POUR LE DENIER DES ECOLES
Si vous ne voulez pas, dans cette lutte immense, Que le Progrès, sans nul répit, doit soutenir, — Lutte (}ui toujours dure et toujours recommence Voir aux coups du Passé succomber l'Avenir, ' Voir ce qui doit surgir vaincu par ce qui tombe, Voir les siècles défunts, s'élançant de leur tombe. Etouffer au berceau les siècles nouveau-nés, Donnez! Donnez!
Si vous ne voulez pas voir des hommes infâmes Dont la voix est trompeuse et le pardon vénal, Pervertir vos enfants et sul)orner vos femmes, Faire un entremetteur du confessionnal,
* Écrit à r. .( ciisi"»!! il'iiin' o.llr< te au ]>r"fit du u Denif-r des Kroles », tonde en IS72, p"ur lav-'riser le dr\ eluppi-nicnt d(* l'cnstMj^nemcnt laïque.
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Et, vils usufruitiers de la bêtise humaine, Prétendre qu'à leur gré tout se règle et se mène, Sous leur genou pesant nous tenir enchaînés... Donnez, donnez!
Si vous ne voulez pas que leur main vous opprime, Qu'ils trafiquent la foi, (ju'ils exploitent les morts, Et que — substituant, sans honte, dans le crime, La crainte de Satan à Teffroi du remords — Ils escomptent l'Enfer, qu'ils sèment Tépouvante Dans tout esprit qui croit ce que le leur invente. Et vous fassent payer la peur d'être damnés... Donnez... donnez!
Si vous ne voulez voir leur souffle délétère Éteindre tout flambeau, et leur joug détesté Arrêter tout élan, leurs bâillons faire taire Les grands hymnes de paix et de fraternité, Leur fanatique orgueil plier les consciences, Faire un autodafé du progrès, des sciences, De la liberté, prix de combats acharnés...
Donnez! Donnez! -
C'est que, non seulement « Aniii])al est aux portes! ^> Comme Rome criait, trop prompte à s'effrayer; Non! non! nos ennemis et leurs noires cohortes Sont chez nous, sont dans nous, sont à notre foyer!
Et, pour les expulser, notre arme est la lumière : Eclairez le taudis, éclairez la chaumière, Les pauvres, les petits et les abandonnés...
Donnez, donnez! —
Donnez! Pour qu'ici-bas chacun puisse s'instruire, Pour que chacun s'abreuve aux flots purs du savoir, Pour voir les préjugés tomber et se détruire. Pour inculquer à tous le Droit et le Devoir, Pour voir toujours, partout, régner la tolérance. Pour refouler la sombre et hideuse ignorance, Pour adoucir la vie aux plus infortunés, Donnez, donnez !
L'alternative est là, suprême, redoutable :
Moyen âge ou progrès, ténèbres ou clarté.
Salut certain du monde ou perte inévitable.
Prêtre ou maître d'école, erreur ou vérité, Culte de la science ou culte des idoles...
Et Denier de Saint-Pierre ou Denier des Écoles! Vous tous, par la pitié vous sentant entraînés, Donnez, donnez! —
Université libre do Bruxelles, le 4 mars 1875.