HOMME BIEN INTENTIONNÉ
Avant de clore qu*on me permette dana mon optimiame d'honoête homme de fermer roreille aux mauvaises augurea sur la régëncratioD possible de la Turquie et d'esquiaser un plan administratif^ qui ramènerait probablement cet empire à Tétat de la uivilisation exigé par TEurope.
Grâce à une snge politique des goUFernans, la tranquillité a régné juequ^ici en Servie et en Bosnie, malgré la guerre dane la Turquie orientale, cela prouve la facilité qu*aurait eu depuis longtemps la Porte ottoman ne d^attacher défini tivemeiU à son char les autres provinces de Tempire, D ne s'agissait que de suivre une partie de nos conseils donnés en 184D et de remplacer un bon nombre des Ftischalika preequ'entièrement chrétiens par des gouvernemena provinciaux, à la tête desquels on aurait placé pour un temps fixe ou viager des Chrétiens dévoués avec des privilèges plus ou moins étendus, comme en Servie ou en Valnchie, mais avec des garnisons turques dans les forteresses» En particulier chaque province n'aurait eu que son clergé national et Timpôt n'aurait élé reparti et perçu que par le Gospodar ou Prînk, pour être remis en bloc au Sultan» Les gouverneurs auraient eu plusieurs droits d'un souverain, sans avoir celui de la paix et de la guerre. Le trésor ottoman s'en serait mieux trouvé, le pays sereit couvert de bonnes voies de communication, ses richesses territoriales seraient mieux utilisées, la population serait plus coneîdérable, les causes des plaintes des sujets chrétiens de la Porto auraient cesaé et ces peuples seraient déjà si heureux qu'ils formeraient même la plus grande sauvegarde contre Tambîtion des ennemis des Turcs, Pour celui, qui connaît ce pays, il n'est pas douteux que même
le Monténégro ne se fût alors subordonné de lui-même à un monarque si puissant et si bienveillant. La maladie politique de ce pays ne serait alors qu'un mal imaginaire.
Si pareil changement d'administration devait être encore possible à présent ou plutôt si Tamitié témoignée à la porte était sans hypocrisie et arrières- pensées, on pourrait proposer de laisser la Thrace telle qu'elle, parce qu'elle contient le plus de Musulmans et que son voisinage du gouvernement central suffit, pour lui assurer plus qu'à toute autre partie de la Turquie un régime équitable. Un Pascha éclairé à la tête et l'exemple de l'état prospère des gouvernemens chrétiens voisins suffiraient, pour y établir un état administratif convenable.
La Bulgarie pourrait être divisée en deux, savoir en une partie orientale éminemment musulmane et en une occidentale chré* tienne grecque, ayant pour chef-lieux l'une Schoumla et l'autre Trnava ou Lovtscha. Les forteresses danubiennes resteraient turques et seraient sous des Paschas du Nizam.
La Moesie supérieure aurait aussi un gouvernement chrétien grec avec siège à Leskovatz ou Pirot et il y aurait un plus petit Paschalik musulman entre ce dernier et la Servie. Novobrdo, Vranja, Nisch, Moustapha-Pascha-Palanka et Sophie y seraient les principales places fortes occupées par les troupes ottomanes.
La Macédoine se diviserait en deux ou cinq gouvernemens chrétiens grecs avec les capitales dcKostendil, Séres, Salonique, Ouskoub et Monastir. Il faudrait y distribuer des troupes ottomanes dans certains points stratégiques importans, tels que Séres, Salonique, Kastoria, Monastir etc.
La Thessalie ne formerait qu'un gouvernement chrétien grec avec le chef-lieu de Larisse. L'armée turque aurait des garnisons à Larisse, Trikala, Pharsale et sur la frontière grecque. Dans cette province, comme dans le S. O. de la Macédoine, il serait peut-être possible de concentrer la presque totalité des Musulmans dans certains canton», en Macédoine par exemple dans le Tscharschambé et en Thessalie à l'Ë. et au S. E. de Larisse. Ces districts auraient leurs petits Paschas turcs.
