ALBANIE
zvm.
DE
SCUTARl ou SCOUTARI a JANINA et ARTà.
Une plaine fertile et en partie cultivée s'étend au S. et S.E. de Scoutari depuis le Drinasi ou Kiri jusqu'au Drim» mais à i'O. de ce vaste canal s'élèvent de petites buttes et une série de hauteurs. C'est vers ces dernières que se dirige la route de Scoutari à Alessio. Le chemin est en grande partie une chaussée pavée plus ou moins démantelée et bordée de fossés. Pour éviter les plus mauvaises portions de ce casse-col, on préfère souvent se jeter dans la fange du fossé ou même entrer par des trous de haies dans des prés adjacens. Au milieu de ces misères d*une mauvaise administration, on ne peut s'empêcher de se retourner plusieurs fois pour jouir encore du coup d'œil de ce beau bassin de Scoutari, entouré -d'un amphithéâtre de montagnes, sur lequel dominent les neiges des montagnes de Schalia et du Prokiétia. Vue pardessus les groupes verts des arbres, la haute citadelle de Scoutari a l'air bien plus imposante que de près. Elle semble même quelquefois planer dans les airs.
Après avoir passé entre deux petites buttes, on atteint à ly, h. de Scoutari le grand village de Bouchera (Bouschatz, alb. Bouschat) orné d'une mosquée, de quelques platanes d'Orient et de tilleuls argentés. C'est le lieu de naissance de lafianMlle des derniers Paschas héréditaires de Scoutari. Nous 7 rencontrâmes une dame albanaise musulmane se rendant à la ville* KUe était couverte d'un grand manteau de soie violet; à broderies rouges*^
Devant elle un serviteur portait son enfant dans un berceau semblable à un petit cercueil et couvert d'une étoffe violette en soie. Derrière elle suivaient à cheval sa servante et à pied un domestique albanuis.
 demi*faeure plus loin nous passâmes à côté d'une église catholique, qui indique un village voisin et nous fîmes une petite halte sous un vaste tilleul argenté. Nous voyagions entre le Drim et les collines, qui sont à l'O. et dont les pentes sont nues, déchirées ou couvertes tout au plus de minces broussailles. Ces petites hauteurs de 100 à 200 p. bordent les deux rives du Drim et cachent ainsi à la vue Skéla-Mjed , où ce fleuve sort des montagnes des Myrédites.
A 3 h. de Scoutari le Drim décrit une grande coude du N. au S. pour ne reprendre que plus tard sa direction du N. E. au S. O. Les collines ont dans ce lieu 3 à 400 p. à l'O, et 6 à 800 à l'E» Avant ce contournement du fleuve est le bac, qui porte le voyageur sur la rive opposée pour éviter ces hauteurs. Ce n'est encore comme à Skéla que deux étroits batelets attachés l'un à l'autre par des barres de bois. Il fallut faire trois traversées pour passer tous nos chevaux. Entre Bouschéra et ce point Mr. Kiepert indique, d'après le Dr. Mûller, à l'O. les villages de Barbalischi, de Koukli et de Koukaritsch, qui nous restèrent cachés, parce qu'ils sont probablement dans des gorges des collines. Il y a une église catholique de St.-Nicolas dans le dernier village que le Dr. Mûller dit toucher l'eau de la rivière.
Le bord du Drim est garni d'une basse falaise d'argile alluviale, qui met au jour la fertilité du sol de ce paradis de l'Albanie supérieure. Le fleuve y est large comme la Seine dans les grandes eaux au-dessus du pont du Louvre. Ses eaux sont courantes et assez profondes. La vallée du Drim jusques vers Alessio est habitée par des Guégues catholiques, qui y ont de nombreux villages et sont sujets aux impôts, tandis que leurs compatriotes des montagnes ne le sont pas. Les collines bordent la rive occidentale du Drim, tandis qu'une vaste plaine forme entre ce fleuve et les montagnes au S. un triangle à sommet aigu et placé à Alessio. C'est ce qui constitue le district du Zadrim (Riverain du Drim).
Au point du débarquement du bac, à 3'/^ d*h. de Scoutari, on voit un peu à l'E. un grand village qu'on nous nomma, pro-
bablement par erreur» Zadrima, du moins Mr. le Dr. Millier l'appelle Raboschta (500 h.), plus loin au N. £. est Daitschi (80 h.) à la place de Daïna (le Dagno des cartes), une ancienne résidence seigneuriale sous Scander-Beg et plus bas à ^^ d'h. de Zadrima le village de Linista (pron. aussi Linischta, le Blinisti des cartes) se trouve au point, où le Drim reprend son cours au S. O. Une petite église catholique est placée au bord du fleuve. Un couvent avec un clocher précède d'une demi-heure ce village et est situé sur la rive opposée du Drim au pied de montagnes calcaires de 8 à 600 p.
En continuant à parcourir les plus beaux champs possibles de maïs, de tabac et souvent à lombre d'arbres entrelacés de ceps de vignes, on atteint à demi-lieue de Linischta le village de Poborik (Oboris des cartes), puis à une demi-heure plus loin le hameau de Baldrin en grande partie détruit et à décombres couverts de pampres, Mr. le Dr. Millier place non loin de là un Baldren (40 m.) dans un vallon 'sur la rive droite du Drim et j indique cependant les mêmes beaux aunes que dans notre Baldrin. Du reste il est assez particulier que le Dr. Millier ne cite point dans le Zadrima les villages par où nous avons passé, il faut donc qu'on nous ait trompé ou que ses indications ayent rapport à des villages un peu plus loin de la rive gauche du Drim. Dy nomme depuis Alessio au bac de Mjed ou de l'O. à l'E. les villages suivans, savoir Podané (30 m. et 150 h.) lieu fréquent de tremblemens, Zeiméni (80 h.) à y, h. du Drim, Raboschta, Mitzia (60 h.) avec une chapelle catholique de St.-Marie, Daitz, Stéphan (50 h.), Braïm-Aga (16 h.), Eodéli avec une église de St.-£och, Nerschahat (130 h.) avec une chapelle, St-Nicolas, Batzti (45 ]i.)fi Nézatzi (95 h.; et Ilaiméli (86 h.).
On apperçoit de loin devant soi l'ancien château et la ville de Lesch, mot , qui signifie en albanais Alexandre et aussi iàa^j rogne, d'où il vient peut-être, comme le dit Mr. de Haho, que let^ Slaves en ont fait Mrtava et les Turcs Mrtav. Probablement la« dénomination de Lesch se dérive de l'ancien nom de Lissui, dooii Mr. de Hahn trouve fort à propos l'origine dans le mot a&anuài de Ljissi^ un arbre, à cause de la forêt immenee, qui s'étendait^ jadis le long de cette côte et dont les restes se voient mfscam dans la vallée de llschm. Les montagnes au 6. da Zadrim 8e|: terminent du côté de l'O. par deux montagnes pointues, (lont k
une zone de hauts roseaux annonce les bords du large lit duMatî, qui est plein de cailloux calcaires et diorîtiques et près duquel on recommence enfin à observer quelques petits champs de maïs et de blé. C'est la propriété des habitans du village voisin et cache de Catherine. Deux autres hameaux catholiques sont placés dans le défilé, d'où sort le Mati, l'un, nommé Schoulazi, est sur le côté septentrional et l'autre, appelé Spitani, sur le côté opposé, tous deux sont à demi enfouis dans de petites gorges. Cette grande porte du pays des Myrédites est bordée d'escarpemens calcaires, mais passé le défilé des pentes plus douces sont couvertes d'autres villages tous libres. Mn le Dr. MQller place au N. du Mati vers la mer le village mahométan albanais de Schleintz (13 h.) et au N.E. de la plaine de Gours et au S. du Mati du moins d'après sa carte le hameau de Miljodi et le village mahométan de Laatzi (45 m. et 600 h.); tandis qu'à l'E. seraient les misérables hameaux de Valiès et de Mévadiès composés de maisons éparses (page 72). Probablement ces deux derniers noms ne sont pas les véritables, car il les cite déjà au pied du mont Vélilesch dans le Zadrima (pag. 59). A Sy^ ou 4 L d*Alessio on atteint l'auberge isolée deSchinavIia-Han, qui est placée dans une petite pelouse au milieu des bois. Un beau peuplier noir très élevé y sert de salle et de chambre à coucher, car l'auberge en elle-même n'est qu'une misérable habitation, dont deux Albanais font les honneurs. Néanmoins comme à l'ordinaire, il y a un village caché à demi-heure ou une heure de là vers la montagne. Etablis en plein air, nous pûmes étudier à notre aise le rempart naturel du pays des Myrédites, car on ne peut pas donner de nom mieux approprié à ces escarpemens continus de 800 à 1000 p. d'élévation sur une étendue de pays de près de 9 à 10 1. Ils courent du N. O. au S. E. et sont formés par les montagnes calcaires, qui bordent le côté oriental de la large vallée de Brari ou de Flschm (Hismo) depuisMatsoniaet Schleinz (13 m. alb. mahom.) jusqu'à Tirana. Cette dernière forme du S. E. au N. O. une étendue de plaine de 9 à 10 L, dont la largeur varie de '/j à 1 1. jusqu'à 2 '/^ 1* às^ns la partie inférieure. Sa figure est celle d'un triangle assez aigu, dont le sommet serait vers Tirana. Sur le côté occidental de cette cavité s'élève entre elle et la mer une colline de 4 à S ou même 600 p. dd h., qui est couverte en partie de petits chênes et en partie dénudée. Elle s'appelle Lais, nom (|ue portent aussi ses habitons, surtout Guégues. Le fond lai^e et sau-
VMge de la vallëe de Tltchm est connu bouh la déiioini nation albanaise de Mrschéré, dont rétymologie est peut-être Mrézé^ BleL
En reprenant la route» qui conduit à Tirana, nous atteignîmes bientôt; le pîed même des montagnes et passâmes dans des lieux couverts de buissons entremêléâ de ceps de vignes, dWbres de Jud*ie et d'arbusies fruitiers. L*ancienne route pavée en était en partie obstruée. Des villages avaient garni jadis cet endroit comme des décombres rattestaient ça et là. La pente des montagnes décrit ici un arc de cercle très ouvert, au milieu duquel fi'ëlève une butte conique à large base. Sur son sommet se trouve la ruine du château fort de Stelousia (alb. Stdouda Kall)^ tandis qu^on apperçoit dans des anfructuosités des rochers escarpés de la montagne au-dessus du fort d^un côté un village et de Tautre UD petit cloître catholique- Ce dernier» situé au S* E., fait surtout un eiïet pittoresque. Ombragé de t[Uôlques arbres il domine uue haute muraille qu'on ne peut escalader qu en tournoyant dane k gorge entre la montagne et respèce de promontoire, qui supporte le monastère. D'après l'aspect des lieux il n'est guère douteux quune partie de la montagne oe s'y eoit afifaissée, tandis que la destruction du château ue date que des temps de la conquête de la Haute Albanie par les Ottomans après la mort de Scander*Beg. Les Turcs, qui nous accompagnaient, prétendaient au contraire que Moustapha-Pascha de Scout nri avait porté le fer et le feu dans ce pays à cause d*un petit Beg rebelle niché dans ce vieux manoîr.
En continuant à parcourir eu partie sous des berceaux de oepe de vignes une route ça et là pavée et quelquefois entourée d'anciens murs de clôture, nous atteignîmes, à une grande lieue de Schinavlia, Koulana et les premiers bocrïges d'oliviers. A TE, s'élèvent de petites montagnes de S à 800 p,» qui sont les contreforts de la chaîne calcaire de Kroja. Un petit ruisseau, à sec en été, passe à Koulana et court de TE, à TO- comme tous les eaux venant de ces montagnes. Serait-ce là le Kroja (Troja) de Mr. de Hahn qu'il place k 0 h, de Tirana et dont la source serait à 1 '/^ h. de Tendroit, où on le traverse? Il ajoute qu'à tiV, h, de Tirana auN, du village deBouschnek, il se réunit au Tergjousa et au Zeza (pron. Çeça), cours d*eau venant du S. E., dont nous allons parler. Plus loin ces eaux se mêlent à 1 h. au S- E, de ce confluent à celles du LJoum, qui coule près de Tirana et depuis ce point seulement la rivière prend le nom de Ljoum i lehmit du bourg
d'Ischmi (300 m.), qui est situé à V^ d'h. à TO. delà sur la crête de Presa. Ischmi avec un petit hameau et 260 familles albanaises catholiques et 120 familles musulmanes est à 1 h. au S. de la mer et 3 h. au S. du cap Rodoni. (Voyez l'ouvrage de Mr. de Hahn* Pag. 24.)
Nous traversâmes un pays assez couvert d'arbres, parmi lesquels se remarque le platane d'Orient. Au milieu de ces bois de chênes nous fûmes tout*à-coup surpris par la vue d'un petit cours d'eau blanchâtre comme de Teau de savon. Ce ruisseau, le Koukourlisou (eau puante), circulant au milieu d'un terrain marécageux sort, à % d*h. de ce lieu, des escarpemens calcaires au pied des grandes montagnes à l'E. C'est une eau hydrosulfureuse froide, qui dépose un limon noir et un peu de soufire. Il est précédé d'un autre ruisseau ^d'eau non sulfureuse. D'après la position septentrionale de ces eaux nous ne pouvons pas déterminer, si Mr. de Hahn a voulu en parler, lorsqu'il raconte avoir passé dans la grande forêt de chênes de Schperdet un marécage et une eau puante, nommée en albanais Ouie-Kjelbeté, Il dit positivement qu'elle dégage de l'hydrogène sulfuré et fait partie d'un terrain marécageux qui s'étend au S. O. vers une mosquée isolée ou un lieu de pèlerinage turc nommé Sparadgia. Il a traversé le bois en se rendant en apparence de Kroja à Tirana ou du moins dans la vallée de l'Ischm. Il a couché au hameau catholique de Dervéni et a voyagé 4 h. dans cette forêt, qui s'étend au pied des montagnes du Myrédita. Comme nous n'avons pas vu de mosquée, ce cours d'eau serait-il un autre que le Koukourli-Sou ou même que l'eau de Kampsi ou de Loushan. (Voyez pag. 90.)
Un terrain assez accidenté et occupé par de petites ondulations règne entre ce lieu et le Han de Lous ou Lous-Han. On rentre d'abord dans les bois, puis on revoit de nouveau des oliviers, sans appercevoir de villages ni d'êtres vivants. On remonte un petit vallon dans des bois, pour passer le petit plateau bas de Mamoura. On y rencontre un torrent coulant de l'E. à l'O. et bordé de platanes. Il y a aussi un village (400 h.) et un Han de ce nom à gauche de la route.
Lorsqu'on atteint la cime de ces coteaux graveleux et s'élevant à 200 à 2S0 p. sur la plaine, on est tout-à*coup surpris par la vue du dôme ou de la cime neigeuse du Haut Tomor près de Bérat. Depuis ce point son élévation ne peut pas être estimée à
Rioîne de 6 à 7000 p* Cette sommité ne devient visible que parce qu'on se trouve exhaussé au-dessus du niveau de la vallée et que la montagne susdite est assez éloignée et haute, pour n'être pas interceptée par les montagnes à TO. et au S. de Tirana*
Dans la plaine on remarque un village près de Bouros-Han à y^ d*h. de Mamoura. Des figuiers énormes et une fontaine antique y sont encadrés dans des pampres de vignes, de manière à livrer le plus joli fond de paysage possible. C*eet probablement le villaîre de Koziés (85 h.) du Dr. MûUer. LeHanLous est situé à environ 1 1. des coteaux dans la plaine cultivée de Kampsa, qui s'étend jusqu'au-dessous de la haute CLïrniche deKroja* Elle n est séparée des murailles au-dessous de cette dernière que par quelques bas contreforts boisés en chênes et hêtres. La ville de Kroja avec ses mosquées fait à cette hauteur d'environ 5 ou 600 p* un effet d'autant plus singulier que les rochers calcaires sont coupés a pic au-dessus ou derrière cette ville comme au-dessous d'elle. Néanmoins la corniche est assez large et forme même une espèce de terrasse, ce qui j permet même quelques cultures.
