‹ Recueil d'œuvres de Léo Errera (volume 4)Chapitre 73 sur 76 · ER SE · texte numérisé non relu

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FIGURE 2. — Structure d'un lichen (Collema) d'après E. STAHL.

(Copié sur une planche murale de Kwy).

tractent avec des cellules étrangères une union des plus intimes, et forment ainsi une véritable mutualité, une société à bénéfice réciproque où chacun-des associés a sa part de droits et de devoirs. On sait en effet, de façon certaine, qu’un lichen (figures 1 et 2) n'est pas autre chose qu’un être dualiste constitué par des filaments d’un Champignon, étroitement unis à des cellules vertes, appartenant soit à une Algue, soit à un organisme analogue.

Vis-à-vis des animaux et de l'Homme, les relations des plantes sont infiniment variées. Je ne vous parlerai pas des usages auxquels elles nous servent : nos aliments et nos liqueurs, nos vins et nos bières, nos tissus et nos meubles, nos remèdes et nos poisons ne nous viennent-ils pas la plupart du règne végétal? Du haut en bas de la société, la plante joue son rôle : elle fournit à l’un la soupe aux oignons, à l’autre la poudre de riz et les parfums. Elle donne à l’Irlandais la pomme de terre, au Français la salade, à l’Allemand la choucroute, aw Chinois le riz, à tous le pain. N'est-ce pas au règne végétal que nous devons l’une des gloires les plus pures et les plus incontestées de Bruxelles, les « spruitjes » ? Et les jardins, quelle place ils occupent dans notre vie, et sous quelles formes multiples ils nous apparaissent, depuis le pot de fleur posé sur la tablette de la fenêtre, qui vient seul égayer la mansarde étouffée, jusqu’au parc de Versailles, aux pelouses de Richmond, aux serres de Gand? Et le bouquet ? Quelle est la circonstance de la vie où 1l ne trouve sa place; naissance ou mort, joie ou deuil? C’est du bouquet que LAMARTINE aurait dû dire qu’on ne

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peut ni naître, ni mourir, ni se marier sans lui! Qui de nous n’a déjà senti ses pulsations se presser, ses systoles et ses diastoles se succéder plus rapides lorsqu'il offrait quelques fleurs ? — Mais tout cela sont choses trop connues pour que nous allions nous attarder sur ce vieux thème à variations. — Quant aux forêts, leur influence est considérable. Mais elle est peut-être encore plus immense que la plupart ne se le figurent. Sans parler de leur action sur la composition de l’air à laquelle j'aurai à revenir tantôt, les forêts égalisent la température et retiennent autour d'elles, dans le soi et dans l'atmosphère, des quantités considérables d’eau : elles sont par là un obstacle efficace aux inondations. Les forêts d'arbres à feuilles caduques interceptent 37 °/, de l’eau qui s'écoule sur les parties plus basses qu'ils protègent, et les forêts de Conifères 55 °/,. On ne devrait donc jamais déboiser sans motifs bien sérieux.

Mais, dans tous les faits que je viens de citer, nous n’avons considéré que la façon dont les plantes nous sont utiles ou nuisibles. Ce point de vue était le seul auquel on se plaçait jadis et, pourtant, je n'ai pas besoin de vous dire combien ce point de vue est étroit et exclusif. On regardait jadis l'Homme comme le centre de la nature, de même que l’on avait considéré auparavant la Terre comme le centre du monde. Nous examinerons tantôt la manière dont il faut interpréter nier its Pour le moment, je dois encore citer quelques exemples d'adaptation mutuelle entre Île règne végétal et le règne animal.

Lorsque deux mécanismes s’engrènent l’un à l’autre, on dit qu’il y a adaptation. C’est vis-à-vis des Insectes que les plantes présentent les coadaptations les plus remarquables. Vous savez que quelques plantes sont

fécondées par l'intermédiaire du vent, d’autres — et c'est la majorité — par l'intermédiaire de différents animaux, Oiseaux (figure 3) ou Insectes (figure 4). Il

FIGURE 3. — Docimastes ensiter (Colibri) pollinant une Bignoniacée.

(D'après BREHM.)

est un détail que je ne veux pas manquer de rappeler, parce qu’il a le don de faire naître toujours une douce hilarité : c'est que certaines espèces sont fécondées par des Limaces qui transportent le pollen en rampant à

ESP PANERE SVIS AVIS DE SP ANA QURE 281

la surface des inflorescences. Du reste, j'ai encore mieux que cela à vous offrir : on prétend qu’une fleur d'Australie est fécondée par l'intermédiaire des Kangourous!

FIGURE 4. — Fleur de Lilium Martagon visitée par un Macroglossa stellatarum. (D'après DopEL-Port.)

