IV. — Position relative t>v sticmate
ET DES ANTHÈRES DANS LES DEUX SORTES Di: FLEURS
Observations faites sur des Priiuiila clalior cueillis dans le bois de Braine-le-Chàteau, le 26 mars iqo5.
a) Examen d'une inflorescence macrostyle présentant des fleurs épanouies, d'autres à peine épanouies, un bouton floral dont le calice commence à s'entr'ouvrir et des boutons floraux encore complètement fermés.
Dans la fleur à peine épanouie, les anthères sont placées un peu moins haut que dans la fleur largement épanouie, le tube de la corolle étant plus court. Le style est aussi long cjue celui de la fleur bien éclose, il dépasse un peu la gorge de la corolle, et de 7'""^5 le sommet des anthères.
Dans le bouton floral prêt à s'épanouir, le tube de la corolle est plus court encore, les anthères sont placées plus bas que dans la fleur à peine épanouie, les divisions de la corolle encore petites et reployées les unes par-dessus les autres sont dépassées par le style qui est un peu plus court que dans les fleurs précédemment examinées, mais qui dépasse encore de 5 millimètres le sommet des anthères.
Dans le petit bouton floral encore complètement fermé, le tube de la corolle est très court, les anthères sont placées presque au fond du bouton et sont déjà dépassées de i millimètre par la surface stigmatique.
b) Examen d'une inflorescence microstyle, présentant également des fleurs aux différents stades d'épanouissement.
Dans la fleur à peine épanouie, le tube de la corolle n'ayant pas encore atteint sa longueur définitive, les
anthères sont placées 3 millimètres plus bas que dans la fleur bien épanouie, le style a acquis toute sa croissance, le stigmate est situé 3 millimètres plus bas que la base des anthères.
Dans le bouton floral prêt à s'épanouir, les anthères sont placées 3 millimètres plus bas que les anthères des fleurs précédemment examinées, le tube de la corolle étant plus court. Le style ayant déjà sa longueur normale, la surface stigmatique touche la base des anthères.
Dans le bouton floral complètement fermé, le sommet des anthères, lesquelles ont à peu de chose près leurs dimensions normales, arrive à la même hauteur que le sommet des divisions de la corolle en préfloraison, le tube corollin étant pour ainsi dire nul. Le style n'est que de i millimètre plus court que dans les cas précédents, et le stigmate touche les anthères au tiers de leur longueur vers le bas.
Donc, dans les fleurs microstyles à l'état de bouton, le stigmate est en contact avec les anthères, tandis que dans les macrostyles, il les dépasse : la croissance de la corolle étant en quelque sorte en retard sur celle du style et celui-ci ayant déjà à peu près sa longueur avant l'allongement de celle-là (i).
|e ferai remarquer, cependant, que dans aucun des boutons de cette inflorescence microstyle, les anthères ne s'étaient ouvertes avant l'épanouissement de la fleur (2). Cette déhiscence hâtive des anthères,
(i) Ce fait, qui a été vérifié sur plusieurs inflorescences, est en contradiction avec Taffirmation donnée par W. Breitenbach, Botanische Zeituug, 1880, t. XXXVIII, p. 577; d'après lui. les stades jeunes des fleurs hétérostyles seraient homostyles.
(2) Je n'ai toutefois étudié aucune autre inflorescence microstyle à ce point de vue.
266 ŒUVRES DE BOTANIQl'E GÉNÉRALE
signalée à la page 244 du présent travail, avait été observée par EKRr:RA. Je retrouve dans ses notes de 1876 :
<( Dans une fleur non encore épanouie, je vois des grains de pollen sur le style, dus évidemment à une autotécondation,àmoinsque je ne les aie fait tomber en ouvrant violemment la fleur. La grande abondance du pollen dans les anthères déjà ouvertes alors que la fleur ne l'est pas encore, me fait croire à une autofécondation. »
y. — Errera n'a pu s'assurer, ainsi qu'il le désirait, si les Insectes ont une tendance à visiter les fleurs de Primiila clatior dans un ordre déterminé.
\'I et VII. — Prépondérance relative de chaqite
ESPÈCE de pollen SUR LES STIGMATES DES DEUX SORTES DE FLEURS ET CHANGEMENTS DE DIRECTION DES FLEURS SUIVANT LEUR AGE OU l'hEURE DE LA JOURNÉE.
