‹ Recueil d'itinʹeraires dans la Turquie d'EuropeChapitre 24 sur 46 · LA THESSALIE · texte numérisé non relu

LA THESSALIE

hm sortant de Janina par le faubourg, où était jadis la porte de Kalo-Tschesmé, on se trouve dans une plaine bordée de petits coteaux à l'O. et dans laquelle il 7 a à ^/^ de 1. de la ville un Han et un platane. A notre passage des Zingares, habitant cette partie de Janina, accoururent sur la route, pour nous faire de la musique. A ^2 1* ^^ Janina est une fontaine et un second Han et sur une butte sont des restes de murailles. A 1 % d'h. est le Han de Xaichika, dont le village reste à droite sur la hauteur. Notre Tartare, qui avait servi dans le siège contre Ali-Pascha, racontait qu'il 7 avait autrefois un ou deux villages au S. O., mais qu'ils avaient été détruits, parce que les troupes turques avaient campé dans ces environs. Depuis le troisième Han la route tourne au S. Ë. À travers des prairies marécageuses, pour gagner la chaussée de pierre, qui borde l'extrémité méridionale du lac de Janina et qui est dominée par des escarpemens d'environ 80 à 100 p. d'élévation. Ce pavé est si exécrable pour les chevaux, qu*on préfère dans les bat>ses eaux passer sur le bord du lac au pied de la première partie de la chaussée. Elle o£Ffe quelques arcades, parce qu'il parait que dans les grandes eaux une partie est absorbée par

des crevasses au pied d'un rocher voisin à l'endroit, où Mr. Pouqueville a marqué sur sa carte une petite anse. Plus loin on passe devant le moulin mis singulièrement en mouvement par le dégorgeoir du lac de Janina et placé presqu'au-dessous de Hella, près duqud lieu est le petit monastère de Kastritza. La chaussée pavée va presque jusqu'au Han au pied de la montagne à I*E., mais on tâche de l'éviter tant qu'on peut , en se jetant dans lea prés et les champs de maïs, d'autant plus qu'en 1838 un petit pont en était rompu. Le Han est précédé de deux maisons,^ dont l*une est aussi une auberge. Une troupe de Zingares j étaient campés sous leurs tentes noires* Âu-devant du Han plus visité est un énorme platane, qui sert de salle et de chambre à coucher. Mr. Pouqueville donne le nom d'Ardamista à cette auberge qu'on m'a dit s'appeler Baldoun-Han, dénomination dans la carte de Mr. Pouqueville appliquée à un Han près du pont sur le Dipotami non loin du Han Kyra, or cette auberge près du pont n'est plus qu'une ruine.

La montée du col à l'Ë. entre les montagnes de Mitschikéli et du Driskos a lieu par une ancienne route pavée. Ce sont des plaquettes de grès placées verticalement et horizontalement. Le chemin décrivant plusieurs toumans , on abrège en suivant à droite ou à gauche des sentiers et on ne regagne le pavé que près du haut de la montée, qui prend une bonne heure. Toute la montagne est pelée et privée d'arbustes. Le col a 2774 p. de h. abs. ou 1174 p. sur le lac de Janina, il est si étroit qu'à peine arrivé on recommence tout de suite à descendre. Depuis-là je fus témoin de la formation subite et très remarquHblc de deux trombes ascendantes sur le lac de Janina. (Voyez Comptes-Eendus de TAcad. de Vienne. 1881. Vol. 6, pag. 90 et Bull. Soc. géol. deFr< 1881. Vol. 8, pag. 274 avec fig.)

Au col s'embranchent deux routes, savoir ceik conduisant derrière le Mitschikéli dans h haut de la vallée du Dîpotamî et celle de Métzovo. On deflcend par de§ chemins toumans assex mauvais et établis dans nne gorge à buissons de noisetiers, A 20 minutes sous le col on passe près d'une fontaine et à côté d'une garde. Plus bas on franchit le petit torrent, preaqu*à sec en été* et on continue à descendre sur la rive septentrion nie par une série de tournans très forts, profonds et fort ëtroiis. Le Hsui Kjra est au pied de la deecutite et est en même temps un Ka*

raoul '). Une fontaine ombragée d'un platane et un autre grand arbre de ce genre forment les salles des voyageurs, tandis qu'une petite estrade couverte de quelques branches d'arbres sèches sert de pavillon aux soldats du poste. Leur chef ou Bolovbaschi était justement en tournée d'inspection lors de notre passage. Cet homme, jadis de lu bande des brigands de Taphilbos, était vêtu très proprement avec une belle veste, dont le nombre des broderies en argent cachaient presque le fond jaunâtre. Il se tenait au premier étage au-dessus de la cuisine de l'auberge dans un chenil, dont le mur avait disparu, de manière qu'il était comme sur une estrade ouverte. Il nous reçut fort gravement sur son tapis et nous fit servir du café, comme s'il avait été un Pascha. Plus tard il nous fit la galanterie de partager avec nous son lait. Comme l'indisposition de l'un de nous nous retint toute une journée dans ce lieu, nous eûmes tout le temps d'étudier ces Palicares et leur vieux chef à moustaches blanches. Ils passaient une partie de leur temps à tirer à la cibe et plaçaient pour cela un œuf à la distance de près de 300 pas. Celui» qui atteignait Tœuf, était obligé de payer à la compagnie un mouton ; il s'entend bien qu'on laissait cet honneur au Boloubaschi. On fut chercher la bête au village à 2 1. de là dans la montagne.

Pendant toute la journée il y eut des allant et des venans» parce que c'est la grande route pour arriver de Constantinople par Salonique et Larisse à Janina et dans toute la basse Albanie^ C'est aussi pour cela qu'on compte plus d'une vingtaine d'auberges entre Janina et Trikala. Parmi ces voyageurs aucun ne nous frappa comme un certain Nikolesko', partisan grec expulsé par le roi Otton» parce qu'il s'était révolté contre lui. Le gouvernement turc avait cru prudent de l'éloigner des frontières et de l'exiler à Andrinople ; il en revenait accompagné de deux Palicares grecs et il espérait bientôt rentrer en Grèce. En attendant, le Visir de Janina Tavait fait capitaine. Cet homme à taille élancée et costumé à l'albanaise avait un démarche tout-à-fait théâtrale. Pyrrhus ou Alexandre n'ont pas pu se mouvoir avec plus d*assurance et de conscience de leur grandeur. On se disait l'un à l'autre que bientôt il s'ennuyerait à Janina et serait de nouveau à la tête de quelque bande de Eleptes.

') Pr^s de là se tronre le village de Goschista, te Grodesta des cartes. Sv le Dipotami est ritoé à plusieurs lieux au N. le village de Liaskovitz, le Liasto- Tîsti des cartes.

Des bouquets bas de plalanee couvrent la pente, qui dej^cend dans le torrent de Dipotami, Celui*ci est eocaissé entre d'assez hautes montagnea à ëboulie grifâtree et à petita buiasons. Au S. E» se trouve le mont TschonkurelU (Tzîkouréla, Tschoukaronka des carte»). Lorsque Teau est haute» on va passer l'eau à un pont en pierre. Il est assez élevé et composé de deux grandes arches >*éparées par une épaisse calée et au-dessus de cette dernière il y a trois très petites ouvertures voûtées, dont le bas dans deux est environ de niveau avec le haut des deux grandes arches, tandis qu*une seule descend plus bas. Dans les ^rrandes eaux on m tient tout le long de la route sur des corniches au N* du torrent et au pied du mont Tachoukarelli , où Ali-Pascha a fait pratiquer une route.

Quand l*eau est baa^e, on traverse le torrent à gué, pour se porter fout de suite d ms le vallon du cours dVau, qui vient de TE, ou deMétzovo et se jette sous le pont dans le Dipotami, coulant dans ce lieu de TE.N. E. à 1*0. S.O. On longe la rive méridionale du torrent au milieu de petits buissons et en ayant au N. de grandes coupes de roches contournées. A y^ L du Ilan Kjra on passe près d'une auberge détruite et entourée de platanes et de figuiers sauvages. Plus loin le vallon se ressert beaucoup ; on guée Teau onze fois et les montagnes environnantes paraissent s*é!everà3()00p- Sou» le village de Posgoîl (Ragoli des cartes), situé au S. de ce torrent, il y a un pont qn*un paysan nous dit fl*appeler Stoupounar. Sur la pente de la montagne il y a quelques vignobles et des champs de blé de Turquie. Le chemin passe alora de la rive septentrionale au bord opposé. Le terrain suivant est très rocailleux, calcaire et couvert de myrthes, de petits frênes et de chênes verts.

