HÉLICE
Les coquilles qui font le sujet de ce mémoire appartiennent, pour la plupart, à la famille des Colimacées. Les animaux que l'on ÿ rapporte sont très-répandus sur toute la surface du globe, et paroissent, en comptant seulement les espèces mentionnées par M. de Lamarck, à peu près un tiers plus nombreux dans les régions équinoxiales que dans les zones hors des tropiques. Les différens genres de Colimacées se représentent en quelque sorte les uns les autres dans les différens continens. Ainsi, les Hélices qui se trouvent en abondance dans tous les lieux que l’on a visités, sont moins communes en Amérique que partout ailleurs, où les Bulimes, les Agathines et les Hélicines les remplacent; les Auricules sont plus abondantes dans l’Inde que dans aucune contrée du globe.
La partie de l'Afrique qui a été parcourue jusqu'ici des deux côtés du grand désert de Sahara, n'offre pas de grands pays boisés et humides; elle ne nourrit aussi qu'un très-petit nombre de Colimacées. Il faut espérer que les bords du lac Tchad et les rives du Shary enrichiront un jour la Conchyologie.
De tous les genres de Colimacées, celui des Hélices est le plus nombreux en espèces, et il est répandu sur toute la surface du globe.
Le midi de l’Europe en nourrit à proportion le plus grand nombre.
En Amérique, on en connoît beaucoup plus dans les îles que sur le continent.
Nous verrons plus loin que c’est précisément le contraire pour le genre Bulime,
HÉLICE DE BONPLAND. PL zvi, fig. 3, a, b.
La première espèce d'Hélice dont je dois parler ici a été trouvée dans l'ile de Cuba; elle est voisine de celle que M. de Ferrussac a figurée PI. xzur, fig. 1-5, mais la position de la dent du, bord gauche la fait aisément reconnoître. M. Bonpland l’avoit communiquée à M. de Lamarck, qui l'a nommée
Hérix Boxrcannit testa subglobosa, squalide alba, anfractibus transversim strialis, stris tenuissimis, labro expanso sinistro infra dentato.
Helix Bonplandi, Lam. An. Sans. Vert, Tom. VI, p. 72, n° 26.
Cette coquille est globuleuse, un peu plus large que haute. Toute la surface, excepté la partie inférieure du dernier tour qui est lisse, est chargée de stries fines, verticales et parallèles.
La lèvre est grosse, lisse et peu réfléchie en dehors, en sorte que les mots maroine reflexo, qui terminent la phrase de M. de Lamarck, disent un peu trop : il faut aussi retrancher de la phrase de M. de Lamarck l’épithète subperforala. J'ai sous les yeux quatre individus que M. Bonpland avait conservés , et ils n’offrent aucune trace d’ombilique.
Vers le bas du bord gauche il y a une dent assez haute; cette dent est, au contraire, vers le haut du même bord, dans l’hélice à lèvres blanches, (Helix albilabris Ferr.) Le test est blanc-sale, recouvert d’un épiderme verdâtre; la lèvre est d’un beau blanc.
La largeur du plus grand individu que je décris est d’un pouce trois lignes.
HELICE OEUF. PL zvu, fig. 1, @, b.
M. Pablo Ruiz de la Bastida, lieutenant-colonel au corps des ingénieurs à Manille, qui s’est occupé, avec un zèle digne de la reconnoissance des naturalistes, de recueillir les coquilles des Philippines, a bien voulu donner à M. de Humboldt cette belle et grande Hélice qui a la plus grande ressemblance avec l'Helix cornu giganteum; elle en approche en effet par la taille, par la forme ovale et par la léoèreté du test; mais la bouche est moins grande, et le nombre des tours de spire est plus considérable. A cause de la légèreté de cette coquille, qui est blanche et ovoide, j'ai cru pouvoir la nommer
Herrx ovum esta magna, elliplica, subconvexa, Ne levr, alba, apice subflava, zonis nullis.
