LE POISSON ROYAL DE LIMA
ÂTHERINA REGIA, virescens, fascia laterali argentea cœrulescente, pinnis omnibus punctatis. :
Le Pexerey de Lima.
« Atherina corpore virescente, oblongo-lanceolata, laxe squamoso, longitudinaliter vittato, linea laterali latiuscula argentea , cærulescente , recta, Squamæ ovatæ, cæruleo-punctatæ. Caput subdepressum, vertice plano squamoso. Rostrum obtusum , ore protractili. Dentes plures minuti ad marginem maxillæ utriusque ; in lingua null. Lingua brevis, libera. Membrana branchiostega radis sex. Pinnæ dorsales duæ, prior minima librans, radis laxis 5; secunda lumbaris rad. 9-10. Pinnæ pectorales rad. 14. Pinnæ ventrales minutæ, rad. 5. Pinna analis magna, rad. 15. Anus fere in medio corpore. Pinna caudalis bifida , rad. 20. Radii omnes cæruleo-punctati. Oculi magni nigri. »
Les plus grands individus ont 8 pouces de longueur, mais généralement le poisson n'excède pas 5 à 6 pouces. Largeur, 1 : pouces. Le Pexerey, célèbre dans tous les pays limitrophes du Pérou, paroît propre à l'hémisphère austral. On le trouve surtout dans l'Océan-Pacifique, près du Callao de Lima où j'en ai fait
la description; mais il manque près de Truxillo et au sud de Lima. Jene connois
aucun poisson dont la chair soit plus délicieuse : aussi en consomme-t-on , dans la
capitale du Pérou , journellement , une immense quantité. L’Atherina regia diffère
par le nombre relatif des rayons dans les nageoires pectorales et ventrales de
l'Hepsetus, du Menidia et du Sihama. Les caractères que Linné a tirés de la seule nageoire anale me paroissent extrêmement vagues.
J'engage les naturalistes voyageurs qui visiteront les pays que j’ai parcourus, de fixer leur attention aux bords de l’Orénoque sur les poissons Cachama , Morocotta, Pajara, Dorado, Curbinata (dont les concrétions cérébrales sont célèbres parmi les colons, sous le nom de piedras de Curbinata) , Bagre listado, armado, et amarillo ou pintado, Valenton où Lauläu qui pèse souvent 4o livres, Rayas (Raies) Znaturi et Pari, V. aipu que les créoles appellent Guavina , Duro ou Conchudo, Camara ou Anguille du Meta, Sardina brava, et Caparro!. Près des côtes de Cumana, les poissons Cuna, Rabirubio, Cachicato, Corocoro et Picua méritent une attention particulière. Voici quelques notes que j'ai prises sur les espèces pélagiques :
« Cuna, ex ordine Thoracicorum. (Labrus?) Corpus oblongum, viride, cinerascens. Linea lateralis subincurva. Gaput et opercula squamis minutis tecta. Os exiguum, labro superiore duplicato, retractili. Dentes acutissimi, setacei, conferti. Lingua brevis , tenuis. Operculum triangulare. Præoperculum rotundatum integerrimum. Pinna dorsalis totum dorsum tegens radis 27, quorum primores 10 validi aculeati, ramento nigro filiformi aucti. Pinnæ pectorales ovatæ rad. 15. Pinnæ ventrales acutæ rad. 6. Pinna analis rad. 15, quorum 2 primores aculeati. Cauda integra radiis 18. Longueur 11 pouces , largeur 5 ; pouces. La lèvre supérieure double et protractile. Les opercules, et non les nageoires , sont couvertes d'écailles. Le Cuna est recherché par les pêcheurs de Cumana. On en consomme une prodigieuse quantité. »
« Rabirubio, ex ordine Thoracicorum. Corpus valde compressum, cinereum, zonis aureis et ex cinereo rubescentibus longitudinaliter pictum. Caput et opercula squamis minutis tecta. Dentes setacei, acuti. Operculum triangulare. Præoperculum serratum , aculeatum. Oculi magis approximati ut in Cuna. Pinna dorsalis rad. 22, quorum 12 primore$ aculeati, absque ramento filiformi. Pinna pectoralis rad. 14. Pinna ventralis rad. 6, quorum radius primus spinosus. Pinna analis rad. 22, quorum 5 aculeati. Pinna caudalis sinuata , subquadrifida rad. 20. Linea lateralis subarcuata. Longueur 7 : poll. , largeur 2 pouces. La langue plus charnue que dans le Cuna. La nageoire dorsale bigarrée et brillante d’un vif éclat. »
