LE DUC , FORTUNATUS , LA COM- TESSE, M- BARNEK
FORTUN ATUS , se courbant jusquà terre et saluant le duc. ) Ze zouis le servitor humilissime de monseigneur.
LE DUC, à demi-voix. Pas un mot de ce que vous savez devant ma sœur ou devant d'autres personnes.
FORTUXATUS, saluant les dames et reconnaissant M"'" Barneh. Ah ! mon Dieu I
M""^ B.\R\ER. Bonjour, mon cher Fortunatus , nous parlions de vous tout-àl'heure.
FORTïiNATUS. Elle a mi air de protection aussi étonnant que son costume.
LE DUC. Silence !
M""^ B AUNEK. Parlez , mon cher , que voulez- vous? nous aimons à protéger les arts.
FORTUXATUS, au duc. Ze venais vous supplier, monseigneur, de prendre à mon théâtre une loge per la saison... nous en avons de six et de huit personnes... maze l'engazerai à prendre celle de huit per lui et per sa famille, {regardant M'^^ Bamek) qui tient de la place.
LE DUC. Comme vous voudrez.
FORTUNATUS. JNous avons ce soir oune superbe représentation... la seconde du Sultan Mizapouf , opéra.
LA COMTESSE. Dont nous chantions un air tout-à-l'heure.
LE DUC. C'est bien , cela suffit.
FORTUNATUS , Se courbant. Ze remercie infiniment monseigneur, et ze m'en vas... d'autant que z'ai en bas, dans ma voiture, notre prima dona, la signora Charlotte, qui m'attend... et qui n'est point patiente... (à demi-voix.) vi la connaissez !
LE DUC , vivement. Hâtez-vous alors.
FORTUNATUS. Monseigneur gardera-t-il aussi la petite loge grillée qui donne sur le théâtre, et que les autres années il avait, dit-on, l'habitude de louer?.. C'est souvent très-conunode pour l'incognito.
LE DUC , avec impatience. Je la prends aussi... mais l'on vous attend.
FORTUNATUS. Ze VOUS Ics enverrai toutes les deux pour ce soir... et il est bien entendu que c'est per tous les joius...
L AMBASSADRICE. 17
LE DUC. C'est dit.
l'DUTLNATUS. Excepté per les représentations extraordinaires... et celles à bénéfice— et nous en aurons une procliaineuient... celle de notre premier ténor, le si^nor Bénédict... qui fait dézù ses visites poxu- cela.
LE DUC,5«/25 écouter Fortunalus, a décacheté la dépêche qu'il tenait à la main et y , jette les yeux. Qu'ai-je vu ?
LA COMTESSE. Qu'cst-cc donc ?
LE DUC , apercevant Charlotte qui entre , et serrant le papier. Ah I mon Dieu !
poccooaooBoocoocoaooQoeogaaaoQeaaaeooooftoo o
LE DUC, CHARLOTTE, FORTUNA- TUS, LA COiMTESSE et M™^ RAB- IN EK, assises à droite^ en causant.
CHARLOTTE. A merveille! c'est aimable... et très-gentil!... voilà deux heures, monsieur Fortunatus, que vous me faites attendre dans votre voiture... Moi, un premier sujet !
FORTUNATUS. Signora, mille pardons.
CHARLOTTE. C'est moi qui dois en demander à monsieur le duc, de venir ainsi chercher mon directeur jusque dans cet hôtel.
FORTUNATUS. C'est, z'ose le dire, ma zère enfant, oune inconséquence...
CHARLOTTE. Que j'ai faite exprès, et dont je suis enchantée. {Avec malice.) J'avais un instant d'audience à demander à monseigneur...
LE DUC, troublé, à demi-voix. Ici!...
Charlotte, y pensez-vous?... et Henriette?
CHARLOTTE. N'cst-ce que cela ? je m'adresserai à elle-même pour faire apostiller ma pétition... il me faut mon audience, • monseigneur !
LE DUC. De grâce... prenez garde !..
CHARLOTTE, à part, au duc. A''ous me l'accorderez...