Le Han Lous n*est qu'un moulin, dcint la chambre à coucher est un benu platane. Le ruisseau i qui le fait aller, sort a 35 minutes de là du milieu des rochers calcaires. C'est une eau légèrement hydrosulfureuse et froide, mais la quantité de ses parties jiydrosulfureuses varie tellement suivant Theure du jour ou le temps qie le matin Teau nous parut laiteuse, tandis que le soir elle était limpide. Du reste sous la montagne ses bords offrent des incrustatioie de sulfate de magnésie et Teau sort d'une caverne de dolomie, dans laquelle on peut pénétrer. Cette curieuse muraille de plusieurs centaines de pieds d'élévation offre encore deux autres cavernes au-dessus de celle du ruisseau. Il est possible que jadis il en îoît sorti aussi de l'eau ou même qu*il s'en écoule encore dans lis temps de pluie. Toute la plaine entre ce point et Loue- Han esi bien cultivée et était couverte à notre passage de paysans et de piy saunes albanaises» Néanmoins on n'entrevoyait aucun village, tatt les habitans prennent soin de cacher leurs demeures.
Kroa est appelé par les Albiinais Krouja, qui signifie source à cau^e di Tabondance de ses eoux. Les Turcs la nomment le château bhne, ÂkschehisE^ar. Elle est située à 3tJÛ p sur la vallée du Kïimpsi à 6 h. de Tirana et 8 h. d'Alessio, La montagne, qui la supporte, est appelée Tountenîst par Barléti. C est une ville à
présent surtout mahométane, qui compte 700 maisons ou 2600 à 8000 habitans. Il y a un tour à horloge, deux ou trois mosquées et un Bazar dans la rue, qui conduit au fort. Ce dernier est placé sur un petit roc calcaire escarpé au S., à TE. et au N. et n^offrant une pente douce que du côté O. Il est entouré de murs et détours rondes, qui datent surtout de 1338. Tout cela tombe en ruines, surtout depuis les destructions subies en 1832. Il recèle 80 maisons. (Voyez l'ouvrage de Mr. de Hahn.) Pour monter à cette ville il faut faire depuis Lous-Han un grand détour au S. et S. E., pour tourner la muraille inférieure de rochers et l'ascension a lieu par une gorge rocailleuse en pente. Cette ville, dominant toute la plaine, a une position telle qu'il est fort probable qu'elle a déjà existé comme place forte du temps des Romains, lorsque Pétrela et Ischim avaient aussi leur importance militaire. Scander-Beg en resta maître pendant 2S ans, savoir de 1443 à 1468. Maintenant depuis l'invention de la poudre et des bouches à feu de grande portée, elle a perdu toute sa valeur, le château étant dominé par les crêtes à l'E. Ce n*eFt plus qu'une ville destinée à descendre tôt ou tard au rang d'un village, les habitans devant être disposés à transporter leurs demeures dans la plaine, dès qu'un régime plus rationnel aurait pris pied dans ce pays. A 1 h. au S. O. de Kroja Mr. de Hahn signale une ruine sous le nom de Scourtesché, elle est sur la pente S. O. d'une colline, nommée Gracé, au S. du village de Fount- Gracé. (Voyez pag. 121.)
Depuis Kroja on peut se rendre dans le pays des Myrétides libres et à leur capitale d'Orosch. Pour cela il faut franchir la crête calcaire voisine et passer par Kourbino sur le Vardascha* Orosch n'est qu un village de 40 à 45 maisons ou 2S0 habitans catholiques. Les maisons n'y sont en général que des rez-de-ctiaussée, il y a une église et un petit couvent, m'a-t-on dit. Cest la résidence de la famille Doda, dont Tun est le chef ou Priak des Myrédites. Cette grande division des Guégues albanais habïe au S. du Drim le pays montueux des deux côtés de la route ie Spass jusqu'au passage de Skela-Mjed sur le Drim, puis surtout bs vallées des sept cours d'eau, qui forment le Mati. Au N. est fe Phandé coulant presque E.-O. et composé au-dessus de Simoschii de deux branches, dont la plus septentrionale porte le nom albanaisie Phandé- Mat ou Grand Phandé et l'autre celui de Phandé- V(gli ou Petit Phandé. La tête du premier serait sur le pied S.O de l'Ibaléa,
d'où îl coulerait entre le mont Monilia an N. et Gerschîa au S,, landîe que celle du second se trouverait à l'O, du mont Schintlt et passerait entre le mont Gerachia et Porinît. La tribu myrédîte des Bardî (de Bart, tombeau?) occupe surtout cette confrée. Au S. du Phandë est le Jlatî, qui va prendre sea sources dana le S pîleon (du mot albanais Spilje, caverne), mot^tngne calcaire à TO, de Dibra dans le district myrédite de Mat (Grand). Ce torrent reçoit du côté de l'E. le Soulimit, qui coule du S. E, au N. O» et a ses sources dans le mont Koma au S. du Porînit. Du côté occidental le Mati reçoit du S, S, E, les eau3C du Vardascha, qui descend des montagnes à l'E* de Tirana dans le district myrédîte d*Akraba. Plus bas un cours d'eau vient du S. des hauteura derrière Kroja, et coule dans le Vardascha, la valîée du Bîezit du Dr, Millier- Le confluent de cea eaux avec le Mali et le Soulimit serait 5 d'nprèa Mr. Kiepert, pour le premier au-desaous de Perkasclii et pour le second au*dessus de ce hameau. La tribu myrëdite des Schousehi, les Sosi du Dr, Millier, occuperait lee environs de ces confluens. Leur nom viendrait peut-être de Zot, monsieur ou seigneur, parce que la famille de leur petit prince paraît être de cette tribu, tandis que plus au S. habiterait la tribu des Krouachmali (de Krouckt croix, et Mal, montagne) et plus haut dana lea monta^nt^s celle des Bdaitschi (du mot Wikiat mourir?) et au S. E, sont les Mali (de Mat, grand), qui seraient d'après Mr.de Hahn la plupart Mahométans. La tribu la plus méridionale serait celle d'Akraba, qui se diviserait en troisj savoir rAkraba Myrédtt à rO, et rAkraba Dibrii à TE., au S* de3r|uela viendrait encore le district surtout nmhométan de Krabadotna, où coule TArzcn. Le nom de Kraba n*eat que celui de Graha des Slaves ou dea Turcs pour la montagne entre Tirana et Elbassan,
Le plus singulier dans ses nouveaux reneeignemena donnes par Mr. de Hahn et reproduits surtout par Mr. Kiepert est le changement de place du bourg d*Oro&ch, qu'il recule beaucoup plus à TE* et place au pied du tnont Porinit dans une vallée courant E.-O.» tandis que Mr. Millier dit positivement qu'Orosch est dans la vallée de Doda, que Mn Kiepert a écrit sur le Mati, Nos renseignemens sont aussi conformes à ceux du Dr. Millier, Mr. ICiepert n'a-t-il pas copié trop servilement Mr. Pouqueville, qui o'a pae visité ce paye.
Après Louë les arbres ceaaent et on peut prendre une idée
de la colline à 1*0. de la vallée de l'Ischm ou du Brari. Si à Schénavlia cette dernière peut avoir 2 à 27, 1. de largeur, ici elle n'en a plus déjà qu'une ou une et demie. On apperçoit sur les hauteurs d'environ 400 p. deux endroits, savoir à l'O. Preschja (le Press ou Presa des cartes ) *) et à ^/2 1. au N. O. Ischim. Ces deux lieux, habités déjà très anciennement, sont placés sur deux des plus hautes cimes de ces collines et ils y ressortent d*autant plus que le sol marneux gris blanchâtre y est dégarni totalement d'arbres. Preschja est à 4 h. au N. O. de Tirana et à 3 % d'h. du débouché de l'Ischm dans la mer. On y trouve 300 maisons éparses, dans lesquelles Mr. Mîiller ne compte que de 240 habitans mahométans et 80 catholiques. H y a une tour carrée à horloge et une mosquée. Quant à Ischim, ce petit bourg de 300 maisons avec un petit château ancien est à % <l'h. au S* du débouché de l'Ischm et en partie sur le côté occidental du coteau.
A y 2 h. de Lous ou à 3 h. de Tirana, on passe le torrent du Ziasou (en albanais ^za, noire, et en slave Tzema), qui a son origine à 3 h. à l'E. et coule de FE.S.E. à l'O. N.O. dans une gorge rocailleuse entre le mont Kourtsein et la montagne de Kroja. Sur cette eau, qui sert à arroser des rizières, est Garousch (80 m. et 600 h. mahométans), ainsi que Zéza. Environ entre ce lieu et Tirana Mr. le Dr. MûUer cite un peu à l'O. le village de Grepsa et plus près de cette ville celui de Barbolousch (15 m. et 86 Albanais catholiques). Plus d'une lieue plus loin après des émînences couvertes de bocages de chênes, on rencontre le torrent du Tergjouse (en alb. Corde), pron. aussi Tourkousa. Il prend sa source à S h. à l'E. et court dans la même direction que le précédent dans une gorge entre les monts Ferré et Kourtsein.
Les montagnes au S. de Kroja offrent trois gorges distinctes et sont bien plus élevées que celles près d'Alessio. Leur hauteur dépasse déjà 2000 p. et au moyen de leurs gorges on apperçoit derrière elles des sommets, qui doivent avoir au moins 3000 p. et qui sont placés dans la direction du district des Dibres. Les collines à rO, de la vallée d'Ischm continuent de leur côté à se relever au S. et atteignent bien entre 4 à SOO p. dans le Press. Elles ne forment qu'une crête faiblement ondulée et à pentes dou-
') Ce nom de Preschja dérive peut-être de Près, je coupe ou je sépare une partie d'une troupeau, ou de Pré^ vol de troupeau.
IS
ce8, ce qui contraste avec les grosses têtes calcaires et à escarpemens des chaînes des Myrëdites.
Vis-à-vis de la seconde gorge après Kroja se trouve sur la route l'auberge et le café de Vlies-Han (du mot albanais Vïéf acheter) avec un tombeau musulman* Non loin dé là on observe des rizières, qui indiquent l'approche d'un cours d'eau assez grand qui s'appelle le Loum (rivière) ou aussi Lioum-Tiranese (rivière de Tirana). Il a sa tête à 4 h. à TE. de Tiran entre le mont Dairî et le mont Herré ou Ferré, où il y a deux villages portant les mêmes noms que ces montagnes. Depuis cette gorge transversale il coule de l'E. S. E. à l'O. N. O. et passe à environ 20 minutes au N. de Tirana. Ses bords sont entourés de petites hauteurs, qui sont plus élevées sur la rive droite que sur le bord opposé. Son lit large est rempli de gros cailloux. Il faut traverser cette rivière à gué, pour atteindre la petite plaine, où est située Tirana. Cette ville, cachée dans des bocages et des arbres, semble partagée en deux parties par une pelouse, qui se trouve au-devant du Konak de TAyan et précède la portion marchande, le î>cAart«fAta de Tirana. Une horloge en forme de grosse tour carrée et une mosquée entourée de peupliers frappent la vue avant d*atteindre le Bazar. Ce dernier ne consiste qu'en une ou deux rues assez larges garnies de boutiques et de passages couverts. Deux petits ruisseaux d'eau vive font l'office de balayeurs des rues. Nous nous arrêtâmes à la poste, où nous ne trouvâmes pas d'autres lieux pour nous reposer que l'estrade basse, qui séparait la rue du couloir devant les maisons. Campés là à la vue de cette population albanaise surtout musulmane, nous fûmes quelques momens l'objet dç la curiosité des passans et surtout des enfans, néanmoins on né nous insulta en aucune manière.
Le Ronnk ou la résidence de TAyan de Tirana est une grande bâtisse d'un étage, qui entoure une vaste cour et qui est ûsnqaéê en dehors de parties proéminentes rondes ou polygones et bftiiii en bois. Ce sont des chambres ou simplement des galeriea ouvep^ tes, qui permettent dans le cas d'urgence d'écarter les malconieni plus commodément à coups de fusil. Un mor d'enceinte ccnnpiètf | ce singulier genre de fortin. Au S. se trouve un vaste enclos on une espèce de cimetière entouré de murailles et bordé de haiit« Cjrpresses.
Tirana (alb. Tourannë, gr. Touranna, t Tîran), vîlle de 2000 maisons, d'aprèsMr. de Hahn, est habitée par une population éminement guégue et musulmane. On ne lui a indiqué que 6 maisons catholiques et 100 familles grecques surtout desValaques-Zinzares. Elle est appelée à devenir tôt ou tard une ville de quelque importance par sa jolie position à 474 p. sur la mer, son sol fertile, ses oliviers et le passage des voyageurs et des marchandises. Le petit Pascha ou TAyan de Tiran commande à une population de 31,000 âmes, parmi lesquelles le Dr. Millier compte 11,600 Chrétiens surtout catholiques et guégues. n y a peu de Bulgares ou de Serbes grecs, mais aussi des Zinzares le long de la mer. Les Musulmans sont presque uniquement des Guégues. Le gouvernement de Tiran s'étend jusqu'à Alessio et à la mer eil comprenant la ville de Krouja. Â l'exception de cette dernière et du bourg de Preschja il n*y a que des villages.
A % d'h. de Tirana est le hameau de Téké, nommé ainsi à cause d'un monument funéraire pour un Ayan de cette ville. Il se trouve sur la rive droite du Ljane (Bras), qui est garni d'oliviers. Cette rivière prend sa source près du village du même nom à 1 h. à l'E. de Tirana sur le mont Daïti, nommé ainsi d'un village de ce nom. Elle coule sur le côté immédiat S. O. de Tirana , pour se réunir au Ljoum à 4'/, h. au N. de cette ville et à 1% h. au N. de Présa. (Voyez l'ouvrage récent de Mr. de Hahn, pag. 24.) C'est la première fois qu'on apperçoit depuis cette route sur la hauteur au S. S. O. Tancien château fort de Pétreila, en slave Pétrova et en italien Petrella,
De petites collines tertiaires continuent à occuper le fond de la vallée et expliquent le bas partage des eaux entre l'Arzen (pron. Arçen) et le Ljane ainsi que le Ljoum de Tiran. La première rivière se fait jour à travers les hauteurs en décrivant des sinuosités, ce qui empêche de suivre de l'œil son cours au N. O. Les collines à PO. ne dépassent pas SOO p., mais celles sur le côté opposé ont de 6 à 800 p. et s'adossent aux hautes montagnes calcaires de la partie méridionale du Myrédita. En s'élevant dans ces coteaux, on a encore une fois une échappée de vue sur la pointe du Tomor près de Bérat.
A ^2 1- de Téké on remarque sur le côté un village avec des oli\'iers et des champs de millets. Deux torrens venant de rO. se jettent dans l'Arzen, qui vient duS. E.; à 1 % d'h. de là cette
dernière eau coule de TE, à TO. çt reçoit un torrent venant dû S.E. Avant cette jonction on traverse trois fois à gué la grande rivière de TArzen et on longe les hauteurs, qui bordent à l'O. son affluent. Ses rives sont en partie cultivées et couvertes d*oliviers et la portion supérieure de cette vallée parait peu boisée et ro* cailleuse, du moins aussi loin que s'étend la vue à l'E.
