DE MM. A. DE HUMBOLDT ET A. BONPLAND
ET DÉCRITES
Par A. VALENCIENNES.
LVL VALVE LAS r
Dis les Mémoires précédens, j'ai publié la description des coquilles bivalves ; ensuite celles des coquilles univalves fluviatiles recueillies par MM. A. de Humboldt et À. Bonpland. Il me reste maintenant à faire connoître les espèces marines univalves dont ces savans voyageurs ont enrichi la Conchyliologie.
Pénétrés d’un vif désir d’être utiles aux sciences, ils ont communiqué déjà depuis de longues années, la plupart de leurs nouvelles espèces à M. de Lamarck , dont la perte a augmenté les regrets qu'a laissés parmi nous celle de tant de savans qui ont illustré la fin du dix-huitième siècle et les premières années du dix-neuvième.
Ce célèbre professeur n’a donné qu’une simple Notice sur quelques-unes de ces espèces, laissant aux voyageurs eux-mêmes le plaisir de profiter de leur découverte, et d'en publier des descriptions détaillées dans leurs ouvrages.
Je dois à l'amitié dont m’honore depuis si long-temps M. de Humboldt, d’avoir été chargé du soin de ces publications. Ce célèbre physicien a commencé par me donner la gloire d’écrire mon nom à côté du sien, en tête de son Mémoire sur les poissons fluviatiles de l'Amérique équinoxiale. Il m’a ensuite procuré les moyens de faire connoître seul mes travaux , en voulant bien les recevoir à la fin de ce volume dans ces Mémoires sur les coquilles. Qu'il me permette de lui en témoigner ma
sincère et vive reconnoissance sur ces dernières feuilles. En la lui exprimant sur les pages de son livre, j'ai l’heureuse persuasion que ma gratitude s’étendra aussi loin que la renommée de ses travaux.
Je vais suivre, comme pour les Mémoires précédens, la classification de M. de Lamarck. Je crois mettre ainsi plus d'ensemble dans mon travail. J'aurai soin cependant de faire remarquer les affinités du genre dont je parlerai avec celles de la famille près de laquelle son organisation doit le placer ; en me guidant sur les travaux anatomiques de M. Cuvier, d’après la seconde édition du Règne animal, et sur ceux que M. de Blainville a consignés dans sa Malacologie. Ce rapprochement des deux méthodes deviendra commode pour le lecteur.
NERITE.
Ce genre des Nérites, réduit par M. de Lamarck aux seules espèces qui ont des dentelures ou des crénelures sur les deux bords, en contient un assez grand nombre à la liste desquelles nous en avons encore une à ajouter. Nous pouvons aussi indiquer avec exactitude la patrie de la Nérite nattée (Nerita textilis, Lam.) qui est restée douteuse dans l'Histoire naturelle des animaux sans vertèbres. MM. de Humboldt et Bonpland l'ont prise à Acapulco. Nous rappellerons ici ses caractères spécifiques , afin de lui comparer l'espèce voisine que ces savans ont rapportée. &
NERITE NATTÉE.
Nerrra TexTicis, testa crassiuscula, albida vel virescente, nigro maculata, costis transversis novemdecim , dorso rotundis.
Nerita texulis, Lin. Gmel., 3638, n° 53.
Lam., Hist. an. sans vert., VI, seconde part., p. 190, n° 2.
Habitat ad Acapulco Mexicanorum.
L'individu que j'ai sous les yeux a 13 lignes de diamètre : on lui compte dix-neuf côtes transversales sur le dernier tour de spire.
Une espèce voisine de celle-ci, et prise sur la même côte, est agréablement -variée de gris sur un fond jaunâtre : elle offre des desseins semblables à ceux que l’on voit sur les ailes de quelques Lépidoptères nocturnes. Je la nommerai, pour rappeler cette disposition,
NERITE PAPILIONACÉE.
NertTaA PAPILIONACEA , {esta crassiuscula, subflavescente, maculis vel lineolis griseis variegala , costis transversis tredecim , dorso rotundis. Habitat ad Acapulco Mexicanorum.
Cette espèce diffère de la précédente, parce qu’elle a un moindre nombre de côtes sur le dernier tour de spire. Ces côtes ne sont pas également relevées sur la coquille, ni tracées à des espaces égaux. Les dents du bord droit sont plus petites; les granulations de la portion aplatie du bord gauche sont moins nombreuses. Enfin la portion supérieure du bord droit est plus relevée, et en angle mousse. Cette coquille est marbrée de petites taches d’inégales grandeurs, se touchant le plus souvent par les angles , et composées de petits traits grisâtres qui laissent quelquefois voir le fond jaunâtre de la coquille.
Le diamètre de cette Nérite n’a que ro lignes de long. NATICE.