L'Albanie pourrait donner lieu au moins à trois gouvernemens, savoir deux chrétiens et un musulman. Ce dernier aur^t son chef-lieu à Elbassan dans la moyenne Albanie et comprendrait la partie méridionale de l'Albanie septentrionale et certaines
parties de l'Epire, Ce deroier paye ëerait une province chrétîeoTïe grecque avec Janina pour capitale, mais il j aurait aitgei garnison turque dans cette dernière ville, aîn8} que dans différentee autre» cités. Ces dernières, comme les ports de mer fréquentés, seraient soua les ordres de Pasohnê du Nîzam, comme les fartercBses danubiennes» Le Nord de l'Albanie serait une province chrétienne catholique avec Scoutari pour capitale et dei^ garnisons turques dans les points importans ou les forteresses nctuelles. Pour subordonner le Monténégro à la Porte, on raggrandirait, en 7 joignant des portions des montagnes à TE, et au N, Lee accldeui orographîques et ethnographiques rendraient peut-être désirable que la Mëtochie et la plaine de Kosovo formassent ensemble un petit gouvernement chrétien à part avec des garnisons turques & Prizren, Ipek et Priachtinat Le chef-lieu gérait dans la première ville,
L'Herzégovine et la Croatie turque seraient deux autres provinces chrétiennes mixtes, ayant pour capîtrde la première Mostar et la seconde Banja-Louka, tandis que les Musuîn»ans seraient groupés surtout dans les places fortes de riniérif^ur et en particulier aur la frontière. Dans ces forteresses gouverneraient de» Paschas du Nîzam soutenus d'une force armée suffisante.
Enfin la Bosnie pourrait se diviser en deux ou troifl gnuvernemens; celai du N. et du N.O, serait chrétien grec et aurait son chef-lieu à Maglaj, Le centre du pays resterait sous un Paacha du Nizam, comme composé de Chrétiens de deux tionfesaions ei de Musulmans. Il résiderait à Sérajevo ou Travnik* D une autre part la partie méridionale serait un petit gouvernement chrétien grec avec une garnison turque à Novîpazar* Les forteresses, surtout celles sUr la frontière, seraient sous des Paschas particuliers du Nizam.
Un des pointa capitaux pour la réussite de ce plan serait d'effectuer par tous les moyens possibles la concentration des Musulmans dans les Paschaliks mahomëtans ou au moins dans des cantons particuliers des gouvernemens chrétiens. Cette nécessité est facilitée en Turquie par le droit que ses habitans ont déjà de transporter à leur gré leur domicile d'un Paschalik à l'autre et ces déplacemens n'y sont pas soumis aux dépenses de ceux en Europe, La difficulté de trouver la place pour s'y nourrir, n'existe pas eu Turquie, une si grande partie du sol n'étant pas encore
dtTrichrt; ou irîippiirtenarit inéirif à personne, «î ce n'est au Sultan ou ftn gûuvernemtfni* De plus les habitations aotit la phi part jiresque Ban§ valeur. Vu le mëlange géographique de« pmvincea chrëtiennes et mahomi^uneâ, on pourrait même comprendre que dans lea premièreB leurs S pâli i a actuels aillent demeurer préférabl émeut daus les dernièrea» sans perdre pour cela leura rt:venus- D'ailleurs ces redevances seigneuriales pourraient être dëelarées rachétablea pour une aomme fixée éi|uitiiblement comme en Europe, II a*en suivrait bientôt que les Ottomans ou Mahométans seraient ^roupéa ensemble dan a des proviocea ou dans les villes des Pusctiaa du Nîzam, tandis que lea Chrétiens éviteraient ces deux lieux d'habitation et préféreraient les gouvernemens des leurs. Quant aux provinces à confessions chrétiennes mixtes, on pourrait choisir alternativement leurs chefs dans Tune ou l'autre religion ou si l'on adoptait leur nomination par le Divan du pays, comme en Valacliie, le Hattiscbérif pourrait spécifier que ce choix aurait lieu de cette manière*
D^aprèa ce plao le Sultan aurait outre des Paechaa un cer^ taiu nombre de grands vassaux chrétiens, auxquels il auriiit cédé une partie de son pouvoir avec ou sans appel à son trône. Néanmoins il reaterait maître du pays par ses troupes, par T absence de maisons princièrea héréditairea, par le nombre des gouverneurs, par le désarmement de ses sujets et surtout par Taffection de ses peuples. Un clergé grec et catholique romain national, choyé et bien d'accord avec le gouvernement central achèverait de rendre fort durable un tel ordre de choses. L'uniformité et la centralisa^ tîon nécessaire dans un empire seraient entretenues par dea lois organiques et des codes s'appliquant autant que possible à tous les gouverneurs. Le décret sur Tégalité des diverses racea devant la loi devrait être strictement exécuté, tout en ayant égard aux coutumes des peuples. Le rouage communal excellent en Turquie serait conservé et aa aphère serait étendue aux districts, en même temps qu'une certaine hiérarchie pourrait exister entre les différens gouvernemena provinciaux. Veut-on réellement le Lien de la Turquie, aucun sacrifice d'argent ne doit guère effrayer, parce que les res* sources naturelles de cet empire sont immenses, elles ont été mal employées ou sont même restées inconnues aux Ottomans, Comparés avec nos paya européens, la Turquie devrait donc jouir d*un très grand crédit, parce que chez nouB où on est obéré, ou a déjà
essayé pre8(|iie tous lea inuyens de grosiisir le budget de l'état et r)e faire des emprunte, tandia (ju'en Turquie , où ce n'est pm le cas, le prêteur à long terme y trouve des gages de grande valeur et eet BÛr d'être remboursé , ai ce paye ee réforme et s© civilise véritablement. Maïs diverses lois doivent être exigées, en particulier celles pour lever tous les obstacles à l'emploi lucratif du sol, comme à sa vente pour les étrangers.