D'après Mr. de Hahn » cette rivière prend sa source entre les montagnes duKraba-Dotna et du Gabar-Balkan ; elle traverse de l'E. à rO. au moyen de plusieurs contours les collines au pied du château fort de Pétreila et va déboucher du S. E. au N. O. dans la mer Adriatique à 1 h. au N* du cap Pâli. Ce serait environ le cours de la prétendue Lisana de la carte de Weiss, qui est indiquée au S. de la plaine maritime cultivée et fertile de Schjak. Cette dernière à 3 1. de long sur 8 à 4 h. de largeur et contient plusieurs villages , dont trois sont habités par des Valaques grecs. Le reste de la population est mahométan ou catholique. Ces derniers forment les deux communes de Jouba et Bisa« . Schjaky à 3 h. au N.E. de Douratzo, est simplement un lieu de Bazar inhabité avec une mosquée. Au S. est l'extrémité du Gabar-Balkan, qui va finir au cap Rodoni. Le cours de l'Arzen à la fin découvert^ on n'a plus de peine à concevoir l'établissement de Tancien fort de Pétreila, à 2 grandes heures au S. O. de Ti' ran, au haut d'une butte d'environ 1000 p. d'élévation et sur un rocher escarpé au S. O. et au N. Ce poste militaire ne surveillait pas seulement le passage du mont Gabar entre Tiran et Ëlbassaui mais il fermait encore à FO. l'accès le plus facile dans la vallée de Tiran. Aujourd'hui toute cette vallée de l'Arzen n'est habitée que par des Mahométans, quoiqu'il y ait ça et là des ruines d'églises chrétiennes. .,
Du reste Mr. de Hahn nous a communiqué aussi une 9a^ tre découverte géographique, savoir qu'il y a encore une autwà échancrure, courant de l'E. à l'O., à travers la chaîne cdtière. i n'est pas, il est vrai, si profonde que celle de rArzen, néanmc elle rend facile de se rendre en voiture de Tiran à Doumi Cette cavité se trouve à % d'h. au S. de PrcBchja, a un quart de tj de largeur et est cultivée. A l'O. de Pétreila FArzen reçi Tzaranika, qui coule environ du S. au N. A Vj h. au hi le village de Sché-Pol (St.-Paul), qui fait partie de celui de * treila et n'est habité que par des Maliom^tan». Quant k la rot
la plus directe de Tirana à Douratzo, une distance de 8 h« , elle va gagner en biais à TO. TArzen, qu'on passe sur un pont en pierre à moitié chemin entre Tirana et Nderenje. Ce bourg mafaomëtan avec un fort sur un haut mont est placé sur la rive méridionale de la rivière et ofire des plantations d'oliviers. A 5 minutes à l'Ë. de cet endroit règne le long de l'eau sur un espace de 200 pas une pente fort inclinée de couches de grès et marnes arénacées noires^ qui a 60 à 80 pieds de hauteur et produit des éboulis au printemps. Ce lieu s'appelle Earaboja (couleur noire). Depuis Nderenje on longe assez longtemps l'Arzen pour tourner ensuite au 8. O. sur Douratzo. A 2 1. avant cette ville est le village d'Arapaniy où il y a une fontaine avec une inscription latine de 12 lignes. (Voyez de Hahn, pag. 91 et 119.)
En remontant l'rfâuent S.E. 'de l'Arzen la route circule pendant quelque temps entre des champs de blé de Turquie et des bouts de pavés y arrêtent de temps à autre le voyageur au lieu d'accélérer sa marche. A droite on apperçoit de loin le village de Chip ou Hip et à gauche celui de Prschida ou Prégida dans le vallon. A l'Ë. s'élève la montagne de Péloumatz, qui a 8 à 900 p. de h. et tire son nom du mot albanais Pélouma (Colombe). Après cela vient celle du Paskaschat-PIanina. Plus haut le vallon se rétrécit petit à petit et est bordé à l'E. par une montagne, dont les couches sont coupées ça et là verticalement. Enfin on voit que le torrent de Mrdaoui ou Mordar prend en partie sa source à l'E. Au pied des montagnes à gauche on distingue le village de Skodra et la pente insensible augmentant on monte un peu fortement pour atteindre le misérable Han de Trschida ou Trpschida à 4 1; de Tirana. Serait-ce le Han Agait-o-Gérabésé à 1 h. de la cime d'après de Hahn? Nous espérions pouvoir y coucher, mais il n'y eut pas moyen, parce qu'il n'y avait paa d'orge, ni de foin pour les chevaux. Nous nous décidâmes donc à quitter ce hangar pour gagner Elbassan.
Il fallut encore monter pendant une bonne demi-heure avant d'atteindre les cimes rocheuses du col, qui à 1860 p. d'altitude est dominé par de petits sommets de cent pieds. H se relie au mont Gabar ou correctement Graba-Balkan (Kiapha-Grabar des Albanais, cime de Graba).*) Sur le côté sud sous le col est une
') D'après Mr. de Hahn il paraît positif qne la dénomination de Gabar n*est qn'nne manière fantive de prononciation, tans cela on aurait pu y roir an dériTé
fontaine (1*eau fraîche excellente, qui forme le lieu de repos ordinaire des voyageurs. Nous y trouvâmes une nombreuse caravane, les uns désaltérant leurs chevaux , les autres prenant leur repas.
Depuis les cimes environnant le col de la montagne de Graba on jouit d'une vue peu étendue au N», savoir sur la partie supérieure de la vallée de TArzen et des environs de Tirana, parce que la vallée montante est contournée ; mais au S* on a un vue magnifique, rhorizon étant borné au S.O. par la mer Adriatique et la plaine du Mousaché (alb. Mousakia), derrière laquelle s'élève dans le lointain les cimes du Tschika et du Koudési dans la chaîne acrocéraunienne de la Liapourie ou Arbérie, comme le veut Mr. de Hahn, tandis qu'au S. trône le beau Tomor. On y montre la trace du pied et même des doigts d'une main de Marko-Kralievitch, appelé par les Turcs Déli-Markou, qui depuis Kroja atteignit en deux sauts le mont Gabar. (Voyez de Hahn.)
Le Graba-Balkan, prononcé aussi Kraba-Balkan, n'est qu'une portion de la grande chaîne géographique, qui partant de celle à rO. de Strouga et du Drim noir va se terminer avec une direction E.-O. au cap Laghi. La partie orientale est une haute crête calcaire à dos arrondi et à cimes garnies de grands escarpemens sur les côtés O. et S., au pied desquels sont les têtes de plusieurs torrens. Son élévation doit dépasser 3000 p. A 1 ou 2 1. à l'E. du col du Kiapha-Graba la montagne descend tout-à-coup au-dessous de 2000 p. et à TO. elle continue à s'abaisser rapidement. D'une autre part, en considérant cette crête géologiquement elle se décompose en deux ou trois parties bien distinctes, dont la direction est totalement différente de teUe de la chaîne géogi
aMei caractérisa qne du mot albanais Kova, mr. Or 1o mot G^rab^ oa Grabi Krava viendrait d'après le même sarant de KraU ou KérroM, un biton ce de berger. Il ramène anssi à cette racine Le nom du vi]ttig« de Gravob^ «^ ^ nie et même peut-être celui de Grévéno. Or Uë SÏHvÎBtcA ne nmnqneroni serrer que Grab désigne le Carpinus betulus L» et que ]câ Graovo, Grabvrn^ batz^ Grabitsa etc. ne sont pas rares daua lea pnys »k?eAH Serait-H posait le bois de charme étant bon pour fabriquer dee b&tont, le mot ttîbaiiaij ait la même racine et ne soit qu'emprunta aux Slaves r c«ta n« bable. Dans un pays successivement occnpé par diverses race' brusquer les étymologies des noms de lieux importuns. Ainsi veut bien dire fou en turc, mais Deljé est un mttuti^ti en albanaji. de merc mot albanais gkrabit, voisin de celui de Oérabé* font
phique, savoir du N.O. au S. K. Les hautes montagnes à TE, étant eccoiidaires, des dépôts tertiaires, sont venus s'appliquer en inégales quantités contre le pied de leurs pentes, de manière à atteindre presque la moitié de leur hauteur, au moins sous les escar'^ pemens de leurs parties élevées. Plus tard ces terrains ayant été démantelés et surtout détruits dans une direction du N. O. au »S. E., il en est résulté la vallée de Mschm avec ses deux pourtours à hauteurs si contrastantes, tandis que plus au S., où la de-^truction n'a pas été si grande ou l'accumulation des matières plus considérable, il est resté une basse arête. Nous avons ici un exemple excellent pour démontrer la différence entre un relevé géographique sans géologie et une description ou représentation vraiment naturelle. En effet le cartographe, qui se tiendra purement au faux système du géographe ne donnera aucune idée de la réalité, en même temps que le pur géographe trompera ses lecteurs sur la direction véritable des montagnes. S'il y a au N. du Schkoumb une ligne de hauteurs de TE. à TO., cette dernière n'est qu'une succession de crêtes juxtaposées, qui sont alignées du N. O. au S. E. et qui exigent un dessin tout particulier. Or le cas du Graba-Balkan se répétant souvent dans toute l'Albanie et en général dans toute la Turquie occidentale, on voit tout de suite à quelles erreurs de figuré et de description un géographe non géologue peut être conduit.
La descente depuis le col de Graba ou Gérabé, suivant Mr. de Hahn, est infiniment plus longue que la montée, parce qu'on descend tout d'un trait sur une pente rapide toute la hauteur, à laquelle on était monté insensiblement en 14 heures depuis Alcssio. Elle a lieu par une suite de chemins tournans sur de petites crêtes dénudées, entrecoupées de ravins et composées de grès et de marnes bleues. C'est un pays, qui me rappelait beaucoup les environs de Volterre en Toscane. La descente prit environ une heure et demie ; à tout instant on croyait être à la fin de ce chemin, où il fallut quelquefois mettre pied à terre, mais il se présentait de nouveau quelque petite colline ou un nouveau ravin qu'il fallait tourner. Sur les pentes reste à gauche le hameau de Baltes et à droite celui de Mamli. Enfin étant descendus près de 1700 p. depuis le col, nous arrivâmes au grand torrent, qui coule au pied de cette singulière pente et nous nous y reposâmes un moment sous les platanes d'Orient de ses bords. Ces eaux du Koutscha
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viennent tlu N. E, du Graba-Balkan et coulent au S* ou S* S. O. e« tlëerivant quelques contoïirg, dont on est obligé de suivre le prineipnl, qui va de TO. N, O, à FE.S.E. A cause des petites fnlaiees d'agglomérats il faut passer plusieurs fois ce torrent, dont le large lit de cailloux roulés est désagréable pour les chevaux* Une source d'eau très fraîche sourde sur sa rive et ne se d('| passe jamais sans quW ne s'y désaltère. Nous y rencontrâmes mm noupe de Musulmans albanais et de Derviches à turban blane et barbes épaisses. Plus bas la vallée a Tair de devenir moine agreste, on ap|ier<;'oit des oliviers et de petits prés , un entrevoit même un village de loin au S* O- près du couvent de St«-Jean , mais le torrent se dirigeant trop de ce côté et étant encaissé entre de hautes pentes de débris avec de profonds ravins, la route d'El* bassan est obligée de le quitter pour franchir directement du N. N. O. au S* S. E. lea hauteurs, qui séparent dans ce lieu cette vallée de celle du Scbkoumb, nom dérivé du mot albanais Schou7fté (écume) (?). Si le chemin de la descente du col est quelquefoîâ bien étroit, il en est bien autrement de cette montée, qui touriioie sur une pente d^illuvians et ne consiste qu'en un sentier profondement encaissé et incapable de tenir plus d'un cavalier. Après s'être ainsi élevé avec peine, on tourne à TE, le haut d'un énorme ravin et on gagne un bas col, d'où une descente insensible dans un vallon cultivé , courant du N* au S* , conduit le voyageur par une route de charrette dans la vallée d'Elbassan.
Ouest alors à environ y^ d'k de cette ville et on voit devant soi une vallée fertile d'une lieue de largeur, bordée d*oliviers et occupée par des prairies dans son milieu. Quel(]ueâ habitations se remarquent le long de la route au N* Des bois d'oliviers et d'autres arbres cachent Elbassan à la vue, La petite rivière de Tzaranika, venant de TE.N. E*» coule à 10 minutes avant cette ville et un pont en pierre y est ét:ibtj* Le faubourg d'Elbasean ne présente que des habitatiojïs entourées de jardins, de manière qur les rues ne sont garnies que de murailles* Ce n'est que plue loin qu'on atteint la cité entourée jadis par une haute muraille et protégée par un château garni de grosses tours rondes, dont les restes forment encore la résidence de FAyan, Une partie de ces constructions datent du temps de Maliom^^d IL Comme nous pussions devant cette demeure, nous apperçûnjes sur la plate-forme d'une des tours lea dames de TAyan, qui y prenaient le frais.
L'entrëe de la cité est à côté de celle du Konak , la porte du château étant celle de la ville. Les rues sont étroites et pavées et n'offrent rien de remarquable.
Eibassauy l'ancienne Skampa ou Bassania? est la véritable capitale de la moyenne Albanie et est appelée à devenir une fois une ville considérable. Elle ne contient d'après de Hahn que 2000 maisons turques et 200 familles grecques, dont 80 parleraient seules l'albanais. Il y a aussi des Zinzares et des Zingares. Il y a une nouvelle église grecque et c'est la résidence d'un évêque grec» qui a sous lui 940 familles dans les districts d'Elbassan et de Tiran. Il n'y a que deux ou trois mosquées à minarets un peu élevés. Le Bazar est assez grand et les jours de marché il est très vivant et bien fourni de toutes sortes de fruits et de légumes, parmi lesquels le pourpier nous frappa comme une rareté en Turquie. Du reste il n'y a point de Bazar voûtés, mais simplement des ruelles en partie couvertes de planches ou de toile et garnies de boutiques.
Le Konak de l'Ayan est établi sur l'emplacement du vieux château, qui paraît avoir eu une forme quadrangulaire et des tours de 80 à 60 p. d'élévation. Il ne reste de cet édifice qu'une portion du côté occidental de la haute et épaisse muraille ei une tour du côté méridional. Tout le reste, excepté quelques pans de murs, a disparu et a été remplacé par les misérables dépendances de l'habitation de l'Ayan. Au-devant de cette dernière se trouve une vaste cour ; un grand escalier, moitié en bois, moitié en pierre, conduit au premier étage, où se trouvent, comme dans tous les Konak, une galerie et une suite d'appartemens, dont les fenêtres donnent sur le côté, où est l'ancien mur du château. Pour en utiliser les quatre grosses tours, on a rasé le dessus de quelques-unes pour en faire des terrasses. Or comme il se trouve au pied un méchant fossé à sec et en deçà des arbres le long de la route, il y en a déjà assez pour en faire un lieu agréable pour des Turcs. Par contre le divan de l'Ayan est une pièce, qui ne manque pas d'élégance. Ce seigneur nous reçut la main armée d'une espèce de grattoir d'acier à manche d'ivoire. Jadis ces genres d'instrumens contre la vermine étaient fort en usage.
A notre passage à Elbassan on y semblait tort occupé de l'exercice de nouvelles levées albanaises. Une assez grande caserne avait été arrangée pour leNizam et comme partout ailleurs
eo Albanie elle était entourée d'une mur avec de^ iiieurtrièrea . pour pouvoir tirer au besoin, quoique i'aleutour ne préBcnta que dee rues fort étroites. Des roulemene de tambour et des fanfaree de clairon B ne cessaient de se faire entendre.
Parmi les curiosités des environs est à signaler à 1 h. au N. O» d^Elbassan le couvent grec de St-- Jean (alb. Jnn Wladiniir) ; il est dans le bas de la vallée de Kout^cha, qui débouche danij celle du Schkoumb. Sa fondation remonte environ à l*an mille et est due à Jean» fils de Néeman et petît-61s du roi bulgare Sîmou, qui a résidé à Ochrida. Le corps du premier est conservé dans ce couvent* (Voyez l'ouvrage de Hahn, pag, 83.) Aussi y vient-on en pèlerinage de tous les environs. C'est le seul reste de l'ancien royaume bulgare dans la moyenne Albanie et ii a été visité ces dernières années par un philologue russe. A SY^^i- au S. O, d'Elbassan il y a, d*aprè& Mr, de Htdm, 18 sources cbaudee sulfureuses, savoir f4 dans le lieu dit Ilidga (le Lidga des Albanais) Kodrobajareae et 4 à Ilidga-Idrait ou Hidrit ou Hidrachout* Leur sortie ou l'émanation de leur gaz a lieu par soubresauts.