« Cachicato, ex ordine Thoracicorum. Opercula et præopercula squamis vestita, integerrima , rotundata. Os minimum. Labia duplicata protractilia. Dentes anteriores plures setacei, conferti : laterales duplici ordine dispositi, majores , truncati, sublobati, latiusculi. Pinna dorsalis rad. 24, quorum 12 aculeati. Pinna pectoralis rad. 12. Pinna ventralis rad. 6. Pinna analis rad. 15, quorum 5 aculeaii. Cauda bifida rad.,24. Corpus compressum, dorso fere carinato, argenteum. Linea lateralis incurva, flavescens. Longueur 8 pouces, largeur 3: pouces. Côtes de Cumana. La bouche du Cachicato est beau-
1 Gili, Tom. IL, p. 74-83. Gumilla, Tom. II, p. 236-274. Le Caparro que j'ai décrit est un poisson abdominal, dépourvu de dents, à larges écailles argentées et verdâtres semblables aux écailles des Cyprins. (Corpus oblongum compressum, pedale. Pinna dorsalis ibrans, antice ossiculis duobus spiniformibus aucta. Cauda bifurca.) Les deux petits rayons épineux de la dorsale sont dirigés horizontalement et placés l’un à côté de l’autre, ayant les pointes tournées vers la tête du poisson.
DE L'AMÉRIQUE EQUINOXIALE. 189
coup plus petite que celles du Cuna et du Rabirubio. Outre les petites dents qui ressemblent aux poils d’une brosse, il y a dans les deux mâchoires deux rangées latérales de dents beaucoup plus fortes et tronquées à l’extrémité. » À
« Corocoro, ex ordine Thoracicorum. (Serranus®) Corpus oblongum , ex viridi fuscescens , squamarum centro argenteo albo, pinnis olivaceis. Operculum inteserrimum, rotundatum. Præopercula serratoaculeata. Pinna dorsalo rad. 28, quorum 12 aculeati. Pinna pectoralis rad. 15. Piana ventralis rad. 6. Pinna analis rad, 12, quorum 3 aculeati. Cauda bifurca rad. 16. Longueur 7 pouces, largeur 2 : pouces: »
« Petoto, ex ord. Thoracicorum. Corpus compressum oblongum, ex argenteo flavescens , zonis viridibus 7 transversim pictum. D. 39. P. 14. V. 6. À. 7.C. 28. Operculum integerrimum, orbiculatum. Præoperculum denticulatum. Cauda integra. La nageoire dorsale est presque divisée en deux ;les premiers 9 rayons sont osseux et piquans , Comme aussi le premier rayon de la nageoire anale. Longueur 9 pouces, largeur 2 ! pouces. » PE |
« Picua, ex ordine Abdominalium. Maxillæ dentibus setiformibus simplici ordine instructæ. Corpus supra olivaceum, subtus argenteum ; caput depressum ; os parvum , labium inferius superiore + longius. Linea lateralis recta. Pinnæ dorsales duæ, priori 5- radiata pungente , secunda 10- radiata , submutica. Pinna pectoralis rad. 18 ; P. ventralisrad. 6; P. analis rad. 6; P. caudalis bifida, rad. 16. (Longueur 14 pouces, largeur 2 ? pouces ). »
« Chapin (Ostracion quadricornis) trigonus, olivaceus , dorso punctis atris , capite striis transversalibus cæruleis notatis. Spinæ duæ pone oculos , horizontales , duæ anum versus. Oculi nigri, maximi. Os dentibus ro. Abdomen planum , album. Dorsum carinatum. Cauda nuda, scutelli rudimento osseo orbiculato notata. D. 9. P. 11. À. 10. C. 10. Longueur 16 pouces , largeur 6 pouces. On mange ce poisson à Cumana. Il nous a blessé quelquefois en nous baignant. Tout le corps de l’Ostracion est marqué de figures hexagones. Le petit écusson qui se trouve à la base de la queue a 5 lignes de large. Ge caractère , négligé jusqu'ici, se retrouve dans plusieurs espèces d’Ostracion. (Willughby Hist pise. Tab I. fig. 14 bona. Bloch tab. 154 mala).
