TROIS POUR UNE
Ab! mes enfants! Mais c’est toute une affaire Que d'adopter cet horaire nouveau.
Qu'en dites-vous ? Moi je ne puis m'y faire
Et je me refuse au fuseau |!
Ainsi! Le jour ne naît plus avec l’aube!
Telle une pomme au moyen du couteau En portions on découpe le globe
Et chaque peuple a son fuseau.
Dans le trajet que notre ordre lui marque, Le soleil doit aller par soubresauts; Car désormais, tristement, à la Parque
Phébus emprunte des fuseaux.
Voici surtout qui me semble 1llogique :
France, Allemagne, ont pour tous leurs réseaux Une seule heure; ainsi fait la Belgique.
Mais Luxembourg a trois fuseaux!
Quand vous pensez qu'on suit l’heure allemande, L'heure locale apparaît de nouveau, Ou l'heure belge... Ah! pour Dieu qu’on nous rende
Le soleil au lieu du fuseau!
Ma pauvre tête, hélas! déjà se brouille, Et le désordre envahit maint cerveau, L'univers va tomber certes en quenouille
S1 l’on ne prend garde au fuseau!
Oui, mes amis! car c’est toute une affaire Que d’adopter cet horaire nouveau; Qu'’en dites-vous? Moi je ne puis m’y faire
Et je me refuse au fuseau!
Session de la Société royale de Botanique,
Luxembourg, juin 1893.
C'ÉTAIT MON RÉVEN
À VALèRE GiLLe *
Dîner chez des amis et s’éclipser à temps
Pour applaudir encor vos beaux vers éclatants
Et pour pouvoir crier : « L'auteur! » — c'était mon rêve. Comment y parvenir? la soirée est si brève,
Et je ne savais pas si l’on allait finir
Par Grésac et Croisset, par Gille ou par Garnir. Pourtant j'essaie et m'en remets à mon étoile —
Et j'arrive tout juste au lever de la toile.
Des arbustes, des fleurs rares, un coin de ciel. J'entre réellement dans le monde irréel.….
De doux alexandrins égrènent leur musique; L'idée est tour à tour langoureuse, ironique... Les vers sont capiteux et je me sens grisé... C'était mon rêve! . Il s’est réalisé.
Le 21 mars 1903.
# Après la première de : « Ce n'était qu'un réve », comédie féerique repré-
sentée au Théâtre du Parc, de Bruxelles, le 21 mars 1903, en même temps que des pièces de GRÉSAC ET CROISSET et de GARNIR.
PETPFRNE
Massart disait à Clautriau * :
« Tu veux donc que je m’endimanche, Que j'aie un col roide, un tuyau,
Un frac, une cravate blanche?
Mais, mon cher ami, songes-tu Dans quelle impasse tu m'accules;
Moi qui toujours ai combattu
Tous ces attirails ridicules ? ù
es gens de Java — gens sensés Et comprenant fort bien leurs aises — Se moquent des cols empesés…
Or, j'aime à plaire aux Javanaises.. »
* MM. MassarT et CLAUTRIAU étaient à ce moment les assistants de LÉO ERRERA à l’Institut Botanique
Le]
Clautriau répond à Massart :
« Ta guerre au frac est idiote.
Est-ce que tu crois, par hasard,
Moins absurde la redingote?
Hormis l'amour —'et les fruits cru
Tout ici-bas, tout est factice.
Pour célébrer les Instituts
Saigne-toi d’un frac; c’est justice! »
Donc, Massart se saigne et revêt Le frac. De suite, 1l s’accoutume.
Bientôt, c’est comme s’il n’avait
Jamais porté d'autre costume.
Il le met l’un, puis l’autre soir, Au banquet, au bal, au théâtre.
On l’admire, c’est beau de voir
Avec quelle aisance il folâtre…
Même... on va jusqu’à raconter Que le frac a pris sa revanche, Et Massart ne veut plus quitter
L'’habit et la cravate blanche.
Il songe déjà vaguement, Hant 1l en à l’âme contente — À porter son jersey charmant
Tout là-bas... au clou, chez ma Tante!