Nous Itimes logés à Elbassan chez des Chrétiens catholiques, dont les femmes se voilaient comme les Musulmanes, Malgré la grandeur de cette ville noua eûmes le premier jour assez de peine à nous procurer le foin et l'orge nécessaires pour nos chevaux, tant il faut connaître les localités et les particularités dee villes turques pour ne pas se trouver pris au dépourvu*
Le Paschalik d'Elbassan comprend les districts d'F^lbassan sur le Schkoumb supérieur, de Pékin sur la partie inférieure de cette rivière, de Kavaja, de Tirana depuis TArzen jusqu'au débouché du Drim, de Mat dans la partie méridionale du torrent de ce nom, de Dibra^ de Gora et Mokra sur le bord occidental du lac d^Ochrido avec le chef-lieu de Bogradessi. Telle est du moins la division donnée récemment par Mr, de Hahn, inais en 1838 les deux derniers districts faisaient une partie immédiate du Rouméli-Valési ou du Paschalik de Monastir, La population de ce Paschalik est éminemment albanaise et guégue. Le Schkoumb est la limite imparfaite entre ces derniers et les Toskes, ceux qui défirent des détails sur ce point de Tethnographie, les trouvent dans l'ouvrage deMr. de Hahn, (Voyez pag. 13 à 17.) Les Guégues d'Elbassan no sont mélangés que de peu de Valaques - Zinzares , de
Bulgares ou Serbes et de Zingares. La population est en grande pnrtie mahométane , quoiqu'il y ait aussi des Catholiques et des Grecs. Mr. le Dr. Muller élève le chiffre de cette population à 81,000, parmi lesquels il place 41,500 Chrétiens.
Pour se rendre d'Elbassan à Bérat, il faut passer le Schkourob ou Schkoum. Il coule à un petit quart de lieu au S. de la ville presque de TE. à TO., tandis que plus haut sa direction est du N,E. au S.O. et son cours supérieur au contraire du S. S.E. au N. N. O. Il décrit donc en petit un contour comme la Narenta et prend sa source dans les montagnes au N. de Malik ou Molécha ou plutôt au N. des défilés du Dêvol. Sa vallée est bordée à TE. par le Bagora ou la longue crête sans interruption à l'occident du lac d'Ochrida. A l'O. s'élèvent de moindres hauteurs, savoir le mont Lenîa et ceux de Dschoura et Darda. Ce sont ces derniers qui forcent le Schkoumb à remonter plus au N. Il ne reçoit que de petits affluens dans son cour supérieur, et c'est surtout Teau des vallées de Poulava et du Tzaranika, qui l'augmentent considérablement, de manière que sî ce n'est pas une rivière navigable ni même toujours considérable, son lit est devenu très étendu par suite des crues subîtes, auxquelles elle est sujette. Des prairies verdoyantes la bordent des deux côtés. Un pont en pierre de douze arches de très diverse grandeur y a été bâti par un certain Kourd-Pascha, d'où le pont porte son nom. Mais sa bâtisse inégale semble prouver que cet individu n'a fait que le réparer, car la moitié du haut du pont forme une voûte très surbaissée, tandis que l'autre partie du côté d'Elbassan présente trois angles fort saillants, en petit comme les ponts de Beujuk-Tschékmedgé près de Constantinople.
A Yjj h. plus bas les restes d'un autre pont, probablement très ancien, attestent assez la force destructive des eaux du Schkoumb dans les temps de pluie. D'après le niveau égal de la plaine, elle doit être sujette alors à être inondée et il est même possible que dans de grandes inondations les eaux du Schkoumb aillent joindre celle du Dêvol ou vice-versa, car entre ces deux rivières au S. d'Elbassan ne règne qu'une plaine surtout en pâturage. Mr.Kiepert a mal représenté cette curiosité géographique.
La rive méridionale du Schkoumb est en partie cultivée et n'offre que de fort bas coteaux, au pied ou dans les gorges desquels il y a quelques villages. On en apperçoit un à 1 1. d'Elbassan
sous le Dom de Bostandjies et à demi-heure plus loin est celui de Gérgian ou Gorgian. On ne reste que peu de temps en vue du Scfakoumb, car on se dirige au S. O. en s'avançant dans uneplaine presque sans arbres, qui a environ à 1 1. de large et n'est que le fond d'une vallée extrêmement évasée. On y observe des cultures et surtout beaucoup de belles prairies avec des troupeaux de bêtes à cornes ou de moutons. D'un autre côté les coteaux voisins ont un air stérile et sont couverts de bouquets d'Epine-Porte-Chapeau (Rfuunnus Paliurus), A FO. il n'y a plus jusqu'à la mer qu'une plaine avec quelques faibles ondulations de terrain, mais au S.E. s'élève, à plusieurs lieues de distance derrière les collines, la montagne appelée Planina-Vrida, ainsi que le Bagora ou l'arête qui borde à l'O. le lac d'Ochrida , tandis qu'au S. O. s'étendent les monts Souleva, qui courent du N. E. au S. O.
Tout-à-coup on est étonné de se trouver à 3 1. d'Elbassan de nouveau au bord d'qne grande rivière, qui n'a pourtant que la moitié de la largeur du Schkoumb. La plaine au N. ne laisse appercevoir aucune pente sensible. En avant du Dêvol, pron. presque Deole (en slave Diable, en albanais Djali) est un village albanais. Nous aurions bien voulu y demander à coucher, mais on nous avertit que ces Mahométans ne nous accepteraient pas* Avant d'arriver au torrent un moulin se présenta encore à nous, mais on n'y recevait personne et on ne daigna même pas répondre à notre demande: Na moundem mephliet? (pouvons-nous coucher ici?) Or, comme le temps devenait orageux et que le Dêvol devient impassable à la suite de grandes pluies, nous nous résolûmes à le passer tout de suite. Cette rivière , coulant à l'O. et S. O., prend sa source à plus de 25 à *1G L de ce gué dans les montagneâ à 1*0, du Neretgchka-PIanina et auN.O, des contreforts de cette chaîne s^étendant vere le hic de Kastoria (Voyez l'itinéraire Nr, 15). Elle reçoit par plusieurs torrent lea eaux du versant occidental de toutes les monfagtiee entre le Né* retschka-Planina et le Pérîsteri à 1*0. du baesin de Monastir ou du Tzerna-Rieka, ainsi que celles sur le cuté oriental de la crête au N. E. de la vallée du Bilischta, Dans cett^ partie de son cours elle coule du S.E. au N. O. eous le nom de petit Devol, plus tard tournant à l'E., elle paraît recevoir les eaux du lac de Drenovo et elle sort des montagnes par une fente N,-S- sous le nom de grand vol ou de Dêvol tout court* pjiir ri^prendre sa prenne rts direction
et se réunir au Bilischta, qui coule aussi du S.E. au N« O. ^) Il traverse ensuite le défilé au S. de Pliascfaa, pour entrer dans le vaste bassin de Pojani, où il est assez encaissé et peu large. Après avoir franchi la plaine alluviale au-devant de Goritza , il se jette à distance de ce bourg dans le lac de Malîk ou Molécha, d'où il ressort pour entrer dans les gorges de Grouka (défilé). C'est une fente E.-0. dans la crête liant la chaîne à 1*0. du lac d'Ochrida avec les montagnes plus basses au S.O. de Goritza et deMolécha. En deçà de cet étroit canal le Dêvol reçoit du S. et S.E. les deux grands torrens du Chélidoni et du Tomoritzay dont le dernier descend du Tomor et donne le nom à tout un district à cause de ses nombreux ruisseaux tributaires. Le Dêvol continue à couler au N. O. entre les hauteurs, qui séparent ces deux torrens au S. et le mont Lénia au N. Puis il sort des petits coteaux, entre en plaine et tourne au S. O., pour aller se réunir au Ljoum de Bérat àKotzara ou Koschara. Cette rivière a un cours très rapide et change très souvent de lit en charriant en même temps une masse énorme de cailloux. La cause de ses crues soudaines n'est pas à chercher vers ses sources, parce que les eaux trouvent dans le bassin de Pojani et du lac Malik la place nécessaire pour s'étendre, mais elles sont produites par les pluies, qui ont lieu autour du Tomor ou aux sources du Schkoumb, d'où ces eaux, coulant déjà sur de fortes pentes, gagnent rapidement le Dêvol et ne trouvent plus rien dans la plaine, qui puisse les arrêter. U fallut un bon quart d'heure pour traverser ses bords, ses deux bras et un îlot de cailloux. Jadis on avait essayé d'y établir un pont de cinq arches, comme l'attestent encore des restes de culées, mais les Turcs n'ont pas pensé à le relever et s'inquiètent peu que des voyageurs ou des couriers perdent quelquefois des journées entières à attendre, que l'eau soit
') Depuis que noas ayons fixé avec Mr. Yiqnesnel les sources du Dêvol, si on ne comprend guère la carte de Pouqueville, on saisit au moins son voyage. (Voyez Vol. 3, pag. 361.) Son village bulgare de Bobsoura est sur la partie du grand Dêvol, qui rénnit les eaux venant du S.E. et du N. Il ëtait alors à 3 h. au S. de Doubéni et à 4 h. au S. de Drénovo. Le Dêvol de Drénovo recevrait les cours d'eau d'Ostima et de Sélovo sur sa rive occidentale. Dans tous les cas il a gagné Kastoria par la montagne et par les sources du petit Dêvol, donc il n'a pas pu marcher à l'Ë. N. E., mais bien au S. E. Son Drénovina au pied du Bora, son Chroulia, son Frosnitza et Smourdetz ne seraient que des villages sur les cours d'eau formant le petit Dêvol et en particulier sur le côté oriental du bassin. Son Tzaraiscbina en formerait la digue occidentale.
écoulée. Du reste l'établissement d'un pont sur des bords sî plats serait hazardeux, il faudrait chercher plus haut quelque rétrécissement de la vallée plus favorable pour cette construction ou plutôt recourir à un pont suspendu.
Nous touchions à la limite d'un pays assez boisé, inhospitalier et réputé de voleurs et nous ne pouvions pas espérer de gîte qu'à quelques lieues avant Bérat Le plus sage parti fut d'imiter des Derviches, qui, au lieu de s'aventurer dans les bois pendant la nuit, avaient établi leur bivouac au bord de la rivière. Leurs ânes paisaient et leurs maîtres cuisaient leur pillav sur un feu pétillant. Nos gens se mirent donc à couper des halliers, à faire un beau feu et à amonceler nos effets en tas, afin que nous puissions établir à Tentour nos lits et être sûrs de ne rien perdre. Nos parapluies et nos toiles cirées servirent plus tard à détourner la pluie de nos personnes et de nos malles.
On voyage pendant assez longtemps le long du Dêvol au milieu de bocages d'aunes et de chênes. Au S. règne une basse colline et au N. une un peu moins élevée. Au S. E. on remarque une grosse tête calcaire. A ^/2 1. de notre bivouac nous longions le pied N. O. des monts Tourkol, à peu de distance desquels est le village de Turkeui. Ail. nous passâmes devant le Han isolé de Molas à moitié détruit et abandonné et 1 h. plus loin nous nous désaltérâmes à une fontaine antique offrant trois auges et au-dessus trois niches triangulaires, pour y placer quelques ustensiles pour boire. Le Dêvol tourne déjà au S. O. et 4 1. avant Bérat il se dirige même tout-à-fait au S., pour franchir par un défilé le mont Draschi, en deçà dur|uel il reprend sa direction au 8.0* pour gagner la rivière de Bémt.
Pour arriver à cette dernière ville, il faut abandonner le De* vol et franchir les hauteurs dans une direction presque N.-S. Nau« montâmes en conséquence par des boiri très toiiiïus composés surtout d'arbre de Judée, de Colutm%ià% tilleul argenté, arbres entrelacés de vignes sauvages* Au bout d'une petite heure nous étions hors de ce fourré et sur le haut de pérîtes eallînes, dont les pâturages secs sont parcourus par quelques troupeaux de moulons.
Depuis ces lieux la vue était assez étendue soit au N., soit au S. Nous distinguions le Graba^Balkan et les montagnes vers Ochri aussi bien que le superbe Tomor ou Tomoroa, quî domme environ le pays bas Je Bérai coiume l'Olympe la plaine thessulienne^
Il avait l'aîr de s'élever à 2800 ou 3000 p. au-dessus de notre observatoire. Cette montagne dépasse ses voisines de près de la moitié de sa hauteur et se présente séparée dans le haut en trois cimes. Ses pentes sont très abruptes, mais sa masse calcaire totale n'est pas très considérable, rappelant ainsi le rapport du Kom dans le Monténégro avec les montagnes environnantes.
Près de nous à droite étaient les hauteurs de Bélogoscht ou Vélogoscht, tandis qu'à TE. s'élevait à distance la crête de l'Ora. On Y distinguait aussi des hameaux. Celui deKoutlova (leKluka des cartes) restait à gauche au pied des montagnes. C'est dans ces hauteurs, qui ne dépassent pas 1200 p., que doit prendre naissance le torrent marqué sur la carte de Vienne comme se jetant dans le Dôvol vers Karbonar (le Karbonates des cartes), qui se trouvait à 6 1. au S. O. de notre bivouac sur le Dêvol.
On n'est plus alors qu'à environ 3 1. de Bérat et à V2 1. de la vaste plaine, qui précède cette ville et qui est bordée à l'O. par des montagnes peu boisées. D'après Mr. Vîquesnel ces dernières porteraient en partie près de Bérat le nom de Spîragar ou Spiragi. On y remarque plusieurs villages, dont Tun s'appelle Goran. Ce sont surtout les habitans de ces hauteurs, qui venaient détrousser les voyageurs se rendant à Bérat et qui ont poussé même leur audace jusqu'à s'emparer une fois du château de Bérat. On nous racontait que des courriers y avaient été encore arrêtés en 1837 et que ces brigandages, quelquefois accompagnés d'at^sassinats, n avaient cessé que depuis peu. On avait su gagner certains petits chefs, on avait enrôlé pour l'armée d'Asie ou pour la Bosnie beaucoup de mauvais sujets, tandis qu'on en avait puni d'autres et les moins compromis avaient été condamnés à travailler à Monastir avec des fers comme les galériens.
Arrivé dans la plaine de Bérat, la route va gagner le village en partie zingare de Prékonandri ou de Séner en albanais. Il e ^t placé sur la rive occidentale du petit cours d'eau du Laparda (Pétrodi des cartes?), qui coule environ tantôt du S. E. au N. O., tantôt du S. au N. et se rend dans le Dêvol. La jonction de ce dernier avec le Loum ou Lioum Bératit n'est qu'à environ 1 1. à rO. de ce village et depuis là ces eaux réunies prennent le nom de Sémen. Cette plaine, favorable à la cavalerie, est le champ de bataille fatal aux Albanais, où le général turc battit en 1383 le
seigneur albanais Balza et où Sévali, autre général ottoman, fit lever le siège de Bérat sous Scander- Beg en 1450.
Prékonandrî a une auberge, le Séner-Han ou Séméni, tenue par un Hadgi ou Musulman albanais ayant été à la Mecque. Le village est composé d'une trentaine d'habitations. Entre cet endroit et Bérat il n'y a qu'un petit Han, où nous nous arrêtâmes pour donner le temps à notre Tartare de nous préparer un logement. Nous y rencontrâmes le premier albanais Grec avec le Fess pointu à la tyrolienne et avec ce joli habillement bien connu, qui leur serre si avantageusement la taille.