LE DUC, de même, ircs-emharrassc. Oui , Charlotte, oui, mais plus tard.
LA COMTESSE , se levant. Eh ! quelle est donc cette femme?
M""' BARNEK. Ne faites pas attention, madame la comtesse , c'est ime comédienne.
CHARLOTTE, se retournant avec fierté.
Une comédienne !
(Aperce%'ant M™= Bainek en giande pnriire avec une totjuc à plumes, elle part d'un cclat de liic. )
QUINTETTE
CHARLOTTE, riant aux éclats.
Ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! iih :
LE MAGASIN THEATRAL
Qu'a-t-elle donc ?
CHARLOTTE, r/o«/ plus foH et se soutenant h peine. Ah! ah! ah! ah! ah! ah!
Je n'en puis plus ! un fauteuil... ou j'expire!
FORTiiNATUs, lui apportant un fauteuil.
Elle se trouve mal I CHARLOTTE, sc jetant sur le fauteuil et se roulant h force de rire.
Ah ! ah ! ah ! ah !
Je n'ai rien vo de pareil à cela !
TOUS
Et qui donc ainsi vous fait rîre ?
CHARLOTTE, montrant Ifl'"' Barnek, Madame... avec sa toque à plumes!., ah! ah ! ah !
LA COMTESSE
Outrager h ce point madame la baronne !..
CHARLOTTE, riant plus fort.
Baronne !.. ah ! ah !
LE DUC et FORTUNATUS, bas à Charlotte.
Au nom du ciel! vous tairez-vous ?
CHARLOTTE, Se tenant les côtés.
Que madame mêle pardonne!..
Je ne puis pas !
M™e BARNEK.
Redoutez moncourroax!
Insolente !
CHARLOTTE, se levant.
Àh ! vraiment ! madame était moins &ère Lors(ju' autrefois elle jouait LesPhilis!!!
TOUS
LesPhilis!!!
LE DUC et FORTUNATOS, bas o. Charlotte,
Voulez-Yous bien vous taire !..
CHARLOTTE
Les Philis, et les Dugazons... corset !!! ENSEMBLE.
LE DUC, FORTUNATUS Ct M™« BARNEK.
Elle ne peut se taire, Sa langue de vipère Ici nous désespère Et va tout découvrir J Non, non, rien ne l'arrête.
C'est pis qu'une tempête !
N'écoutant que sa tète.
Elle va nous trahir !
CHARLOTTE
Je ne veux pas me taire.
Lorsqu'avec moi, ma chère, On veut faire la fière.
On doit s'en repentir !
Non, non, rien ne m'arrête.
Redoutez la tempête !
Je n'en fais qu'à ma tête Et veux tout découvrir !
LA COMTESSE
Qu'entends-je ? et quel mystère !
O soudaine lumière !
Qui maigre moi m'éclaire Et me fait tressaillir !
De surprise muette Je reste stupéfaite !
{A Charlotte.) Que rien ne vous arrête.
Je veux tout découvrir!
CHARLOTTE
Eh bien ! vous saurez tout, madame la comtesse. [Montrant M'^" Barnek.) La noble dame que voilà Au théâtre a gagné ses quartiers de noblesse !
TOUS
O ciel !
CHARLOTTE
Et comme moi sa séduisante nièce, Avant d'être duchesse, était prima donna!
LA COMTESSE
Vit-on jamais d'affront pareil à celui-là !
[Avec force.) •
Un tel hymen est un outrage...
Nous ne pouvons l'accepter sans rougir ! Le roi doit s'opposer à votre mariage!
Nous l'en supplierons tous...
LE DUC, montrant le papier qu'il tient à la main, 11 vient d'y consentir!
[A M""^ Barnek ) Tenez, portez à votre nièce Cet écrit qui contient sa royale promesse.
[Souriant.) Pour cet hymen je crois qu'il ne manque plus rien !
LA COMTESSE
Que mon consentement...
CHARLOTTE, à demi-voix.
Et peut-être le mien !..
ENSEMBLE
LA COMTESSE
Jamais, jamais ! ce mariage N'aura l'aveu de votre sœur !