A 2 L du poste deKyra deux torrens tombent dans le grand, l'un venant du 8. et Faufre du N, Sur ce dernier est un petit pont écroulé avec une chaussée en pierre, qui y aboutit. A t lplus loin on apperçoît quelques champs de maïs, on traverse le torrent et on observe le long de sa berge septentrionale un chemin en corniche pour Phiver ou les temps, où il y a beaucoup d*eau dans le torrent, A % d'heure plus loin un petit vallon venant du N.E. débouche dans le grand vallon et on voit devant soi trois ou quatre auberges sur la pente élevée du torrent. Ce sont les Voutounos-Han ou les Utsch-Hau des Turcs j

les trois Hans, parce qu'il n'y en avait jadie que troi^. Le premier est en même temps la demeure d'un poste de gendarmes, qui ont à côté d'eux comme lieu de refuge contre de trop fortes bandes de brigands une tour carrée sans porte et à Tétage supérieur de laquelle on monte par une échelle pliante en bois. Cette dernière suspendue au toit se bisse en haut, quand on est monté, et dea trous dans la muraille permettent de tirer sur Tennemi sans crainte d'être atteint.

Nous fîmes notre diner au second Han, où il y eut un moine grec assez complaisant, pour nous aller chercher du vin dans Tauberge voisine, parce que le sien s'était aigri. Il était du couvent voisin de Kosovitza ou de celui de Youtza à 6 h. de là dans la vallée au N. en deçà de la montagne.

Le torrent décrit un coude assez fort sous cet endroit, car il vient du S. E., tandis que depuis là il court à TO. S. O. et à rO. La montagne du Péristéra avec sa zone de pins fait un bel effet au S. et non au N., comme le voudrait Mr. Eîepert. fUle a l'air de s'élever à 4000 p. sur la vallée, de manière à former une montagne entre 6000 et 7000 p. de h. Au S. E. de notre station se trouvait Drévédista, le Trépicha des cartes.

A 1 1. de Voutounos est un Han et un Karaoul, qui sont placés sur la rive méridionale du grand torrent et au confluent d'un autre torrent coulant du S. O. au N. E. et venant des gorges entre le Péristéra et la montagne de Kakardista (alb. Eo'apbcb). A 10 minutes de là la vallée tourne au N.El et y, h. après on passe une fontaine et on se dirige de nouveau au S.E» On remarque sur la rive orientale du torrent une maison et un Han, ainsi qu'un pont détruit et des vignobles. La route passait jadis de ce côté, comme paraît le décrire Mr. Pouqueville.

En continuant à monter, on atteint un moulin près du confluent d'un torrent venant des montagnes du Péristér au S. et on monte à Métzovo le long de la rive méridionale du torrent principal, qui vient de TE. et ne décrit que de légers contours. Cet^e partie de la route en corniche est rendue pittoresque par le rétrécissement de la vallée et par la hauteur, à laquelle elle conduit le voyageur; toutes choses propres à la défense. Lorsqu'on a atteint par deux ou trois contours le haut de cette route gagnée en partie sur le roc, on passe près d'un Karaoul, qui ferme le chemin et on apporçoit sur le côté N. du torrent de beaux vignobles entre deux

crôtee noires de rochers et sur unu pente élevée à 370S p. d'altitude absolue quelques maisons de Métzovo.

Cette ville est placée en deux quartiers sur les côtés du torrent. Ses maisons sont appliquées par étages sur des pentes rapides, il n'y a que le bas du profond torrent, où le terrain plein d'éboulis n'ait pas permis de bâtir des habitations. Le quartier, appelé Pro8 mon, contre le soleil, c'est-à-dire sur le côté méridional, est une partie peu considérable de Métzovo et celle, par laquelle on arrive. Le quartier An Hum exposé au soleil couvre toute la rive boréale du torrent et on passe d'un quartier à Tautre par de mauvais sentiers ou en gagnant par une bonne et longue route un pont situé à TE. Nous préférâmes descendre tout droit dans le ravin, où il y a un moulin, et gagner la ville en passant par un bosquet de chênes verts, près duquel est placé fort pittoresquement un petit couvent avec un saule-pleureur dans la cour. Depuis ce point on n'a plus que des vignobles jusqu'aux premières rues de Métzovo, où il ne manque pas de bonnes eaux. Toutes les ruelles sont en pente et vont en zigzag jusqu'au sommet de la montagne, où habite l'Ayan.

Il y a environ 80 à 100 habitations dans le quartier au S. et 900 dans le quartier au N., ce qui fait présumer une population d'au moins 5000 âmes. Toutes les maisons sont bâties en pierres avec des poutres placées horizontalement à différentes distances. Elles sont blanchies en dehors avec un liseret jaune dans le bas. Un bon nombre ont des galeries ou des salles, dont les ouvertures sont du côté du midi et peuvent se fermer en hiver avec de grands contrevents, comme les boutiques turques, ce qui forme en été des lieux d'autant plus agréables qu'on a la vue des montagnes voisines. L'intérieur est propre et dénote le bien-être, si ce n'est l'aisance. Toute la population de Métzovo estvalaqueoa zinzare. Ce sont des gens très industrieux, chaudement et as» bien vêtus, qui comme les Savoyards vont gagner au loin de l'ai gent et reviennent ensuite' chez eux. Néanmoins tout le monde •* mariant de bonne heure en Turquie, il arrive souvent que des o ris abandonnent leurs familles pendant plusieurs années. Ccmii certains artisans des hnufes vallées du Piémont, plusiem-R hoir mariés s'associent ensemble et vont faire la commi leur industrie à l'étranger et le voyage dans leur pBi.*« ^ u^u, tour de rôle, de manière qu^il y en a toujours quelques-uns

Métzovo. Ce» Valaques peuplent toute cette partie de la chaîne pindique et on compte plus de huit villages zinzares, tous dans les environs. C'est de cette colonie, datant du dixième siècle et si singulièrement placée entre les Albanais, les Grecs et les Bulgares, que sortent une foule de Kiradgis ou de muletiers répandus dans la Turquie méridionale. D'après Mr. de Hahn ils se donnent dans le Pinde le nom d'Armeng et ailleurs celui de Roum. Ils abondent dans la première chaîne depuis Konitza jusques vers Arta et j peuplent surtout les bourgs et les lieux suivants, savoir dans le district de Grivano-Koli, San Marina, Périvoli, Avdélia, Krania, Milia, Métzovo et Malakussi ; dans le district de Klinovo- Koli, Chaliki, Lèpénitza, Kotori, Dragovitza, Krania, Doliana, Sklinjassa, Novoous, Eastanja, Klinovo et Skliniorou ; dans le district de Porta-Eoli, Motschnora, Gardiki, Ejamjje, Typhloséli, Dési, Vétourniko, Pyrra *) et Pertouli. Il y en a encore dans les montagnes entre les sources de l'Aspropotamos et le Lorou comme à Syrako, àEalarites ainsi que sur le côté oriental du Grammes et du Pinde au S. du lac d'Ochrida et à l'E. de Eastoria. (Voyez l'ouvrage de Mr. de Hahn et ma Turquie. Vol. 2, pag. 22.)

