TU SE’ LO MIO MAESTRO E IL MIO AUTORE
DANTE, Tnferno, 1, 85.
Tout autour de Milan dans la plaine fertile,
On cultive en plein air la Vigne et le Mürier :
On a même — unissant l’utile avec l’utile —
Coutume de les joindre et de les marier.
Est-il rien de plus beau que de voir ces deux plantes Mêéler leurs fleurs, leurs fruits dans leurs embrassements, Et l'arbre de la soie et l’arbre aux succulentes
Grappes, serrer leurs bras dans leurs enlacements?
*# Professeur de littérature française à l'Athénée de Bruges. Il dirigea l’éducation littéraire de Léo ERRERA pendant plusieurs années.
La teinte d’or du pampre en guirlandes s’allie
Au ton blanchâtre et mat des feuilles du Mürier. Or à leur ombre, un jour, sous le ciel d’Italie,
Je rêvais.:j'entendis le/cep'seréenren
« Ô Mürier, je t'en prie, arrête tes louanges |
Non, ce n’est pas à moi que la gloire en revient,
Si mes rameaux sont forts, si, le jour des vendanges, Mon raisin fait courber ses branches, et devient
Du plus beau violet! Car si ton tronc robuste
Ne m'avait soutenu, depuis que je suis né,
Hélas! je ramperais sur le sol, humble arbuste, Foulé par tous les pieds, brisé, déraciné!
Ou, quand je parviendrais à me lever de terre,
Mes grappes casseraient leurs branches bien souvent, Je plierais sous la brise à d’autres salutaire,
Et je retomberais à peine encor vivant!
Tu me vis à tes pieds, sans force, sans détense,
Tu m'offris un support et tu me défendis!
Tu guidas mes rameaux dès ma plus tendre enfance, Et c’est en m'appuyant sur toi, que je grandis!
Je grandis à ton ombre et te prends pour modèle : Je dirige partout mon tronc auprès du tien,
Aussi veux-je à ta voix être toujours fidèle,
Etre ton ornement, s1 tu fus mon soutien!
Sans toi, je serais là, me traînant dans la fange!.….. Toi, tu m'as dit : « Sursum »!.. je dois tout au Mürier! Si jamais mon raisin mérite une louange,
Ô Maitre, c’est à toi qu'appartient le laurier!! »
Cher monsieur, ne pensez pas que je vous encense, Non! c’est mon cœur qui parle et dicte cet élan; Et voyez, c’est un cri de ma reconnaissance, Le seul cri que je trouve au jour du nouvel an! Croyez-moi, de vos soins je serai toujours digne; De même que le cep, je voudrais m’écrier :
« Je serai toujours votre Vigne,
Mais soyez toujours mon Muürier!! »
Bruxelles, le 31 décembre 1873.