‹ Recueil d'œuvres de Léo Errera (volume 3)Chapitre 51 sur 60 · EST-ELLE UNE MACHINE POLITIQUE · texte numérisé non relu

EST-ELLE UNE MACHINE POLITIQUE

Chacun voudrait bien la faire servir à ses petits desseins ambitieux, chacun voudrait y subordonner l’enseignement à sa petite chapelle philosophique, y voir prècher ses petits dogmes politiques. L'Université libre, qui n’a qu’une seule devise : libre examen, ne peut pas plus accepter un dogme politique qu’un dogme religieux, et l'intolérance libérale ne lui serait pas beaucoup moins funeste que l'intolérance cléricale.

On reproche à juste titre à Louvain d’infester son enseignement de préoccupations dogmatiques, d’avoir constamment sous la pensée scientifique des arrièrepensées religieuses et de faire de la science, non pas pour la science mais pour la théologie. Bruxelles ne doit pas s’exposer à des reproches semblables. Ses professeurs doivent y expliquer en toute liberté les termes de tous les problèmes, ils peuvent y ajouter leur solution personnelle, s'ils le veulent : mais ils

* Cet article et le suivant ne sont que des canevas que nous jugeons cependant assez intéressants pour être publiés.

n’en doivent imposer aucune. Le haut enseignement a pour but de donner à chacun les faits d'observations et, plus que cela, la méthode de penser et de raisonner : mais elle ne doit pas fournir aux élèves des solutions toutes faites et des catéchismes politiques.

Il doit donner les chiffres et laisser à chacun le soin de faire l’addition. Les convictions, pour être fortes et sérieuses, doivent être le résultat du travail personnel de l'élève; toute conviction imposée n’est plus une conviction : c’est un dogme.

On a parlé aussi de faire signer aux élèves, à leur entrée à l’Université de Bruxelles, une sorte de profession de foi. Est-ce là la tolérance, l’amour de la hberté? Est-ce ainsi qu’on prétend rallier aux idées libérales de nouvelles recrues? — C’est là une proposition absurde, une véritable insanité.

Bref, le libéralisme, les idées progressistes et démocratiques doivent être un effet de l’enseignement universitaire, elles ne doivent jamais être un but.

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