Le même, grossi
(Les figures 1, 2, 4, 6, 10, 11, 16 sont en grandeur naturelle. La fissure 3 est grossie deux fois; la figure 5, vingt fois; les figures 7, 8, 9, 12, 13 sont grossies cinq fois; les figures 14, 15, 17 sont grossies huit fois.)
(D'après KERNER.)
d’une fleur d’Anacamptis par du pollen d’une autre fleur de même espèce (1).]
On n’en finirait pas si l’on voulait énumérer toutes les adaptations des plantes aux Insectes. Parfois les plantes attirent certains Insectes non pas pour être fécondées par leur intermédiaire, non pas pour les manger, mais bien pour s’en faire des gardes du corps. Ne riez pas! La chose a été parfaitement observée par BELT, pour un Acacia du Sud de l’Amérique (figure 6). À la base de chaque feuille, il y a deux épines creuses dans lesquelles se logent des Fourmis. Celles-ci se nourrissent du liquide sucré sécrété par les nectaires que portent les feuilles“et aussi des corpuscules alimentaires qui terminent beaucoup de folioles. Pendant qu’elles rôdent ainsi sur la plante, les Fourmis la défendent contre une autre sorte de Fourmis qui essaient de venir enlever des portions de feuilles. — Nous voyons donc la plante livrer aux Insectes du nectar, du pollen ou d’autres substances, parce que cette dépense de sa part est amplement compensée par la fécondation allogamique ou par la protection que les Insectes lui assurent. Cela peut aller si loin que les Figuiers et les Yuccas, par exemple, abandonnent toujours une partie de leurs ovules à la voracité des Insectes qui les fécondent (higure 7):
Comme le croisement produit des individus plus robustes que l’autogamie, 1l est clair que toute particularité favorable au croisement procurera une chance de survie; et comme l'hérédité fixe peuvampetmie variations nouvelles, quelque petites qu’elles soient,
(1) Cette explication, laissée en blanc dans le manuscrit, a été obligeamment complétée par Mme SCHOUTEDEN- WERY.
on comprend que toutes ces particularités favorables au croisement s'accumulent peu à peu. Mais comme les Insectes sont, au moins dans nos climats, les agents principaux du croisement, on voit que toute modification qui attire les [Insectes sera avantageuse à la plante et tendra à se perpétuer. Par cette voie indirecte, il est clair que la structure, les couleurs, les parfums des fleurs dépendent essentiellement de la forme, des préférences, des goûts esthétiques des Insectes fécondateurs.
Réciproquement, les plantes peuvent aussi être les causes indirectes d’une foule de caractères des Insectes. En allant chercher au fond des corolles du nectar souvent caché, les Insectes doivent évidemment déployer de l’ingéniosité et les imbéciles risquent fort de mourir de faim. — Les Guêpes Fouisseuses qui sont vraisemblablement les ancêtres des Abeilles, visitent beaucoup moins les fleurs que celles-ci et sont aussi beaucoup moins intelligentes.
Souvent la coloration des Insectes est en relation avec celle des plantes. Sans entrer dans les détails de cette question assez compliquée, je veux me borner à vous citer les chenilles. Si l’on étudie la couleur des PhEnles on trouve trois faits curieux: c'est "que mbaucoup de chenilles très Jeunes sont vertes; — 2° plus tard, elles subissent une série de mues : tout d’abord on voit paraitre des lignes blanches longitudinales sur leur fond vert; puis à ces lignes longitudinales s’en ajoutent de diagonales; — 3° aux lignes blanches viennent se joindre enfin d’autres teintes, telles que des stries pourprées ou brunes, des taches circulaires, etc.—
Les chenilles vivent d'ordinaire sur les feuilles. Elles sont fort exposées à être mangées “parles Oiseaux : de toutes les variétés de couleurs queles chenilles présentent, 1l est clair que les vertes sont celles qui échapperont le mieux à leurs ennemis aussi les vertes survivent-elles aux autres, et cette
FIGURE 8. — Venilia macularia sur une feuille de Bouleau. (D’après F. PLATEAU:)
teinte tend.à se fixer. C'est la couleur des chenal jeunes. Mais bientôt la chenille croît; sa forme la trahirait. Pour vous poser la question que Sir ]. Lus- BoCK adressait à son auditoire à Glasgow : Que feriezvous si vous étiez une grosse chenille verte? Mais évidemment vous chercheriez à ressembler de plus en plus aux feuilles que vous habiteriez, afin d’être moins facilement aperçus. Ainsi font les chenilles; leurs lignes blanches, les unes longitudinales, les autres diagonales ressemblent à s’y méprendre à des nervures
de feuilles se coupant sous différents angles. Je n’a1 pas besoin de dire que les chenilles ne se créent pas ce coloris à volonté : il s’est fixé et accentué par la
FIGURE 9. — Kallima paralecta, posé sur une branche qui porte une feuille morte. (D'après F. PLATEAU.)
survivance de ceux qui présentaient des variations accidentelles qui les faisaient ressembler davantage aux feuilles et les dérobaient mieux aux Oiseaux. Enfin, les chenilles toutes développées ont souvent
des raies foncées qui simulent l’ombre des nervures, ou des taches de couleur qui singent les fleurs ou les fruits de la plante qu’elles habitent. — Il y a même,
FIGURE 10.— Deux chenilles arpenteuses. L'inférieure est en train de ramper. La supérieure, attachée par les pattes postérieures, s'est raidie et ressemble à une brindille.
vous le savez, certains [Insectes dont la forme simule à s'y méprendre un rameau de bois mort ou bien des feuilles mortes (figures 8, 9 et 10).
S1 nous supposions que, par impossible, les plantes disparussent du globe, un grand nombre d’Insectes mourraient de faim, d’autres survivraient en s’adap-