Dans la mer du Sud, pendant la traversée du Pérou au Mexique, j'ai pris des notes très-détaillées sur les poissons que les matelots ont pêchés à la ligne:
«Goryphæna (appelée par les marins espagnols Dorada manchada) capite obovato, antice truncato; corpore oblongo compresso, argenteo, cæruleo- “punctato; pinna dorsali virescente, mixto aureo; pinna anali rubescente, maculis cæruleis variegata. Iris flava. Labia zona cærulea marginata, dentibus acutis minuts, lingua libera. Membrana branchiostega radiis 5 laxis. Caput et opercula squamis tecta. Pinna dorsalis a capite ad caudam excurrens, radiis 56. Pinna pectoralis ovata, minuta, rigida, crassa, radiis 26, Pinna ventralis, pectorali major, radiis 32. Pinna analis ab ano ad caudam protensa, radis 23, primordialibus longioribus, Cauda bifurca, crassa. Les rayons de la nageoire caudale sont minces et couverts d’une peau épaisse, de sorte que je n'ai pu en déterminer le nombre avec précision. Îl m'a paru au-dessus de 18. La tête a une espèce de crête osseuse plus élevée dans le poisson mâle que
dans le poisson femelle. Plusieurs caractères, et surtout le grand nombre de rayons dans la nageoire ventrale, distinguent cette Dorade du Coryphæna Hippuris et du C. Equiselis. Elle a été prise lat. 2° 27’ bor., long. 87° 50’ à l'ouest de Paris. Nous avons fait l'observation curieuse que ce poisson, qui pesoit 28 livres, et dont l'estomac étoit rempli de Trigla volitans, changeoit de couleur en mourant de 10 en 10 secondes. Les petites taches du corps restoient bleues; mais la nageoire dorsale, naturellement verte, devint d’abord rouge, puis jaune , et à la fin d’un beau bleu d'indigo. Longueur du corps, 58 pouces; largeur de la tête à la partie tronquée, 11 pouces. Le cœur est extrêmement petit pour un poisson connu par son extrême voracité; il n’a que 15 lignes de long. Cest, je crois, la seule espèce de Coryphène décrite dont la nageoire ventrale a plus de rayons que la nageoire pectorale. Sa chair est d’un goût exquis. »
« Wariletta. (Scomber.) Corpus compressum , læve, oblongum , dorsum versus cæruleum mixto auro, abdomine albidiore, fasciis quatuor abdominalibus argenteo-splendentibus longitudinaliter ornato. Caput magnum, os retractile. Oculi maximi, fusco-cærulei. Dentes plurimi setacei in utroque labio. Lingua apice libera, carnosa , ovata. Membrana branchiostega radis 7. Pinna dorsalis prima in fossa dorsali recondenda, radiis laxis subpungentibus 15. Pinna dorsalis secunda , rigida , in fossa haud recondenda , radis 8. Pinnæ spuriæ dorsales 8 versus caudam sitæ, minutæ, distantes, triangulares, adiposæ. Pinna pectoralis rad. 32. Pinna ventralis radis inæqualibus 32, quorum 25 minores majoribus 7 intermixi. Pinna analis rad..... Pinnæ anales spuriæ 9, minutæ, triangulares, adiposæ. Cauda bifurca rad. 16. Pinnæ omnes obscure olivaceæ. Corpus caudam versus utrinque carinatum, linea laterali in membranulam adiposam dilatata. Longueur du corps, 4 pieds 3 pouces; largeur au milieu du corps, 10 pouces. Une carène saillante à chaque côté de la queue. Le corps nu (sans écailles? ) Nous l'avons pêché lat. 2° 12’ bor., long. 86° 8’. La Yariletta se trouve par bandes avec l'//bacora. Elle est peu estimée, sa chair étant insipide et extrêmement molle. »
« Albacora. (Scomber.) Caput et totum corpus squamis tectum. Membrana branchiostega rad. 7. Dorsum cæruleo-nigrescens , lateribus virescentibus , abdomine argenteo, Zonis 20-22 transversalibus, parallelis, cæruleis picto. Linea lateralis postice carinata, carina membranacea. Fossula dorsalis pro receptione pinnæ dorsalis primæ, quæ radios exhibet 14. Pinna dorsalis secunda rad. 7. Pinnulæ spuriæ adiposæ 0. Pinna pectoralis rad. 32. Pinna ventralis rad. 6. Pinna
.* et
analis rad. 5. Cauda bifida rad. 18. Cette espèce, de 2 pieds et demi de long, est remarquable par le nombre de rayons qu'offre sa nageoire anale ; lat, 3° 55 bor. à l’est de l’ile des Cocos, dans des parages où la mer du Sud est extrêmement poissonneuse. On pourroit y faire une pêche de thon très-considérable. Les matelots espagnols croient que la chair de l Z/bacora, exposée aux rayons de la lune, donne des éruptions dartreuses. »
Près d’Acapulco, port occidental du Mexique, un petit poisson, d’un aspect triste et dont le corps est enduit de mucosité, contribue à l'insalubrité du climat. Il habite par milliers la Szenega del Castillo; et, lorsque cette mare se dessèche, le poisson périt et répand des miasmes dans l'atmosphère que l’on regarde comme une des causes principales des fièvres putrides et bilieuses qui règnent tous les ans sur ces côtes ‘. Les Indiens appellent cette espèce d’Acanthopterygiens Popoyote ou Ajolote. Le dernier nom indique une analogie apparente avec le fameux Ajolotl du lac de Mexico, dont la peau est également muqueuse, et que M. Cuvier regarde comme la larve d’une grande Salamandre aquatique.
