‹ Recueil d'opérasChapitre 101 sur 1141 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les Mêmes, M'"" BARNEK, en grand costume , clnipeau à plumes.

jime BA-RIMEK., au fond du théâtre, apercevant sa nièce. Brava ! brava I bravi ! bravo I

LE DUC. Allons! la tante!.... pourvu qu'elle ne nous trahisse pas !

LA COMTESSE. Venez donc , madame la baronne, venez recevoir mes coniplimens. .. saviez-vous que votre nièce eût de pareilles dispositions?...

HENRIETTE , bas au duc en liant. Je croyais avoir mieux que ça.

M""" BARNEK, se rengorgeant. Mais, Dieu merci , madame , c'est assez connu...

LE DUC , à dcmi-ooix. Y pensez-vous ?

M""^ BARNEK. C'est assez connu dans notre famille... c'est moi qui l'ai élevée.

LA COMTESSE. Et pourquoi ne m'en disiez-vous rien ?

M""" BARNEK, aocc embarras. Pourquoi?

LE DUC. Madame la baronne est si modeste I . .

M"^ BARNEK. Oli ! OUI... c'est mon défaut... modeste et surtout timide... c'est ce qui m'a nui... j'avais toujours des peurs quand je chantais...

LA^ COMTESSE. Ail ! VOUS chanticz aussi?

5ime BARNEK, avec volubiUtc. Les Piiilis, avec quelque succès !

HENRIETTE, àpQrl. Voyoz-vousl'amourpropre d'artiste !

LA COMTESSE , étonnée. Vous avez joué ?

LE DUC , rwemenl. En société, dans son cliâteau... madame la baronne est de mon avis... c'est ce qu'on peut faire de mieux à la campagne.

M'"" B.VR\ER. Certainement, monsieur mon neveu , car ici... à la ville... ce n'est pas moi qui voudrais... au contraire... si vous saviez à présent combien je méprise tout cela !...

LE DUC. C'est bien I

M"'" BVRXEK. Parceque notre rang...

notre dignité...

LA COMTESSE. Et le décorum.

M""=BAR\EK. Oui, le décor...

LE DUC, l'interrompant. C'est bien, vous dis-jc... heureusement, voilà le déjeviner, elle ne parlera plus ( donnant la main à Henriette. ) Bonne Henriette , vous m'avez fait une peur. . .

HENRIETTE. Comment , monsieur?

LE DUC. Je veux dire un plaisir.

(lis s'asseyent autour de la table à ibe'; deux domestiques apportent un plateau.)

M™*BARNEK. Voici le journal de la cour qui vient d'arriver.

LA COMTESSE. Notre lecture de tous les matins.

HENRIETTE , à part. En voilà pour une heure... comme c'est amusant.

LA COMTESSE. Yoyons les présentations et les réceptions d'hier... ( Usant. ) << Ont )) eu l'honneur d'être reçus par sa majesté, » le comte et la comtesse de Stolberg , le » baron de Lieven... » {Parlant.) C'est de droit... Yoilà de la haute et véritable noblesse... ( Lisant. ) « La duchesse de Still- » marcher. » (Parlant.) Tenez, continuez, Henriette.

(Elle lui donne le journal.)

HENRIETTE, lisant au bas de la page. Ahl mon Dieu! qu'ai-je vu?

TOUS. Qu'est-ce donc?

HENRIETTE. « Théâtre royal.... notre » nouvel impressario.... le signor Fortu- » natus , a ouvert la saison par un opéra » nouveau. » Fortunatus est ici à Berlin...

LE DUC. Oui , ma chère. . . depuis quatre oii cinq jours...

HENRIETTE , continuant à lire. En effet ! « Il arrive de Vienne , où sa troupe a ob- » tenu le plus grand succès... surtout la )» prima donna, la signora Charlotte, qui » a fait fureur, qui y était adorée. » {Au dur. ) Et vous ne m'en disiez rien , monsieur, vous qui êtes resté trois mois à Vienne ?

LE DUC , ai'ec embarras. J'ai oublié de vous en parler...

LA COMTESSE , à Henriette. Au haut de la page.

HENRIETTE , lisant au JiauC^de ta page, « Le prince Piikler -Mnskau... la niaré- » cliale de Bnkcndoi f. . . ( Bcgcirdant au lias •>■> de la piigc.) La signora Charlotte, prt- » mière chanteuse , et Bénédict premier » ténor... »

LA COMTESSE. Une chanteuse, un ténor?

HENRIETTE, aocc joie. Ce pauvre Bénédict... vous vous le rappelez, ma tante ?

M*"" BARNER. Certainement...

HENRIETTE. Il a été applaudi. .. . on en dit beaucoup de bien... J'étais sure qu'il auraitun jour du talent, delà réputation... qu'il ferait son cjiemin.

LA COMTESSE. Et comment connaissezvous tous ces gens-là , ma chère bellesœur ?

LE DUC. C'est tout simple... Quand nous étions à Munich , madame la baronne et sa nièce allaient tous les soirs au théâtre.

HENRIETTE, aocc malice. C'est vrai...

monsieur le duc nous y a vues souvent.

LE DUC. Une troupe excellente.... des voix admirables.. .

HENRIETTE, souriant. La prima donna surtout... n'est-ce pas, monsieur le duc? {A la comtesse. ) Nous recevions même quelques artistes.

LA COMTESSE. Qu'cntcnds je? des comédiens ?

M'"" BARNEK. Bien malgré moi , je vous jure... c'est ma nièce qui le voulait.

HENRIETTE Eh ! pourquoi pas? des artistesde mérite... valent bien des comtesses qui n'en ont pas...

LE DUC, lui faisant signe. Henriette...

LA COMTESSE. Ahl ma chère, quel lan-

M""' BARNEK. Ah ! ma nièce.... quel propos !

LA COMTESSE. C'est du libéralisme tout pur I

M™" BARNEK , répétant. Certainement ,

c'est du.... comme dit madame tout

pur !..

LE DUC , aç'ec impatience. C'en est trop surce sujet... qu'il n'en soit plus question, de grâce I

UN VALET, annonçant. Un seigneur italien demande à parler à monsieur le duc.

LE DUC. Qu'il entre... qu'il entre'... (à parl)ce\sL du moins fera diversion.

LE VALET , qui a fai^fim signe <i la cantonnade, ranent près du duc. Et voici de la part du roi un message poui- monseigneur.

LE DVC, prêt Cl décaclieter la lettre. Qu estce donc ? {Apercevant Fortunatus qui entre. ) Dieu I Fortunatus I... {Bas à Henriette.)

Je ne veux pas qu'il vous voie avant que je l'aie prévenu.

HENRIETTE , Lcis au duc. Couinic vous voudrez... je m'éloigne... mais pas pour long-temps.

(Elle sort.)

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