La plaine de Bérat, peut-être le Grabova du Dr. Millier, a un sol alluvial très fertile et à 27^1. de long sur 1 1. de largeur. La partie N. O. est traversée par le Laparda, tandis que le Loum coule à l'extrémité S. O. Les montagnes basses à 1*0. sont suivies au S. O. de montagnes calcaires à escarpemens en même temps qu'à TE. les crêtes de l'Ora se terminent au défilé de Bérat par la butte de son château. On voit ce dernier de loin et il s'élève à 280 à 300 p. sur le Loum. La ville même au contraire ne s'apperçoit que lorsqu'on y entre, tant elle est cachée dans une profonde aniractuosité. Le Loum, coulant de TE. àl'O., n'y a que la place pour sortir de cette gaine bordée de petites pentes rapides et surmontées d escarpemens. Il est évident que la ville ne s'est formée que petit à petit par suite de l'établissement romain du château pour garder cette clef de la vallée du Loum et de l'Albanie inférieure, car on ne pouvait choisir un terrain plus inégal et plus mal approprié pour une grande cité.
Lorsqu'on se trouve nu pi*ïd de la bmte du ohâteau, on nti voit pas encore la ville, mais seulement un vaste cimetière, où il y a quelques tombeaux garnis de petites colonnes ou d'ornemens, ce qui indique l'aisanee d'une certaine partie des habit an a. Ce nWr qu'en débouchant dans la rue pavee^ qui vu au pont qu'on apperçoit devant soi appliqué en amphithéâtre contre les rochers la partie chrétienne de Bérat etjr la rive méridionale du Loum, nmia il faut passer le pont, pour savoir qu*il y a encore un autre quartier bien autrement grand sur la rive oppo&ée au pied et surtour au S.E. du château. C'est un aspect tout-à*fuît unique que ces rangées de maisons en étage 8ur les rochers blancs avec quelques oliviers ça et là, ce pont de sept arches ridiculenieiit bombées et ce château couronnant des taa de TOitê, au milieu difëqueU exitite
la ruine d'une ancienne chapelle catholique, tandis qu'à leur pied une église grecque ruinée atteste que les deux cultes chrétiens ont eu à souffrir de la brutalité des Turcs.
Bérat (l'Ârnaout-Béligrad ou la forteresse blanche albanaise, à cause de la couleur de ses rochers) est une ville fort commerçante, qui a bien ses 8000 âmes, car on 7 compte presque 2000 maisons. La population est un mélange d'Albanais grecs, de Zinzares et de Toskes musulmans. C'est la résidence d'un archevêque grec. Les Chrétiens habitent la plupart sur la rive méridionale, mais comme il n'y a de boutiques que sur le côté opposé, les marchands sont obligés d'y passer leur journée. Le Bérat chrétien, le Goritza sur le pied escarpé d'un contrefort du mont Spiragrî, n'est composé que de rues étroites, fort irrégulières et montantes. Dans le Bérat musulman il n*y a guère que la rue du Bazar en partie couverte et fort obscure, et les rues près de la rivière plus à l'E., qui ne soient pas trop en pente. Le reste est aussi un labyrinthe de ruelles la plupart en gradins et dans la partie musulmane à l'E. du château une petite gorge, s'élevant au N. O., a permis d'annexer aux habitations des jardins entourés de murs. C'est là ainsi que près iu pont qu'on remarque des mosquées, chacune avec un seul minaret.
Pour monter au château, on peut s'y rendre également depuis lé côté E. ou O. avec la différence cependant que la première route passe par des rues en escalier, tandis que l'autre fait la moitié du tour de la butte sur une pente gazonnée sans maisons. Ce château est sur une plate-forme assez étendue, mais dominée par la montagne au S. Occupant un parallélogramme irrégulier, il est entouré de murailles avec une vingtaine de tours carrées, dont chacune a un ou deux canons. Les murs sont crénelés ça et là et il y a au S. E. un fortin avec quatre tours, d'où part un chemin couvert à demi-détruit, garni de meurtrières et aboutissant au pont sur le Loum. L'intérieur de cette forteresse à l'nlbanaiee est partagé en deux parties par une muraille ; dans la première se trouve une petite ville surtout musulmane, qui ne paraît être que l'ancienne cité romaine et dans la seconde au S.O. et la plus élevée est la résidence de l'Âyan et la caserne du Nizam.
Lorsqu'on passe les deux portes de ce château, qu'on arrive dans la cour du palais à deux étages et qu'on en parcourt les vastes galeries toujours encombrées de monde, on ne peut s'em-
llêiAier d*7 raconnattre k résidence assez belle tle l'aneten pHnce
héréditaire du Mousaohé » de cet Ibrahim, qu'Ali Paacha détrôna au grand regret des habitant et dont les ancêtres ont abjure la foi chrétienne. Les ealles même conservent encore quel* ques restes d'ornemensj la vétusté des plafonds, ainsi que les planchers troués et noirs des galeries attestent que depuis ce tempslà il n^ ^ eu que des insoucians Satrapes turcs sous ces lambris une fois dorés. Lors de notre vîiite àTAyan, nous remarquâmes à Bérat le même vacarme militaire qu'à Elbassan^ on exerçait les troupes» on formait des musiciens et les soldats montaient la garde avec leurs manteaux et bavresacs* L'Ayan fut poli à sa manière, car il ne voulut pas absolument me laisser retourner chez moi sur mon cheval , il fallut monter sur son cheval blanc de parade et garni d'une belle selle anglaise et mon compagnon en dut faire de même* De plus deux domestique» nous accompagnèrent et montrèrent leur mauvaise humeur, quand ils n'eurent reçu que dix piastres de pourboire, pensant que cet honneur en valait bien le double* Du reste la même rapacité semblait propre à tous les domestiquée de ce petit Satrape, témoin ce chef des Kavas^ qui exigea lui-même un pourboire comme une chose d'usage. On sentait qu'on avait quitté les pays slaves et qu'on touchait à la région grecque, où on aime tant à surfaire et tromper les étrangers.
Les maisons de Bérat sont toutes en pierre de taille, à Texception des galeries, les murs en sont en général assez épais et les fenêtres petites, de manière que les chambres, non recrépies à r intérieur, ont Tair de caveaux. Nous reçûmes plusieurs visites de Grecs et de Zinzares, car ces gens, la plupart négodans, sont toujours à l'affût des étrangers, pour apprendre des nouvelles de leurs correspondans au loin ou au moins pour savoir ce qui se passe dans le monde. Us nous apprirent qne Bérat avait assez souffert depuis Ali Pascha, quoique son château se fut rendu sans siège; en effet, dans le quartier grec on appercevait encore ça et là des maisons détruites et sur la rive opposée les habit ationa près du pont n étaient que des décombres. Dand le haut des murailles du château on remarquait même des brèches, dont quelquesunes n'avaient été bouchées qu'avec des fascines. *)
') C'est k Bémt que notu nous défîmes enta d'un Tartaré tuniiiniériure, qui n^itiB suWaîC en pic-as»iettp pt chertihilit k ee pl»c«r , parc© qu'iTrûgne tieftc od ravnît rhABÊC di* Scatftri, Si notre Tartare bovmt » rc ti^ètait que le aoir» au^iî
Le Paschftlîk de Bérat n'est cju'un gouvernement de moyenne grandeur comme tous ceux de l'Albanie en général, tandis qu'ils sont en bonne partie subordonnés au Pascha de Janina. Il comprend au S. du Semen le district maritime de Grabova et au 8. de cette rivière le Mousaché (alb. Mousakja). Plus loin au S. vers le Vojoutza vient le Malakastra , au N, E. et à TE, de Bérat le Tomoritza et au S. le Skrapari et le Trebouschi, auxquels confinent à l'E. du Vojoutza le Dangli. Enfin ce Paschalik comprend la portion septentrionale de la Liapourie avec le district de Kourveljesch et les montagnes de Tschika (Chimara), de Loungara (au S. E. d'Âulone), de Koudesi et de Griva sur les bords du Souschitza (val. Schoutzista). Il n'offre que trois villes, savoir Bérat, Âulone et Permet, un ou deux gros bourgs comme Klîsoura et Douka. La population est éminemment albanaise et toske avec un bon nombre de Zinzares et quelques Grecs surtout à Bérat, dans les bourgs et les grands villages. Il y a aussi des Bulgares dans certains lieux. La religion mahométane parait dominer, mais le rapport exact entre les Musulmans et les Grecs m'est resté inconnu. Mr. de Hafan cite en particulier comme entièrement grec le district peu connu de Schpath au N. E. de Bérat. 11 y a aussi là comme dans l'Albanie septentrionale, des Chrétiens cachés sous l'apparence du mahométanisme. J'ai cru pouvoir proposer 70 à 86,000 âmes pour la population de ce Paschalik, en le comparant à d'autres Paschliks albanais, dont on connaît à peu près la population.
Bérat est à l'intersection de deux routes principales, celle de Scoutari à Janina et celle de la Macédoine à Aulone Cette dernière passe par le district de Makastra et a été décrite par Mr. Pouqueville. (Voyez son voyage, vol. 1, p. 348.) Mr. de Hahn donne à Aulone, le Wljones des Guégues et le WIjores des Toskes, 400 maisons et sept mosquées. Ce port de mer est en quelque sorte la capitale de la Liapourie , nommée ainsi d une sous-division des Albanais, qui sont en général laids de figure, Liape signifiant ride, Mr. de Hafan prétend que ce nom de Liape n'est qu'un sobriquet et que ces Albanais s'appellent Arbéri et leur pays Arbéria. Ils peuplent surtout les montagnes acrocérauniennes, Mr. de Hahn est le premier, qui y ait visité dans le
était-il profondément scandalisé de voir son confrère chevaucher à cheval dès le matin. Il s'arrangea en conséquence avec le maître de la po8te pour qu'on ne lui donnât pas de chevaux et on se quitta ainsi en bonne amiti<^ à la turque.
district de Kourvélesch et aux sources du Souschitza le vîllaore de Nivitza placé sur une plate-forme crevassée de calcaire éocèue à Nummulites (pag. 6).
La route de Bérat à Permet suit la rive méridionale du Loum, dont le nom d'Ergent sur les cartes peut être une dénomination zinzare, tandis qu'en italien c'est le Beratino. On n'abandonne cette rivière et son lit plein de cailloux calcaires que dans le point, où elle reçoit le torrent deKodvitza. Celui-ci coule presque du S. S. E. au N, N. O, Un défilé assez voisin ne permet pas de voir grand chose du haut de la vallée, d'où le Loum descend à l'E. et où se trouve le village de Koutschova. Près de Bérat on observe quelques cultures et même des vignobles à l'E. de la ville , mais en remontant le vallon du Kodvitza on entre dans un pays totalement sauvage et couvert seulement ça et là de halliers de myrthes, de lauriers, d'arbres de Judée ou de genévriers. Comme nous étions partis sans les deux gardes que TAyan nous avait promis, notre Tartare regardait souvent avec inquiétude aux embranchemens des sentiers si quelque Albanais n'y était pas en embuscade. Quelques mois auparavant le courier du Vice- Consul d'Angleterre de Novipazar avait été tué sur cette même route, mais heureusement nous n'étions pas dans le cas de courir des dangers à cause de missions , qui en Turquie ont toujours leurs côtés périlleux.
Dans le haut de ce vallon se trouve caché sur le côté le village de Kodvitza. Il faut traverser plusieurs fois le torrent avant d'arriver près de ses sources, où on franchit un bas col de 1042 p. d'altitude abs. On en descend dans un autre vallon, dont l'eau se décharge par un défilé à l'E. dans le Skrapari ( Schépar, un défilé). Ce dernier est un des affluens du Loum coule au fond d*une large cavité.
Ayant parcouru à distance du torrent à l'E. un terrain i dulé et à sol graveleux, nous atteignîmes enfin à 4 à 5 L de L rat l'auberge isolée du Téman*Han, au-devant de laquelle co un petit ruisseau, qui vient du S.E. Quatre Zinzares ou^ la à figures brutes formaient les habitans de cette auberse ov de ce moulin avec une écurie et deux ou trois pli lea chambres à coucher. Ces deux bâtisses, produisant un ai ort re trant, nous nous y plaçâmes pour plus de sûreté» oar si lesfi^ res de nos hôtes étaient trop stupides, im is insoirer
craintes, on ne pouvait pas savoir ce que la nuit amènerait dans ces contrées sans gendarmes. Néanmoins nous 7 trouvâmes tout ce qui nous fallait et vers les dix heures nos deux Kavas de Bérat arrivèrent pour faire la garde la nuit. Le lendemain nous fûmes furieusement écorchés par nos Valaques, qui exigèrent un bon tiers en sus, de ce qu'on leur devait , parce qu'ils prétendaient que l'orge était très chère. L'un d'eux voulut même arrêter par la bride de son cheval celui de nous , qui était chargé du payement et qui avait un peu rogné le bénéfice illicite; enfin un des KavaSy peut-être compère de la friponnerie, mit fin à cette farce incommode. C'était encore une de nos tribulations grecques , qui ne devaient cesser qu'à notre rentrée parmi les Slaves, en général probes.
Depuis Téman-Han on remonte la vallée pour franchir un col 50 à 60 p. plus bas que celui, qui précède Téman-Han, tandis que des cimes voisines s'élèvent à 2 ou 300 p. au-dessus du passage. Toutes ces montagnes sont nues ou parsemées de broussailles, mais les lauriers et les myrthes cessent après Téman- Han. Sans la belle vue du Tomor, qui trône à l'E. et étend du S. au N. sa croupe verdoyante, l'âme du voyageur se remplirait de tristesse en traversant des solitudes si arides. Néanmoins on apperçoit au S. O. sur la pente de la montagne le village albanais de Tojari et à IV2 de Téman-Han au pied du col on arrive à un second Han isolé, qui prend son nom du dernier hameau. L'eau de ce vallon court du S. au N. avec des déviations intermédiaires de rO. à TE. Sur les pentes des montagnes à l'O. on remarque successivement les hameaux de Kamerlik et de Poggi. Avant l'endroit, où le torrent décrit un grand coude O.-E. , il reçoit un affluent de TE. et il y a un défilé ainsi qu'un moulin près duquel on est bien aise de revoir des champs de maïs. On est alors tout près de Bogopolie, petit hameau, et un pont achevé d'indiquer que le pays est habité.
En continuant à remonter le torrent au S., on arrive insensiblement à un troisième col, qui est précédé à droite par un village situé à distance dans les hauteurs. Depuis ce point on distingue pour la première fois au S. O. dans la direction de Tépédélen des montagnes, qui ont pour le moins 3000 p. Nous vîmes le sentier, par lequel on peut franchir les hauteurs et descendre de là dans le Trébouschin à Tépédélen sur le Vojoutza, bourgade,
qu'on peut aup»i g^^gner direcreiuetit depuis le Haii Tojari ou depiib Bagopolie, en [>ai?saTit U Mal- Dam, On peut encore bien iiai- ?îr depuis là leB détails orographiques de la masse du Tomor ou TomoroB, qui e&t exactement à TE,, de manière que Mr, Kîepert Ta placé un peu trop au N. U se divise en deux commets; l'un le grand Toinoret Pautre le petit, ce dernier ayant Tair d'avoir près de mille pieds de moins que le grand. Cette montagne court du N.N.O. au S.S. E. et présente du côté de TE, d^énormes eecarpemens, parce que lee couches calcaires y sont fort redressées. Au-dessus de ces murailles sont de beaux pâturages alpins. Les Albanais» excellens mareheurs, ne comptent qu une douzaine d^heures depuis Bérat pour monter au sommet de cette montagne, qui atteint dans sa pluâ haute sommité au-dnlà de 6000 p. Comme toutes les grandes montagnes eu Turquie, elle sert de refuge en été à des gens poursuivis ou à des voleurs de profession. En général le haut de la vallée du Louin et les vallons des contreforts du Tomor au N* et à 1*E. sont une pépinière inépuisable de soldats toskes, qui vont servir les Turcs loin de leurs foyers.
