CHANT, ENSEMBLE
LE SÉSÉCHAL et LA MARQllSE.
Mais qu'est-ce donc? et que veut cliie Cet air surpris , cet embarras ?
Tout interdit, il me fait rire.
Expliquez-vous monsieur Lucas.
LE CUEVALIEU , à part.
Sur mon lionneur, il me fait rire.
Le voilà donc, monsieur Lucas? ,
Mais cependant qu'allons nous-dire ?
Quel contre-temps! quel embarras!
sczA>>'E , bas nu cliei-alier.
Je sais, je sais ce qu"il faut dire Pour terminer cet embarras.
Tâchez pourtant de ne pas rire; Ecoutez moi, ne craignez pas.
LUCAS, à part , stupéfait et immobile.
Suis-je éveille? suis-je en délire ?
Cela pourtant ne se peut pas !
Ces beaux habits viennent me dire :
Vous radotez, monsieur Lucas.
SUZANNE, examinant Lucas.
Attendez donc !... cette figure...
Cet air sournois... cette tournure...
Vivement.
Ah! c'est vous , faquin !
On vous trouve enfin !
Vous avez Taudace De me voir enface !
Vous éles ici.
Lorsque mon bailli Est à vous attendre Pour vous faire pendre !...
Nloiivement de Lucas. Taisez-vous , taisez-vous !
Evitez mon couroux.
Au chevalier et h la marquise.
Oui, mon mari, oui, ma cousine,
Etonnement de I^iicns.
C'est un vassal démon cljàleau Qui tour à tour trompe et lutine Toutes les filles du hameau.
Il a quitté sa menagèie, Qui de six mois ne la pas vu ; Il a séduit une bergéie.
Et du pays a disparu !..
Vous avez vu que ma présence L'a mis soudain dans rembarras!...
JMuuvemenl de Lucas.
Oli ! taisez-vous, monsieur Lucas !
Silence! silence! silence!. .
Ah ! c'est vous faquin !
On vous trouve enfin !
Vous avez l'audace De me voir enface!
Vous êtes ici, Lorsque mon bailli, etc.
Li MARQUISE, LE SF..^•ÉCI1AL, LB CBEVALIEC. , riaiil.
Quoi ! des bergerette,
Séducteur Lucas,
Pour conter fleurettes
Vous suivez les pas!
Voyez, voyez son embarras !
Voyez, voyez son embarras !
LUCAS , immobile et à partt
J'en perdrai la tète !
Je n'eu reviens pas!
Sous cette toilette
Madame Lucas!
Non, non , cela ne se peut pas !
Non, non, cela i:e se peut pas!
SUZANNE
Oui , des bergeiettes Il poursuit les pas ; De conter fleurettes Il ne cesse pas.
Voyez , voyez , son embarras !
Voyez , voyez , son embarras !
Le chevalier entre au pavillon à gauche en fuisarit signe a la marquise qu'il va ùientot Lt rejoindre au château. Il emmené Suzanne. La marquise et le sénéchal s'en vont en riant du côté du château. Lucas reste seul dans sa stupéfaction; la nuit arrive peu h peu, et on voit delà lumière à travers la fenêtre du pavillon.
SCEiXE Mil.
LUCAS, seul.
Si je sortais du cabaret, je me dirais c!est naturel, la prunelle de I œil est une menteuse, et faut pas écouter les sottises qu'elle babille; mais, jarni! j'ai pas bu depuis ce matin ; je vas droit mon chemin, je ne radote point !... et je viens de voir là toute la pourtraiture de ma femme, depuis son pied jusqu'au bout de son nez.. . £tstapendant voilà cette pourtraiture avec une belle robe, des falbalas, des engageantes, de la farine blanche à son chignon, et de la farine rouge à ses pommettes!... Et pis la v'ià qui me dit faquin I... mon vassal, mon château... et qui appelle im bel officier mon mari !... Tout ça fait un tintouin dans ma cervelle !.. Morgue ! j'ai été béte ! j'aurais dii lui bailler deux baisers ou deux soufflets, c'est égal, j'aurions .su tout de suite si c'est ma femme ou sa jumelle.