Nous passâmes d'agréables instans parmi ces habitans, qui comptent parmi eux deux ou trois médecins non patentés et aussi Valaques. Ils paraissent goûter beaucoup la musique et les chansons joyeuses ou célébrant des faits d'armes des Palicares. Le luth et le tambour de Basque sont les instrumens obligés des chants. A notre passage un chanteur malin, sachant bien que notre Tartare turc n'entendait pas sa langue, nous débitait dans ses chansons des remarques peu amicales pour les Ottomans et prédisait aux Rajas un avenir prochain plus heureux. Pour ceux, qui désirent le renversement du gouvernement turc ou de pêcher dans l'eau trouble, aucune idée politique n'est plus favorable que cet espoir inébranlable des Grecs de l'Epire et de la Thessalie et même

') Ce nom rappelle le mythe du déluge de Dencalion, dont Aristote place le théftire dans THellade autour de Dodone, c'est-à-dire donc dans le bassin de Janina, ce qui est bien plus judicieux que de le mettre en Thessaiie. Si la fente de Tempe a vnidé le bassin Thessalien, cela s'est passé pendant l'époque alluviale ancienne, tandis qu'une inondation dans les temps historiques p^ut avoir eu lien bien aisément par l'obstruction des Katavotrons, oh s'écoulent les eaux de tant de dolines en Albanie et en Grèce, comme cela s'est vu encore ces dernières années en Béotie.

des Grecs en général de secouer un jour le joug ottoman. Il s'agit seulement de ne pas trop entraver sa réalisation et de ne pas sMnquiéter des massacres barbares, qui en résulteront immanquablement des deux côtés. L'humanité n'est souvent que le manteau de cérémonie de la politique, la vie des hommes son hochet.

Un coup d'oeil sur la carte suffit pour montrer que le Grammos et le Pinde, s'étendant de la plaine de Goritza à Arta et Agrapha, ne sont que la continuation méridionale du système des montagnes N.-S. ou N.N. O.-S. S. E. le long du Drim noir et sur les bords du lac d'Ochrida. Les chaînes, courant N. O.-S. ¥i dans l'Epire, viennent butter contre cette digue , tandis qu'à Metzovo il s'est produit un nœud de montagnes par la rencontre de ces deux formations d'aspérités avec une troisième, savoir celle du Rhodope ou de TO. N. O. à l'E. S. E. De plus, si notre système de montagnes N.-S. est accompagné dans le N. de fentes longitudinales, dans le S. nous y remarquons les deux énormes crevasses du même genre, savoir celles de l'Arta et de l'Aspropotamos. De tous ces accidens il est résulté qu'il part de Metzovo cinq grandes rivières, savoir du N. au S. les deux déjà citées, duN. O. auS. E. la Salambria, du S.O. au N.E. le Vénétiko et du S.E. auN.O. le Vojoutza. De plus à l'E. se présente l'énorme enfoncement de la Thessalie et à l'O. celui de Janina. Metzovo est donc à l'entrecroissement de plusieurs routes et une position militaire très importante. Aussi tout militaire doit être étonné de n'y pas trouver même un petit fort.

Pour passer le mont Zigos (Joug), on a le choix de deux routes , l'une va au S. E. et descend dans la Thessalie et l'autre va au N.E. et conduit à Grévéno ou Grévéna dans le bassin de l'Indge-Karasou le long du Milias et du Vénétiko par le haut du Vojoutza et le col de plus de 5000 p. entre le Mavro- Vouno et le Sedviliani. On peut aussi gagner Eonitza par le Vojoutza ou bien passer du village de Vojoutza à Périvolia, Av« delà et Grévéno par le Vénétiko, coulant au pied du Spilaeo- Vouno.

Le torrent de Metzovo est formé par la rënnioii de Aear autres, provenant l'un du S.E. et l'autre du N.E* Aprj traversé ce dernier sur un pont de bois non loin de son confluent, on monte assez insensiblement sur les bords élevés de 1 autre, ei laissant à droite quelques moulins et on ë

des planches. On atteint ainsi à plus de 400U p. de h. la région de la montagne couverte de hauts buissons de buis ainsi que de pins et en continuant à s'élever toujours plus on se trouve bientôt au pied de la pente rapide du col de Zigos. Un grand éboulis de serpentine 7 a permis l'établissement de petits sentiers tournans. Ils conduisent en une demi-heure le voyageur à la cime des montagnesy où on passe entre des rochers luisans comme de Fhaile et il 7 a à côté une petite crête de calcaire rouge. Depuis le pont de Metzovo jusqu'au col nous mimes 1 ^/2 h.

La vue de ce point, à 5063 p. de h.» est fort belle. Sur le côté albanais on apperçoit au S. 50 ^ O. une partie des cimes du Péristéra-Vouna et de celles, qui y font suite. Au N. 20^ O. s'élèvent les montagnes pointues ou rabattues autour de Konitza et en particulier celles du Smolika; à TO. sont les hauteurs bien plus basses du bassin de Janina et àl'O. de cette cavité la mer Adriatique reste dans les vapeurs. Mais si ce côté n'offre qu'un amphithéâtre de sommets, le versant opposé présente par ses vallées et la distribution de ses rides un tableau bien autrement animé et étendu. L'Olympe, le Schélé des Turcs, frappe tout de suite dans le lointain àl'Ë., tandis qu'on le voit se lier au Pinde par une longue crête, qui est bien plus basse que lui et que le mont Zigos. On dit que les Albanais l'appellent Lîaka, du mot Liak^ j'arrose, dénomination que Mr. de Hahn rapproche de celles de Aax^mv et Ljncon. Il n'y a que le mont Kroutschévo (Kratschovo) ou la partie la plus voisine du Zigos en delà de Malakassi (alb. Malakasch), qui soit assez élevée et peut avoir 400 p. de hauteur de moins que le lieu d'observation. Plus à TE. vient le Voloutza. Par-dessus le contrefort septentrional de l'Olympe, qui trône dans les nuages, on entrevoit la place du golfe de Salonique, tandis qu'à ses pieds on a au N. E. tout le coin S. O. de la Macédoine avec une foule de petites collines, de villages et en particulier avec le bourg Grévéno. En deçà de cette cavité s'élèvent les montagnes du Bourénos ou Bourino et nous crûmes même reconnaître plus loin les montagnes vers Vodéna.

Depuis ce col on sent fort bien combien il est plus aisé de pénétrer dans la Macédoine transaxienne , qui est sous la montagne, que dans la plaine Thessalienne , à laquelle on ne parvient qu'en parcourant au S. E. le sinueux et long vallon du Salambria.

Des hêtres remplacent les pins à TE. du col et à 150 p.

plus ba?î Bft trouve un po^te de D^rvendgis aTee une fontaîne. On nous demantla notre Bojourdi du VÎBir du Janina pour savoir fii on avait le droit d'exiger un péa^e. Une troupe de Kinidgie avaient Pair dépenser que noue étions bien heureux d*en être débarraiiés* Une belle forêt de hêtres ombrage le voyageur à la descente, maïs à 4800 p. de h, âbs. ou à deux cent piedfl eous le eol des ping se mêlent à cette sorte d'arbres et les remplace petit à petit tout-àfait. Dans les échappées de vue au 8. E, on apperçoît déjà sur la pente septentrionale d'une montagne le bourg de Mnlakassi* Depuis la forêt de pins d air semés on a des vues asse^ étend uet sur les cimes de la cliaîne du Pi ride, où se remarquent une suite de sommets calcaires rabattus en toît et de vastes paru rages.

Après avoir descendu pendant une heure juequ*à 2782 p. d^altîtudeabsM nous étions sorti de la zone des pins et noua étions à moitié de la descente au Han bous Malakassi, Noue passâmes au pied d'une petite éminence, sur laquelle quelques Dervendgis étaient dans une hutte de feuillages* Nous nous dirigeâmes de là au N. E. et parcourûmes des pentes dénudées et rocailleuses de ja^pe ronge ou de serpentine Doire potir descendre au Han de Malakassi en décrivant un grand contour* Pendant cette descente recommencent les champs de maïs et on revoit même de loin des vignobles appartenant à Malakassi^ ainsi que Tarbre de Judée et des Colutea, On est alors à 2182 p, de h. abs. ou 5 à 600 p. j-ous la zone des pins, La route traverse Tauberge, qui est un édifice avec une cour et deux portes, il est situé au confluent du torrent venant du N. O*, avec celui de Malakassi* tJn second Han existe à 10 minutes de là sur le bord des torrens réunis, mais nous n'y trouvâmes absolument rien que du fromage et du paîn. Des figuiers sauvages se remarquent dans le voisinage*

Le repte de la vallée de la Kachîa n*est qu'une pente însensible qu'on parcourt sur les bords du torrent dans des boeagea, surtout de platanes et de peupliers, tandis que les montagnes au S, pîu-aisaent boisées en chênes. Quelques champs de maïs S€ voient au pied du mont Kroutschévo (Kratschovo) auprès d'un Han situé sur la berge du torrent» Un petit cours d'eau descend de cette montagne et te rend dans la Kachia, qui décrit un coude du N- au S.

