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Le cœur de la femme est une girouette, jusqu'au jour où surgit une passion qui la domine, qui l'attire irrésistiblement. Cette passion la fixe comme le ferait un aimant puissant qu'on approche d'une aiguille mobile : la girouette est devenue boussole.
Variante : Qu'est-ce que le cœur de la femme? Une girouette que la passion fait boussole.
Août 1879.
Les femmes sont des raquettes dont nous sommes les volants !
Juillet 1880.
Rien de compromettant comme les compromis.
Juillet 1880.
La vie galante — cette circulating Itbrary de l'amour.
Mai 1880.
Le sexe faible? Pas si faible pourtant! Car il tire sa force du faible qu'il inspire au sexe fort.
Certains morceaux de musique sont si tristes qu'ils semblent des symphonies en... saule pleureur !
On n'est jamais mieux à deux que là où il n'y a place que pour un !
Les dédicaces, si ce sont des politesses de botanistes, ce sont certainement des impolitesses envers la botanique.
Que de façons n'y a-t-il pas de boire une tasse de café? Voyez cet homme pressé qui avale sa demi-tasse à toute vitesse! Il a absorbé du liquide, voilà tout. Apercevezvous cet autre qui, déjà plus raffiné, exige que le café soit chaud, bien chaud : « Si je ne m'y brûle je n'en veux pas! » Celui-là boit une température. — Mais contemplez là-bas le vrai gourmet, qui hume les vapeurs parfumées de sa tasse, l'absorbe par petites gorgées et laisse aller ses pensées au gré de l'alcaloïde? Celui-là, c'est le vrai connaisseur : il déguste un arôme !
Août ibço.
Descriptions
Essai de description scientifique *. — La journée avait été chaude. Le temps était calme; le ciel, pur. C'était le soir du 12 août, en pleine période d'étoiles
♦ Ces pages ont déjà paru dans Ciel et Terre. 1879.
filantes. La mer, vue de la digue, paraissait admirablement phosphorescente. Cela me donna Tidée d'aller à Testacade recueillir un peu de cette eau, dont je voulais examiner les animalcules lumineux*
Parvenu au bout de la jetée» j*ai derrière moi les rares lumières de Nieuport-Bains; sous mes pieds et devant moi, la mer étincelante; au-dessus de ma tête, le ciel semé d'étoiles. La Voie Lactée pâle croise en écharpe la demi*sphère constellée. Et, dans le firmament immuable, une étoile filante trace de temps en temps son sillage comme pour rappeler que cette immobilité n'est qu'une apparence et que tous les astres sont emportés sans cesse dans leur course vertigineuse à travers les espaces.
Des infusoires minuscules, plus nombreux que les étoiles, couvrent la surface des flots. Le chenal semble tout pailleté de rayons ; chaque vague déferle en une écume de lumière, chaque frémissement de Teau jette un éclat phosphorescent < C'est une clarté changeante, verdàtre, bleuâtre^ blanchâtre, violacée, (|ui rappelle les reflets chatoyants de certaines pierres ou bien les lueurs vagues de ces sulfures qui dépensent dans l'obscurité les rayons qu'ils ont emmagasinés au soleiL Lorsque le flot vient se briser sur le pilotis de Pestacade, la phosphorescence est souvent assez vive pour éclairer distinctement les objets environnants.
Les Noctiluques qui brillent ainsi ne sont pas grandes comme une tête cPépingte; ce sont des organismes presque sans organes et leur structure est l'une des plus simples qu'on puisse concevoir. Elles se trouvent répandues par milliards dans une mer phosphorescente.
L'antithèse est profonde entre ces deux immensités,
le ciet avec ses étoiles, la mer avec ses infusoires. Là, les rayons de l'infiniment grand; ici, les lueurs de Pinfiniment petit. On dirait deux échos qui se répercutent Tun l'autre, un poème à deux voix dont les strophes sont tour à tour chantées par les astres et scandées par les vagues.
Mais il y a aussi des traits communs. De part et d'autre, les nombres immenses; de part et d'autre, le mouvement» la lumière. Les Nébuleuses et la Voie Lactée ne sont-elles pas comme des nuées de mondes protozoaires, des embryons de systèmes, des rudiments d'étoiles, comparables à ce lourmillement d'infusoires lumineux, qui sont, aux yeux du transformiste, des rudiments d*organismes.
Ce spectacle resplendissant reste gravé dans Fesprit, ineffaçable. Une seule chose dans la nature entière surpasse encore en grandeur le ciel étoile et la mer phosphorescente : c'est le Soleil, Tastre bienfaisant, source de toutes nos énergies, dont le premier rayon fait aussitôt pâlir les clartés de la mer et les étoiles du cieL,.
Nieuport, le ii août 1879.
Torrent dans le Tyrol. — Avez- vous jamais vu ces torrents des montagnes, comme on en rencontre sans cesse dans le Tyrol? Leur pente est forte, leur marche rapide, leur courant impétueux. Ils se frayent partout un chemin, et tout doit leur céder, de gré ou de force. Ils arrosent d*une onde bienfaisante Pherbe qui leur livre passage et renversent, furieux, le roc qui veut leur résister. N'en est-il pas ainsi, dans Phumanité,
des idées progressives et progressistes ? C'est ce qu'a déjà dit d'elle un Souverain qui savait mieux exprimer qu'appliquer cette vérité : « Servez-les^ elles vous soutiennent, résistez-leur, elles vuus renverst^nt, »
Mais le Torrent offre encore avec le Progrés une autre ressemblance » qui n*est pas moins instructive- Lorsqu^il franchit un espace rocailleux et difficile, dans les parties critiques de sa course, on voit souvent Peau, brusquement arrêtée par les grosses pierres, rejaillir en arrière, bruyante, écumeuse, formant des vagues qui déferlent en sens inverse de sa marche. Il semble, à ces endroits, que les flots retournent vers leur source, si Ton ne regarde que la surface. En réalité il n'en est rien : faites quelques pas en avant, vous retrouverez le Torrent dans une période de calme et vous pourrez vous convaincre qu'il n'a pas changé de direction; le courant qui se dirige en a\ ant a vaincu les vagues réactionnaires et sort de la lutte plus rapide, plui> majestueux, plus irrésistible que jamais !
