‹ Recueil d'œuvres de Léo ErreraChapitre 8 sur 31 · Variatimis accidentelles · texte numérisé non relu

Variatimis accidentelles

Dans l'état actuel de la science, ces cinq classes de phénomènes ne sont pas encore réductibles à des phénomènes plus simples et notre analyse s'arrête lorsque nous avons tout rattaché et ramené à Tun ou à Tautre de ces faits généraux,

i< Certains caractères de structure et de fonctionnement ne sont que l'expression nécessaire des lois mathématiques, physiques, chimiques, mécaniques, qui régissent l'architecture des cellules vivantes aussi bien que celle des molécules inertes. Tels sont la forme des cristaux, des cristalloïdes, des grains d*amidon; l'aspect hexagonal des cellules entourées de toutes parts de cellules égales, les réactions chimiques dont les cellules sont le siège, etc. Ces caractères-là sont les plus généraux de tous,

2. Il y a des caractères qui, sans pouvoir être rattachés jusqu'ici aux lois fondamentales de la matière, proviennent de certaines lois encore très générales ^

ŒUVRES DE BOTANIQUE GÉNÉRALE

qui règlent la croissance des corps organisés. La régénération, chez les êtres inférieurs, des parties amputées, les phénomènes de variation corrélative, de balancement organique, etc., rentrent dans ce groupe. [Il en est de même des phénomènes qui sont dus à Faction directe des agents externes (lumière, chaleur, pesanteur, électricité) sur l'être vivant.] Comme exemple de « balancement n, on peut citer la disparition des organes sexuels chez les fleurs périphériques très agrandies de certaines Composées.

3. D'autres caractères ne se présentent chez un être donné que parce qu'ils lui ont été transmis à travers une longue suite d'ancêtres. Telles sont, par exemple, chez beaucoup de fleurs de Dicotylédones, la pentamérie, Texistence de quatre ordres de feuilles florales — calice, corolle, androcée, gynécée; — telle est aussi la présence d^organes rudimentaires. Ces caractères sont encore Tapanage commun de vastes groupes d'espèces,

4. Il existe ensuite des caractères qui sont de date moins ancienne dans Thistoire de Tespèce et qui ne lui viennent pas de ses aïeux. Ceux-là résultent de variations qui se sont récemment fixées par sélection naturelle, parce qu'elles se trouvaient être utiles dans le combat pour la vie. S'agit-il d'une fleur, par exemple, nous rangerons parmi ces caractères tous ceux qui différencient son mode de fécondation de celui de ses congénères, etc. Bref, ce sont, par excellence, les caractères d'adaptation.

5. Enfin un individu quelconque se distingue toujours des autres individus de la même espèce par certains détails secondaires- Ils sont l'effet de variations accidentelles, dont l'origine est encore très

obscure dans la plupart des cas. Les particularités individuelles ne sont pas le résultat direct des conditions extérieures, comme on le croit assez souvent ; car le milieu extérieur provoque d'ordinaire, en se modifiant, le phénomène de la variation, d*une manière générale, mais non telle variation déterminée (l). Nous réunissons donc sous le nom de variations accidentelles, toutes ces composantes, mal étU' diées encore, qui produisent ce qu'il y a de plus vague, de plus fluctuant, de plus insaisissable chez un être : ses caractères individuels*

Remarquons-le en passant, les caractères des êtres vivants nous apparaissent avec un cachet de nécessité de moins en moins prononcé, à mesure que les causes qui les déterminent sont plus complexes : les caractères qui dépendent du premier groupe de phénomènes nous font l'impression d'être absolument fatals, et ceux qui dépendent du dernier semblent tout à fait capricieux.

En présence de ce conflit de causes dont chaque individu est la résultante, on conçoit que souvent nous ignorions à laquelle de ces causes tel ou tel détail de structure ou de fonctionnement doit être rapporté. Mais ce que nous savons bien, c'est que tout, dans un être vivant, depuis son port, son aspect d*en semble ^ et ses adaptations les plus exquises, jusqu'au groupement invisible des molécules de son protoplasme, peut s'expliquer soit comme variation individuelle, soit comme efî^et direct de la survivance des mieux adaptés, soit comme héritage transmis d'espèce en espèce, soit comme conséquence de lois dont l'origine plus ou moins immédiate est dans les propriétés élémentaires

(i] Vôyeipp. 43^3.