Des Myrthea se revoient à 1 '/^ de L sous le Han de Malakassi et à V4 de L plus loin on passe à cdté d'un poste de

Dervendgis garantis de Tardear du soleil par un simple toit de branches d'arbres mortes. Â ^/^ d'h. plus bas deux ruisseaux descendent de la montagne au N. du torrent, qui parcourt un large lit de cailloux. A Vi '• P^^^ ^^î" il y a un troisième affluent, qui suit à peu près le même cours. La route a lieu souvent au milieu des cailloux du torrent, de manière, qu'en hiver on est obligé de se tenir sur la hauteur. Des bocages de platanes et de chênes diminuent le désagrément de cette route. On passe un Han détruit et on apperçoit à 2% 1* du Han Malakassi sur la rive septentrionale une auberge couverte en chaume, tandis que les autres n'ont que des toits en dalles de calcaire ou de grès avec des pierres au-dessus pour tenir ces dernières.

Nous nous dirigeâmes sur ce Han pour y coucher, mais à la question que pouvons-nous avoir? nous reçûmes pour réponse qu'il n'y avait pas même du pain de maïs ou Kolouhoti* Donneznous au moins à boire de l'eau (a dôme pi oui) et là-dessus nous revînmes sur notre route dans le torrent.

A V4 d'h. plus loin il y a un cinquième Han. Au S. se trouve une vallée bordée de belles montagnes calcaires et plus loin au S. on commence à appercevoir une plus grande vallée. A 4 h. du Han Malakassi des platanes dans le lit même du torrent ombragent un Han détruit et on atteint l'énorme débouché d'une grande vallée, qui vient du S. O. La Kachia recommence à couler de son côté au S. E. et on reste depuis ce point sur sa rive méridionale. Nous espérions trouver à passer la nuit dans un sixième Han à V/2 h. du Han Malakassi. Placé sous l'ombrage épais d*un bois de platanes et à côté d'un puits, il nous promettait un lieu de repos agréable, mais il n*y avait âme qui vive et la maison paraissait délabrée. Nous eûmes beau crier en Schkype : odo méJumdffiaî où est l'aubergiste? a ka méhané lark? une auberge est-elle loin? et faire des signes à un petit berceau de feuillages sur la hauteur, où nous crûmes voir quelqu'un, personne ne nous répondit et il fallut passer outre.

A % de 1. plus loin nous étions en face de la grande vallée de, Klinovo ou Klinascha , qui , bordée de montagnes calcaires, conduit dans la vallée de l'Aspropotamos et de là par un col entre les montagnes de Eakardischta et Tschoumerka dans celle de l'Arta. Ces montagnes ofirent un mélange agréable de pentes gazonnées et d'escarpemens. Le torrent, qui en sort, prend son

origine au S. O. et charrie tellement de cailloux qu'on met une dizaine de minutes pour passer son lit multifide. Si on avait soin d'encaisser ce cours d'eau, U n*aurait pas enlevé à la culture un espace si énorme de terrain» qui maintenant est ombragé ça et là de platanes.

On est alors à près de 5 h. du Han Malakassi et on apperçoit un couvent des Météores perché sur un rocher comme une pyramide. A 20 minutes plus loin on traverse un cours d'eau assez fort, venant du N. O., et on passe un Han entouré de quelques champs de maïs et de blé. Le délabrement de la maison et les figures de brigands des deux aubergistes nous engagèrent à ne pas nous arrêter et à gagner un Han à un quart d'heure de là. D'ailleurs ces personnages nous avaient tout de suite accablés de questions indiscrètes. (Voyez ma Turquie. Vol. 4» pag. 467.) A notre arrivée nous trouvâmes déjà d'autres voyageurs et à à peine étions-nous occupés à nous installer qu'il arriva un officier turc. Cet homme eut l'impolitesse d'ordonner à l'aubergiste de venir tenir son cheval, ce qu'il ne pouvait qu'en lâchant le mien. Il fallut bien de la patience pour obtenir ce qu'il nous fallait et encore ne pûmes-nous pas avoir de viande, parce qu'on jeûnait.

Les montagnes au S. O. de ce point se présentent fort bien. Ce sont le pointu Kotziaka ou Kotzak (de Koza^ chèvre) et le tuberculeux Baba avec une vaste échancrure bilobée entr'eux. C'est par là que passe une des routes de l'Aspropotamos et d'Agrapha, où on peut aussi se rendre depuis Trikala par Krania ou par Phanari. C]!es montagnes sur les frontières grecques ont été longtemps le refuge de Kleptes et en recèlent probablement encore.

Un petit ruisseau, coulant du S. O. au N. £., passe au-devant de l'auberge. Non loin de ce lieu est situé Lozesti (le Logesti des cartes). A y, 1. de là on passe une très petite gorge sur la rive méridionale du Salambria. Un poste est dans une hutte de feuillages sur le mamelon entre la rivière et la route. Les montagnes au N. du Salambria n'ont les premières que S à 600 p. et les dernières peut-être 800 p. sur la vallée, mais au S, les premières montagnes atteignent au moins 1000 p. et celles plus loin 9000 et même d'avantage.

La route de Trikala ne passe la rivière que vers Stagus- Kalabaky mais si on veut aller visiter 1 Ltéores^

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on peut ire verser le lit de la Salambria en biais depuis le petit poste de Dervendgis. Un moulin et un Han se trouvent au pied de la pente, couverte de vignobles et de villages, qui conduit aux couvens. Au N. s'élèvent d'O. à TE. une douzaine d'énormes ta chers de grès. Ceux plus à 1*0. sont pyramidaux ou en aiguilles, le couvent St,-Nicolas s'y trouve. Puis vient le rocher carré du couvent de Météore , et ensuite deux rochers semblables à des parallèlipipèdes renversés et dont le dernier supporte le couvent de Verlam. En deçà d'une échancrure sont d'autres rochers bizarre* ment découpés, puis une grosse masse à cime rabattue et enfin trois pyramides tronquées au sommet, dont deux sont occupées l'une par le couvent de St.-Etienne , et l'autre par celui de la Trinité. Toutes ces masses sont taillés à pic et ont une élévation au-dessus des vignobles de 100 à 800 p. ou plus de 1000 p. de h. abs. Les couvens perchés à leurs sommet paraissent l'habitation de sorciers, car de ce côté on ne peut pas comprendre qu'on puisse parvenir jusqu'à ces hauteurs.

Pour y aller, il faut traverser les vignobles et les mûriers du village de Kastraki ou des couvens ; on met près de % d'h. pour arriver au pied des rochers derrière Kastraki et au-dessous de Verlam. Plus on approche, plus la surprise redouble, car les moines non contens de se nicher en sûreté sur les cimes ont aussi profité ça et là des trous de rochers ou de leurs corniches, pour y établir des oratoires, des hermitages ou même de petits couvens tout en bois. Ce n'est qu'au moyen d'échelles de bois fixes ou d'échelles pliantes ou même de poulies qu'on peut arriver dans ces lieux révérés par les Grecs.

La plus belle tournée au milieu de ces rochers est l'ascension au couvent de Météor, qui est le monastère le plus élevé. Pour atteindre le bas de l'échelle, il faut traverser un torrent à sec en été et descendant des hauteurs au S. Ë. C'est là que se trouvent cette immensité de blocs de roches cristallines anciennes de toute espèce, dont maint voyageur a déjà parlé et qui donne à la nature de ce lieu un aspect de boulversement analogue à celui des blocs erratiques en Suisse. Néanmoins l'observateur exercé ne peut y reconnaître que les débris les plus gros des masses détruites d'une molasse, dont tous ces singuliers rochers à couvents sont composés. Bientôt on arrive depuis là au pied de Verlam ^) par un

') Voyea Voyage de Mr. Ponqneville. Vol. 4, pag. 112, pi. 9.