Après la descente de ce troisième col d'environ 1700 p, de hauteur, on suit Teau du torrent de Bouboueî ou Baubisch, coulant du N. O. au S. E et on atteint bientôt un Han ruiné, devant lequel étaient deux Albanais appuyés sur leurs fusils. Pour n'être pas pris au dépourvu, nos deux gardes nous quittèrent en noui disant de poursuivre notre route le long du torrent et devant Tuu berge, tandis qu'eux traversaient un champ voisin toujours prêts à riposter à In première décharge. En vérité, l'aspect des lieux n'indiquait que trop, combien de fois il avait dû s'y passer des brigandages. Au S. de ceï Han détruit pour bonne cause^ le vallon est resserré entre de petites buttes rocheuses, et dans une fractuosité du sommet de celles à gaucho on apperçoit, comme un nid d^oiseaux de proie, les maisons disséminées tVun hameau albanais. Chaque habitation bâtie en pierre est à elle seule un fortin garni de parties avan^ rées en forme de tours carrées. Le plein-pied n'offre aucune fe* nêtre et le jour n'entre que par des trous pour y pouvoir passer le bout d'ut» fusil, tandis qu'au premier les fenêtres sont remplacées par quelques fentes étroites. On uouB dît que ce village était en fort mauvais renom, mais que du reste c'était la mode de bâtisse de beaucoup de villages dans les montagnes de la hn^ée Albanie. (VoyesE le dessin donné par Mr. tie Halm, \m^. 17L>
Sur la hauteur nous apperçûmes ausdi un autre hanieau, nommé Stëriitza ou Schténit'.a à peu près dans le même genre. Nous nous hâtâmes de sortir de ces gorges sauvages pour gagner dans une partie plus large et cultivée de la vallée le Han deVinokasé (Viuio Castron des Grecs, pron. à l'albanaise Vino-Kaschtro). D est à 6 h. de Téman-Han. En continuant à descendre le torrent on atteint enfin son confluent avec laDesnitzaou Descfanitzà, qui coule de TE. à rO. environ comme le Loum et va prendre ses sources au-delà de Staria dans le Gra^nmista« Ces parties inférieures de la vallée sont tout-à-fait cultivées. On 7 remarque même au milieu de beaux champs de maïs un système d'irrigation fort bien entendu. Des alluvions anciennes forment plus loin de petites falaises le long de la vallée et la resserrent ça et là assez pour empêcher qu'on ait pu 7 établir la route; on est donc obligé de s'élever à l'E. sur les petites plateaux, dont l'aridité contraste avec la fertilité des bas fonds. A 272 l.de Vinokasé on laisse à gauche un village albanais musulman , on passe près d'une petite cascade et bientôt on apperçoit de loin au S. O. les maisons de Elisoura ') en amphithéâtre sur une pente rocailleuse. ^)
Vis-à-vis de cette bourgade et du défilé de Grouka est à TE. le Han isolé de Klisoura (à 890 p. d. h. abs.). H consistait en une écurie, dont l'entrée était ornée de quatre petites colonnes en pierre, tandis que sur les côtés étaient deux méchantes maisonnettes. Comme il 7 avait déjà des personnes sur la galerie du premier, nous ne savions trop où prendre place, car ce lieu paraissait peu sûr à cause des Zingares et des figures sournoises des Toskes. Nous primes le parti de nous hucher, nous et nos malles, sur les deux plate-formes étroites , qui supportaient les colonnes, et nos domestiques se mirent sur un banc de pierre ou à terre près de nous, pour être prêts de tout événement. Du reste la présence de tant d'Albanais armés rendait toute précaution illusoire. Une fois arrangés nous eûmes tout le loisir de considérer le chemin
') Mr. le Dr. Miiller, ne sachant probablement pas qae Elisoura pouvait se changer par abréviation en Klissa , me reproche ridiculement l'absurdité d'avoir cru que le comte Mousuchi était comte de Klissa en Dalmatie« (Voyez son Albanie, p. 19.).
*) En comparant avec cet Itinéraire les détails donnés par Mr. Ponqueville, on remarque que dans plusieurs lieux il y a eu des chatigtmens assez notables par suite des révoltes. (Voyez son voyage. Vol. ], p. 282.)
tournant conduisant à Klisoura et la construction étrange de ce petit bourg, dont chaque maison en pierre est une petite citadelle albanaise et est bâtie isolement à cette effet avec la même parcimonie de fenêtres que dans les villages que nous avions vus. A Textrëmité méridionale de ce bourg, composé plu'ôt de maisons disséminées que de rues, il j un château, qui domine à quelques centaines de pied de hauteur l'entrée du défilé de Grouka. La rivière de Eonitza, qui prend aussi le nom le Vojoutza (alb. Vjoscha), s'y fait jour du N. E.-S. O, à travers la chaîne calcaire, courant du N. O. au S, E. et s'étendant de Bérat au Pinde. Le bourg de Klisoura a tiré son nom de cette fente, car il signifie en slave défilé et son synonyme albanais est Grouka,
Les Albanais nous observaient avec un œil inquiet, car dans leurs idées nous ne pouvions vouloir autre chose que de reconnaître la position de ce qu'il appelait leur sauve-garde, savoir Un mauvaise bicoque entouré de murailles à meurtrières et avec quelques parties avancées pour pouvoir tirer commodément sur ceux, qui auraient voulu escalader l'ëdifice. Lorsque nous nous rendîmes dans le fond de la gorge ou Grouka ^ leurs soupçons reconmiencèrent et il fallait bien faire attention de ne pas fixer trop longtemps le fortin.
Les massives montagnes, bordant cette fente, ont environ 2000 p. sur le fond de la vallée, qui a une altitude d'environ 800 p. Les couches calcaires y sont coupées comme avec un couteau, de rE.N.E. à rO.S.O., puis de TE. à l'O. et la crevasse est si étroite qu'il y a à peine la place pour le torrent et le sentier. Cette curieuse gaîne continue pendant plus que 2 lieues, car on compte 3 lieues de Klisoura à Tépédélen, qui est déjà situé dan une assez large vallée. ^)
Nous aurions bien voulu partir de Pauberge de Elisoui aussi promptement que possible, mais un de nos gens avant n la fièvre, il fallut patienter et endurer une foule de qu< ces Albanais-Toskes, qui paraissaient fort d'humeur d tre bagage et nous auraient peut-être fait cette fn ter présence de nos deux Eavas albanais. Une parefl pu compromettre leur endroit, comme l'attest villages détruits de fond en comble par Tautorî tu
') Vojes pour cette ronte le voyage de Ht. PoiiqQi I, p. 274.'
La route de Permet ou Prémiti suit le bord de la Konitza, car les gêna du pays ne voulaient pas lui donner celui de Vojoutza des cartes* Cette rivière est encaissée comme dans un canal par des couches d'alluvions, qui sont devenus des poudingues plus ou moins durs et qui forment le long de l'eau de petites plate-formes incultes ou ça et là couvertes de Vîteœ Agnus CastL Il est fort probable qu'avant l'ouverture du défilé de Klisoura la vallée du Vojoutza et la partie inférieure de celle de la Desnitza formaient un lac.
Le sillon du Vojoutza est un exemple de ces nombreuses vallées longitudinales» qui courent du N. O. au S. E. et forment une bonne partie de l'Epire. Parmi les plus grandes on peut citer surtout celle du Drino ou du Déropolie avec ses vallons latéraux du Schouka à l'E. et du Bélitza ou du Gardiki à l'O. Elle est séparée de celle du Vojoutza par le Némertschika et bordée à l'O. par l'Ergénik (de Erghenty argent) et le Tschorades. D'autres sillons de ce genre sont la vallée du Soutschitza entre la crête du Griva à TE. et celle de Koudesî à PO., celle du Plavla dans l'Eria à l'E. de la chaîne de Chimara etc. La communication entre ces sillons longitudinaux s'établit par des crevasses transversales, courant du N.O. au S.E., comme cela se voit par le cours des affluens orientaux du Vojoutza, par le défilé de Klisoura^ le Bélitza, affluent du Drino, le Bendscha, affluent du Vojoutza etc. En un mot, on retrouve dans l'Epire le même échi- ' quier de guerre que dans la Bulgarie occidentale et la Haute Moesie orientale, avec la difi^érence que les proportions des montagnes et des gorges albanaises sont plutôt plus grandes que plus petites, parce que ces dernières ne sont pas placées sur un piédestal aussi rechaussé. Evidemment ce terrain est très favorable à l'établissement de fortins ou de châteaux forts, dominant le pays ou fermant des vallées. D'un autre part cette infériorité militaire de la configuration plastique des pays slaves mentionnés est compensée en partie par la conservation de la plus grande partie des forêts, tandis qu'en Albanie elles ont disparu presque partout et n'ofirent le plus souvent à leur place que des halliers peu touffus ou tout au plus des petits bois à arbres clairsemés. Enfin, comme dans le Monténégro, la configuration particulière de l'Albanie en général donne la clef de l'origine des diverses tribus, dans lesquels se partagent les habitans de ces pays. Ces
grands Clans ont trouvés leurs limites naturelles dans des bassins ou des districts enclavés dans des montagnes ou des défilés» ailleurs ils se sont ancrés sur certaines montagnes, dont l'entrée était plus ou moins difficile et ont pu conserver jusqu'à ce jour leur individualité particulière,*)
A y4 h. de Klisoura on passe un ruisseau sur un pont de bois et à une bonne heure on atteint un Han isolé., où il y a une excellente fontaine ombragée de platanes et de ceps de vignes. Les montagnes à l'E. de la vallée ne sont point si hautes que celles à rO.» ces dernières s'élèvent très brusquement à 2 à 3000 p. et même en deçà de Permet on voyait déjà les cimes neigeuses du Malia-Nemertska, qui atteignent au moins 5500 p. Mr. Kiepert leur donne le nom grec de Pélagos que nous n'avons pas entendu. Â TE., au contraire, les pentes des montagnes sont longues, elles montent graduellement par une suite de hauteurs jusques aux sommets de la chaîne, qui lie le Pinde aux montagnes de Barmach, de Staria (s. Starova) et de Géortsché (s. Goritza) ou au Grammes; c'est le district des Dangli. Or, comme depuis la vallée on ne peut appercevoir que les premiers degrés de cette espèce d'escalier, on trouve ces hauteurs pointues d'autant plus basses à côté de la chaîne élevée de Permet et de la série de hautes plate-formes ainsi que des sommets , qui terminent au S. E. la vallée vers Konitza
On traverse deux torrens venant de TE., dont le second, le Lioknitza, se passe sur un pont en pierre coinposé de trois arches élevées, entre lesquelles il y en a trois autres bien plus petites. Près de là est à l'E* le hameau de Pazomet. Pendant ceUivcourse d'environ 2 heures on a roccasion d'observer plusîeura villages à distance, d'abord sur la rive gauche du Konitza ceux de Bre* tchani et Kosina (Roësina des cartes) et but le côté opposé Rapitschka (Arabesca des cartes).
Pour atteindre Permet, placé sur k rive occidentale du Konitza, il faut franchir un pont de pierre» qui comptait jadis eept arches, mais dont deux ont été remplaeéee par une mauvaise construction en bois* Les premiers objets, qui frappent sur ce côté de la rivière, sont des ruines de fortina ou de couvents ni-
') Pour les détails *ujr la* tribut BEhunaisâi voyei k Toyige ée Foa<itt«viU« et ma Turquie. Vol. 2.
chés au haut de petits rochers calcaires, qui s'élèvent tout-à-fait isolement au N. de la ville et peuvent atteindre 60 p. Ensuite on remarque sur le bord de l'eau les restes de l'ancienne résidence d'un Beg et près du pont est le nouveau Konak de l'Ayan. Ce dernier étant absent, son alter ego eut cependant la complaisance de nous assigner un logement et pour nous voir au moins, il nous pria de passer à travers sa cour, au lieu de faire le tour de son manoir entouré de murs*
Permet (Perméti) est une petite ville de plus de 3000 âmes, qui est très bien situé dans un encadrement de collines couvertes de vignobles et de cultures, à TO. derrière elle est la haute chaîne du Némertska-Malia. Sa population est un mélange d'Albanais grecs, musulmans et catholiques; il y a deux ou trois mosquées à minarets et quelques jardins ornés de cjpresses, qui paraissaient mieux que ce que nous avions vu depuis notre départ de Scoutari. Du reste les rues y sont assez étroites, pavées, quelques-unes en pente et le Tschartschia ou marché se réduit à une petite place avec quelques boutiques.
Nous logeâmes chez un Albanais grec, qui était déjà dans l'habitude de recevoir chez lui des étrangers et surtout des Anglais, car il faut savoir que chez les officiers et les employés anglais dans les îles Joniennes un tour (a trip) en Albanie est compté parmi les voyages à la mode. Au lieu de rechigner, comme tant d'autres Chrétiens de Turquie, chargés d'héberger des Européens, notre hôte ne nous montrait que de la bonne volonté et de la gaieté, en ne négligeant pas toutefois de se faire payer fort bien d'avance chaque chose qu'il nous fournissait Comme il avait assisté à la plupart des actes de la vie d'Ali-Pascha , nous le mîmes sur ce sujet et il nous raconta une foule d'anecdotes avec la plus curieuse mimique et des apropos, dans lesquels les Grecs sont reconnus les maîtres* Permet a été même le théâtre d'une des cruautés de ce grand tyran, qui y a fait périr dans le boue et dans l'eau un Beg des environs. Il nous raconta aussi qu'il y avait à Permet un curé catholique de Venise pour une petite communauté d'Albanais catholiques.
Pour se rendre dePermet àOstanitza, il faut repasser sur la rive orientale du Konitza. A ^/2 1. plus loin il y a sur ce dernier un pont en pierre, élevé et composé de trois grandes arches assez étroites avec deux petites voûtes entr elles, c'est par là qu'on va à Bardiglioné,
villftge, au-fk^êiiîrt duquel sont, presque les plus ha u les cîiiiert du Nëmertâkii*Malia (Mertchika ou Nétnertzika). *) Après le couflueut du Konitza avec le grand torrent de Levkovitza (Levkavitza des cartea), qui vient de TE,, et celui d'un autre, qui yient du 8. E,, on passe un pont établi sur ce dernier à iVa K de Permet. Toute la vallée devient très sauvage, on ne voit de tous les côtés que des inontagnes pelées et grises avec des touffes de niyrthes, d'Epine-Porte-ChapeauXj de petits chênes ou de hêtres. Sans rencontrer ni voir âme qui vive, noua atteignîmea ainsi le Tour an ik-Han, qui est placé juste vis-à-vis de la crête la plus élevée du Némercaka-Malia. Elle forme un véritable cirque à pentes très rapides et couvertes de débris calcaires et il s'en échappe un torrent, qui se rend dans le Konitza* Des petites plaques de neiges couronnaient encore en juillet les sommités^ mais elles diparaissent plus tard en été et sur le côté sud il n'y en avait déjà plue. Ces montagnes s'élèvent à plus de 4500 p, sur la vallée. Depuis leure cimes on peut voir Delvino et Corfou ainsi que toute la chaîne du Pinde depuis le haut de rAspropoamos jusqu'aux montagnes d*Ochrida et du Tomor. Au S*E, se trouve sur le prolongement de ces crêtes un col assez bas pour permettre de passer avec peu de difficultés depuis Bardiglionë par le district de Zagorîé (en deçà des monts) à Janina.
On s'élève graduellement au-dessus de la rivière, qui est bordée de grands escarpemena d'éboulia ou de rochers. On descend de ces hauteurs dans des bois de chênes verts, de myrthes et de lauriers^ Cet endroit isole et traversé par des files d'eau descendant d'un village auN-N.O,, a été longtemps le lieu favori pour surprendre les voyageurs. Les habîtans des villages voisins venaient se glisser jusques là au moyen des ravins^ attaquaient à rîmproviste les passans et même quelquefois les assassinaient comme l'attestent quelques tombes. Pour mettre iin à ce brigandage, on a détruit le village le plus voisin et on a établi un poste de gendarmes sur la hauteur, qui domine au S* cette gorge boisée.
