‹ Recueil d'opérasChapitre 1067 sur 1141 · LE CHEVALIER, LE SÉNÉCHAL · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER, LE SÉNÉCHAL

(La nuit est obscure.) LE sÉnÉchal, dans le fond.

Tout dort, j'espère maintenant; Approchons-nous bien doucement.

LE ciiEVALiETi, très-bas. Hein?., queh^ue bruit s'est fait entendre : Voyons, voyons, soyons prudent.

Il Va à tâtons du cote du sénéchal, gui a fait un détour et avance en scène.

LE sé.nÉchal, très-bas.

Elle est sûrement à m'attendre!

Cherchons l'échelle..,

Jl la troui^e sous le balcon.

Eh ! la voici...

Ah ! c'est monsieur Lucas, dont j'ai paye' le zèle , Et qui m'aura rendu ce service d'ami.

le chevalier, revenant.

Non, non, je me trompais, ce n'est rien, Dieu merci! TOUS DEUX , à voix basse, éloignés l'un de l'autre.

LE chevalier.

Mon cœur bat et l'espérance Doucement vient l'agiter ; Tant d'amour, tant de constance, En secret doit la flatter !

Si j'allais de ma gageure Dès ce soir avoir le prix, Quel honneur cette aventure Me ferait dans tout Paris !

LE SÉ>ÉCHAL.

Chaque soir, faisant silence, Quand Ih-haut je vais monter.

Mon cœur bat, et l'espérance Doucement vient l'agiter!

Et j'ai l'air, par aventure, D'un galant des plus hardis, Qui, pendant la nuit obscure.

Vole aux pieds de sa Philis !

Chacun grimpe sur uncôlë différent de l'échelle, et en se rencontrant au bout, ils se heurtent le front. ENSEMBLE.

Oh! la, la!

Qui va là?

LE CHEVALIER

Uu sénéchal à l'escalade !

LE SÉ.MÎCHAL.

Vous voilh donc en promenade?

Enscjuhle, gravement, le chapeau à la vtnin, et sans bouger du haut de l'échelle.

MAGASIN THEATRAL

Bonsoir, monsieur, Et serviteur I J'ai bien Thonneur, Ue tout mon cœur!

La nuit est belle, Le temps est doux, La fleur nouvelle Est près de nous.

Comme on respire Sa douce odeur !

Comme on soupire Avec bonheur !

Bonsoir, monsieur, Et serviteur ! .

J'ai bien Thonneur, Ue tout mon cœur!

Apres un peu de silence.

LE CHEVALIER

Je suis, monsieur, fort amoureux !

LE SENECHAL

En ce cas-là nous sommes deux.

LE CHEVALIER

Je suis épris de ma cousine...

LE sbkÉchal.

C'est la beauté qui me lutine...

LE CHEVALIER

Et vous veniez en séducteur?..

LE sÉnÉCHAL.

Tout comme vous, offrir mon cœur.

LE CHEVALIER

Alors vous connaissez l'usage ?

LE SÉ>ÉCUAL.

Oh ! oui, j'entends un tel langage.

LE CHEVALIER

Fort bien, monsieur , et promptemeut. . .

LE SÉSÉCHAL.

Il faut nous voir flamberge au vent.

LE CHEVALIER

Descendons.

LE sÉnÊCUAL.

Après vous, vous êtes plus ingambe; Il m'a pris tout-à-coup une crampe à la jambe.

LE CHEVALIER, descendant.

Je vous tiendrai l'échelle, attendez...

LE sÉjséchal.

Grand merci !

Ah! que le temps estbeau! bonsoir, mon doux ami. // saute sur le balcon, tire une clef de sa poche, oijure la porte vitrée, et entre chez la marquise. i.E CHEVALIER, à terre et stupéfait. Une clef ! . . comment donc ? . . que veut dire ceci ? Ce sénéchal tendre et timide !..

Ah! vtngeons-nous de la perfide !

Criant et appelant.

Holà ! Picard ! François ! Marton î Holà ! quelqu'un ! hé! la maison !..

SCEr^E XIX.

LE CHEVALIER, LA MARQUISE, et LE SEJNECHAL, en robe de chambre et bonnet de mut sur le balcon à droite ; SU- ZANNE et LUCAS, à l'autre balcon.

LA MARQUISE, LE sÉnÉCHAL, LUCAS et SUZANNE.

Ah ! quel vacarme! quel tapage !

Quel bruit vient donc nous étourdir?

Laissez en paix notre ménage.

Bonsoir, bonsoir, il faut dormir.

LE CHEVALIER

Ah! quel coup-d'œil que celui-ci !

LA MARQUISE

Pour désarmer la médisance, Plus de secret, plus de silence ; Vous me voyez près d'un mari.

LE CHEVALIER, SUrprïS.

Son mari !

LUCAS et SUZANNE, de même.

Son mari, son mari !

SUZANNE

Eh bien ! ma foi, j'en dis de même.

Plus de secret, de stratagème ; Vous me voyez près d'un mari.

LA MARQUISE Cl LE SÉNÉCHAL, SUrpris.

Son mari !

LE CHEVALIER, et LUCAS.

Son mari!

SUZANNE

Mon mari.

Monsieur le chevalier ne m'appelait sa femme Que pour avoir accès au château de madame.

LA MARQUISE et LE SENECHAL, riant.

Ah! le toui- est qfiginal!..

LE CHEVALIER, seniinieutaler/ient.

Bonsoir, tendres époux, quatuor conjugal.

ENSEMBLE

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