«entier tournant et ombragé de platanes, d'énormes figuiers, de Pktacia terebinthiÂS. Des rochers percés » des cavernes , un bloc superposé à un autre sous la forme d'un pomme, des masses tombées achèvent le pittoresque de cette localité. La même végétation luxurieuse continue dans l'étroite fente, qui règne entre la montagne et le rocher de Météore et enfin on débouche par un sentier en escalier sur la petite plate-forme au-dessous du couvent.

Au moment de notre arrivée un moine se laissait monter par la poulie dans un filet, tandis qu'un jeune homme portant des raisins au couvent grippait l'échelle en bois appliquée contre le rocher et au haut de laquelle on lui descendit du couvent une échelle pliante en bois. En un instant il avait achevé son ascension en se tenant à une corde, il était disparu dans un souterrain conduisant au couvent et on remontait avec une chaîne Téchelle pliante, en nous invitant à nous faire monter en fauteuil. L'ascension est de près de 200 p., tandis que le troii du souterrain n'est qu'à un peu plus de la moitié de cette hauteur.

Le couvent bâti en pierre sur le bord du précipice est assez vaste et a une vieille église construite dans le genre byzantin. La plate-forme du rocher offre en outre un peu de place pour quelque culture, mais on n'y boit que de l'eau de cisteme. Au N. du couvent un sentier tournant est pratiqué sur la hauteur voisine, qui est plus élevée et où les moines vont promener. Lorsqu'on est à la cime, on plane sur tous les couvens comme sur les rochers et on a devant soi une vue superbe, car outre les montagnes du Pinde et del' Aspropotamos ainsi que l'immense laine entre Trikala et Pharsale, on distingue le Mavro-Vouno ou Pélion *) (Pléschidi), la gorge de Volo, la baye d'Armyros, la haute crête de Négrépont, toute la chaîne au S. de Pharsale depuis les belles et hautes montagnes de Lagoura (au N. d'Agrapha) jusqu'à celles plue baises du Goura (au N. de Zeitoun). Enfin |)ar-deeaus ce dernier rideau s'éten' majestueusement la longue cime rabattue de TOeta, La chaîne eëpr rant la Thessalie de la vallée grecque de TAlamaiia est compoi de rO. à TE. des cimes suivatitea , savoir le mont Elîé, le î galo-Isoma au S. de Domoko, le Goura ou vol de Fourka l^. sources du Stomatomylo ou le torrent de Pharsale, le mont Iliae, U Pylora, le Hierako-Vouno et le Chlomo, Son élévation moyeni

') Mr. Kiepert en fait deux parties dt^ërent4:> du mètm nmi^ir 1I0 mvutiijr>^^

est environ 3000 p. et elle augmente de TE. à l'O., car les cimes N. d'Agrapha atteignent 4 à 5000 p.

Entre les Météores et Trikala il n'y a que quelques monticules insignifiantes et au N. les montagnes, qui séparent dans ces lieux le bassin de laSalambria de celui de Tlndgé-Karasou ou au moins de la vallée de Déménitza, ne dépassent guère 2000 p., l'ëminence au N. du couvent de Météore n'a que 125Sp. De ce côté on remarque la crête allongée et douce du Blakava-Vounj, où il y a eu jadis un village de ce nom et où il ne reste que la ruine d'une église. Un village, qu'on voit sur les pentes de ces montagnes, y porte le nom de Kanalatj. Celui de Chassia, donné par Mr. Kiepert à ces montagnes, nous est resté inconnu. Au S. des Météores et en deçà de la Salambria on remarque surtout le mont conique calcaire du Skojaka-Vouna. Quant au Pinde, on nen distingue que les parties les plus supérieures, savoir les pointes du Smolika, du Vasîlitza et celles près de Konitza. Elles ressortent avec leurs plnques de neige sur un talus immense de montagnes, qui ont l'air depuis ce point de former une seule masse.

La Salambria, appelée par les Turcs Kœsten, ne paraît prendre ce nom que passé Trikala ou après avoir reçu T Astopoto, qui traverse la partie basse de cette ville. En se rendant à Triknla, on découvre au N. le grand village de Stagus-Kalabak (St. Kalabak), après avoir dépassé les rochers des couvens , au S. E. desquels il est placé. Depuis là on a encore 4 1. jusqu'à Trikala et on entre vraiment dans la plaine ou le fond de l'ancien lac, qui a couvert une fois la Thessalie. A l'O. de Kalabak la vallée a iVj 1. de largeur et à 1 1. àl'E., elle est déjà d'iVa 1. A Trikala sa largeur est de 3 1. et à l'E. de cette ville elle atteint 4 1. Les eaux de la rivière servent admirablement à arroser les champs de coton, de Soumac, de tabac etc., qui couvrent cette belle partie de la plaine thessalienne. A 1 y^ 1. de Kalabak on voit un village au N. au pied des hauteurs , qui s'étendent de là en petites collines vers Trikala, tandis que les montagnes au S. de la plaine s'élèvent à 3 et 4000 p,

A 2 1. avant Trikala on laisse à gauche un village, où il y a un Han et une maison de Spahi. Un ruisseau (celui de Komerki?) vient de ce lieu qu'on me dit s'appeler Voivoda? A ^j^V avaîit la ville on passe un autre ruisseau venant du N. et près de là est une église grecque entourée d*une muraille et de grands

arbres» Du reste toute là plaine eet dépourvue même d^ârbti&tes et n'est cultivée quo ça et là.

Trikala (le Tîrhala des Turcs) est précédé par une espèce de faubourg situé sur la rÎTe méridionale deTAstopoto ou du Trikalino, aur lequel est jeté un pont en pierre très bombé. La ville est bâtie sur une pente à l'extrémité d'une colline, sur la dîne de laquelle eet la ruine de Fancien château. Les maisons j sont en pierre, il 7 a neuf mosfjuéea à minarets, des églises, une tour avec une horloge à sonnerie, plusieurs petites places et un Bazar couvert. En été le marché est encombré d'une quantité énorme de fruits et surtout de melons, de concombres et de raisins* LeKonak du Musselim est tout au bout oriental de la ville et est précédé d'une vmte cour. Ce bâtiment en partie eu bois a extérieurement quelques mauvaises peintures. De longues murailles indiquent dans le voisinage de grands jardins. Ayant été au Konak demander un logement, le Musselim nous fit la politesse de payer la nourriture de nos chevaux pour la soirée , mais nous aurions bien préféré un dîner» car quoique dans une ville d'au moins 9000, si ce n'est 10,000 âmes, comme le soleil était couché, notre souper ne fut pas lourd, A Texecption des Musulmans, la population de Trikala est en bonne partie grecque avec des Zinzarea et peu d'Albanais. Nous fûmes frappés de voir employer de la tourbe des environs à cause de la cherté du bois, qui coûte S piastres pour une charge de chevab

La route de Trikala à Agrapha le long du BHouri et Phanarî va traverser la Salambria et de petits coteaux, d'où a on la vue sur la Polîana ou la plaine en apparence à perte de vue de la Thessalie. Les alentours de cette route deviennent surtout champêtres sur le Plmnari, lorsque le vallon se rétrécît et qu*on voyage au pied et sur des montagnes calcaires en partie boisées ou à pâturages. D'après le rapport de gens digues de foi la route de Trikala à Alassone ne passe pas sur des montagnes élevées, on ne parcourt que deux longues pentes assez insensibles, dont celle du côté de Trikala est cependant la plus courte et la plus forte. La route, qui conduit au N. à Déméniiza, franchit des montagnes un peu plus hautes.

Pour se rendre de Trikala à Larisse (le Jénidscher des Ottomans), on longe l'Aetopoto, qui coule à l'K et ne va joindre la Salambria qu'à plus de t'41, de là. Ce cours d'eau est encaissé

entre des berges d'argile alluviale, qui est la source de la fertilité du sol thessalien. A 1 I. on traverse ce cours d'eau et on voyage entouré de grands champs de maïs et de coton, dont les premiers sont gardés vers le temps de la récolte par des hommes armés, établis sur des estrades couvertes de feuillages secs.