Le genre des Natices a été établi par Bruguières et caractérisé par l'absence de dents à l'intérieur de la bouche. La coquille est ombiliquée, mais le plus souvent le bord gauche porte une callosité qui recouvre et ferme l’ombilic. MM. de Humboldt et Bonpland en ont rapporté quelques espèces dont une est voisine de la Natice glaucine (Nerita glaucina Lin.) Elle n’a été décrite que dans ces derniers temps par G. B. Sowerby, sous le nom assez impropre de Natica patula, Cette épithète convient en effet à toutes les Natices de la subdivision à laquelle celle-ci appartient. Nous l’avions nommée depuis long-temps, dans nos collections et dans celle de M. de Ferrussac,
NATICE DE BONPLAND. PL Lvu, fig. 3, @, b.
Narica Bonrrannr, testa orbiculari depressa, tenut; fulvo, rufescente, et violaceo variesata , subtus albida ; striis transversis exarata ; callo subdiviso, rufo septiformi, umbilici paluli magnam partem obtegente.
Natica patula. Sow. Zool. Journ., Vol. I, p. 60, PL. v, fig. 4.
Habitat ad Acapulco Mexicanorum.
Cette belle espèce a, comme je viens de le dire, de l’affinité avec la Natice glaucine; mais elle est plus aplatie, les stries d’accroissement sont plus grosses
et forment presque des rides transversales sur la coquille. Ces stries sont parallèles au bord de la bouche. La largeur de l’ouverture ne fait que les deux tiers de la hauteur. Le dernier tour forme une saillie marquée dans l’ouverture. L’extrémité supérieure du bord gauche se détache du dernier tour; et, comme il se contourne sur lui-même , les accroissemens successifs élèvent, dans l’ombilic qui est fort grand , une columelle détachée du bord de la coquille. La callosité du dernier tour élargit la base de la columelle et forme une sorte de cloison étendue sur l’ombilic sans le fermer. La coquille que je décris paroït adulte et na que cinq tours de spire. Le sommet et les deux tiers de la surface du dernier tour sont d’une belle couleur rougeître ou fauve avec des reflets bleuàtres , parce qu’il arrive à des intervalles inégaux que l'extrémité du bord droit étoit coloré en bleu. Quand plusieurs stries d’accroissement rapprochées ont conservé cette teinte, elles forment alors des bandes verticales de cette couleur, mais qui sont mal dessinées. On en voit trois ou quatre sur cette coquille. La teinte rousse s’efface peu à peu, et le dessous est blanc. L'intérieur de la bouche est coloré comme l'extérieur de la coquille, à cause de la minceur du test qui laisse paroître la couleur de la surface externe. La callosité est lisse, et colorée en marron vif.
Cette Natice est large de deux pouces : elle a été recueillie près d’Acapulco.
NATICE AMPULLAIRE.
Narica AmPULLARIA , lesla ventricosa globosa , longitudinaliter striata , spira productiuscula, umbilico nudo.
Natica ampullaria Lam. Anim. sans vert., VI, 2° part., p. 199, n° 0.
Habitat ad Callao Peruvianorum.
Je trouve parmi les Natices recueillies par M. Bonpland une petite espèce dont les caractères se rapportent parfaitement à ceux d’après lesquels M. de Lamarck a établi sa Natice ampullaire. Aucun reste de la couleur violette de l'intérieur de la bouche ne paroit sur l'individu un peu défectueux que j'ai sous les yeux.
IL est large de 7 lignes. M. Bonpland l’a pris au Callao. Si le rapprochement avec la Natice ampullaire est exact, cette coquille seroit intéressante parce qu'elle apprend aux naturalistes la patrie encore inconnue de cette espèce.
Les recherches de ces deux voyageurs leur ont aussi procuré, à Cumana, le
Zoologie, Tom. II. 54
Natica Mamilla, Gm. et le Natica mamillaris, Gm., qui sont aussi trèscommuns sur les côtes des Antilles.
Ils ont en outre une autre espèce voisine des deux précédentes, et qui, . comme elles, appartient à la division des Natices, connue vulgairement sous le nom de tétons. Je l’appliquerai plus particulièrement à cette espèce, pour rappeler son aflinité avec celles à qui M. de Lamarck a donné le nom de Mamelle. Elle est commune dans les collections, et cependant elle n’a pas’ encore été
distinguée ni décrite; je l’appelle . NATICE TETON.
Narica uBER, lesta ovali ventricosa, crassa, lavi, nitida, alba; spira prominiuscula ; umbilico aperto, nudo.
Habitat ad portum Cumanensem.
Cette coquille, blanche et brillante, est lisse comme la Natice mamelle, et cependant les stries d’accroissement paroissent davantage. La nouvelle espèce est aussi plus globuleuse, parce que le dernier tour est plus ventru. Ce qui la fait aisément reconnoître, c’est que la callosité, quoique irès-grosse, ne remonte pas sur l’ombilic; il est entièrement à découvert. Le Natica mamillaris n'a qu'une portion de l’ombilic cachée par la callosité : celle du Natica Mamilla le recouvre en entier. La couleur blanche et pure distingue aussi le Natica Uber du Natica mamillaris.
