CROQUIS DE EA FRANCE
La CENSURE *
Quand l'usage absolu règne par ordonnances
Et que tout se nivelle au joug des convenances, Malheur à l’imprudent qui s’égare d’un pas
Hors du cercle banal qu'a tracé le compas!
Devant des gueux, dorés de titres et de grades,
S'il ose effrontément huer leurs mascarades,
La foule du lépreux s’écarte avec effroi :
«C'est un cynique! » — Eh bien! je suis cynique, moi!
DioGÈNE (HÉGÉSIPPE MOREAU.)
Elle est haineuse! Elle est vorace! Elle a des griffes. Elle a des airs trompeurs, des bontés apocryphes, Elle a des ongles durs, pointus, énormes, lourds,
Et pour déchirer mieux... fait patte de velours! Vous ne connaissez pas cette affreuse harpie?
Vous ne savez donc pas? La Censure estropie
# Régime du 16 mai 1875.
Tout. Il faut qu’elle ait vu, pour faire son devoir, Cent crimes dans bonjour, mille dans au revoir ! Sur quinze mots, 1l faut qu’elle en supprime seize, Ad gloriam de la République française !! — Parlez-vous d’une brute : on trouve un attentat Contre le maréchal président de l’État!
C’est que probablement cela le terrifie
De voir qu’on a si bien pris sa photographie! — Dites-vous que quelqu'un viola son serment :
« Ah ça! Vous attaquez là le Gouvernement », Vous répond-on. C’est lui ce crocheteur oblique, Oui tyrannise, sous le nom de République, Hypocrite, cherchant des chemins louvoyants;
Et, pour ne point mourir, 1l vit de faux-fuyants! Quand de ses cris, le peuple infortuné l’assiège,
[1 lui donne le coup de grâce : « État de siège! » — Le pays sort à peine, encore tout en pleurs,
D'une guerre qui fut un réseau de malheurs, Aussitôt 1l lui vient refaire une Colonne
Et tous les clous, avec lesquels on la boulonne, Furent payés de sang, ont pour rouille du sang! — Que fait-1l de la France? Il va l’avilissant.
I] la trouva malade, il l’a faite expirante:;
Et pour garde-malade auprès de la mourante
Qu'’a:t-il placé? Ou'’a-t-1l posté? Des bataillons! Elle respire à peine. il lui met des bâillons!!! Promet la liberté, donne la tyrannie.
Enfin vous voyez bien que je ne calomnie
Pas'du tout la censure: elle est faite pour ça : Voir l’allusion où personne n’en plaça;
À qui voudrait lever le front, briser la nuque,
De tout mâle écrivain ne faire qu’un eunuque,
Rendre tout muet, tout couper, tout mutiler