A % d'b. plus loin on atteint des bergeries et une grande ferme et on franchit un autre cours d'eau coulant assez lentement dans la Salambria et recevant un petit affluent venant de l'E.N.E* A 3 h. de Trikala on atteint la Salambria et on apperçoit un village au pied des montagnes au N. E. A4 h. on passe un Karaoul établi dans une hutte de paille et on traverse deux ruisseaux courant de TO. à l'E. A V, I. plus loin est le village de Rokovo (Plocovo ?), (le Kolokoto de Mr. Kiepert) non loin de petites collines, qui terminent ici l'amphithéâtre de hauteurs au N. du bassin de la Thessalie. Comme dans la carte de Vienne Mr. Kiep<>rt donne à ces dernières les noms d'Ardam et Milonas, qui nous semblent fort douteux. A l'E. la plaine paraîtrait au premier coup d'œil se terminer contre une série de buttes de 4 à 500 p. de hauteur, qui sont placées en travers d'elle depuis Sataldscha à Tzigot. Néanmoins on remarque bientôt une vaste échancrure entre les hauteurs du château de Pharsale et ces éminences de schistes et de calcaires cristallins, puis une seconde entaille assez étroite entre ces dernières et les collines plus au N., c'est celle qui contient le lit de la Salambria.

A 4y2 h. de Trikala se trouve au pied des montagnes à gauche le village grec de Tzigioti ou Tzigot, où il y a un Han. Depuis ce point les montagnes au N. ont l'air de n'avoir que 1000 p., tandis que celles au S. de la plaine s'élèvent à 3 et 4000 p. et même il y en a vers Agrapha, qui doivent avoir plus de 4500 p. On laisse encore à gauche un ou deux autres hameaux avant d'atteindre à au moins 5 grandes 1. ou 5 Va 1* àe Trikala le pont en pierre sur la Salambria. Cette rivière encaissée entre des berges alluviales y roule déjà une jolie masse d'eau , car elle y a reçu non loin de là du S. O. le Bliouri, du S. S. O. le torrent de Sieklitza, du S. le Pendémyli descendant de la montagne d'Elie audessus de Rendina et du S. E. le Phersaliti, ce qui ajouté aux eaux du Komerki et de l'Astopotos etc., est la cause de la grande fertilité de cette plaine, qui est connue sous le nom slave de Poliana (plaine). Depuis ce point on peut se rendre à Sataldscha ou

Pharsale, le Phersal des Grecs modernes. A cet effet on remonte le Sataldscha ou Phersallti-Potamos. Nous trouvâmes au pont des bergers dormant avec leurs moutons sous un arbre, tandis qu'une caravane dînait sous un autre, de manière que ne voyant pas d'ombrage pour nous, nous continuâmes notre route et revînmes sur le chemin de Larisse, car nous n'avions été au pont que pour nous désaltérer dans la rivière. Cette plaine est vraiment une fournaise en été, où il manque complètement d'eau fraîche et d'arbres.

A Yi^ d'h. plus loin nous rencontrâmes un puits, à côté duquel était un petit platane. Un cafetier ambulant s'était établi audessous, mais il avait achevé de débiter sa provision de café et il ne put que nous prêter son Philschany pour boire de l'eau. Nous allions enfin sortir de la plaine, pour nous jeter dans un défilé d'un quart de lieue de largeur. La Salambria au lieu de se détourner vers Pharsale, gagne par là le bassin de Larisee tout droit à travers les hauteurs. Ces dernières, appartenant au sol primaire, sont ça et là couvertes de quelques petits buissons et le fond de cette gaine est occupé par des prairies brûlées en été, ainsi que par quelques champs.

Il fallut une grande heure, pour atteindre le gué de la Salambria, en deçà duquel est le grand Han de Moustapha-Pascha. Cette station était toute neuve et consistait en une très vaste cour à murs en pierre avec de grandes écuries au fond. Au coin vers la rivière étaient quelques chambres pour les voyageurs et le local de l'aubergiste. Nous y trouvâmes un riche négociant albanais grec, qui venait des environe de Dëlvino ou de Boutrîuto, pour réclamer une créance à Lariese. Cet homme en coetunie albaouiô se fit un plaisir de noue aceompai^ner à Larigt^e et paraissait connaître les hauts faite de l'ancienne Grèce aussi bien qu'un véritable Hellène. Il nous montrait de loin avec un sensible plaieir le pointu mont Ossa, nommé à présent Kîsavo, et la haute eréte de TOlympos qu'il prononçait £Hmbo. Quoique gêné i ar la présence de notre Tartare, il savait noue faire entendre que bientôt sa pat lie comme la Thessalie cesserait d'être turque. Du reste les goûts déréglés de cet homme cadraient parfaitement avec ceux de mai ni Ottoman, tant il est vrai que le climat doit contribuer à produir*» des mœurs si différens des nôtres.

On quitte ensuite les berges argileuses de la Salambria, [loiir parcourir un terrain exhaussé et couvert de bruyères sansarbres^

Cette espèce de plateau forme le haut d'éminencesy qui s'appuyent contre les buttes à TE. et au N. E. du pont cî-dessus mentionné et e'ëtendent vers la petite crête du Kara-Dagh au N. O. du golfe de Volo. On ne revoit la Salambria qu'à Larisse même, parce qu'elle traverse plus au N, les éminences dans un second défilé. Vers le point le plus élevé de ces hauteurs une maison est au S. de la route.

Avant de descendre dans le bassin de Larisse on apperçoit à environ 1 1. de distance cette grande cité avec sa vingtaine de minarets. Au-delà s'élève le Mavro-Vouno ouPléschidi {dePlétch^ dos de mont) ou Pélion, le mont Kisavo ou Kischovo ou Ossa et la crête élevée du massif Olympe avec quelques taches de neige en plein août. La fente de Tempe est déjà bien visible entre ces deux dernières montagnes, quoiqu'il y ait au-devant de petites hauteurs de plus de mille pieds et que les contreforts seuls de rOlympe viennent à toucher ce célèbre vallon.

Après nous être délectés de cette belle vue, nous descendîmes par une pente insensible d'une hauteur de 80 p. et passâmes avant Larissa (t. Jénischehr) auprès d'un Tumulus, sur lequel était un poste de gendarmes. Si Mr. de Hahn avait raison de faire dériver la dénomination de Larisse du mot albanais Ziarfe, haut et superbe, ou du mot guégue Ljaroa^ bigarré, ces étymologies caractériseraient au moins bien sa position. Aujourd'hui elle est entourée d'un fossé et d'un petit rempart de terre, aux angles duquel il y a de temps à autre des petites tours carrées en pierre. H y a môme aux entrées de la ville de mauvaises portes en bois et des postes militaires. Ce faible système de fortification, complété par le lit de la Salambria, date probablement de la dernière guerre grecque, puisque Mr. Pouqueville n'en fait pas mention.

Cette ville de 25,000 âmes a des rues assez larges pour la Turquie. Les maisons et les murs y sont bâtis en bonne partie en briques d'argile séchées au soleil et mêlées de solives de bois. Il y a un Bazar bien fourni, une tour à horloge et cloche, une trentaine de mosquées, des ruberges avec des chambres séparées pour les voyageurs et un fort grand Konak, où résidait en 1838 le Kaimakan ou représentant du Visir de Janina. Nous trouvâmes parmi ses employés un officier russe, un secrétaire grec , parlant fort bien l'allemand et ayant longtemps habité Vienne, et un écrivain hellène avec la cocarde d'Otton sur son Fess. Du reste l'élé-

ment grec prédomine tellement en Thessalie et dans la basse Albanie, que même les Bojourdis des Paschas sont écrits en grec, car s'ils étaient en turc, ils seraient comme non avenus, personne ne pouvant les comprendre et encore moins les lire. En négligeant l'éducation de leurs sujets et en ne nationalisant pas davantage leur langue au moyen d'écoles primaires, les Turcs sont restés aussi étrangers dans ces pays que lors de leur première arrivée. Nous ne disputerons pas avec Mr. Fallmerayer sur l'origine des Grecs actuels, mais ce fait et d'autres semblables démontrent incontestablement qu'il y a en Turquie outre des Slaves et des Albanais, une nation, qui est grecque de cœur et d'âqae.