« Popoyote, ex ordine Thoracicorum, Lin. Squamæ laxæ, totum caput et opercula tegentes. Caput latum, depressum. Membrana branchyostega radis 5, Corpus oblongum, compressum , olivaceo-fuscum, maculis et striis aureis et cæruleis transverse pictum. Pinna dorsalis duplex; prior minuta in fossa semirecondenda, rad. 7; secunda magna rad. 0. Pinna pectoralis rad. 12. Pinna ventralis rad. 5. Cauda rotundata rad. 16. ( Long. 4 pollicaris. ) » An Eleotris, Gron.?
Je terminerai la partie descriptive de ce mémoire par quelques observations éparses qui pourront guider les voyageurs dans leurs recherches de zoologie.
La Torpille électrique des côtes de Gumana (Temblador de agua salada, très-différent du Gymnote ou Temblador de agua dulce) , ressemble plus au Torpedo Galvanii qu’au Torpedo Narke (voyez ma Relat. hist., T. II, p. 174). Dans les Torpilles le rapprochement du cerveau, des branchies, des organes électriques et du cœur me paroît un phénomène très-remarquabie. De même que dans l’homme une énorme quantité de sang artériel est désoxidé par les fonctions (intellectuelles?) du cerveau : de même ici l’oxigène, soustrait par les branchies à l’eau aérée, semble contribuer dans les cylindres de l'organe électrique à la formation de ce fluide mystérieux , qui est la cause première de tout mouvement musculaire, et qui, dans quelques animaux, se fait sentir au-dehors par des explosions instantanées , mais toujours volontaires. Je possède deux dessins de cerveaux de Torpille, dont j’ai fait l’un à Cumana en 1800, l’autre à Civita-Vecchia en 1805, et qui offrent des diflérences frappantes dans le nombre des tubercules médullaires placés à la file les uns des autres. On compte six de ces tubercules dans Ja Torpille de Cumana ; le premier, le troisième et le quatrième sont simples ; les autres trois sont doubles
1 Voyez mon Essai polit. sur le Royaume de la Nouvelle-Espagne, Tom. I, p. 758.
(gemina). Le cerveau ne remplit, comme c’est le cas dans la plupart des poissons , que le tiers de la boîte osseuse du crâne. Les deux derniers tubercules du cerveau, ceux qui tiennent à la moelle alongée, sont d’un jaune d'œuf très-intense. Ce phénomène s’est présenté dans trois individus que j’ai disséqués, le reste du cerveau étant blanc argenté. (Voy. plus haut, T. I, pag. 53). Quant aux Gymnotes, comparez ma Relat. hist., T. II, p. 177-190, et, plus haut, T. I, p. 49-91. D’après les belles découvertes de MM. Oerstedt, Ampère et Arago, sur l’identité des actions électriques et magnétiques , l'influence des Gymnotes sur des aimans et sur des courans-voltaïques circulaires mérite d’être examinée de nouveau. de persiste à croire que c’est par les poissons électriques que l’on découvrira un jour le mystère du mouvement musculaire des animaux et de la décharge du nerf dans le muscle. Malgré la facilité des communications avec les côtes de Cayenne, de Surinam et de Venezuela, j'ai fait pendant dix ans des vœux infructueux pour que l’on transporte de nouveau des Gymnotes vivans et bien vigoureux dans une des grandes capitales de l’Europe. Enfin nous en possédons un à Paris.
