PLANCHE IX FIGURE 6. STRUCTURE SECONDAIRE, FIN D'AOÛT DE LA 7€ ANNÉE
ligneuses annuelles est bien marquée. On voit aussi que l’étirement tangentiel du liber primaire (Z,;) et de l'écorce (Éc) a continué. Le périderme (P) est devenu plus épais.
La répétition des mêmes phénomènes conduit au bout de la septième année à l'aspect qu'indique la figure 6. Des couches nouvelles de bois et de liber se sont ajoutées les unes aux autres, comme des feuillets supplémentaires intercalés dans un livre. Les couches
de bois et de liber d’une même année (figurées dans notre planche par deux nuances différentes d’une même couleur) se correspondent naturellement d’une manière symétrique par rapport au cambium.
Toutes les figures 3 à 6 étant dessinées à une même échelle, l’étirement et l’écrasement tangentiels dont 1l a été question, sont faciles à constater, ainsi que l'augmentation en diamètre de la tige.
Sous les climats qui, comme le nôtre, offrent une alternance régulière de saisons chaudes et froides, ou de saisons humides et sèches, les couches annuelles se distinguent aisément, comme nous Mavens rappelé plus haut, et l'examen du bois d’un arbre permet de déterminer son âge et l’âge de chacun de ses rameaux. Pour qu’il se produise en un an deux couches ligneuses au lieu d’une, il faut des circonstances exceptionnelles, telles qu'un arrêt fortuit de la végétation qui serait amené par un effeuillement complet (dù aux chenilles, par exemple, ou à une sécheresse excessive), suivi d’une nouvelle frondaison. Mais, dans l'immense majorité des cas, chaque année se marque par un seul anneau ligneux, qui est d'autant plus développé que les conditions ont été plus favorables.
En outre, chez la plupart des arbres, le bois, en vieillissant, s’imprègne de matières brunes, résineuses, incrustantes, antiseptiques : elles le rendent impropre à sa fonction physiologique qui est de conduire l’eau vers les feuilles, mais elles le préservent de la putréfaction et, au sens égoïste de l’homme, lui donnent sa valeur industrielle. La transformation commence par les couches les plus centrales, c’est-à-dire les plus âgées, et se propage peu à peu vers la périphérie,
traçcant ainsi dans le tronc deux zones qui ne correspondent nullement aux cercles annuels : une wone centrale, foncée, morte : le cœur, duramen ou bois parfait; une zone extérieure, plus claire, présentant, parmi les vaisseaux, des cellules de parenchyme ligneux encore vivantes : l’aubier.
PLANCHE IX. — FIGURE 7. SECTEUR D'ULMUS CAMPESTRIS MONTRANT LE CŒUR, L'AUBIER ET 36 COUCHES ANNUELLES.
L'’Orme dont nous avons représenté un secteur (figure 7) est spécialement instructif à ces divers points de vue. Il a été abattu au printemps de 1893, — après la période de végétation de 1892 et avant celle de 1893. On y observe le cambium en C; l’écorce, assez peu épaisse y compris le liber, Éc; et le bois, B. Dans
celui-ci, on compte 36 couches annuelles : le bois (au niveau d’où provient notre secteur) a donc commencé Be produireen 1857, et il devient facile de dater chacune de ses couches. Mais notre secteur appartenait à la deuxième rondelle à partir de la base de l'arbre : la rondelle inférieure, constituant la base véritable, présentait un cercle annuel de plus. Ainsi, ce tronc remonte, en réalité, à 1856.
Le contraste entre la partie centrale brunie — le cœur, C7 — et la partie périphérique plus claire — l’aubier, Aub — est très marqué. On voit bien que cette transformation se fait d’une manière assez irrégulière et ne suit pas du tout les couches annuelles: en certains points de la rondelle (non compris dans le secteur figuré), elle n’atteint encore que le bois de 1877; en d’autres (visibles dans notre dessin), elle va jusqu’à celui de 1886, presque tout entier. En un autre endroit (non figuré) de la rondelle, il y a même, dans l’année 1880, un petit ilot de cœur environné d’aubier.
Dans ce spécimen (et dans d’autres provenant de la même localité), 1878 et 1886 se caractérisent comme des années de forte croissance en épaisseur. En revanche, en 1864, l’arbre a été visiblement troublé dans son développement, et il en est de même, de la façon la plus évidente, pour les années 1871, 1872 et 1873 : ces trois années ensemble ont à peine l'épaisseur d’une année ordinaire.
Toutes ces particularités trouvent leur explication dans l’histoire de l’arbre, qu’il nous a été possible de reconstituer exactement. Il provient d’une pépinière où 11 a été obtenu par marcotte, et il a été transplanté en novembre 1863 : de là, le premier trouble dans sa croissance. Puis, 1l a été transplanté de nouveau, en mars 1871, dans la propriété où il est resté jusqu’à ce
qu'on l'ait abattu. Ce deuxième déplacement, effectué quand l'arbre avait déjà une quinzaine d’années, ateu, comme on pouvait s’y attendre, des conséquences plus graves pour lui que le premier, et il lui a fallu trois ans pour se remettre complètement.
Cet exemple montre bien que le tronc des arbres constitue de véritables annales végétales, d’une surprenante fidélité.
On sait qu’un accroissement en épaisseur, au moyen d’un cambium analogue à celui dont nous venons de voir le fonctionnement chez l’Orme, existedansles tiges et les racines des Gymnospermes et de la plupart des Dicotylédones, même lorsqu'elles sont annuelles. L’accroissement cambial existe aussi chez quelques Monocotylédones : certaines Liliacées arborescentes (4/oë, Dracoena, Yucca, etc.), quelques Dioscoréacées (Dioscorea, Tamus, Testudinaria), une Iridacée (Aristea, d’après ScoTtr). Mais chez ces Monocotylédones, le cambium est situé à l’extérieur des faisceaux libéroligneux, dans le péricycle. Ailleurs, et notamment dans les gros troncs de Palmiers, la croissance en épaisseur se fait sans assise cambiale, par l'énorme distension des cellules de la structure primaire.
En dehors des Phanérogames, plusieurs groupes de Ptéridophytes fossiles présentaient un accroissement cambial. Parmi les Ptéridophytes actuels, uncambium, d’ailleurs très peu actif, est connu seulement chez l’Zsoëles, dans deux genres d’'Ophioglossacées (Botrychium, Helminthostachys) et dans les nœuds de la tige d’Équisetum (d'après CoRMACK).