Un bon nombre de troupes du Nizam se trouve toujours dans cette ville, près de laquelle il y a eu même pendant assez longtemps un camp de quelques milles hommes sous le Pascha, qui gouvernait la Thessalie avant que Nourri-Moustapha-Pascha de Janina fut créé en 1837 Visir de la basse Albanie et de la Thessalie. D'après la nature et les rapports des populations de ces deux pays, leur réunion sous un seul gouvernement est vis-à-vis de la Grèce un acte conforme à une saine politique, car plus les contrées turques voisines de ce royaume seraient morcelés, plus grand serait l'effet moral désorganisateur qu'exerce ce dernier. Depuis 1837 les bandes de Kleptes avaient disparu aussi bien en Thessalie qu'en Albanie et on pouvait se rendre en sûreté à Zeitoun, où on avait encore arrêté des voyageurs l'année précédente.

La position de Larisse est trop avantageuse pour n'en pas faire une ville très commerçante. 11 s'y fait d'énormes affaires surtout en coton, et en soie et on y fabrique aussi des soieries et certains tissus de coton. La majeure partie des habitans étant grecque et valaque, ce sont eux et les Juifs, qui ^uut les maîtres de ces trafics, ainsi que du commerce de transit entre la Tbrace, la Macédoine, la Grèce et l'Albanie. Le nombre des familles richa de cette ville est déjà ihdiqué par celui dea Arobaa qu'on y voit comme à Constantinople, ainsi que par dee parties de cam'* pagne en chars. Quelquefois même on loue des Zîntrares pour faire de la musique pendant la promenade, ou quelqu'un de la compagnie touche la guitarre du pays (le tambourin), tandid que les autres chantent en chœur. Le Paychalik ou Kalniai de Lhrisse peut bien contenir une population d ^ \ àinei

Ce sont éminemment des Grecs, des Albanais grecisés et des Zinzares, qui occupent ce pays. Ces derniers habitent surtout vers le Pinde. -Les Musulmans s'y trouvent essentiellement dans les villes et les bourgs ainsi que dans quelques villages , qui sont encore les restes de colonies de Dervendgis, comme à l'entrée de la vallée de Tempe etc. Les Bulgares n'y sont que de grandes raretés. On y compte au moins 5 à 6 villes et une vingtaine de petits bourgs ou gros villages.

La route de Larisse à Pharsale est extrêmement uniforme et fatiguante en été par le manque totale d'ombrage. On a devant soi au S.E. les hauteurs d'Armyros et deVolo, qui se présentent sous la forme de deux éminences. La ville de Phersal, comptant SOOO habitans surtout grecs, est dominée par un vieux château du moyen âge à murs crénelés et avec des tours, où les Ottomans fort jaloux de toutes ces bicoques, tiennent quelques Palicares et enferment les brigands ou les rebelles. Près de la ville sourdent de nombreuses sources des rochers calcaires et au N. O. est le champ de bataille de César et de Pompée. D'un autre part, quand on a atteint la basse échancrure, qui sépare Armyros de Pharsale, on est ravi de la vue du golfe de Volo , de celle des montagnes de Negrepont et du mont Pélion ou Mavro Vouno. Les pentes de cette dernière crête avec leurs nombreux villages grecs, leurs monastères et leurs oliviers forment encore la perle des cantons de la Thessalie malgré les ravages soufferts pendant la guerre hellénique. Ce district jouit toujours de certains privilèges et a été plus d'une fois décrit, en particulier par Dodwell et Mr. Urquhart.

Si on se dirige de Larisse sur Volo ou vers Detschani et le lac à bord marécageux de Karlas, *) on remarque que le Pélion ou Pléschidi est séparé de l'Ossa ou du Kiechovo par une échancrure, qui paraît extrêmement basse, surtout quand on s'est déjà élevé presque sans s'en appercevoir, au-dessus du bas fond de Larisse. Si le niveau de la mer s'exhaussait un peu,leMavro- Vouno ne formerait plus qu'une île , tandis que la hauteur du Kara-Dagh entre Volo, Phersal et Armyros ne paraîtrait qu'uu recif et la plaine thessalîenne redeviendrait un immense golfe comme elle rétait une fois dans des temps géologiques comparativement

') Pour le détail de ces routes voyez le voyage de Mr. Pouqucville. Vol. .'J. p. .'596.

assez modernes. Avant d'arriver àVolo on passe un col, dans la gorge duquel est une butte conique, nommé Pillaftépé et on apperçoît tout-à-coup au-dessous de soi la petite ville de Volo avec sa baie, ses jardins, ses murailles à tourelles et un seul minaret.

La route directe de Larisse à Tempe passe, comme Ta dit Pouqueville, près de plusieurs Tumulus et s'approche de la Salambria à ^/^ I. de la ville. Après avoir marche entre quelques beaux vignobles, on va gagner un vaste marais, le Jéséro (lac) des Slaves ou le Kara-Tschair des Turcs, formé par des sources et le trop plein occasionnel des eaux de la Salambria. Une fort ancienne chaussée pavée à petites arcades, traverse ce marécage couvert de roseaux et de Typha. L'extrémité orientale de cet ouvrage d'art est déjà tellement dégradée qu'il ne faudra que quelques années pour en rendre le passage difficile dans les grandes eaux. Après le marais on monte de YO. à l'E. par une large vallée couverte d'aman* diers et de poiries à un petit col (entre 200 et 280 p. de h. abs.), qui lie les contreforts du mont Kisavo aux hauteurs, à travers lesquels la Salambria se fait jour depuis le bassin de Larisse à Baba.

Une autre route plus longue conduit à l'E, de Larisse par des champs et des parties incultes de la plaine à une auberge et Karaoul, qui est située au pied du contrefort oriental du mont Kisavo. La blancheur de ses murs la fait reconnaître dès la sortie de Larisse. Cette hôtellerie consiste en une cour carrée entourée de murailles et offrant dans un coin une auberge, dans l'autre une écurie et dans un troisième un co^ps de logis à un étage pour les gendarmes. Elle est située à l'extrémité S. E. du marais de Jéséro. A une petite demi-heure au S. se trouve la grande ferme de Nidgébegt^chiftlik, qui est à 1'/, 1. de Larisse et à V^ h. du pied des montagnes. Ce Beg était un homme très riche et puissant, demeurant à Larisse. Une basse crête forme au pied occidental du mont Kisavo un contrefort, qui en est séparé par un vallon.

Dès qu'on a passé le Han on franchît uneeource abondante sourdant du pied de la montagne de gneiss, et on est obligé de faire un long détour et une petite montée, pour éviter les borda du marais, où cette eau se rend. On pnrconrt ensuite Ja \n\\m aux amandiers et on arrive au col dénudé d^arbres. dont jat parlé. Le petit hameau d'Erémo s'y trouve à droi uie t:e

point on ne fait que descendre par une pente insensible jusqu'à Baba.

On remarque dans cette vallée, quî tourne au N. E., plusieurs beaux villages musulmans , savoir au N* O. Osmanli, qui a Tair d'un petit bourg, et au pied presque opposé des montagnes Jeschiler (vert), et au N. E. plus loin Hadgi-Baschi. Un conduit soigné amène à Osmanli de la bonne eau à travers la vallée et près de la route se trouvent deux fontaines, Tune de fabrique turque, qui tarit presque en été et l'autre probablement antique et presque identique avec celle de P7I0S figurée par Mr. Pouqueville. (Voyez son voyage. Vol. 6, pag. 77.) Cette dernière est un peu à l'E. de la route et on 7 rencontre toujours ou des troupeaux ou des gens, qui viennent y chercher de l'eau. Toute l'année elle donne en abondance de Teau, qui sans être très fraîche ne laisse pas que d'être agréable.

Baba est précédé par des bois d'amandiers, de beaux platanes et ensuite par des champs de maïs et de tabac, tandis que le lit du petit torrent, sec en été, a une vaste bordure de Viteas' Agnus'Casti^ de Tamarùe et de roseaux. Baba, jadis un gros bourg avec de vastes hôtelleries, n'est plus qu'un hameau turc d'une trentaine de maisons depuis la peste, qui le désola, il 7 a 35 ans. On 7 voit encore de nombreuses ruines, le pont, dont parle Mr. Pouqueville, a disparu. Comme il n'7 a qu'un café, on n'7 peut pas passer la nuit. Néanmoins comme la tombe du Derviche Assam Baba s 7 trouve, ce serait un endroit déjà assez visité, s'il n'était même pas sur le passage de Larisse à Salonique.