Mais restons-en aux Insectes. Ils vont chercher tout ingénument du pollen et du nectar, et voilà que la structure des fleurs les force, malgré eux, à jouer un

FIGURE 5. — a) Fleur d’Anacamplis pyramidalis, vue de profil. Inférieurement, à droite, sous le iong ovaire tordu, l’éperon nectarifère. — b) La même fleur vue de face. La pointe effilée de l’éperon apparaît entre deux découpures du labelle. — c) La portion centrale de la fleur à agrandie. — d, e) Les pollinies fixées sur une épingle que l’on a introduite dans le nectaire, d) au moment où l’on retire l’épingle, e) après quelques minutes : les pollinies ont divergé et se sont inclinées en avant.

rôle... d'agence matrimoniale. Tout ce luxe de couleurs, de parfums, de mets exquis que la fleur déploie (figure 5), ce n’est à coup sùr n1 pour les beaux yeux,

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ni pour le joli nez, n1 pour le palais délicat des Insectes: car bien souvent les plantes n’allèchent les [Insectes que pour les tromper ou même pour les manger, comme on le voit dans les plantes carnivores. Si donc les fleurs attirent tout un monde d’Abeilles et de Mouches, c'est que ces hôtes transportent involontairement le pollen aux stigmates et effectuent le croisement entre Home difiérentes de la même espèce. Je ne citerai qu’un seul exemple : c’est une petite Orchidée, rare en Belgique, l’Anacamptis pyramidalis.

[Les fleurs, groupées en une grappe très dense, ont une teinte rose carminé et une odeur suave qui leur assurent la visite d’un nombre considérable de Papillons diurnes et nocturnes. Ils y trouvent d’ailleurs un nectar abondant sécrété dans un éperon si long et si étroit qu'il n’est accessible que pour la trompe longue et mince d’un Papillon. Cet éperon est un prolongement du labelle, la pièce la plus grande et la plus découpée “HE corolle. Au centre de la fleur se trouvent les organes reproducteurs : les deux anthères renfermant chacune une masse de grains de pollen agglutinés, portée sur un petit axe qu’on appelle caudicule. Les deux caudicules sont fixés sur un rétinacle qui a la forme d’une petite selle et qui est enfermé dans une bursicule remplie d’un liquide visqueux. Deux surfaces stigmatiques s’étalent l’une à droite, l’autre à gauche de la région basilaire des anthères. La bursicule couvre en partie l'ouverture de l’éperon. Le labelle porte deux appendices ménageant entre eux une sorte de vestibule qui va se rétrécissant et qui mène exactement vers l'entrée de l’éperon.

Qu'un Papillon, attiré par la couleur et le parfum: de la fleur, veuille y sucer le nectar, il cherchera à faire pénétrer sa trompe dans le long nectaire, les deux

crêtes du labelle l’obligeront à l’y faire entrer en ligne droite et juste au milieu, 1l touchera ainsi la bursicule dont la membrane s'ouvrira; le rétinacle en forme de selle s’appliquera sur la trompe en s’y enroulant, y adhérera grâce au liquide visqueux qui le recouvre et, lorsque le Papillon se retirera après avoir puisé le

FIGURE 6. — 1. Rameau d'Acacia sphaerocephala. — S, Epines creuses. — F, feuilles avec N\, nectaires. — 71. Foliole plus grossie. — F, corpuscule alimentaire.

nectar, 1l entraînera leur deux pollinies fixées par leurs caudicules sur le rétinacle. Nous pouvons réaliset l'expérience en remplaçant la trompe du Papillon par une épingle (figure 5°: d, ec). Aussitôt à l'air letters pollinies d’abord dressées et parallèles (d), divergent en même temps qu’elles s’inclinent en avant (e). C’est un phénomène hygroscopique qui provoque ces mouvements. Quand le Papillon visitera un autre A”acamplis et enfoncera sa trompe dans le nectaire de la fleur, les deux masses polliniques, inclinées et diversentes heurteront infailliblement les deux surfaces stiymatiques. Celles-ci étant visqueuses, des grains de pollen y resteront collés lorsque le Papillon quittera cette seconde fleur. Il aura effectué ainsi la fécondation

FIGURE 7. — Pollination de Yucca Whipplei (x à 5) et de Ficus (6 à 17).

1. Partie de l’inflorescence de Yucca. — 2. Une fleur dont on a enlevé trois pétales pour montrer le Lépidoptère (Pronuba Yuccasella) apportant du pollen sur le stigmate — 3. Stigmate — 4. Pronuba volant. — 5. Tête de Pronuba ; une pelote de pollen est maintenue sous l'appareil buccal. — 6. Rameau et inflorescence de Ficus pumila; l'inflorescence est coupée

longitudinalement. — 7. Une fleur femelle, provenant du fond de l'inflorescence. — 8 et 9. Étamines venant de l'ouverture de l’inflorescence. —

10. Inflorescence du Figuier commun (Ficus Carica); elle contient de nombreuses galles produites par un Hyménoptère (Blastophaga grossorum). — 11. Inflorescence encore jeune; près de l'ouverture deux Blastophaga,

dont l'un y a déjà pénétré. — 12. Fleur mâle. — 13. Fleur femelle à long style. — 14. Fleur femelle à style court. — 15. Blastophaga sortant d'une galle formée aux dépens d'une fleur femelle, — 16. Blastophaga, volant. —

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