LARMES D'ALAMBIC
ou LA PETITE COMPLAINTE DU CHIMISTE*
Oh ! ces précipités de chimie organique, Sans cesse reformés, sans cesse redissous !
Malgré leur air candide et leur blanche tunique. Méfiez-vous ! Le noir Carbone est au-dessous.
Dans nos matras, remplis de merveilleux breuvages. Verrons-nous, sans répit, virer le tournesol? Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux... lavages, Sentirons-nous toujours se dérober le sol !
• A Edmond Cattier, l'auteur des Atomc<>, petit traité édité (ht-/ Parent.
Rien n'y fait ! Filtre-t-on cette infernale engeance, Le corps qu'on veut saisir fuit le précipité ! Vous en dites du mal : il le fait par vengeance; Vous en dites du bien : c'est par humilité !
Il vous garde toujours Tune ou Tautre surprise Au fond du sac; il est changeant à l'infini.
Je laisse refroidir : il se polymérise ; Je ne refroidis pas : il s'oxyde et brunit !
Pourtant j'arrive enfin au bout de la corvée, Et j'obtiens la substance... Est-ce fini? Mais non! Il faut lui procurer, comme à l'enfant trouvée, Un poids moléculaire, une famille, un nom !
En vain je feuilletai Liebig et Poggendorfi" — e En vain, toujours en vain, le gros Wurtz y passa : — Sans couleur, s^aiis odeur, sans goût, de forme a^norphe, D'aspect douteux : — va-t'en caractériser ça !
Oxygène, Hydrogène, âmes pures et bonnes,
Chers gaz, nés pour l'azur et non point pour l'humus,
Pauvres forçats rivés aux chaînes de Carbones
Je vous plains — Mais plaignons le Chimiste encor plus !
Lal>oratoire de Hoppe-Seyler, à Strasbourg, le lo février 1882.