Les environs de Baba sont charmans; la Salambria 7 coule entre des bois de superbes platanes , rOl7mpe domine un amphithéâtre de crêtes , sur la plus basse desquelles on apperçoit les minarets de Minaretli-Keui, tandis que vis-à-vis au S. Ambélakia (t. Embelek) et ses beaux vignobles (nommés en grec AmbèUa) sont placés sur la pente du mont Kisavo. Les hauts 07presses autour de la mosquée et du Téké d'Assam-Baba achèvent de donner à ce lieu un t7pe tout-à-fait particulier.

Nous fûmes coucher à Ambélakia, où on monte par une mauvaise rampe gagnée sur les rochers de marbre et pavée dans le haut. La détérioration de cette route atteste déjà la décadence de ce bourg , dont il ne reste que les vastes maisons. En 1811 il comptait plus de 4000 Grecs et Zinzares, dont les ha-

bitations sont échellonnées sur les pentes inclinëes de deux petits cours d'eau descendant du mont Kisavo. Les femmes 7 filaient le coton et les hommes le teignaient surtout en rouge à la faveur de l'eau du torrent. Tous ces fabricans avaient formé une grande société par commandite et s'étaient tellement enrichis que leurs maisons, en partie à deux étages, dénotent encore un luxe étonnant pour la Turquie. Après vingf ans la sisanie se mit parmi eux et la banqueroute de la banque de Vienne, où étaient déposés les fonds communs, acheva la ruine de cette petite ville '). Maintenant la plupart des anciens richards sont allés à l'étranger travailler comme ouvriers et il ne reste que leur femmes et surtout leurs vieilles parentes. Les maisons d'Ambélakia sont la plupart d'un étage et les plus somptueuses ont des cours, de vastes galeries, d'énormes salles élégamment peintes et couvertes de tapis. Du reste les rues y sont très étroites et mal pavées. Depuis ce lieu on peut gagner les sommités, qui dominent le vallon de Tempe et en particulier les restes du fort d'Oro-Kastron. Depuis là on a la vue des golfes de Salonique et de Cassandre ainsi que des promontoires de la Chalcide, sur lesquels domine dans le lointain le haut mont Athos.

Malgré sa sauvagerie actuelle la vallée de Tempe est une de ces beautés naturelles, qui ne se trouve pas dans la réalité au-dessous de ^emphase de sa description. Ce ne sont pas des vues étendues, qui constituent le charme de cette crevasse, mais au contraire une suite de petits tableaux variant à chaque contour du sillon et vraiment fait pour le théâtre des poésies champêtres. La 8alambria ou le Penée n'offre guère de flots écumans ni de cascades, mais glissant sous un berceau majestueux de verdure il contribue à donner de la vie à ces lieux, qui sous un autre gouvernement offriraient aux habitauâ de Larisse toutes les commodités de St.-Cloud ou de Richmond's Park.

On se promène d'abord dans des allées de vieux platane» où la négligence des Turcs a permis aux torreus d'Ambélukia d'amonceler assez de cailloux. Après cela on entre vraiment dans un défilé, la route ayant été gagnée sur le rocher de marbre, qui encaisse la rivière. Ces lieux rocailleux sont ornée de chênes verts,

') Voyez le Tableau commercial de la Gr^* '^•r '^■' àm B«m Vol. 1,

pag. 272 et la Turquie par Mr. Urqnhart, tnn

de Quercus Uex^ de Grenadiers, de Pistacia terebinthtis^ d'Epines Porte-Chapeau, de Phytolacca decandra etc. Après un élargissement du vallon on passe un second défilé entre des pentes de 5 à 600 p. d'élévation et on remarque sur la rive septentrionale du Penée une prise d'eau pour un moulin, où des saules et des figuiers font un joli eflfet. On arrive bientôt après au pied des restes d'un ancien château romain appelé Orokastron par les Grecs, au-dessus duquel s'élève une énorme muraille verticale de rochers. Au haut se remarque trois morceaux de rochers superposés les uns aux autres de manière à laisser un trou entr'eux. C'est là qu'il j aurait eu jadis une inscription grecque au dire des habitans , qui attribuent le château à un roi latin , désigné par les Turcs sous le nom de Génévis-Krail, roi génois. Le château et ses rochers ne forment que le côté d'une grande gorge, d'où descend du S. au N. un grand torrent. Ces manoirs, ces escarpemens, cette roche percée, ces montagnes de plus de 1000 pieds à bouquets d'arbres, le fond boisée de la gorge et les troupeaux de chèvres paisant au bord du torrent, tout cela forme un tableau digne d'être rendu sur la toile.

Plus loin la Salambria est bordée au N. par des murailles calcaires de quelques cents pieds de hauteur, au-dessus lesquelles sont des pentes couvertes de bocages. L'autre rive est aussi ça et là assez encaissée , de manière que la route décrit un zigzag et surmonte un mamelon de rochers. Les platanes étendent si loin leurs feuillages qu'ils cachent quelquefois tout-à-fait le Penée, tandis que sur les rochers on remarque des myrthes , des lilas, des jasmins et des chênes verts. La rencontre d'une caravane avec des chameaux et des buffles vint augmenter pour nous le pittoresque de ce lieu. C'est sur une paroi de cette route taillée dans le roc que se trouve l'inscription romaine devenue presque méconnaissable, savoir: CASSIVS LONGINVS PRO. COS. TEMPE MVNIVIT (Voyez Voyage de Pouqueville. Vol. 3, pag. 369, pi. 5).

On redescend sur les bords de la rivière, où il y a d'énormes figuiers avec des vignes sauvages et on arrive à une source très abondante et très fraîche sous des platanes. En continuant on atteint la partie du Penée, où des rochers rendent son cours bruyant et bientôt après un ruisseau on passe la rivière sur un pont près duquel il y a un Han et la vallée s'ëlargissant, se change eu une plaine cultivée et boisée, qui s'étend jusqu'à la

mer. Nous ne pouvons que répéter ce qu'on a dît cent fois que le Penée décharge les eaux de la Thessalie par une véritable crevasse qu'on pourrait aisément barrer, si l'agriculture avait à gagner à l'exhaussement du niveau des eaux de la Salambria.

On suit la rive septentrionale de cette rivière pendant une heure et on voyage dans une plaine, qui a une lieue de long sur ly, 1. de largeur et qui n'est cultivée que ça et là. Près de Platamona les montagnes se rapprochent de la mer et on traverse avant ce bourg le lit d'un petit torrent, qui est ombragé de platanes. Les murs et les tours de Platamona ne sont plus qu'une ruine. Dominé à portée de canon, ce château n*e8t qu'une triste place de guerre habitée par des Turcs. Entre ce bourg et Katérin on traverse une plaine en partie marécageuse et le Sphétili-Sou. Derrière Katérin il y a quelques jardins. Vers Kitros le terrain devient meilleur, légèrement ondulé et entremêlé de champs de coton et de blé. Ce village grec est entouré de vignobles» A Kitros se termine le contrefort septentrional de l'Olympe , qui s'abaisse du S. au N. et est aisé' à passer, comme le prouvent la route de Kitros à Velvendos et celle de Katérin à Servîa par le monastère de St. -Dénis. On peut gagner le sommet de l'Olympe depuis Katérin et le couvent de St.-Dénis. En général Katérin est le lieu, où les voyageurs se rendent depuis Salonique pour visiter cette montagne.

Quant au reste de la route de Salonique, elle a lieu dans une plaine, qui est marécageuse surtout dans lies temps de pluie depuis Libonova jusqu'en deçà du Vardar. A Eleutherochori il y a des vignobles et des salines. On franchit toujours l'Indgé-Karasou en bac et le Karasmak sur un pont de bois, mais le Vardar ne se passe qu'en hiver sur un long pont de bois placé sur la route de Salonique à Vodéna. Au-delà du Vardar il j a dep cuUurea et après avoir atteint on-deçà de Lepli le lônd du golfe de Sa* Ionique, on entre dans cette ville par une large route bordée de jardins à vignes, figuiers et autres arbres fruitiers avec des bordures de roseaux ').

') Comparez la description de Mr. PoQqttËvillOv 7oL 3, png« 309.

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