‹ Recueil d'œuvres de Léo Errera (volume 2)Chapitre 5 sur 66 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

Un homme titubant sortit du cabaret.

Il avait Toeil hagard et la trogne empourprée, Ses cris rauques troublaient la tranquille soirée, Puis d'un flacon de gin il buvait un long trait.

Un jarret en tremblant croisait l'autre jarret A chacun de ses pas... et de sa main serrée Il menait un enfant... et cet enfant pleurait D'accompagner sa marche ivre, désemparée...

L'homme était si rougi qu'il n'en rougissait plus. Et cet enfant comptait les pas irrésolus De son père épuisé, tout barbouillé de lie;

Oh ! ce petit enfant, forcé, pauvre pleureur. De rougir de son père et d'en avoir horreur, Paraissait la raison côtoyant la folie ! !

LETTRE DE NICE A Lucien Anspach *

APRÈS SON EXAMEN DE I.'ÉcOLE POLYTECHNIQUE

Cher Lucien,

Du pays où l'Oranger fleurit, Où croissent TOlivier, le Cactus et TAgave, Où les fleurs ont toujours leur parfum si suave, Où le soleil toujours splcndide et pur, sourit;

C)ù sous le ciel d'azur, la Méditerranée Bleuissante, déferle en flots clairs et bruyants, — Dentelle blanche au bord des rochers verdoyants Où le printemps remplit douze mois de l'année;

♦ Actuellement professeur à l'École Polytechnique de ri'niversité libre de Bruxelles.

Où les trois éléments de toutes les splendeurs Se trouvent réunis : le ciel, la mer et TAlpe, Où le Midi se sent, où le beau temps se palpe, Où le ciel n'est point prude et les soleils boudeurs ;

Où sur les monts fleuris et doucement déclives, Comme sur les rochers abrupts en dur granit, La figue s'empourpre, et la caroube brunit; Où blondit la datte, où noircissent les olives...

Eh bien ! de ce pays charmant, mon cher Lucien, Que traversant les airs jusques à ma patrie.

Ma voix parvienne à toi retentissante, et crie : Vivat, vivat, vivat le polytechnicien!

Nice, le 2 janvier 1873.

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