La spire est composée de cinq tours qui s’enroulent régulièrement autour de l'axe. La bouche a un peu plus de largeur que de hauteur, et cette ouverture comprend la moitié de la largeur de toute la coquille; tandis que, dans l'Helix cornu giganteum , Vouverture égale près des deux tiers de la largeur du test. Le bord de la columelle se réfléchit en formant un ombilic étroit derrière la
columelle ; la lèvre est arrondie, mais elle n’est pas très-épaisse, et elle ne se réfléchit pas en dehors. Les stries d’accroissement sont très-fortement marquées, il n’y en a pas d’autres sur la coquille. Le sommet de la spire de cette Hélice est jaunâtre ; cette teinte s'étend en diminuant de force jusque sur le bord spiral de l’avant-dernier tour, où elle s'éteint tout-à-fait. Le reste du dernier tour et tout l'intérieur est d’un beau blanc pur, sans taches ni bandes.
Cette coquille a près de quatre pouces de large , deux et un quart d'épaisseur ; sa hauteur est d’un peu plus d’un pouce et demi.
HELICE PAPILIONACÉE. PL zvr, fig. 6, a, 6.
Le même naturaliste a également donné à M. de Humboldt une autre Hélice des Philippines, que je n’ai pas trouvée dans les auteurs qui ont écrit sur la conchyologie. Ses couleurs rousses, disposées sur un fond blanc, rappellent les ailes de certains phalènes, en sorte que je l'ai nommée
Hexrx papirionacEea, testa discoidea, subdepressa, late umbilicata, albida, rufo variagata zonis tribus fuscescentibus, labro subdentato, reflexo, ad columellam connexo. Nob.
Cette coquille est discoïde; son ombilic grand, sa bouche ouverte en travers; les deux lèvres se rapprochent sur l’avant-dernier tour; le bourrelet du bord supérieur est plus relevé et plus épais que celui de la lèvre inférieure, et offre un léger renflement que l’on pourroit regarder comme une petite dent.
La coquille, vue par le sommet de la spire, montre des tours à peu près égaux, de sorte que la spire s’élargit régulièrement; c’est près de la lèvre que le profil du dernier tour s'éloigne subitement de l'axe de la coquille ; les stries d’accroissement sont fines et égales.
Le fond de la couleur de cette coquille est blanc, et flambé irrégulièrement de roussâtre. Sur le dernier tour, on voit quatre lignes longitudinales parallèles , à égales distances l’une de l’autre, à peu près de la même couleur que celle des flammes : sur les autres tours, on ne voit plus qu’un seul cordon. Cette Hélice a dix lignes de diamètre et cinq de hauteur.
Zoologie, Tom. IT. 31
HELICE STOLEPHORE. PL zvr, fig. 4, @, b.
Je trouve, dans les notes qui accompagnent cette coquille, qu’elle est fluviatile de la Nouvelle-Espagne : elle a été donnée à MM. de Humboldt et Bonpland par M. Caravajal. Cette indication de coquille fluviatile me fait croire que l'animal doit différer des Hélices, et que, quand il sera connu, il deviendra le type d’un nouveau genre ; d’un autre côté, en examinant bien cette coquille, je lui trouve toute la conformation des Hélices , et elle est certainement très-voisine de l’Æelix Cepa. Ces considérations m'ont déterminé à décrire cette coquille comme une Hélice, en attendant que l'animal, ainsi que ses habitudes, soient connus, et que les idées des naturalistes puissent être fixées sur ses rapports naturels; je la nomme
Heux srorePnora, {esta orbiculala, depressa, perforata, lævi, ultimo anfractu subcarinato, ad apicem flava, infra alba, ad carinam ex
rubro fusca.
Cette belle coquille a là forme de l’'Helix algira Lin.; mais son test est beaucoup plus solide. La spire est très-surbaissée, et est composée de cinq tours. Sur le milieu du dernier tour, il y a une carène mousse qui s'engage dans la spire du tour précédent. Le reste de la coquille est lisse.
L'ouverture de la bouche est grande et elliptique. La lèvre est tranchante ; mais la coquille ne me paroït pas adulte.
Cette Hélice offre une teinte jaune-rougeàtre sur les premiers tours : elle s'éclaircit et devient un peu rougeätre sur le dernier tour au-dessus de la carène , qui est brune mêlée de pourpre, et qui forme une large bandelette sur le pourtour de la coquille. Cette teinte devient violette en s'étendant sur le dernier tour qui finit par être blanc, ainsi que l'intérieur de la
coquille. Elle a deux pouces de large.