‹ Recueil d'œuvres de Léo ErreraChapitre 31 sur 31 · SUR LA MÉTHODE DES BACTÉRIES · texte numérisé non relu

SUR LA MÉTHODE DES BACTÉRIES

Si Ton projette sur une Algue les couleurs du sptictre, les Bactéries s'accumulent à l'endroit où le dégagement d^oxygène est le plus considérable. On constate ainsi que le rouge et, à un moindte degré, le violet, sont les couleurs les plus efficaces. Ces couleurs correspondent aux bandes d'absorption les plus fortes de la chlorophylle.

Les rayons rouges et les rayons violets permettent à la chlorophylle d'assimiler, précisément parce qu'ils sont absorbés. Le maximum d'assimilation correspond au maximum d'absorption.

Cependant dans les expériences de Draper» Sachs et Pfeffer, ce sont les rayons jaunes qui semblaient les plus favorables à la décomposition de T acide carbonique, A quoi est due cette contradiction? Les trois naturalistes qu'on vient de citer ont opéré sur de grands rameaux ou sur des .plantes entières, au lieu de choisir comme Engelmann, des Algues extrêmement minces. Or, les rayons jaunes pénètrent plus profondément dans les tissus que les rayons rouges qui, par suite même de leur forte absorption, sont arrêtés dans les couches superficielles. L'action des rayons jaunes s'exerce donc sur un plus grand nombre de cellules que celle des rayons rouges; c'est ce qui explique leur efficacité en apparence plus grande.

En répétant ces expériences sur des cellules diversement colorées, Engelmann a trouvé que pour les cellules jaune brunâtre, le maximum d'action assimilatoire se trouve dans le vert; pour les cellules vert bleuâtre, dans le jaune; pour les cellules rouges, dans le vert. Engelmann conclut à Texistence d'une série de matières colorantes, intervenant dans la fonction assimi latoire comme la chlorophylle; ces matières, il les appelle chromophylles.

ŒtfVRÊK DK BOTANIQUE GÉNÊRALF

Ces découvertes peuvent servir à comprendre la distribution en profondeur des Algues marines. Oerste^ a distingué quatre zones d'organismes dans TOcéan : une supérieure, celle des plantes et animaux verts; une seconde, des bruns; une troisième, des rouges; une quatrième, dépourvue de plantes, celle des animaux blancs, I/eau de mer en couche épaisse étant non pas incolore, mais vert ou vert bleuâtre, on voit que la qualité de la lumière varie suivant la profondeur; les rayotis rouges disparaissent d'abord, puis les jaunes, puis seulement les verts. Ceux-ci conviennent le mieux, comme on Ta vu, aux jilantes rouges, et favorisent ainsi leur prédominance dans les grandes profondeurs. Un raisonnement analogue s'applt<jue aux autres zones.

Enfin, Engelmann a étudié par la méthode des Bactéries, en se servant d'un appareil (|u'il appelle le fi phfïtomètre microspectral **. la relation quantitative entre Tabsorption lumineuse et la décomposition de l'acide carbonique dans les cellules vertes, vert bleuâtre, jaunes et rouges. 11 arrive de la sorte à résoudre une i]uestion de physique des plus délicates : la distribution de Ténergie dans le spectre solaire. Ses résultats confirment d'une manière générale ceux de Lamanskv et de Langlkv, Tous s'accordent, contrairement à l'opinion ancienne, à placer le maximum d'énergie dans le voisinage du jaune. 11 est intéressant, comme Engelmann te remarque lui-même, de voir les Bactéries venir fixer nos idées sur la constitution de la lumière du soleil.

kîivdiii

LES FLANTKS-BOUSSOLHS (i)

Un des derniers numéros de la Revue sdenlifique (2) rapporte — avec une pointe de scepticisme — qa' « un journal anglais parle d'une plante très étrange des États-Unis, dont les feuilles sont magnétiques et s'orientent spontanément dans ta direction nord-sud ».

Le renseignement du journal anglais est presque exact. La plante-boussole existe. Elle s'appelle S?7/ïAn/m iminmium, de la famille des Composées. Ses feuilles ne sont pas magnétiques, mais il est vrai qu'elles se placent d'elles-mêmes verticalement dans le plan nordsud. Il s'agit là d'un phénomène spécial d'hélif»trnpjsme, c'est-à-dire de sensibilité à la lumière.

