QUESTION
L'homme qui va toujours sa marche calme et sûre, Pour qui la vie est un chemin toujours joyeux, L'homme qui dans le cœur n’a pas une blessure,
Pas une larme dans les yeux,
Jamais, jamais son sort ne me rend envieux !.… Le raisin est plus doux après la pomme sûre, Et le satin paraît plus blanc et plus soyeux
À côté d’une éclaboussure !
Le vrai bonheur auprès de nous ne vient s’asseoir Que lorsque la douleur lui sert de repoussoir |
Pour la joie, 1l faut la tristesse !.…
Quand jadis Polycrate en vint à désirer De ne point voir chez lui toujours tout prospérer,
QOu'’était-ce ?
RÉPONSE
Ce que c'était ? C'était qu’il n’a point soupiré ! Car le rire et les chants et l’espoir qui nous leurre Ne sont rien à côté du chagrin adoré
Dont l’aile en passant nous effleure !
Et pour l'herbe - et pour nous - l'instant de joie est l'heure Où tombe la rosée, où l’air est épuré :
Que celui dont la joie est toujours sèche, pleure
De ce qu'il n’a jamais pleuré!
Les fructidors ne vont qu'après les pluviôses! O larmes! flots bénis! quel océan de choses
Réside en une goutte d’eau !
Oui, c'est bien pour les pleurs qu'est faite notre sphère: L'enfant pleure en naissant avant même de faire
Dodo!
Le rer août 1874.
J1 ur
S'ONINPEE
Or, je dois vous conter cette étrange aventure. Nous errions, Elle et moi, dans les sentiers ombreux, La nuit, comme perdus dans l'immense Nature;
Et la lune épanchait ses rayons ténébreux.…
Nous errions, enlaçant nos deux bras amoureux... Les arbres frissonnaient; et leur déchiqueture, Se profilant au ciel, sur le fond vaporeux, Dessinait d’un géant l’effrayante stature.
Elleet moi nous errions. L’épouvante la prend Soudain, à cet aspect, et, sur moi se serrant, Elle appuie à mon sein sa tête qui captive,
Et pose sous ma lèvre un doux front que j'aimais. Et dès lors je bénis la Nature, à jamais, Qui fit la nuit terrible et la femme craintive !
Août 1874.
HRAGMENT PHILOSOPHIQUE
Un homme s’éveilla mordu par une puce.
M pnut mais avant de l'écraser il dit
« Je vous ai! Plût au ciel que vous toutes je pusse Vous tuer à la fois! » — « Eh! l’on mange, pardi, Ce qu’on peut », fit la puce. « À chacun sa pâture! » — « Tais-toi », lui répliqua l’homme. « Assez maugréé. Tiens ! » Il l’écrasa. Puis, maudissant la nature, Mende Pourquoi donc, Ô terre, as-tu créé
Cet horrible animal qui vient troubler mes sommes? » La terre d’une voix grave dit : « Assassin !
Moi je te laisse vivre, et que sont donc les hommes
Sinon des pucerons qui grouillent sur mon sein ? »
Naples, sur le Vésuve, le 3 octobre 1875.