Outre le Lamantin ou Manati (dont le nom dérive de la langue d'Haïti et non de l'espagnol, Relat. hist., Tom. II, p. 226), l’Orénoque nourrit un autre Cétacé d’eau douce de la famille des Souffleurs. C’est le Tonina de l’Orénoque, qui ressemble au Marsouin‘ commun (Delphinus Phocæna) et que nous avons rencontré dans les forêts inondées de l’Atabapo , dans le centre de l'Amérique méridiouale, à 320 lieues des côtes. 7 oyez sur ces animaux ma Relation historique, Tom. Il, pag. 201, 202, 229, 298, 406. On ne saurait être assez attentif à ces formes pélagiques qui se retrouvent dans les grandes rivières de l'Amérique et de l'Asie. Le Gange? et l’Orénoque ont de véritables Dauphins ; les lacs du Canada et les rivières de la Guyane ont de véritables Raies d’eau douce. Les Indiens Maypures appellent ces dernières Inaturi. J’ai vu, dansles Llanos de Caracas et
sur les bords de l’Orénoque , des indigènes blessés par l’aiguillon dentelé de ces poissons que le mission-
naire Gili a déjà très-bien décrits dans son Saggio di Storia americana, Tom. I, pag. 81. Il ne faut pas confondre les marsouins communs ou les poissons de mer, qui remontent les fleuves et finissent par y rester habituellement (comme le Pleuronectes flesus dans la Loire, près d'Orléans) , avec les espèces de Cétacés et de poissons à forme pélagique, propres aux grandes rivières des deux continens.
Dans l’archipel d’ilots (Jardin de la Reyna), qui s’étend au sud de l’île de Cuba et dans lequel nous avons passé plusieurs jours, on ne connoît plus cette manière extraordinaire de pêcher qui a été décrite par Pierre Martyr d’Anghiera : «Non aliter ac nos canibus gallicis per æquora campi lepores insectamur, incolæ venatorio pisce pisces alios capiebant. Pisces incolæ guaicanum, nostri Reversum appelant, quia versus venatur, Corpus ejus anguillæ grandiori persimile, sed habens in occipite pellem tenuissimam, in modum magnæ crumenæ. Hunc vinctum tenent in navis sponda funiculo , neque patitur ullo pacto aeris aspectum. Viso autem aliquo pisce grandi aut testudine , piscem solvunt: ille sagitta velocius testudinem, qua extra conchyle partem aliquam eductam teneat, adoritur; pelleque illa crumenaria injecta, prædam ita tenaciter apprehendit, quod exsolvere ipsam eo vivo nulla vis sufficiat, nisi extra aquæ marginem paulalim glomerato funiculo extrahatur ; viso enim aeris fulgore, statim prædam deserit.» Telle est la description de la pêche que virent les compagnons de Colomb, en 1493. Les Américains avoient donc des poissons pécheurs, comme les Chinois se servent encore de Cormorans ou d'oiseaux pécheurs, qu’ils forcent, en leur plaçant des anneaux au col, à ne point avaler leur proie. (Petri Martyris Oceanica,
r Cochon (Souin) de mer (swine, cunvix, et d’autres affinités étymologiques), Tripurtitum, p. 152.
2 Delphinus Gangeticus. (Roxburg dans les Asiat. Researches, Vol. VII, p. 170.) J’avois cru reconnoître dans les x#r» dont parle Cratère, en décrivant l'expédition d'Alexandre (Strabo, Lib. XP, p.702, trad. de Letronne, Tom. V, p. 47), ces énormes cétacés souffleurs du Gange; mais le mot xfros est en général appliqué à tous les monstres marins, MèmMe aux Phoques. Homer. Odyss. IV, 443, 446.
