SYMPHONIE EN BLANC MINEUR
Sur le clavier harmonieux où Théophile Gautier jouait ses beaux morceaux, Fugues, scherzos, Je viens tenter, hiver, tandis que le train file, Ma symphonie en blanc mineur,
En ton honneur.
Autour de nous, neige partout, et partout neige; Plus de tronc noir, plus de pré vert; Tout est couvert D'un bonnet blanc, d’un blanc bonnet !... Hélas! que n’ai-je De la céruse en masse, à flot,
Pour mon tableau ?!
Les toits sont blancs, les talus blancs, les plaines blanches! La campagne a son capuchon
Et son manchon;
r Des rameaux nus vient à pleuvoir une avalanche De gros flocons, au moindre vent
Les soulevant !
un les coteaux le genêt raide à tige étroite Prend des aspects de polypier; Et chaque pied De pissenlit, à tête ronde, à hampe droite, Est perruqué de blancs amas
Comme à frimas !!
Plus loin la ronce entrelacée aux clématites Forme un réseau touffu, grimpant, Où se suspend La neige humide et congelée en stalactites Dont les zigzags capricieux
Sont gracieux !!
Jusqu’au brin d'herbe, 1c1 tout a ses pendeloques : Car s’il pleut c’est des flocons blancs Tombants, volants Et pour rosée on a du givre; et les breloques Ne sont donc plus un signe acquis
Aux vieux marquis!...—
Les peupliers, spectres tout blancs, à membres roides, Laissent suinter de gros grelons, De leurs bras longs; Défeuillé, triste, un saule pleure à larmes froides, Car c’est de neige, aux blanches fleurs,
Que sont ses pleurs!
Il pleure, et son lacrymatoire est une flaque . D’eau... mais l'étang, grâce à l’hiver, Est recouvert D'une blanchâtre, épaisse, mate et terne plaque Détslace 'donctleau)mèmenpe
Est blanche aussi !!
Partout dans l’air autour de toi, locomotive, La vapeur sort à flots bruyants Et tournoyants; Et la machine — oiseau d’airain — volant captive Porte à son front, et sur ses flancs
Des nimbes blancs! —
Et la fumée en tourbillons s'élève, danse, Reste en flocons tant qu’elle peut,
Va peu à peu
Dans l’atmosphère, où tout se mêle et se condense En brouillard blanc, qu’on voit nager
Et voltiger !
Même le ciel n’est point d’azur; ses lourdes nues D'une éternelle, âpre blancheur Sont sans fraîcheur.
Mais, à la fin, ces fades cieux, ces terres nues, Ébtout ce blanc, sans coloris.
On'en esters Il
En chemin de fer près de Paris, décembre 1874.
Nous étions côte à côte à la même fenêtre
À regarder passer une procession ;
Nous étions côte à côte; et moi, sans la connaître,
Je sentis dans le cœur la tendre émotion
Oui dit : « Nous n'avons pas trente-cinq ans ensemble! Elle est jeune, elle est belle! Eh bien! si c’est 1c1
Sans doute, un pur hasard qui tous deux nous rassemble,
Un doux je ne sais quoi nous y retient aussi!
Oui, oui ma foi, je l’aime!... et que les gens moroses
Disent que c’est bien vite et viennent me blämer!.….
Il faut cueillir la rose à la saison des roses,
Il faut cueillir l'amour à la saison d'aimer;
Je l'aime ! elle a l’œ1l vif, elle a de blondes nattes;
On entend résonner, gaiment quand elle rit, Les claviers de sa voix en magiques sonates :
PeMlaoerace, elle a le charme, elle a l’esprit.
Elle à la grâce, elle a le charme, elle a l'esprit. Et je ne me lassais pas d’écouter le trille Mélodieux et pur de son rire joyeux,
De mêler mon regard à son regard qui brille
Et d'éblouir mes yeux à l'éclair de ses yeux!! Mais la procession finissait; nous partimes Chacun de son côté. L'instant sitôt jou
N'’était plus; et pourtant dans mes fibres intimes
Je garde encor l'écho du rêve évanoui!
Car un cœur jeune est comme une corde tendue Oui vibre au moindre choc; le choc vient à finir Mais la note vibrante est encore entendue :
Cette vibration s'appelle : souvenir !!
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