TROIS ÉNIGMES
Énigme sur la lettrk E *
Bien que nulle maison sous son toit ne m'accueille J'habite avec le pauvre et je fuis loin des rois. Ouvert avec le cèdre et dans le chèvrefeuille, Avec le réséda je suis fermé deux fois; Avec la rose enfin je meurs privé de voix.
Je suis chef de TEmpire; aussi la république Me place au second rang, le royaume au dernier. Le chrétien me reçoit, dévot ou schismatique, Mais le Juif et le Turc sans moi peuvent prier; L'incrédule pourtant n'ose me renier.
* Ins])iro do rôni^^mo anglaise sur la lettre //, tTaprès un poème attrilmé à I^YKON et mis en musique par Sciumann
On m*entend dans la grêle et pendant le tonnerre,
On m'aperçoit au ciel aussi bien qu'en enfer,
Je suis dans Peau, le feu, même au bout de la terre,
Je souffle avec le vent, j'apparais dans l'éclair.
Je suis dans chaque atome et ne suis point dans l'air.
Je marche avec l'enfant, j'assiste à sa naissance Je le suis dans la vie, et ne vois point sa fin. Devinez-moi, je suis dans chaque intelligence; Mais les sots et les fous me chercheraient en vain. Que l'on songe à l'école et l'on me trouve enfin.
Navire étrange et doux, je m'élance et je glisse Gaiment sur l'onde quand tous les autres ont peur D'y naviguer. Je n'ai point de mâts ni d'hélice, Je suis pesant, privé de rame ou de vapeur.
Et je porte sur l'eau quand l'eau devient légère. Mais lorsque je parais la nature est en deuil, Les feuilles, l'herbe verte et l'épaisse fougère Se fanent et l'oiseau s'envole en un clin d'oeil.
Changez ma tête en / et tout en moi s*altère : Je suis à peine encor la terreur des enfants, Moi qui fis pendant cinq siècles trembler la terre Et résonner l'écho de mes cris terrifiants.
Arrachez-moi le cœur, eh bien, je continue D'exister. Si le pauvre entre les murs étroits De sa hutte bénit et fête ma venue, Ne suis-je pourtant pas aussi Thôte des rois? Je suis l'enfant des champs et des plaines fertiles Mais on me voit partout. J'ai de tous temps été Le plus indispensable entre les plus utiles, La clef de voûte enfin de notre humanité ! !
[Patin-latin-pain,)
11 est éteint le feu qui naguère flambait :
On n'aperçoit plus la flamme folâtre
Avec ses langues d'or, qui tantôt se courbait. Et tantôt montait en zigzag dans Tàtre :
11 est éteint, le feu qui naguère flambait.
Il ne reste plus rien qu^une couche de cendre.
J'ai vu la lueur petit à petit Baisser et les tisons se briser et descendre :
Le pétillement s'était ralenti :
Il ne reste plus rien qu'une couche de cendre!
Mais le feu n'est pas mort, il peut encor brûler!
Le feu n'est pas mort sous la cendre grise : Et pour voir de nouveau la flamme étinceler
Que faut-il? Un rien, un souffle, une brise!... Non, le feu n'est pas mort, il peut encor brûler!
(Braise.)
Décembre 1875.
STANCES A M. VVIHL *