SCENE VI
I.Es Précédens , SUZANNE , faisant de grandes références et en toilette de province.
LE CHEVALIER. Approchez, madame, approchez ; ne vous fatiguez pas en révérences à la mode du Perche ou du Cotensin ; madame la marquise vous eu dispense.
LA MARQUISE, a Suzanne. IMadame, permettez...
SUZANNE. Avec plaisir, ma cousine.
Elle lui fait deux gros baiseis.
LE CHEVALIER , à la marquise. Vous voyez quelle fait les choses en conscience. SUZANNE, au sénéchal. Mon cousin, permettez...
LE CHEVALIER , VarrCtant. Eli ! non , vous vous trompez, monsieur n'est pas de la famille, que je sache.
LA MARQiiSE.Non, certainement; monsieur est mon voisin, le sénéchal de Falaise, qui veut biea dîner avec nous, pour célébrer votre arrivée.
SUZ\NNE, faisant la révérence au sénéchal. C'est bien honnête de sa part. Bien des pardons, monsieur, j'y allais de bon cœur; et quand on ne connaît pas les personnes...
LE CHEVALIER, V interrompant. Il snfïit.
{Au sénéckid.) Monsieur, je suis charmé... LE SÉNÉCHAL, saluant. Je suis votre serviteur, monsieur.
LA MARQUISE, à Suzanne. Nous tâcherons, madame, de vous bien recevoir et que ce jjays vous plaise.
SUZANNE. Ohl il me plaît beaucoup, ma cousine; c'est beau ici; le jardin est bien tenu. J'ai vu là-bas le potager: ah! peste, quel coup-d'œil I II y a des artichauts qui sont gios comme ma tête; ça fait plaisir à regarder ; tout est en plein rapport : on doit être bien chez vous, et je ne m'y ennuierai point.
LA MARQUISE. Mais la terre que vous habitez n'est-elle point aussi belle?
SUZANNE, hésitant. JMa terre?...
LE CHEVALIER. Sans doute... un séjour enchanteur !
SUZANNE. Ah ! oui, c'est vrai, c'est vrai , un château nmgnifique I... (Jh I je suis une riche héritière, oui ! et monsieur mon pèie m'a laissé un bien assez rondelet, dà ! des champs, des prés, des bois, du gibier, des étangs, des vaches, des lapins et des pigeons qui se font des tendresses toute la
journée. Oh! ça m'amuse bien...(£'//enV.) Ili, hi, hi, hi...
LA MARQUISE, riant, à part. Bon Dieu!
quelle niaise !
LE SÉNÉCHAL, à part. Pauvre innocente qui regarde les pigeons !
LE CHEVALIER, à la marquise. Eh bien ! cj[ue dites-vous de ce naturel champêtre?
LA MARQUISE. Je la trouve charmante.
SUZANNE. Oh! tranquillisez-vous, madame la marquise, votre cousin a fait une bonne aftaire en devenant mon mari. Moi, j'avais peur d'abord en épousant un seigneur de la cour ; je n'avais jamais vu que des voisins de campagne, et dansé qu'avec des garçons du village, qui me faisaient les yeux doux ; ça m'embarrassait de donner le bras à un chevalier ; mais à présent ça va comme vm charme : on s'accoutume à tout. Noussonunes très-gentils dans notre ménage; et il faut que je vous raconte comment le premier jour de la noce...
LE CHEVALIER, L'interrompant. Non, c'est fort inutile. [A la marquise.) Elle est encore tout étourdie du voyage.
SUZANNE. Oh ! c'est vrai 1 mon carrosse m'a fait tourner la tête.
LE CHEVALIER. Oui, uu peu de repos....
LA MARQUISE. Rien de plus naturel.
{Appelant.) Justine 1
LA FEMME DE CHAMBRE, à lajcnêtre du pai'i/lon à gauche. Madame?
LA MARQUISE. A otrc ouvrage est fini?
LA FEMME DE CHAMBRE. Oui, madame.
Elle rentre.
LA MARQUISE, ci Suzanne. "Voici où je vous lope, et je vais vous conduire.
LE CHEVALIER. Point de cérémonie; M. le sénéchal resterait seul; laissez, je vais moi-même.
On entend h droite une cloche.
I.AMARQMSE. Ah I nous sommes déjà seivis?... Je vais ordonner d'attendre.
LE CHEVXLIER. Point du tout; il lui faut deux heures de sonimeil.
SUZANNE, has auclievalier. Mais j'ai une faim terrible, moi.
LE CHEVALIER, has . Nou.
SUZANNE, bas. Comment, non ?
LA MARQUISE, au chevalier. Que ditelle?
LE CHEVALIER. Que sa migraine aug-
lueiîte Ne dérangez donc rien Lu
lioudlon à son réveil, voilà tout ce qu'il fa!)t.
SiZ\N\E, bas. Un bouillon... C{uel régal!
LE CHEVALIER, à Suzanne. Venez, ma bonne amie, donnez-moi le bras, que je vous installe moi-même.
LA DOUBLE LCHELLE
SCEINE VIL
Les pRÉcÉDE^s, lAXAS, in?cc des fleurs.
LICAS, à la viaïqiiisc . Yoici un beau bouquet, madame.
SL'ZAWE, se déloiirnani vile et à paît au chevalier. Ah I mon Dieu I mon mari !
LE CHEVALIER, de même. Ton mari?
SUZANNE. C'est lui-même.
LE CHEVALIER, ùas. Que la peste l'étouffe I
LA MARQUISE, « Lucas. Offrez ces fleuis à ma cousine qui vient d'arriver.
LUCAS, à Suzanne. Regaidez-moi ça, madame, et dites-moi si jamais de plus
belles roses dans toute la Normandie
(^/i//;^y;v//.)Oh!..là, là!