i.ç ti se jitctm l'ire ii^j7*
Dans lks Aij*ks, — Lever de soleîL — Les grands pics neigeux, Tun après l'autre, suivant Tordre de leurs hauteurs, jettent d'abord au soleil levant leur écho de lumière, et tant de notes roses éparses de plus en plus nombreuses^ s^unissent en une grandiose symphonie. Puis, peu à peu, cette clameur de rayons gagne toutes les crêtes, réveille le versant des mon* tagnes, se répercute le long de leurs flancs et se propage, en s'affaiblissant, jusque dans Tombre grise des vallées.
Ainsi, toute vérité nouvelle n'éclaire crabord que l'élite des sommets, et ce n'est que lentement qu'elle arrive à projeter ses lueurs jusque dans les masses profondes et obscures.
Brienzer Kothomkulm, le ig août i^rjS,
Dksert Alpin. — Non loin de Puntresina, près du lac Pischa, à 2,780 mètres d'altitude, j'ai ressenti Tune des impressions de désolation les plus profondes que la nature m'ait jamais fait éprouver. Malgré le voisinage du VrI de Fain, renommé pour la richesse de sa flore, la dépression de terrain où se trouve ce petit lac, con* tiguë au col de TAlbris, est déserte, morne, attristante. Autour du lac encore gelé au cœur de Pété, on n'aperçoit que de larges plaques de neige et la roche schisteuse (lui s*cflreuillc, s'effrite et se brise en des tas de fragments anguleux sur lesquels ne pousse rien de visible : à perte de vue, ni une Phanérogame, ni une Mousse, ni même un lichen- Aucun sentier tracé, aucune tache t|uelconfiue de végétation verte ou brune ou grise,..
Rien n*est plus frappant lorsque l'on voyage en Grèce, que la diversité merveilleuse offerte par la contrée en des points peu distants. A Delphes, séjour d^Apollon pythien et de la Pythie» le cadre est sombre et tragique; il est grandiose à Mycènes qui domine la large et fertile plaine de TArgolide» environnée des rangées pressées de montagnes; il est riant à Olympie, où le temple du Zeus olympien adoré par tous les
Grecs, et les jeux qui les réunissaient, s'harmonisent avec la vallée de TAlphée et du Kladeios, et les collines aux douces lignes où Tœil se repose de toutes parts.
Athènes, avril igtw.
Lkvkr ok soi.kil. — Il n'est pas six heures. Il ne fait plus nuit, mais il ne fait pas encore plein jour. La lune découpe son mince croissant sur le ciel, et Vénus, étoile du matin, y brille encore avec éclat. Une aube indécise flotte près de Thorizon, du côté de TGrient...
Puis, une teinte rose violacé apparaît assez haut dans le ciel, premier reflet du soleil invisible et, par contraste, la blancheur étalée vers l'horizon prend un ton jaune verdàtre. Taormina, perchée sur son rocher, est tout environnée des monts de la côte, qu'on aperçoit jusqu'à l'Etna; et elle domine à pic la mer.
La mer est calme, et vient lécher en murmurant les galets de la plage.
Les rochers tout proches sont encore plongés dans l'ombre, aucun détail ne s'y dessine, leurs crêtes seules se découpent en noir sur le bleu profond du ciel de l'Occident; tandis que le pâle Etna, un peu plus distant, vers le sud, est baigné dans un brouillard léger, et ne se détache que vaguement sur le fond, comme un voile sur une brume... A mes pieds, les contours de la côte s'aperçoivent sans peine, mais ils s'estompent dans la brume à peu de distance.
La clarté devient plus précise. Par-dessus une bande grise à l'horizon même, on voit plus nette-
ment s'étager la bande jaunâtre et la violacée, qui s'élargit, monte de plus en plus et se fond avec le ciel ambiant p
Le jaune devient plus vif, plus chaud, plus urange; le violet se fond toujours davantage avec Tazur du zénith-
Il fait tout à fait clair. Vers Torient, la surface de la mer, terne îusqu'ici, s'illumine d*une vaste tache argentée.
Voici le soleil* Masqué par les nuages gris de r horizon, son disque est d'abord rose, puis rouge, comme du fer chauffé, puis jaune, puis blanc comme du métal en fusion. Mais ses contours sont très irréguliers et changent de seconde en seconde, symétriquement, par l'effet de la réfraction à travers les bandes régulièrement étagées des nuages.
Le soleil a d'abord tout en haut un petit mamelon comme un citron ; le mamelon s*élargit en une sorte de terrasse; et, enfin, quand le bas du disque est arrivé au niveau où le sommet était tantôt, c*est au bas que se trouve le mamelon de plus en plus étroit.
Après un quart d'heure, Téclat du soleil est tel qu'il faut renoncer à le regarder à Tœil nu<
Déjà, le sommet de TEtna est en pleme lumière et la clarté, de plus en plus triomphante, accuse peu à peu tous les détails du paysage.