Errera examine surplace, au microscope de voyage, un certain nombre de stigmates des deux sortes. Il y a ordinairement sur chaque stigmate de fleur épanouie les deux sortes de pollen, facilement reconnaissables : le « légitime » (hétéromorphe) surtout vers le milieu du stigmate, 1' <( illégitime » (homomorphe) surtout vers les bords du stigmate et sur sa face inférieure.
Il lui a semblé souvent voir plus de pollen microstyle sur les stigmates microstyles que de pollen macrostyle sur les stigmates macrostyles, mais il est très difficile de décider cela d'une façon certaine.
Le pollen tombe assez facilement des anthères ouvertes. Dans les fleurs microstyles, on comprend (jue
du pollen de la fleur même tombe assez abondamment sur le stigmate, et cela même au milieu de la surface de celui-ci. Dans les fleurs macrostyles, il en tombe aussi, à cause de la position déclinée que les fleurs des deux sortes prennent à un certain âge (ou à certaines heures : vers le soir? Le fait semble presque général vers 5 heures du soir); mais ce pollen ne peut guère arriver qu'à la face inférieure du gros stigmate macrostyle, où l'on en voit, en effet, souvent des quantités notables. Il est douteux cju'à cet endroit il puisse servir à quelque chose.
§ 4 Conclusions
On constate donc que l'enchaînement de faits qu'on a laissé entrevoir page 254 se trouve vérifié par l'observation. En effet :
I" Les fleurs microstyles sont, ainsi que leur structure le taisait prévoir, plus souvent que les fleurs macrostyles, l'objet de fécondations directes (voir IV et VI); •
2° Bien que les fécondations directes donnent une prépondérance de pieds de la forme même, et que la moindre prépondérance irait s'accentuant rapidement grâce à l'hérédité et à la faculté de multiplication végétative des Primevères, l'équilibre est maintenu dans la répartition des deux formes, qui sont également fréquentes dans les stations naturelles;
3° Cet équilibre est obtenu par l'existence de caractères hétérostyliques secondaires, lesquels rendent les fleurs de la forme macrostyle plus voyantes, par con-
scHjucnt plus attractives, et prov()(]iient ainsi chez les Insectes une tendance à les visiter en premier lieu, ce qui détermine inévitablement un certain nombre de fécondations homomorphes d'où résulterait un excès d'individus macrostyles compensant la prépondérance de pieds microstyles.]
ROUTINES ET PROGRÈS DE LA BOTANIQUE SYSTÉMATIQUE (i)
Messieurs,
Dans une société bien constituée, il y a toujours des conservateurs et des novateurs. Ne nous en plaignons pas. Les deux tendances se complètent l'une l'autre en ce qu'elles ont de légitime et elles se compensent en ce qu'elles peuvent avoir d'excessif. Ce n'est pas seulement chez les politiciens, dans les parlements, qu'elles se retrouvent : elles existent aussi parmi ceux qui s'occupent de science, et notre Société de botanique n'échappe pas à la règle.
Certes, les uns ont raison de protéger les choses anciennes, car elles offrent à tout le moins un intérêt historique. Mais faut-il eii vouloir aux autres s'ils viennent rappeler de temps en temps que parmi les antiquités il y a dès vieilleries, et que parmi les innovations il y a des progrès?
En fait de botanique systématique, il est certaines traditions, encore très tenaces chez nous, que je vous demande la permission de secouer un peu aujourd'hui, comme on secoue les vieux habits, de peur que les mites ne s'y mettent. Après examen, nous nous cotiserons peut-être pour les placer dans un hospice
(i) Lecture faite à la séance du 14 juillet i883 de la Société royale de Botanique de Belgique (t. XXII, p. 207). Reproduit dans la Revue Scientifique du 19 janvier 1S84.
270 (El'VRlCS D1-: HOTANIQli: (GENERALE
d'invalides, DU, si elles nous seni])lent déjà tout à fait fossilisées, nous les déposerons dans (]uel(]ue musée, entre les haches de silex et les squelettes de mammouth.
Parmi les naturalistes, les adeptes de la science pure — anatomistes, physiologistes, gens de laboratoire — sont en général assez portés vers les choses nouvelles, tandis que ceux qui font de la science appliquée — qu'ils soient médecins ou agriculteurs, qu'ils piquent des Coléoptères, (|u"ils sèchent des lichens ou (prils cultivent des Orchidées — sont d'ordinaire attachés aux anciens errements. Ils éprouvent une répugnance étrange à admettre les idées qu'on ne leur a pas inculquées à l'Université ou à l'École. Souvent ils ont puisé leurs notions scientifiques générales dans quelque ouvrage intitulé : « Les trois Règnes de la Nature », ou bien : « Les merveilles de la Science », ou encore : » La Botanique de ma fille », et ce livre très médiocrement fait, mais doré sur tranche, est pour eux l'alpha et l'oméga du savoir humain : ce qui s'y trouve est article de foi, ce cjui y mancpie passe pour hérésie.