Un chemin tournant conduit au Karaoul de Fourka» où les deux Kavas pria à Permet furent remplacés par deux autres et
') Cette ilénuiiLJûittJun pourr&it-eUe Tenir des moti Alb^iuîi NsmeTf nombre^ Zi, noir, et Ku^ boeuf, jnius Mr» PouqucvUlG lui doiiEie lo nom de McrUika et le mi>t Àfrrsêi*; ttîgnjfie pour k hétml réposer (lemkne La rhileur du joui à l'ombre ouijous ttn toit.
s'en retournèrent chez eux. Ce poste ne consistait qu*en des huttes de paille. Depuis là on distinguait sur la pente du Némertska- Malia des plaques de neige s'étendant jusqu'au demi-tiers de sa hauteur sur la vallée. La route descend depuis là sur les bords immédiats du Konitza et est resserrée entre l'eau et les falaises. A la sortie de cette longue gaine on remonte sur les hauteurs et on passe un petit col couvert de lauriers et d'arbres de Judée. Les montagnes calcaires du haut de la vallée se dessinent de plus en plus et frappent la vue par leurs sommets tronqués, plats ou peu inclinés et étages eu forme de quatre escaliers.
En descendant vers la rivière le terrain est couvert de chênes verts et de bouquets de platanes d'Orient. A 1 1. du Karaoul on passe un torrent (le Tscharkov?) venant du N.E. et à 2 1. on arrive à un Han abandonné, qui est placé au-dessous du village de Séran. Ce dernier est sur la hauteur à l'E., tandis qu'à TO. se remarquent sur les cimes des coteaux les maisons éparses de Kara-Mourad. Chaque habitation est isolée sur le ebmmet d'une éminence et bâtie en forme de tour quadrangulaire, pour se défendre.
A V4 d'h. de Séran il 7 a un autre village au S. E. entre des collines d'environ 200 p., mnis sur la rive opposée du Konitza les hauteurs sont plus considérables. On passe le Sarantoporo» qui vient du N.E. du pied du Rouschotari ou Roschitas en valaque, ainsi que du Smolika. Enfin on arrive au confluent du Konitza et d'un torrent, qui court du S. O. au N.E. et vient d'Ostanitza. On passe le Konitza à gué au-dessus de ce confluent. Comme l'eau était assez profonde, nos deux Kavas nous quittèrent et nous arrivâmes seuls au Han et Karaoul d'Ostanitza. U est placé à 20 minutes du gué et à 999 p. de h. abs. On est obligé de traverser au-devant de cette auberge sur un pont un torrent fortement encaissé et coulant dans le Konitza.
Cette auberge ne consistait qu'en un local, où on faisait la cuisine et où il avait une natte. Le chef du poste de gendarmes était niché dans un chénit voisin et la garde était sous une petite tente devant le Han. Il y avait bien dans la cour entourée de murailles une petite estrade découverte, où il aurait été agréable de passer la nuit, mais on nous le déconseilla, pour ne pas risquer d'être volé. Le Boloubaschi, commandant le poste, était aussi assez peu sociable et demanda d'un air moqueur, si nous ii'écri-
vions pas tous les noms des montagnes et des villages. Un bon nombre de Toskes rôdaient autour de ce singulier manoir, où notre Tartare était tout dépaysé, malgré tout son savoir faire ordinaire pour dérider le front des plus mal disposés. U ne put pas même nous épargner de payei* le lendemain aux gendarmes une espèce de péage ou Gumruk de 2 piastres pour chaque voyageur étranger» ce qui du reste n'était pas une friponnerie, mais un usage, dont on s'affranchit avec un Bojourdi spécial du Visir de Janina.
On comprend qu'au milieu de gens si soupçonneux il n'y avait guère moyen de prendre des renseignemens. Nous vîmes seulement de l'autre côté du torrent de l'auberge un moulin et quelques maisons. Le grand village d'Ostanitza était sur la pente assez élevée de la montagne. Nous eûmes à monter pendant une bonne heure au milieu de grands bois de chênes verts et accompagnés de deux Kavas, qui prennent depuis ici le nom grec de Palieares et portent à la place des pesants fusils tout en fer des Albanais du Nord de plus petits fusils à crosse en grande partie de bois.
La vue depuis ces hauteurs était étendue et intéressante, car on avait devant soi les sommets rabattus et verdoyans autour de Konitza, où confluent le Vojoutza, venant du S.E., ou des montagnes de Métzovo et le Topolitza coulant de l'E. et ayant ses sources dans les monts Smolika, Tzarous et Vasilitza. Au S. on voyait le bourg de Konitza et à l'E. celui deLetzovik (alb. Ljaskovik) dans la vallée du Tscharkov et sur la route de Janina à Ochri par les districts de Eolonia et Ejari. Les montagnes dans cette direction présentent l'aspect déboisé de celles bordant à TE. la vallée du Konitza (en slave Ramisa) et on y parai parcourir surtout des plate-formes entre quelques vallons peu profonds. Lekzovik ou Ljaskovik >) est un gros bourg, où on n'apperçoit aucun minaret. Depuis Konitza on peut aller à Grénovo en remontant le Topo^ litza et passant entre les cimes du Tzarous et du Vasilitza ou au N. du iSmolika.
Sur le haut de la montagne, à 2031 p. d'élévation et à ISO ou 200 p. sous les cimes, on passe devant un petit poste de gendarmes et on en descend dans une plaine bien plus élevée que
') Cette (Icnomination viemirait-elle de« mots albaniûs LfatehU, fieux, Kov^f gros tonneau?
les vallées de Konitza et d'Ostanitza. 0 Mr. Kiepert donne à cette crête le nom grec de Papingos et en sépare par la vallée le mont Lazari au S. de Konitza. Ses plus hautes cimes s'élèvent à 2231 p.
Le Han de Sahli-Pascha se trouve à la descente à 2 1. d'Ostanitza et il y a là un cours d'eau, qui coule au N, Cette espèce de bassin élevé est celui de Pogon et il ofire au N. O. plusieurs villages, ainsi que des vignobles. Une crête basse et aride le sépare au S. d'une autre, qui parait avoir un niveau un peu plus élevé. En passant cette petite éminenee rocailleuse on laisse un peu au S. O. sur le prolongement de la crête le monastère grec de Mavrovoun» qui est entouré d'arbres. Puis au pied de la hauteur on apperçoit au N. E. le Tschiflik Alisot et à PË. Mésovoun, hameau chrétien avec des vignobles et une tuilerie. Nous y remarquâmes avec surprise des ouvriers couverts d'énormes chapeaux pointus à la chinoise et en roseaux.
Ce bassin à sol argileux et à eau s'engoufirant est vaste et s'étend au loin au N. O. Il porte le nom de Zagorié et forme un district de Chrétiens grecs très laborieux. Au loin au N. O. s'élèvent les cimes des montagnes dans le voisinage de Tépédélen, tandis qu'au N. règne la chaîne du Némertska-Malia, qui est plus haute que celle près de cette dernière ville et s'élève à 3500 ou 4000 p. sur le pays de Zagorié.
A y, 1. de la dernière crête on atteint un petit étang au pied de rochers calcaires et on recommence à voyager au milieu de champs, qui lors de notre passage étaient couverts de villageois et de femmes grecques. A y, ^* P^^^ ^^^^ ^^ trouve le hameau d'Artischta, où le sol argileux prend cette teinte rouge si commune dans les terrains calcaires. Le village de Raven (en grec ténébreux, noir) reste à droite» U y a un Raven supérieur et inférieur {Apano Raven et Kato Raven) et près de là est aussi un petit étang 2). On va ensuite joindre le Han et Karaoul de Vêla ou de Kalbaki (Balbaki de Mr. Viquesnel), qui est au milieu d'une plaine fertile, arrosée artificiellement et couverte de blé de Turquie et d'autres céréales. Depuis ce point à 1364 p. de h. abs. on peut
*) Voyez les détails sur le canton de Konitza. de Lekzovik etc. dans le voyage de Mr. Pouqueville. Vol. 1, pag. 219.
*) Dans ces environs se trouve le village de Stoudéna (froid), le Sudi^na des cartes.)
gfagner aisément la vallée du Dniio ou le Déropoiié, sillon, qui court parallèleoient au Vojoutza et conduit à Tépélen.
Noua ëtions enfio sortis des lieux, où il est bon d'être escortés, et nous fûmes bien aises de pouïroîr voyager sans ces témoins ejinuyeux et en général peu communicatifs. Parmi les Palicart^s de Vêla îl y avait des Chrétiens grecs, qui se firent reconnaître avec plaisir en faisant le signe de la croix et dont les vieilles moustaches attestaient le long service* Nous enfilâmes une longue gaine agreste entre des montagnes dénudées d'arbres ou n'offrant que ça et là de petits broussailles d'Epine-Porte^Chapeau. On s'y élève petit à petit jusqu'à la hauteur de 1769 à 1800 p. et on observe dans ce lieu occupé par une petite plaine un lac, dont les sources sont cachées dans ta profondeur des eaux et dont les dégorgeoirs ne sont des trous de rochers. Pour prévenir Tin on dation d'une plus grande partie du terrain , on avait pratiqué récemment un canal depuis l'étang jusqu'à un Katavothrcn ou entonnoir ^ouierraîn.
Nous descendîmes depuis là graduellement vers le bassin du lac de Janina en ne voyant âme qui vive, à Texception d'un berger de moutons- Sur la pente de la montagne à TE. nous observâmes près d'une petite gorge^ où il y a probablement une fontaine, une enceinte demi-circulaire de pierres avec deux plus petites à côtéi Ce sont les lieux, où les bergers réunissent leurs troupeaux pendant la nuit, afin de pouvoir les défendre plus aisément contre les loups. Du reste, à l'exception de quelques pommiers ïiauvagea et de broussailles d'Epine-Porte-Cbapeau la vallée est tout-à-fait aride.
On laisse à gauche une route, qui s'élève sur la pente nue de la montagne et conduit à Dvor et Konitza et on atteint une fontaine, dont la fraîcheur est mise à Tabrî du soleil par un pavillon voûté et ioutenu par deux piliers. C'est depuis ce point qu'on a la première vue à peu près complète du bassin et du lac de Janina, dont le niveau a du une fois atteindre presque ces hauteurs. A la place d'une belle nappe d'eau au milieu d'une nature verdoyante, on n'apperçoit qu'un grand marécage surtout dans la partie supérieure. De plus les montagnes à l'en tour sont tout-àfait dégarnies de végétation. Au printemps quelques champs peuvent encore animer ce t&bleau, mais passé le mois de juillet^ la couleur jaune des terres moissonnées ne fait que compléter U tristesse de cette vue.
Ensuite on parcourt une pente assez rapide pour atteindre les bords du lac et humer l'odeur marécageuse de ces eaux demistagnantes et bordées d'énormes masses de roseaux. Le lac supérieur ou de Labschistas tend évidemment à se combler de plus en plus et son dégorgeoir de Voinikova a été décrit complètement par Mr. Pouqueville* Ses eaux se rendent dans le Velchis au-dessous de Velchistas. U est bordé de quelques champs d*orge et de Sorgho et sur le côté N. on apperçoit des vignobles et le village de Petchiaii, tandis que celui de Néochori, habité par des GrecSy est sur son extrémité S. O., où les habitans étaient occupés à notre passage à brûler des roseaux. A TE. du lac le pied du mont Mitschikéli (de M/eli^ traire, et Kolif troupeaux?) est couvert de quelques chênes verts rabougris et de houx.
En longeant le côté oriental du lac de Labchistas, on atteint le Han isolé de Noutza, probablement le Stroudza de Mr. Kiepert^ placé trop au S. Il n'offrait pour lieu de repos qu'une galerie ouverte à un premier étage et un vaste platane. N'aimant pas à laisser passer un seul puits ou une seule fontaine, nos gens essayèrent l'eau marécageuse du puits de cette hôtellerie et furent indisposés.
Sous le fameux Visîr Ali*Pascha il partait de cette auberge une chaussée en pierre et un long pont en bois, par lequel on traversait le canal» qui lie le lac supérieur au véritable lac de Janina. Depuis la mort de ce Satrape on a laissé tomber le pont en ruine et déjà la chaussée des deux côtés du lac commence à se détériorer. On devrait s'attendre du moins que si près d'une des premières villes de l'empire, un bac servirait à passer ce marécage, mais il n'en est rien, et le voyageur est obligé de se confier lui et ses chevaux à de petits bateaux à quille ronde, qui ne sont capables de tenir qu'un ou deux chevaux tout au plus. Encore n'y en a-t-il que trois de manière que lorsqu'il y a du monde on peut y être arrêté fort longtemps. Jamais de notre vie nous n'avons fait de passage plus périlleux, parce que le meilleur nageur serait pris dans ce lieu au dépourvu, l'eau étant remplie de roseaux, de nymphacées ou de Potamogetons et de Myriophyllum. A chaque mouvement de ces batelets les chevaux faisaient mine de sauter dans l'eau et ce passage dure vingt minutes ou demiheure, y compris le chargement, car tous les chevaux n'entrent pas de prime abord dans de pareilles embarcations. Il fallut ainsi
plui de deux heures pour transporter notre compagnie d'un bord à l'autre. Notre courier nous en avait bien averti, maie mou compagnon de voyage était pressé d'arriver à Janina et s'attira probablement par là une fièvre, parce que, passé le premier, il stationna longtemps coucbé à terre jm milieu des miasmes pestilentiels de ces marais, A notre débarquement sur la chauaeée étroite de la rive occidentale, noua eûmes le malheur de voir arriver une caravane de Musulmans, qui avec leur insouciance or-* dinaire se pressèrent d'obstruer le passage de telle manière qu'un de nos chevaux fut poussé dans le lac et dut en être repêché»
Ce point du passage est situé au-dessous des petites hauteurs, sur lesquelles Mr. Pouqueville place Dodone. A TO* ee trouve le village de Eardîk (le Gordaki des cartes), tandis qu'un peu plus au S. est la petite montagne du Tomoros, Ou n'a plus que 2 I. de pays plat jusqu'à Janina. Le paye o'est cultivé quen partie et borde le canal plein dlles et de roseaux, qui lie le lac de Janina à celui de Liibschistas et qui finira avec le temps par n*être qu*une prairie marécageuse.
Janina est à présent une ville toute ouverte, l'ancienne enceinte en terre^ le fossé et les portes ont totalement disparu depuis la guerre contre Alî-Pascha. H n'en reste plus que des vestige» sur la hauteur. Appuyée contre un coteau à 10. , elle consiste en une partie haute, une partie basse et un château situé dans une île séparée de la ville par un fossé de peu de largeur Sous Ali-Pascha cette ville devait être mieux qu'elle ne se présente actuellement à en juger d'après les ruines qu on y apperçoit de tous les côtés et d'après les dessins qu'on en a fait dans ce temps^Jà. Beaucoup de jardins et surtout d^ arbres paraissent avoir disparu, les bords du lac présentent seuls encore quelques peupliers et autres arbustes.
Sous Ali Pascha Janina a eu jusqu'à 35,000 habitans, aujourd'hui la population ne peut plus être évaluée qu'entre 22,000 et 25,000 âmes- Elle l'st encore composée à peu près comme du temps de Mr, Pouqueville, d'Albanais grecs ou valaques, d*Albanais musulmans et de Juifs avec un petit nombre d'Albanais catholiques. Les Albanais chrétiens grecti en forment la majeure partie, mais ils sont t^ous le joug des Musulmane. Ces derniers habitent eurtour le haut de la ville^ tandis que les Juifs se tien* neut près du château et du Bazar. Quelques Allemands et lia-
liens 0e trouvent parmi les artisans. La quantité des femmes à moeurs dissolues du temps d'Ali-Pascha a presque totalement disparue. Le haut de la ville présente plusieurs grands cimetières^ où on remarque le même désordre que dans tous ceux de la Turquie. Du côté de l'ancienne porte de Kalo-Tschesmé, conduisant à Arta il y a une espèce de faubourg avec une rue principale pavée et garnie de boutiques. Non loin de la plus près du lac sont les ruines du grand château en pierre de Litharitza, au haut duquel Ali Pascha pouvait» dit-on , monter à cheval. Sans se donner la peine de détruire ces restes de murailles et un tour» on y a bâti une grande caserne pour le Nizam, mais, vu les défauts de remplacement, le plan de ce grand édifice manque de roulante.