Jamais, jamais! d'un tel outrage Je n'oublierai le déshonneur !
LE DUC
Pour nous, ce n'est point un outrage.
Calmez, calmez votre fureur ; J'espère qu'à ce mariage Bientôt consentira ma sœur.
FORTUNATUS et M™<' BURtiZK, montrant la coTitlesse, Voyez!., voyez! quelle est sa rage!
Rien ne saurait fléchir son cœur!
[Montrant Charlotte.) Et c'est pourtant son bavardage Qui vient d'exciter sa fureur !
CHARLOTTE
Voyez ! voyez quelle est leur rage !
Pour moi, j'en ris au fond du cœur!
De tout ce bruit, de ce tapage, C'est pourtant moi qui suis l'auteur LE DUC, h la comtesse.
Cette colère opiniâtre Se calmera...
M™'' BARNEK, s' approchant de la comtesse. Sans doute!
LA COMTESSE, avcc mépris,
Eloignez-voas !
Une baronne de théâtre !
CHARLOTTE, s' approchant de M^" Barnek.
Voyez pourtant ce que c'est q'iedc nous! m"« barnek, avec mépris.
Laissez-moi ! laissez-moi ! redoutez mon courroux.
ENSEMBLE
LA COMTESSE
Jamais, jamais ! ce mariage N'aura l'aveu de votre sœur ; Jamais, jamais! d'un tel outrage Je n'oublierai le déshonneur!
LE DUC
Pour vous ce n'est point un outrage, Calmez, calmez votre fureur ; J'espère qu'à ce mariage Bientôt consentira ma sœur.
FORTUNATUS et M™"= BARNEK, montrant la comtesse. Voyez !.. voyez quelle est sa rage !
Rien ne saurait fléchir son cceur !
[Montrant Charlotte.) Et c'est pourtant son bavardage Qui vient d'exciter sa fureur.
CHARLOTTE
Voyez, voyez quelle est leur rage!.
L AMBASSADRICE
Poormoi, j'en ris au fond du sœnr !
* De tout et; biiiit, ilc ci; tapat^e,
C'est pourtant moi <{ui suis l'autemî
(La comtesse soit par la dioite avec le duc qui cherche ?> ra[)aiser; Foitunatus et Cliailotte vont pour sortir par le fond au moment où paraît Buncuict.)
FOnTLNATUS. Tou viens, iiioii pauvre garçon, pour ton bénéfice?
BÉNÉDiCT. Oui , pour offrir une loge à monseigneur l'ambassadeur. . .
CHAULOTTE, Monseigneur est mal disposé... vous n'aurez pas bon accueil, iBon cher Bcnédict, mais adressez-vous à sa tante, à M""^ la baronne.
BÉXÉDICT, s' approchant. Quoil M°>* Barnek !
M™* BARîVEK , le reconnaissant. Encore un comédien ! mais on ne voit donc que cela aujourd'hui!.. Votre servante , mon dier, je n'ai pas le loisir de vous écouter, et je vous salue.
(Elle sort par la porte h gauche.) CHARLOTTE , montrant M""" Barnek. La tante est étourdissante de majesté !
(Elle sort en riant, avec Fortunatus, par la porte du fond.)
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sgenp: vil
BÉNÉDICT , seul.
Elle n'a pas le loisir de reconnaître ses anciens amis... et sans doute , tous ceux qui demeurent ici seraient comme elle.... Ga m'a fait effet... quand je suis entré dans ce bel hôtel, quand j'ai demandé au suisse : M. l'ambassadeur y est-il? — Oui. Et j'ai hésité, j'ai tremblé de tous mes membres en ajoutant : — Et M"* l'ambassadrice?.. — Elle y est ; mais elle n'est pas visible. — Et ça m' adonné un peu de cœur... et je me suis dit : Je ne crains
rien, je ne la verrai pas! Car si le
malheur avait voulu que je l'eusse rencontrée., je ne sais pas ce que je serais devenu... {Aperceount Henriette.) Ah! mon Dieu ! c'est fait de moi !
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