CH.ANSON
âans chagrin de l'dvcnir, Mes amis, il faut jouir
Des biens de la vie.
L'ainoiir, le jeu , le bon vin :
Voilà mon joveus reîraiii , Et ma pliilosopliie.
Dis-moi, Thomme vertueux Ici-bas est-il heureux ?
Kis lie sa folie.
L'amour, le jeu, le bou viu :
Voilà mon joyeux refrain , Et ma philosophie.
Laissons les sots et les fous Du ciel craindre le courroux ;
Moi , je le délie !
L'auiour, le jeu , le bon vin ; Voilà mon joyeux refrain.
Kl ma philosophie.
(Se levant.) A ROBis ni£.s BOIS, le grand chasseur ! TOSY , se levant aussi.
Misérable ! Anna avait bien raison de me dire de m'èloigner de toi.
{ 11 fait quelques pas ) mCHAP.D.
Là! là! Camarade, ne te fâche pas, c'est une plaisanterie... Tu me quittes déjà...? c'est pour voir Anna que tu te presses tant. ..Pauvre tille ! tu n'as pas de bonnes nouvelles à lui porter... Ton coup d'essai n'est pas de nature à lui donner beaucoup d'espoir pour demain.
TONY
Demain ! de'ja demain ! Malhei:'-eux que je suis !
r.lCHAnri, lui prenant la main.
.le le l'ai dit, Tony... je veux le servir... Je sui.s ton ami, écoute-moi, et preiuls confiance
en mes paroles. (Mystéricuscnient.) Nous sommes seuls, je vais te révéler des mystères dont lu ne souptjonnes pas l'existence... !l y a plus de choses possibles tpie le vulgaire ne pense , et la nature offre certains secrets... innocents d'ailleurs, mais faits tout exprès pour les chasseurs...
'l'oNY, avec impatience.
Connais-tu les moyens d'assurer mou bras ?
RiniAnn.
Oui...
TO>iV.
De diriger mes coups?
RicnAnn.
Oui.
Ah! s'il était possi'ulc! mais je n'ose te croire.
IHCHAHD.
Courage! tu commences à tb)uler... C'est toujours cela... Prends ma carabine... Ne voistu rien là-haut? Tiens, n'est-ce pas un vautour?... Tire.
TONY, prenant l'arme de lîichard.
Te moques-tu de moi? l'oiseau parait comme un point dans le ciel... il est hors de portée.
RICHARD
Tire toujours, incrédule ! (Tony lève la carabine, le coup part; un énorme vautour traverse le tbéatre et va tomber dans un buisson. ) Diable ! mon camarade , quelle adresse !
TONY
Je n'y comprends rien... ; mes yeux ne m'ont pas guidé , et ton arme est de portée ordinaire.
RICHARD
Eh bien , mon brave ! si les paysans avaient vu cehii-là, ils ne se seraient pas moqués de toi... Tu peux aller voir Anna maintenant; voilà de quoi la rassurer : (11 arracbe une plume du vautour et la met au cbapeau de Tony. ) Voila le présage de la victoire!
TONY
Que fais-tu? que veut dire tout cela? qu'avais-lu mis dans ta carabine?
RICHARD, à voix basse.
Un chasseur intréjjide comme toi a dû entendre parlt-r des balles enchantées.
TOKY.
Enfant, on me berçait île ces contes.
liICUAI\D.
Ce ne sont point des contes: on ne connaît que cela à l'armée... Les balles qui vont chercher leur homme au milieu des plus épais bataillons, crois-tu qu'elles n'aient pas leur destination? Tu as entendu parler de la mort du grand Gustave, percé a Lutzen, malgré sa cuirasse de buffle : c'était une balle enchantée... Tout-à-l'heure enfin, toi-même... avec ces balles, rien d'impossil.)le... Us prendraient demain pour poiiit de mire le clocher de l'abbaye d'Yorck, que tu serais stir de l'atteindre.
ROBIN DES BOIS
TONY, avec hésitation.
lit... tu n'en as plus?
nicriAiii).
Non, c'était la dernière... J'en ai eu juste autant qu'il m'en fallait.
TOSY.
Autant qu'il t'en fallait?
RlCnAHD.
Oui... car c'est précisément cette nuit que je puis m'en procurer d'autres.
Cette nuit !
niCHARD, avec chaleur.
Tony, mon camarade, ton sort dépend de ce moment... Cette nuit, la dernière de celles qui précéderont ton bonheur ou ton malheur... La nature entière semble disposée à te servir.
TONY , après un moment de silence.
Procure-moi une de ces balles.
RICHARD
Volontiers... Trouve-toi, à minuit, dans le. carrefour de la forêt, aux ruines de Saint- Dunstan.
TONY
Aux ruines de Saint-Dunstan !... Non, cet endroit est dangereux... On dit qu'il s'y passe des choses!... Je u"ir;ii point.
RICHARD
Ah! tu veux des balh's enchantées, et tu trembles comme un enfant! Eh bien! soit, camarade... Adieu la place, adieu le mariafje! (Il fait quelques pas vers le fond et revient. ) Ce n est pas à toi seul que ta timidité nuira; ta bienaimée...
TONY
Ah! pourquoi me rappeler mon amour?
RICHARD
Si tu sais te résijjner tranquillement à ton sort, crois-tu qu'elle puisse supporter le résultat de ton obstination, devenir la femme
Anna, l'épouse d'un autre! Je n'hésite plus... Mon ami , mon cher Richard, je m'abandonne à toi.
RICHARD
A minuit , aux ruines de Saint-Dunstan.
TONY
A minuit.
RICHARD
Je t'attends.
TONY
Perdre Anna! Plutôt mourir... Oui... J'irai.
RICHARD
On vient. Silence! ou nous serions perdus.