La propriété qu*ont les feuilles du Siiphium de s'orienter de la sorte est connue depuis longtemps- Elle a été signalée dès 1842 par le général Alvoko (3). AsA Gray, Hooker et d'autres s'en sont occupés. Il y a mieux : nous possédons dans notre vieille Europe quelques Composées analogues. La Laitue s^uvR^re {Lactiica Sairiola), que Ton trouve en Belgique et en France, peut même rivaliser avec la fameuse plante-boussole des États-Unis,

Quelle est la cause de cette orientation des feuilles dans le plan méridien? Le professeur Stahl, d'Iéna, a fait à ce sujet d'intéressantes expériences, et il en a

U) Ce traviijl a paru ihiiiï h» kitu^ Mtêtid^qfft {lit 12 janvier i8rti|

(3) Numèrtï du 43 décembre 188e, p, 810.

'3' A VA'ntfrkan Assonatiùtt hf tk§ AdVûmtmtttf i\f *tiinçi.

œUVRES DE BOTANIQUE GÉNÉRALE

déduit une explication que je vais essayer de faire comprendre en peu de mots.

Comme Ta établi Wiesner, de Vienne, les feuilles de la plupart des végétaux se placent perpendiculaire* ment à la plus forte lumière diffuse qu'elles reçoivent. Ainsi, les plantes des haies et de la lisière des bois tournent la face de leurs feuilles vers le côté d'où le jour leur arrive librement. Les rosettes radicales des Pâquerettes, des Bourses-à-Pasteurj développées en plein soleil ^ ont leurs feuilles huiizontales, regardant le Eénith, c'est-à-dire un point du ciel d'où leur vient en somme le plus de lumière, mais où le soleil ne se trouve pourtant jamais dans nos pays. Si Ton déplace ces feuilles de leur position d'équilibre, elles incurvent leur pétiole ou leur limbe pour la regagner • Ces courbures héliotropiques sont dues à une croissancr inégale des différentes parties de la feuille; elles ne sont donc possibles qu'aussi longtemps que la feuille est capable de croître. Une fois la croissance finie, la courbure cesse de se produire et la feuille reste dans toute position qu'on lui fait occuper.

D'après Stahl, les feuilles des plantes-boussoles ne se distinguent de celles des autres plantes que parce que leur croissance, et partant leur faculté de répondre aux excitations héliotropiques, sont suspendues pendant les heures les plus chaudes de la journée.

« Les rayons du soleil levant tombent, dit*il, sur la face dorsale d'une partie des jeunes feuilles, tandis qu'ils frappent, sous un angle plus ou moins aigu, la face antérieure d'autres jeunes feuilles de la plante. Ces dernières vont exécuter les courbures et les torsions nécessaires pour que leur face antérieure soit placée perpendiculairement à la lumière solaire. Mais, par suite du fort éclairage et de la transpiration de plus en

LUS PLANTKS-BOt'SSOLES

plus grande, rintensité de la croissance diminue bientôt, et, avec elle, la faculté d'accomplir des mouvements hélio tropiques : les feuilles restent dès lors dans la position qu'elles ont prise, \'ers le soir, quand les conditions redeviennent plus favorables à la croissance, les feuilles qui, déjà dans It^ bouton, étaient tournées vers l'ouest, prennent une position peipendiculaire aux rayons du soleil couchant (r), »

X'oici quelques-unes des expériences sur lesquelles cette interprétation s'appuie : si Ton expose des plantes (de Laciuca Scariola) au soleil du matin et du soir, mais qu'on les protège d'une façon ou de l'autre contre les rayons du soleil durant îe milieu de la journée, Torientattun méridienne des feuilles se manifeste tout aussi bien que si les plantes sont exposées au soleil tout le long du jour. Au contraire, les plantes ((ui ne reçoivent la lumière directe du soleil qu'au milieu de la journée, de lo heures du matin à 3 heures, ne présentent pas trace d'orientation méridienne. 11 en est de même des exemplaires que Ton cultive constamment à TombrCj au milieu des broussailles, par exemple; ceux-là se conforment à la rè^le générale et placent leurs feuilles horizontalement*

On comprend par ce qui précède que Torientation nord-sud des feuilles soit surtout marfjuée pour les individus de Lactnca qui poussent dans les endroits secs, en plein soleil, et pour les Silphinm qu*on trouve dans les vastes prairies de T Amérique du Nord,

En résumé. les feuilles "des plantes -boussoles tendent, romme toutes les feuilles» à placer leur limbe perpendiculairement à la lumière incidente, pour\'u

3l8 (EirVRES DE BOTANigrE GÉNÉRALE

que celle-ci ne soit pas trop intense. Mais, sous les rayons ardents du soleil de midi, leur croissance s'interrompt; elles demeurent immobiles et comme frappées d'anesthésie héliotropique. Il en résulte que c'est le soleil levant et le soleil couchant qui déterminent ici l'orientation des feuilles : elles se placent donc verticalement, en tournant leur face vers l'est ou vers l'ouest, et leur pointe vers le nord ou vers le sud.

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(Kl'VKKS DE HOTANIOIE GÉNÉRALE.

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