OUR EAEBUM DE MA PETITE IDA
A ton àge charmant la route de la vie Paraît noyée encor dans un brouillard lointain; La pente semble douce avant qu'on l'ait gravie;
Tout l’horizon s’éclaire en rose, le matin.
À cet àge charmant où le regard commence À deviner le monde au delà des jouets, A l’âge heureux du rire et de l’insouciance,
Je veux, pour l’avenir, t’adresser trois souhaits.
N'est-ce pas que tu sens combien c’est chose triste Que de petits bébés tremblent, bleuis de froid ; Que des hommes aient faim et que la guerre existe;
Que si souvent la force opprime encor le droit ?
Et ne rêves-tu pas, confusément, d’une ère De mutuel secours, de travail et de paix, Où la méchanceté, la haine et la misère
Seront des cauchemars effacés à jamais?
De ce que tu crois beau, de ce que tu sens juste, De tout ce qu’entrevit le vieux prophète hébreu, De ce rêve doré, de cet espoir auguste,
Forme ton Jdéal : tel est mon premier vœu.
Et le second, vois-tu, c’est de vouloir sans cesse, Avec un entrain jeune et sincère et loyal, Réaliser un peu la lointaine promesse
Et marcher, sans faiblir, vers ce noble Idéal.
Car, dès qu’on a connu quelle est la droite route, Il faut, 1l faut la suivre et ne point s’'émouvoir, Quelque abnégation, quelque effort qu’il en coùte….
Voilà ce que résume un seul mot : le Devotr.
Après ces deux souhaits, quel sera le troisième? Écoute, le voici : pour gravir le chemin, Trouver un compagnon qu’on aime et qui vous aime,
Et les yeux dans les yeux, et la main dans la main,
Marcher à son côté, radieuse, sereine, Fière d’avoir son nom, sûre d’avoir son cœur... C’est mon souhait : qu’un jour la flamme souveraine
D'un pur rayon d'Amour échauffe ton bonheur.
Ainsi donc, dans ton nom, chaque lettre rappelle Un des vœux que pour toi je formule en ce jour. C’est une belle vie, Ô ma fille, que celle
Qu’éclairent l’Idéal, le Devoir et l'Amour.
Ce rer janvier 1901.