SUNT OUI
Amis, comprenez-vous, dites-moi, la jeunesse Sans ses amours, sans ses ardeurs, sans ses élans ? Croyez-vous que le froid du rétrograde naisse A l'âge des transports brûlants?
Amis, comprenez-vous des mois de juin sans roses. Des papillons sans aile, ou des enfants « posés », Ou des étudiants qui soient assez moroses Pour prétendre qu'ils sont blasés?...
Parmi nous, chez nous, dans l'Université libre Ils végètent pourtant ces lugubres gaillards : — Et vous connaissez ceux qui sont de ce calibre. Tous ces vieux jeunes gens et ces jeunes vieillards!
Ces garçons soutenant les réactionnaires A Tàge où les poumons respirent à longs traits La sainte liberté, ces blancs-becs doctrinaires, A l'âge où Ton rêve « Progrès ! »
Ces mioches raides, froids, qui, vivantes momies, A cet âge où l'on bout déjà sont à zéro ; Aux mesures toujours préférant les demies Craignant toujours de faire trop; —
Eh bien, oui ! Cette race hybride, étrange, existe,
- Semblable aux fous à deux couleurs du bon vieux temps •
A moitié catholique, à moitié progressiste...
Oh! que sera-ce quand ils auront soixante ans?...
rniv(Tsité libre de l^nixcllcs. le 17 mars 1.S75.