Quoiqu'il en soit, ceux qui seront chargés de réorganiser !& Turquie, devront se tenir en outre en garde contre les trois idées suivantes, qui germent dans beaucoup de têtes non au fait du monde onentaL La première est celle d'espérer que régliee grecque se ratta* chera une fois à réglise romaine ou qu'au moins, grâce à quelques concessions, elle deviendra une église de Grecs-unis^ comme eeUe d'une partie des Valaques et des Slaves de l'Autriche. Nous n'osons pas admettre cette possibilité pour plusieurs raisons trop longues à développer. Il faut prendre une ibis pour tout son parti qu'il y a à Constantin ople un pape tout aussi entier qu*à Rome, On ne produirait que du désordre avec les arrières-pensées et on pourrait s'en repentir amèrement un jour,
La seconde erreur en Occident, c*est de croire à la conversion prochaine des Mahométans, tandis que leur horreur des images dans nos églises leur permettrait tout au plus de devenir piotestants. Or ce genre de conversion ne serait même pas agréable à tout le monde. Il n'y a que les Albanais épirotes, chez qui les Grecs ou les Catholiques peuvent compter avec raison de faire de nombreux prosélytes* Il est aussi possible qu^au moins une partie des Guéguea mahométans, ayant été catholiques il n'y a pas encore longtemps, le redeviennent aisément.
Enûn on a parlé souvent en occident de transporter tous les Turcs, c'est-à-diro les Mahométans, en Asie, pour constituer la Turquie d'Europe en empire uniquement chréfien. Ce serait un décret aussi inhumain que l'expulsion des Juifs de l'Espagne ou des Protestans de la France, mais de plus il ne serait guère exécutable, parce que les Européens oublient toujours qu'en Turquie d'Europe les Musulmans ne sont presque que des Slaves ou des Albanais, qui appartiennent de toute ancienneté à ce sol tout aussi bien que leurs compatriotes, les Chrétiens, Les Turcs asiatiques ne forment qu'une petite fraction de ces trois et demi à quatre millions de Mahométans. FI en est de cela en grand comme
d^une répartition plus convenable des Albanais en petit; en effet si on cherchait une fois à établir des gouvernemens plus compactes en Turquie, on pourrait désirer de grouper mieux ensemble les Albanais et d'y ramener les tribus éparses en haute Moêsie et dans la Bosnie méridionale. Mais quand on recherche les causes de cette dissémination, on trouve que les Serbes n'ont qu'en partie raison de regarder les Albtoais comme des intrus dans leur pays. Ces derniers ne sont que les restes des anciens lUyriens, auxquels les Slaves ont pris tant de pays et qu'ils ont acculas ça et là dans les montagnes les plus élevées. La meilleure preuve de ce fait est fournie par les Albanais distribués à Tentour des sources du Lim, de l'Ibar, du Vappa et du Raschka. S'ils dépendent en partie du Paschalik de Scoutari, en partie de ceux d'Ipek et de Novipazar, malgré les chaînes, qui les en séparent, les Ottomans n'ont fait que suivre en ceci l'affiliation des tribus, parce que ces Albanais ne sont presqu'uni(|uement que des tribus guégues de l'Albanie septentrionale, tandis que le petit nombre des autres dans la partie méridionale du Paschalik de Novipazar (ont des portions des tribus amaoutes de la Haute Moêsie. Dans ce dernier pays et dans la Métochie les Albanais ont seuls occupé certains districts délaissés par les Serbes.