1532. Dec. I, p. 9. Voyez aussi Gomara, Hist. de las Indias, 1553, fol. XIV; et Herera, Dec. I, Lib. II, Chap. XIIL, p. 55.) Ce Reves ou poisson pêcheur est, à n’en pas douter, une espèce d’Echeneis, et à cause de sa grandeur plutôt E. Naucrates que E. Remora (qui arrête, en espagnol que detiene, que hace morar). Commerson a entendu parler de cette même pêche sur les côtes de Mozambique”. (Lacepède, Hist. nat. des poissons, T. III, p. 164.) Le pellis crumenaria , dont parle Anghiera, est sans doute le bord dilaté du disque. Herera ajoute que l’on prenoit des Requins (Tiburones) par le petit poisson Reves, à la queue duquel on fixoit une corde de deux cents brasses. On sait que l’Echeneis s'attache de préférence aux Requins qui, à leur tour, sont précédés par le pilote (Gasterosteus ductor). Lorsqu'on réfléchit à la force musculaire des Squales , on a de la peine à croire au succès de celte pêche. Gest à tort (Memorial litterario, 1803, n. 28, p. 37) qu’on croit que les Requins ont le sens de l’odorat très-foible , et que pour cela ils se laissent guider par les Gasterostes. Nous avons eu beaucoup de preuves de l’odorat très-fin des Squales pendant notre navigation du Pérou au Mexique. L’Echeneis Remora de la mer du Sud que nous avons soumis au galvanisme n’avoit constamment que dix-huit rayons aux nageoires dorsales , pectorales ; anales et caudales , au lieu de vingt à vingt-deux. (Br. 8, D. 18, P. 18, V. 4, À. 18, CG. 18, Lames au disque, 18.)
[Le travail que j’ai fait sur le genre Pœcilie et sur ceux qui l’avoisinent étoit-imprimé , lorsque nous avons reçu le Journal de l'académie des sciences de Philadelphie, dans lequel M. Lesueur a publié les descriptions et les figures de trois espèces de poissons des eaux douces de la Louisiane. Deux de ces espèces sont nouvelles ; et la troisième est décrite et figurée dans mon mémoire , d’après un individu de la collection du muséum d'histoire naturelle, dont on ignoroit la patrie.
La première espèce de M. Lesueur * est le type d’un genre nouveau qu’il nomme Molienesia. Ce genre est caractérisé par la position remarquable de la nageoire anale entre les ventrales , immédiatement sous l’origine de la dorsale. Les dents sont disposées comme celles des Fundules; le nombre des rayons branchiostèges est de quatre ou cinq : on sait que les espèces du genre Fundule en ont quatre seulement. D’après ces rapports, on voit que c’est entre les genres Lebias et Fundule que doit être placé le Molienesia. M. Lesueur n’en connoît qu’une espèce, qu'il nomme Molienesia latipinna ; elle est représentée PI. III du Journal. Ce petit poisson est très-commun dans les mares d’eau douce près de la Nouvelle-Orléans.
La seconde espèce a été rapportée au genre Pœcilie, sous le nom de Pœcilia multilineata ; elle est figurée loc. cit. PI. [. Les caractères spécifiques de ce petit poisson , qui habite les eaux douces de la Floride orientale, le font connoître pour une espèce nouvelle et distincte de toutes celles que j’ai décrites. Il est cependant à regretter que M. Lesueur n’ait pas indiqué positivement le nombre des rayons de la membrane des branchies. Si ce nombre , sur lequel reposent en partie les caractères que M. Cuvier a pris pour base de ses déterminations , est cinq, cette espèce est une Pœcilie. La description des dents porte à le croire ; car elles sont exactement indiquées comme celles de toutes les espèces de ce genre. Si le nombre des rayons branchiostèges est quatre, ce poisson doit être placé dans le genre Fundule. Peut-être à cause de ses dents est-il le type d’un nouveau genre ? |
La troisième espèce décrite par M, Lesueur est un Lebias; le caractère si remarquable des dents, donné par M. Cuvier, ne laisse aucun doute sur les poissons que l’on doit rapporter à ce genre. Le
r Il est bien remarquable de trouver les mêmes artifices de pêche et de chasse employés par des peuples qui n’ont probablement jamais eu de communication entre eux. Des hommes, dont la tête étoit couverte de grandes calebasses, prenoient des canards en se cachant sous l’eau et en saisissant les pieds des oiseaux dans les lacs de Mexico, de l’ile Saint-Dominique et de l'Égypte. (Petr. Mart. Dec. IIT, Lib. X, p. 68.)
2 Journ. of the acad. of nat. scien. of Philad., Tom. II, cahier de janvier 1821, p. 2 et suiv.
Zoologie, Tom. II. 25
Lebias ellipsoidea ({oc. cit. pl. II, fig. 1-5) est la même espèce que celle que j’ai nommée plus haut Lebios rhomboidalis ; elle vit dans les eaux douces de l’est de la Floride.—Valenciennes.]