L’individu a un pouce de diamètre.
HALIOTIDE.
Le genre des Haliotides a été établi par Linnée , et l'animal avait été figuré par Adanson. Mais les travaux anatomiques de M. Cuvier ont fait connoître les affinités naturelles de ce mollusque. C'est un Gastéropode qui ressemble aux Pectinibranches par la forme du corps et par la position des branchies, mais qui est hermaphrodite. Les Ormiers appartiennent à l’ordre des Scutibranches, composé en outre des genres Fissurelle et Emarginule de M. de Lamarck, qui rapprochoit ces deux genres des Patelles avec lesquelles les animaux n’ont pas de rapports, puisqu'ils ne sont pas hermaphrodites, et il plaçoit, au contraire et à tort, à côté des Haliotides, les Sigarets, dont les sexes sont distincts, et qui sont voisins des Patelles. M. de Blainville a suivi le travail de M. Cuvier pour fixer la place des Haliotides, seulement il fait de ce genre et de deux
autres démembrés de celui de Linneus (les Padolles et les Stomates ) , et auxquels il réunit, peut-être pas assez heureusement, les Anciles (Geoff.) , une famille nommée Otidée, dans le troisième ordre, celui des Scutibranches de la famile des Paracéphalophores hermaphrodites.
Nous avons à ajouter trois espèces nouvelles à celles dont le genre Halotide est composé.
Je nommerai l’une du nom du lieu où elle a été prise,
HALIOTIDE DE CALIFORNIE.
Harzioris CaLtFORNIANA , lesla lala, ovali, maxima, depressa, crassa , rugosa ; extus rubra, intus viridi rubroque maroarilacea; spira inconspicua, depressa.
Habitat ad littora Californiæ.
Cette Haliotide se rapproche de l’Haliotis australis, Lam.; mais son ouverture est plus arrondie; sa spire plus basse a le sommet moins visible.
Cette nouvelle espèce est une belle coquille épaisse dont la surface extérieure porte cinq à six grosses rides transversales, écartées, inégales, et formant comme des tubercules. Ces rides sont croisées par les stries longitudinales très-fortes marquées par les accroissemens successifs du test. À l’intérieur, le milieu de la coquille est fortement granuleux et strié : c’est l’attache de l'animal. Il n’y a que quatre trous ouverts; on aperçoit dans le fond les places de trois autres oblitèrés. La couleur de la surface extérieure est un rouge brique pale, et sali par la quantité de petits polypiers fixés sur la coquille. La surface interne brille, au contraire, d’un nacre très-beau irisé de rouge et de vert.
L’individu a 7 pouces et demi de long et 5 et demi de large.
Une seconde espèce offre un caractère remarquable dans des séries de côtes parallèles interrompues. Je l’appellerai
HALIOTIDE INTERROMPUE.
Harioris iNTeRRuPTA , fesla ovali, subdepressa, parva, subtenui, striis lonsttudinalibus inæqualiter interruptis 1 anulosa vel rugosa, spira prominiuscula. Habitat ad oras Americæ æquinoctialis.
Cette Haliotide de forme ovale a la surface externe sillonnée par des stries
transversales, dont quelques-unes sont relevées en carènes, interrompues de manière à former cinq rangées de tubercules inégaux , comprimés et tranchans. Le passage du syphon de l'animal est prolongé en un petit tube dont on compte vingtsix orifices. Cinq seulement sont encore ouverts. La spire est assez saillante ; il n’y a point d'ombilic.
La couleur extérieure de la coquille est plus ou moins verdâtre : à l’intérieur elle est argentée à reflets irisés.
Le diamètre longitudinal de cet individu est de 16 lignes, le transversal n’en a que 12.
HALIOTIDE BOUCLIER.
Hazioris Parma, {esta ovala , depressa , parmæformi, transversim tenuiter striala, rugis longiludinalibus obsoletis.
Habitat... ...
Cette coquille, ovale et aplatie, a la forme d’un petit bouclier. J'ai tiré son nom de cette ressemblance.
Sa surface externe, régulièrement convexe, a des stries transversales trèsfines; quelques plis longitudinaux effacés, parallèles aux accroïssemens de la coquille : on peut dire qu'elle est presque lisse. Les trous pour le passage du syphon ne font aucune saillie; ils sont au nombre de cinq, et on voit une échancrure pour commencer le sixième. La spire ne fait aucune saillie. Le bord droit est large et se prolonge le long de la lèvre gauche, de manière à cacher le fond de l’entonnoir spiral de la coquille. La surface interne a quelques granulations nacrées assez fortes sur l'impression de l’attache qui est très-marquée. La couleur de l'extérieur est un jaune terreux, celle de l’intérieur, un nacré très brillant à reflets irisés.
Cette coquille a 2 pouces de longeur et 16 lignes de largeur. Nous ignorons
PS, A 9 Pise, 1,7 , comme pour la précédente , sur quelle côte de l'Amérique elle a été trouvée.