau le bassin afin de l’approfondir ; mais sa destination première avait été de recevoir des frégates hollandaises , qui , comme tous les hAiiruens de ce pays, ont une varangue très-plate, et s’échouent sans danger dans la vase. Cependant on devait craindre que les anciens pieux n'eussent pas beaucoup de fiche, et qu’en fouillant le bassin ils ne fussent déchaussés au point de ne pouvoir résister à la poussée des terres contre le revêtement du quai auquel ils devaient servir de fondation. On a employé le moyen qui se présentait naturellement pour éviter toute espèce de crainte à cet égard. 11 en sera parlé ci-après.

On a été obligé de mettre le bassin à sec pour enlever les décombres qui le remplissaient; et pour éviter une trop grande masse d’épuisemens à la fois, on l’a divisé en deux parties au moyen d’un batardeau en charpente. Les épuisemens ont été faits par une pompe à feu et par des vis d’Archimède placées par étage, lorsque la machine ne suffisait pas, ou avait besoin d’être réparée.

La profondeur d’eau dans le bassin était primitivement d’environ 6 mètres 5o ; elle a été portée par la nouvelle fouille à 9 mètres ; et pour évites de déchausser les pieux de revêtement du quai , on a laissé en talus une risberme de 5 mètres 84 de base à partir du niveau de basse-mer. Ce talus, combiné avec la facondes vaisseaux français, beaucoup plus fins que ceux des Hollandais , n’a point empêché qu’ils pe fussent mouillés bord à quai (1).

(1) La risberme mentionnée ci-dessus se trouvant formée par le fond même du bassin composé de sable très-fin , il a fallu la revêtir de galon de scorres ; et pour empêcher le glissement de ce galon , on a fait au pied du talus une petite tranchée

La restauration dont il s’agit devait être faite suivant le projet représenta par la planche n" 3, üg. i"; mais en fouillant les terres au pied des anciens pieux sapés , et en cherchant à découvrir le système de l’ancienne charpente, on a reconnu qu’il existait une file de pieux battus dans le terre- plain parallèlement à ceux du revêtement, que ces pieux, ainsi qu’une des ancres ou demi-moises inclinées pouvaient être conservés. On a remplacé le premier projet par celui que représente la planche n“ 4 > et il en est résulté une économie considérable.

Le côté ouest de l’avant-port entre la chaîne qui en ferme l’entrée pendant la nuit et la grande écluse du bassin, était resté jusqu’alors sans revêtement ; on y a exécuté celui que représente la planche n° 3, fig. a* , sur une longueur de aoo mètres.

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