TURBO
On trouve dans l'Histoire naturelle des animaux sans vertèbres de M. de Lamarck, Tom. VII, p. 46, que le Turbo rugosus commun et abondant sur nos côtes de la Méditerranée, a été rapporté de Cumana par M. de Humboldt. J'ai examiné avec soin l'individu rapporté de l'Amérique, et je V’ai comparé aux individus pris sur nos côtes. Je me suis assuré que le Turbo du golfe de Gariaco est d’une espèce différente, quoique très-voisine. M. de Blainville a bien voulu aussi jeter les yeux sur cette coquille; il m’a pleinement confirmé dans cette opinion: je crois donc pouvoir décrire ce Turbo comme nouveau et l'appeler
TURBO DE CÜUMANA.
Tüorso cumanexsis , tesla orbiculata, conoidea, imperforata, strüs transversis sSquammosis scabra, apertura depressa, subovali, ad basim collumellæ dente obsoleto.
Habitat ad portum Cumanensem.
Comparé au Turbo rugosus, coquille de la Méditerranée, on trouve les différences suivantes :
La bouche est plus ovale, parce que le bord de la columelle ne se porte pas en dehors pour former la dent calleuse si marquée de la base du Turbo de la Méditerranée. Dans le Turbo de Cumana, cette dent est presque nulle.
La callosité très-mince du bord gauche est beaucoup moins étendue sur le dernier tour de spire que dans le Turbo des côtes de Naples.
L'espèce nouvelle a des écailles formées par des stries transversales plus fines et moins relevées. Les angles de la carène des tours de spire sont plus aigus que sur le Turbo rugosus.
La plupart des coquilles de cette dernière espèce présente des tubercules en forme de grosses rides sur tout le contour du bord spiral jusqu’auprès du bord droit de la coquille. Sur l'individu américain que j'ai sous les yeux, deux tiers au moins de ce dernier tour manquent de ces tubercules. Je ne donne cependant à ce caractère qu'une valeur secondaire; car j'ai vu cette même
disposition sur un Turbo rugosus, faisant partie d’une très-intéressante collection de coquilles de Naples, donnée au Muséum par M. Monticelli. Les autres tubercules des derniers tours de spire du Turbo cumanensis sont plus étroits.
Je crois avoir prouvé, par cette description comparative, la différence des deux espèces. IL falloit porter son attention sur cet objet; car on sait avec quel soin il faut établir la distinction des espèces, si l’on veut arriver à des résultats précis dans la question si importante de la distribution géographique des espèces sur le globe.