‹ Recueil d'œuvres de Léo Errera (volume 3)Chapitre 22 sur 60 · CORSA PE DRE COM PILANTNERE DUN CEHIMISTE · texte numérisé non relu

CORSA PE DRE COM PILANTNERE DUN CEHIMISTE

Oh ! ces précipités de chimie organique, Sans cesse reformés, sans cesse redissous !

Malgré leur air candide et leur blanche tunique,

Méfiez-vous ! Le noir Carbone est au-dessous.

Dans nos matras, remplis de merveilleux breuvages, Verrons-nous, sans répit, virer le tournesol ? Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux... lavages,

Sentirons-nous toujours se dérober le sol!

Rien n'y fait! Filtre-t-on cette infernale engeance, Le corps qu’on veut saisir fuit le précipité! Vous en dites du mal : 1l le fait par vengeance;

Vous en dites du bien : c’est par humilité !

Il vous garde toujours l’une ou l’autre surprise Au fond du sac; il est changeant à l'infini.

Je laisse refroidir : 1l se polymérise,;

Je ne refroidis pas : 1l s’oxyde et brunit!

Pourtant j'arrive enfin au bout de la corvée, Et j'obtiens la substance... Est-ce fini? Mais non! Il faut lui procurer, comme à l'enfant trouvée,

Un poids moléculaire, une famille, un nom!

En vain je feuilletai Liebig et Poggendorff — e En vain, toujours en vain, le gros Wurtz y passa : — Sans couleur, sans odeur, sans goût, de forme amorphe,

D'aspect douteux : — va-t'en caractériser ça!

Oxygène, Hydrogène, âmes pures et bonnes, Chers gaz, nés pour l’azur et non point pour l’humus, Pauvres forçats rivés aux chaînes de Carbones

Je vous plains — Mais plaignons le Chimiste encor plus!

Laboratoire de Hoppe-Seyler, à Strasbourg, le 10 février 1882.

Page 1