La ville principale de Janina est traversée par une grande rue, le Bazar Mahalé, depuis l'entrée septentrionale à travers le Bazar jusqu'au château. Du temps d'Ali-Pascha des maisons, belles pour la Turquie, se trouvaient dans cette rue, où on voit encore beaucoup de décombres. Jusqu'à l'entrée du Bazar il n'y a guère que la maison du Vice-Consul grec, Mr. Clerici, qui avait encore en 1838 quelque apparence d'aisance. Si cet agent diplomatique ne s'en était emparé, malgré sa simplicité elle aurait été depuis longtemps quelque Konak de seigneur turc. Le Consul n'y avait fait qu'ajouter un petit balcon en bois sur la rue. Tout le reste ne sont que des maisonnettes ou même de simples rezde-chaussée.
Le Bazar est assez grand, mais mal tenu et sale, quoiqu'on y remarque une grande abondance de marchandises de toute espèce. La partie la plus caractéristique est le quartier des boutiques de broderies en or et en argent, des vêtemens albanais de luxe et des galons. Dans deux boutiques on vend en été des glaces, mais quelquefois on n*en peut pas avoir de quelques jours, parce que les cuisiniers du Pascha accaparent la glace et qu'il faut attendre l'arrivée de nouvelles provisions. Elle vient à dos de cheval des cimes du Perister, qui est à 12 h. au S. S. E. de Janina. Plusieurs mosquées peu remarquables sont enfouies au milieu des petites ruelles sales, qui environnent le Bazar et par lesquels on ne passe qu'après la fermeture de ce lieu. Le long du fossé du château est le marché des poissons et une boucherie, dont il s'exhale continuellement une odeur infecte d'autant
plitB désagréable que c>8t daoe ce lieu qii^on trouve les bateaux de louage pour aller nur le lac.
Le château» l'ancienne résidence d'Ali-Pascha, n^est encore qu^un lieu de décombres, dont eiiaque endroit a ses souvenire* La première enceinte est occupée par quelques maisons mieérableê et dang la seconde se trouve à TE. une petite mosquée et à TO* la résidence du Visir et dans la oour le tombeau fort simple d'Alî-Pascba. Partout aîUeura , où on porte ses regarda > on ne voit que de vastes ruines, ainsi au S, O, et à VO* du Konak , il ne reste de l'ancien grand Harem et du palais, ou château à cinq étages d'AH-Pascha que le& fondemens et une pertie de la forte muraille le long du fosêé du côté de la ville, La résidence du Visir est composée de quelrjues pièces de l'ancien palais, auxquelles on a ajouté une petite aiJe en bois et en pierrailles, je crois, comme Harem, L*extérieur en est peint bizarrement en jaune avec des arabesques. Parmi les anciens appartemens d*Ali-Paecha on remarque sa salle d'audience à plafond avec des dorures, avec quelques colonnes en marbre et des lambris garnis d*ouvragês en marqueterie et coquillages incrustés. Mais tous ces re^^tes d*une grandeur passée se détéiîorent joumellement, cette salle notant plus 4jue rantichambre du Visir* Ce dernier se tient dans une pièce à côté, où il y a un divan très élevé et fort large.
Daoi le bas du Konak on voit la casemate à porte de fer^ oà Ali-Pascha a reposé longtemps pendant le siège et la petite cour profonde, où il a exercé tant de cruautés. Au bord immédiat du lac le Visir Emin-Pascha a fait ériger une petite mai* sonnette et sous les rochers il a construit une petite salle avec des fenêtres pour j prendre le frais. Près de là on montre le roc» sur lequel un jeune Grec, secrétaire sous Reschid-Pascha, s'est fracassé le crâne en voulant se noyer. Ce malheureux fut poussé à cet acte de désespoir parce que, chargé de rédiger un écrit important , il avait cru d'un trait de plume pouvoir tromper le Visir et faire porter les limites de la Grèue Jusqu'audelà de Jaoïna. Il avait appris qu'on avait découvert cette ruse enfantine, qui toutefois doune une idée du patriotisme et du caractère grec.
Le Faschalik de Janîna ou de tout TEpire se divise en quatre, savoir le gouvernemenf proprement dit de Janina et trois Ivaimakamlikë. Le premier comprend le Kassas de Janina avec
les Moudrilikg ou Mousselims de Konitza de Margarit, de Paramythia, de Grévéna et de Véoitza. Ces deux derniers districts sont en-deçà du Grammos. Le Kaimakanlik ou Kaimakan d*Argyrokastron commande à ce district ainsi qu'aux Musselims de Delvino, de Palaeopojaniy de Tébélen et de Philiates. Celui de Bérat a sous lui le district de ce nom ainsi que les Mousselims de Permet et d*Aulone, et celui d' Arta le district d'Arta et le Mousselim de PrcYésa* Quelquefois la Thessalie est sous le Pascha de Janina. La population de ce Paschalik peut s'élever à 360^000 âmes ou même peut-être à 400,000 âmes, H comprend près d'une douzaine de villes et plus de 16 à 18 de petits bourgs et les villages sont fort nombreux, quoiqu'il y ait quelquefois des déserts entre des groupes de hameaux. Les habitans sont essentiellement Albanais toskes, mais ils comprennent outre les véritables Toskes de la partie N. et N. £. du Paschalik les Liapides de monts Acrocérauniens et du Moudislik de Delvino et les nombreux Chamîdes. Personne n'a encore établi le rapport numérique des Mahométans et des Chrétiens dans l'Ëpire, ce qui est d'autant plus difficile qu'il paraît y avoir bon nombre de Pseudo-Mahométans* Le nombre considérable des Chrétiens y est augmenté par les Zinzares du Pinde » et des Grecs , mais les autres Slaves de la Turquie n'y sont comparativement que peu nombreux et ce sont surtout des Bulgares et des Serbes. D'un autre part, d'après les noms des lieux, il devient évident que l'élément slave s'est mélangé en masse assez grande avec les Schkytepares.
Quant à la capitale de cePaschalik, sa place ne pouvait être mieux choisie, parce qu'elle se trouve dans un bassin central àl'éntrecroissement de plusieurs des routes militaires les plus importantes. Les environs de Janina pourraient être bien plus agréables, si on savait y planter plus d'arbres, mais tout est trop nud et dégarni et cette vue ne peut se supporter qu'au printemps, où tout est vert. Au milieu de Tété on dirait vraiment une nature morte. La longue croupe escarpée du mont Mitschikéli, qui borde le lac de Janina à l'E., est totalement dépouillée d'arbustes et déjà il faut aller assez loin pour trouver du bois de chauffage. A 1*0. il n'y a aussi que de petites hauteurs arrondies, parmi lesquelles se distingue au N. O. une grosse tête un peu plus élevée. Toutes ces montagnes grises, renvoyant les rayons du soleil sans qu'on sache où s'en mettre à couvert, rendent le séjour de Janina insuppor-
table en été. Or, comme les émanations du lac sont putrides, Teaù des puits marécageuse, quoique fraîche, il est tout naturel que cette ville soit regardée comme d*autant plus fiévreuse qu'elle est située dans une cavité, où le vent a peine à renouveler Pair.
La seule chose, qui anime le tableau des environs de Janina, est la vue des cimes élevées du Némertska-Malia au N. et du Djoumerka au S. S.E. presque toujours à plaques de neige. Le principal amusement des habitans de Janina paraît être d'aller en bateau sur le lac et d'en visiter la petite île ainsi que la source de Dobra- Voda ou Krio Néroy qui sont à l'E. vis-à-vis de Janina. L'île serait charmante, si on j plantait plus d'arbres, tout son côté occidental en étant dégarni. Un petit hameau grec avec un restaurateur se trouve sur le versant opposé du rocher, qui forme cet îlot. C'est là, où l'on va manger des écrevisses, se reposer ou danser dans quelque méchant petit jardin. C'est surtout le rendez-vous des amans, mais le grand but des visites à l'île est d'aller aux sept petites chapelles ou couvens, qui s'y trouvent et où les moines grecs paraissent faire de bonnes affaires. Dans l'un on voit encore la chambre, où Ali-Pascha fut tué et les trous du plancher, par lesquels on acheva d'ôter la vie à cette hydre du genre humain. A côté est la petite chambre, où sa femme chérie, Vasilika, la fille d'un Pope, était ftu moment de cette exécution et où elle aurait dû avoir la tète tranchée, si on avait obéi aux derniers ordres sanguinaires de ce monstre. Au sommet de l'île est un moulin à vent établi par £min-Pascha, relique non utilisée de cet administrateur. Depuis ce point on peut prendre une bonne idée de Janina*
A l'ordinaire la visite à cette île est suivie ou précédée de celle à la source de Krio-Néro (sL Dobra-Vodaj, qui se trouve vis-à-vis (à 5' de là) e^ur le côtë oriental du lac* Elle sort en torrent si considérable des rochers sous le niveau des eaux du lac qu'elle forme à elle seule la masse de l'eau à 60 p* de distance, ce dont on peut aisément s'assurer en comparant §& température froide ou son goûr exquis avec l'eau chaude et marécageuse du lac. De grandes masses de roseaux en rétrécissent T accès par suite de l'insouciance turque et au lieu d y bâtir quelque joli Kiosque, on se contente de s'y rendre en bateau et d*y manger des fruits, des eoUaticns, tout en buvant de cette eau ilélicieuse. Or, comme l'abord est petit, il suffit de quatre à cinq bateaux
pour empêcher les autres d'approcher et personne ne se fait scrupule de salir l'eau en y jetant des écorces de melons ou d'autres restes de mangeaille. Le moulin à poudre, près de ce lieu sous Ali-Pascha, a disparu.
Une autre partie de plaisir à Janina est la visite du couvent de Zitza, placé sur un plateau à 600 p. sur Janina et au N. O. de l'extrémité supérieure du lac. Il y a là de bons vignobles et deux cascades, dont Tune a 60 p. de h. et l'autre est sous terre.
Le lac de Janina n'est que la partie la plus basse d'un énorme bassin, qui occupe une étendue de pays de 12 1. de long du N. au S., sur 4 à 5 de large de l'E. à l'O. C'est évidemment un accident d'écroulement sur la ligne générale du soulèvement principale de l'Epire, savoir sur celle du N. O. au S. E. Les portions les moins affaisées forment le pourtour du lac au S. et à rO., tandis qu'à côté du grand écroulement est la haute muraille du Mitschikéli.
Le lac de Janina, de 2 1. de long et à une altitude de 1600 p., office des dégorgeoirs comme le lac de Labchistas; j'en ai compté à son extrémité méridionale cinq , dont quatre sont soigneusement séparés du lac par des murailles et ne peuvent 3er« vir que dans les plus hautes eaux. On a pris ces précautions pour ne pas faire baisser outre mesure les eaux du lac et les tenir toujours assez élevées pour le moulin établi sur le dégorgeoir principal. Ce dernier, au-dessous des ruines cyclopéennes d'Hella, sert à faire aller un moulin au moyen d'une digue en terre garnie d'un double mur en pierre et d'une excavation artificielle. L'eau du lac s'y rend par deux conduits et forme une petite chute dans l'abîme, où elle disparut et où a eu lieu quelque écroulement de rochers. Pouqueville signale ces lieux comme le centre, d'où partent les commotions souterraines , qui ébranlent si fréquemment le sol de l'ancienne Hellopie. Donc cet auteur ne s'était pas trompé en disant en 1807 (Voyage à Constantinople et en Albanie) que l'eau du lac Achérusien s'engouffirait sous le mont Cassiope et qu'il ressortait à quelques lieues de là près le Condovrachi (?) pour se rendre par l'Arta dans le golfe du même nom. Il a été induit plus tard en erreur (Voyage en Grèce. Vol. 1, pag. 139 et 177). par la vue du dégorgeoir de Voinikova pour le lac de Lab- «chistas et n'a pas réfléchi que le lac de Janina, composé de deux
SI
G&vltës, pouvait b,vo\t pluaieurs canaus d'écôulement (Voyez, ma Turquie. VoL 1, pog* 5b *),
De Janina on ee rend k Arta par les fonds à petite étangi entre les montagnea de Bapechista et St. Dimûri. On monte par une succession de petites piat€*f ormes à TE. des montagnes d'O- Ittzika à un col situé dans le district de Tzerkoviata et étant le plus haut point entre les bassins de Janîna et du Louro. Dans ce lieu est le Han de Pendé-Pigadia ou des cinq puits. Il est entouré d^une haute muraille et a une tour cotnme Karaoul ou poste de gendarmes. Les puits existent réellement à 300 t. au S., d*où on découvre le golfe d'Arfa. Depuis là on n'a plus qu*à descendre à travers le district de Karvasara jusqu'à la plaine par dei montagnes calcaires, qui continuent à être dénudées ou couvertes seulement ça et là de broussailles. On rencontre sur ce chemin encore deux Karaouls, Tun à 2 y^h. des Cinq Puits et l'autre à 3 h. d'Art a. Le reste de la route a lieu entre la montagne deKelbérini àTK et le bord du vaste marais de Kambo, qui a été desséché par Ali- Fascha et est produit par les nombreuses sources, qui sourdent des rochers calcaires, {Voyez pour les itinéraires de Janina dans la Pînde, ainsi qu*à Aulone, Delvino et Prévéea le voyage de Mr. Pouqueville,)
*} Â notre puAag€ à Junia^ le Vîjsîr Nonrri MouAtapti^-Pascba avait remplacé depub an an EEDm-Paacha Si Noarn>Faâcba soupirait en parlant de ton beau Paschalik d'Ândrinopk et ne royait dans la place actuelle qu'an eidl , l«t AlbanAÎfl semblaient regretter Ëmin^FaBcba à cause de &a plus griLtide activité et «on gouvemement révère et juate^ Noarn-Paacba ét^it un homme de plume, qui ne «lortoit pas de che^ lui, et avait acberé la padrication de la Baise Albanie en comblant d*honneiirs les chefs les plus tnrbnlcns. Dç beaux babité, des cbargca a^ex lacraiÎTea et âe$ mariages avantageux aidaient été les moyens qall avaic employés. Les plus grands capitaines ou Baloubaschii , ceux m(^me qui avaieni pillé ev vole en Macédoine , comme Tapbilbos , vivaient dans le luxa à sa conr ou étaient empioyés comme Derveadgii dans la garde d&s routes de montagoes. Mais les g@ne du pay» prétendaient que ca i^ystème ne diminuait pas seulement leiï revenus du grand Seigneur, mais qu'il avait aosâi le défaut de tt^uter d'autres personnes entreprenantes pour obtenir les tnËmes faveurs et quMJ s'usait d^aitleurs à la long ne. Emin*Pascha était, au contraire^ un bomme actif comme Us Albanais, qui parcourait le pays, savait punir a propos el retenir les mauvais snjets par U cralate des cb&tlmeni, Nnurri-Pascha avait en IS33 sous lui tm Pascba du Niaam^ qui commandait nn petit camp de troupes régulière» bien équipées. Ce der* nier était placé a la sortie leptcntrion&le de la villa. Parmi les soldats se trouvaient deux Irlaudais, qui, condamnés pour meurtre» s'élAiem écliappéM des prisouji de Corfon et t'étaient fait Mahométans^ de manière qne le Lord^Haiit-Comniîssaire n'avait plus aucun droit pour t«s réclamer.
ALBANIE, THBSSAUE m MAGEDOIME.
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S V S isr 2t !£ ià S 21 a
DE
JANINA aSALONIQUE
PAR