‹ Recueil d'œuvres de Léo Errera (volume 3)Chapitre 23 sur 60 · LA CHANSON DU PROTOPLASNEE · texte numérisé non relu

LA CHANSON DU PROTOPLASNEE

O poète, accorde ta lyre,

O chanteur, rince ton gosier,

Et boursouflés d’un saint délire

Venez tous vous associer !!

Le dieu dont Bommer * est grand prêtre Règne en tous lieux dans l'Univers

Au monde faites-le paraître

Et par vos chants et par vos vers |!

Et jusqu’à vous en donner l’asthme

Chantez le dieu du protoplasme !!

# Professeur de botanique à l’Université libre de Bruxelles jusqu’en 1895.

Dans le cœur de chaque cellule,

Au sein de chaque végétal,

Partout ce principe pullüle,

Ce principe fondamental !

De ce principe tout dérive :

Crions, hurlons, chantons, rimons… Et si quelqu'un de nous arrive

À se détraquer les poumons.

Faites-lui mettre un cataplasme.…

Mais qu’il chante le protoplasme !!

Au fond du sac de cellulose, Dans le bouton qui se forma,

Et dans la fleur à peine éclose C’est toujours le protoplasma.

Voilà l’opinion suivie

Par tous, et dont nul ne démord :

Le protoplasme, c’est la vie,

Le protoplasme, c’est la mort!

Aussi, gonflés d'enthousiasme,

Chantons, chantons le protoplasme !!

Novembre 1874.

ODE/' A EAMERENOUIERe

PAR UN VIVISECTIONNISTE

Ma lyre, ô Batracien, pour toi vibre, affranchie Des étaux qu’a forgés le classique bon ton!

Et pourquoi pas? Homère a bien chanté, dit-on,

La Batrachomyomachie !

Combien j'aime à te voir un jour de prairial, — Quand les fraises au bois ne sont pas encor mûres — Fendre l’eau de tes doigts aux subtiles palmures,

Modulant ton chant nuptial.

Tu dis à ta façon cette éternelle églogue De l’amour éternel... Mais j'aime encor bien plus À te voir mutilé, sanglant, Hé, perclus

Sous les yeux du physiologue.

O Batracien, faisons de sincères aveux Que saurions-nous sans toi sur les actes réflexes ? Et que saurions-nous sur les fonctions complexes

Des nerfs et des centres nerveux ?

C’est toi qui nous fournis les pattes galvaniques, Toi qui restes vivant quoique décapité, Toi qui, pour nous, inscris le tracé trembloté

Des contractions tétaniques.

Nous voyons palpiter ton cœur qui n’en peut mais, Nous voyons affluer ta bile et ta pepsine….

Oui, nous te devons tout! — Sans toi, la médecine

Est un vain mot, plus que jamais!

O divin animal, que chacun s’agenouille En prononçant ton nom trop souvent insulté; Toi qui de tes bienfaits combles l’humanité,

Martyr sacré, sainte Grenouille !!

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