Chacun n'a-t-il pas observé vingt lois combien les progrès scientifiques sont lents à vaincre les résistances des praticiens, et faut-il citer des exemples? L'histoire des sciences en foisonne; il n'est pas besoin de remonter bien loin pour en trou\er.
Le plus récent, je pense, nous est fourni par les médecins. La plupart d'entre eux ne semblent pas arriver à comprendre les recherches de Robi:rt Koch sur le Bacillus de la phtisie pulmonaire ; ils n'en saisissent ni la méthode, ni les résultats, ni la portée. Et l'on a pu voir, il }• a peu de mois, par un débat à l'Académie de médecine de Paris, que les travaux de Pasteur, pour être plus anciens, n'en sont pas plus
sainement appréciés par beaucoup de médecins. Est-ce que vraiment les « hommes de l'art » seraient si rarement des hommes de science?
Un autre exemple mémorable et contemporain est celui des lichens, et nous aurons à en parler bientôt.
Dans ce que l'on pourrait appeler l'évolution d'une vérité nouvelle, il y a une période embryonnaire où la vérité est d'abord soupçonnée, puis découverte, et où, par un lent travail de formation, elle reçoit une à une les preuves qui la rendent définitivement viable. Si cette période-là est la plus importante, la plus laborieuse est certainement celle où l'idée nouveau-née sort du cercle étroit des théoriciens pour s'élancer dans le monde à l'assaut des traditions hostiles et pénétrer peu à peu parmi les praticiens et les profanes.
Les traditions ont la vie dure. Il est donc très compréhensible que la classification des végétaux, telle qu'on l'enseigne dans la plupart de nos ouvrages élémentaires, ne réponde plus du tout, en bien des points, à l'état actuel des connaissances scientifiques. En essayant de marquer les progrès accomplis, je n'aurai à vous dire que des choses connues et admises de tous les botanistes de profession. Mais n'est-ce pas précisément lorsqu'une vérité scientifique est en train de devenir banale pour les gens du métier qu'il est temps de la faire passer dans la pratique et de la proclamer dans l'enseignement?
Malgré des différences individuelles, les conservateurs suivent encore, à peu de chose près, le mode de classification d'ANToiNE-LAURENT de Jussieu et d'AuGusTiN-PYRAMUS DE Candolle. Presque tous nos livres d'école et nos flores sont dans ce cas. Le tableau A vous représente les grandes lignes de la classifi-
1"]1 ŒT'VRES DP. ^(^TANIQUE GENERALE
cation que ces ouvrages donnent en général et que vous connaissez tous. En regard, j'ai mis un autre tableau, B : il vous donne les traits principaux de l'arrangement que les botanistes de laboratoire adoptent aujourd'hui.
Comparons entre eux les deux schémas : ce sera le meilleur moyen de saisir les réformes des novateurs. Mais il va de soi que je ne puis songer à les justifier toutes en détail : autant vaudrait écrire un traité complet de botanique.
Un changement nous frappe dès l'abord : Tantique dualisme des Phanérogames et des Cryptogames a disparu. En zoologie, il ne viendrait plus à l'idée de personne d'opposer aux \'ertébrés l'ensemble des Invertébrés comme un embranchement unique. Les Cryptogames ne sont pas moins hétérogènes que les Invertébrés.
Sans doute, les divisions dichotomiques où les groupes se font gentiment pendant, deux à deux, comme des potiches sur une cheminée, plaisent beaucoup à l'esprit par leur allure simple et régulière. Le malheur est qu'elles font le plus souvent violence à la réalité : elles scindent plutôt qu'elles ne classent.
Si nous étudions les êtres vivants en eux-mêmes, objectivement, sans chercher dans leurs affinités un plan logique préconçu, nous voyons qu'ils tiennent les uns aux autres par des ressemblances multiples, inégales, complexes; mais nous ne tardons pas à reconnaître certains groupes bien marcjués. Les Cryptogames classiques comprennent au moins trois de ces groupes. De la sorte, on peut distinguer aujourd'hui dans le règne végétal quatre grands embranchements : les Thallophytes, c'est-à-dire les Algues et les Champignons avec tout ce qui gravite autour d'eux ; les
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Isootacées.
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