ŒUVRES DE BOTANIQUE GÉNÉRALE

de la matière. — Nulle part dans la nature, il n*y a de place pour les causes finales. Nulle part dans la science j les causes finales ne peuvent être admises* Dire que Tceil a été construit pour voir ou que tel Insecte a été créé pour féconder telle plante, cela ne fait point avancer nos connaissances d'un pas. Les adaptations imparfaites, les organes rudimentaires et mille autres faits se dressent contre les causes finales comme autant d'objections insurmontables. Mais quand bien même nous oublierions ces faits, quand même nous négligerions ces objections, à quoi peut nous servir Tinterprétation finaliste? A rien, sinon à gazer notre ignorance — ce qui est une raison de plus pour la condamner.

Il faut nous demander, en finissant, quelle portée a Tétude de la fécondation des fleurs par les Insectes, Elle a révélé une foule de faits imprévus et son influence s'étend sur la physiologie végétale, la morphologie, la géographie des plantes et celle des Insectes. Mais ce qui lui assure un rang élevé, c'est qu*elle accroît considérablement notre savoir théorique; elle contribue à la solution du problème des problèmes : comprendre la nature. — Obstacles de tout genre qui entravent rautogamie, complication et beauté des fleurs, sécrétions sucrées, coloris brillant, odeurs pénétrantes, restent autant d'énigmes si nous ne les rattachons pas aux avantages du croisement et aux visites des Insectes. L'étude que Sprengel a inaugurée et à laquelle le darwinisme a donné sa vraie impulsion scientifique, jette une lumière inattendue sur quelques mailles du gigantesque réseau d'actions et de réactions réciproques du monde organisé ; de là toute sa valeur et sa portée philosophique-

STRUCTURE ET MODES DE FÉCONDATION DES FLEURS l^ï

Pour achever le programme que nous nous sommes donné dans ce travail, il nous reste à examiner plus

spécialement Thétérostylie et à faire connaître les résultats de nos observations sur le Primula elatior. Nous espérons aider à éclalrcir^ par là, les détails de structure des deux formes de cette espèce; prouver qu'il existe des caractères hétérostyliques secondaires, à peu près comme il existe des caractères sexuels secondaires; que l'on peut constater directement dans la nature le transport du pollen de Tune à Pautre forme de Primevère; que la forme macrostyle est légè- I rement plus voyante que la forme microstyle, et que I*homme même paraît involontairement tenir compte de cette faible différence, etc.

C'est ce qui fait l'objet de la deuxième et de la troisième partie de notre travail (i).

[(i) Voir la planche â k suite de ce travatl et Uqws steoitémrts dis Pnutivéref,^

Sur lis £amtitfts kétif^ity-

^^^^B Liste de quelques ternies spéciaux employés dans ce travail, ^M

^^^H a^ec renvoi aux pages

OU ils sont expliqués. ^^H

^^^^^M Adynamaiidrle * . . . ^ 56-57 |

Hétéromé&ogamic . . , . 140 ^U

^^^^^P Agamo-moDoïque « ,

Hétérostylie. . . . .7^*^^ ^M

^^^^H Allocarpie ....

Hétérotristylie . . , . , 144 ■

^^^^^1 AUogamie

Homocéphale (omocefalo) 5z ^M

^^^^^B Andro-dioïq^ue , .

HomoclLne (omoclinico) . . 5z ^M

^^^^^V. Andro^monoïque . ,

Homo^licbogamie no bis (nôit ^M

^^^^H^ ADémo-entomopliLle

Dttpino) . . . , (tableau) i56 H

^^^^^B Anémophile. . . ,

Homo-dichpgamie Ddpina 140 ^M

^^^^H Auto-allogamie

Homogamie Sprengil it pîui^. ^M

^^^^H Autocaxpio , . ,

auct. [ncn DeîpiftQ) , , , Î17 ^|

^^^^H Autogamie . . , .

Homogamie Dilpiii& ... 5% ^|

^^^^B Bracbybiostémone.

Hydr«>anémopbilc. . , , 143 ^M

^^^^^1 Bracliybiostigmatiqtïe

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