‹ Recueil d'opérasChapitre 135 sur 1141 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

TCHIN-KAO, PEKI.

TCHIN-KAO, à Peki, qui entre et regarde pur ta croisée du fond. Eli bien! tu ne vois rien ?

PEKI. Non, mon père... voilà bien en face de notre ferme le rocher de granit où. se place d'ordinaire le cheval de bronze... mais il n'y est plus.

TCHIN-KAO. Et là haut... là haut, tune le vois pas revenir?

PEKI. Non, vraiment ! Pauvre prince!

TCHIN-KAO. Et mon gendre !... (Buvant.) je crois bien que c'est fini... et qu'ob n'en aura plus de nouvelles.

PERI. Est-ce terrible, à son âge!... si aimable et si gentil!

TCHIN-KAO. Mon gendre!...

PEKI. Non , le prince !

TCHIN-KAO. C'est sa faute!... Ils sont tous comme ça... l'ambition, le désir de s'élever. .. En attendant , ma fille , il parait que te voilà veuve...

PEKI. Oui, mon père!...

TCHIN-KAO. Ne te désole pas que

veux-tu , mon enfant , nous sommes tous

mortels les mandarins comme les

autres.

PEKI. Oui, mon père...

TCHIN-KAO. Il faut se dire qu'il était bien vieux et bien laid. . .

PEKI. Et quand il a fallu l'épouser...

vous me disiez qu'il était si bien... vous lui ti'ouviez tant de bonnes qualités.

TCHIN-KAO. Il en avait de son vivant... Cette dot qu'il m'avait donnée en t' épousant... toi, ma fille imique... car je n'ai qu'ime fille... et c'est ce qui me désole... j'aurais voulu en avoir une douzaine, tant mes enfans me sont chers...

PEKI. Mon bon père...

TCHIN-KAO. Et tu seras satisfaite , je crois, du nouveau choix que j'ai fait...

PEKI , étonnée. Comment , un nouveau choix !

TCHIN-KAO. Le seignem- Kaout-Chang , un riche fabricant de porcelaine.

PEKI. Qu'est-ce que vous dites là?

TCHIN-KAO. C'est ce soir qu'il doit venir avec quelques amis... ainsi prépare-nous à souper.

PEKI. Biais ça n'a pas de nom... ce n'est pas possible... sans me consulter... le jour nirnit; de îjiott veuvage

LE CHF.VAL

TC!IIN-K\0. Dis donc do tes noces... Ne devais-tu pas te marier aujourd'hui?...

PERI. Sans doute...

TCniN-KAO. Eh bien ! tu te maries toujours... Rienn'est cliangé... que le mari...

PERI. Mais celui-là a soixante-et-dix ans

Tcuiiv-KAO. Je n'aime pas les gendres trop jeunes...

PEKI. Eh bien! moi... je ne pense pas comme vous... j'ai d'autres idées... et si je me marie , si j'épouse quelqu'un , ce sera Yanko...

TCmiv-KAO . Yanko ... un garçon de ferme! qui a tous les défauts...

PEK-l. Lesquels?...

TCHING-KAO. Qui a dix-huit ans... qui n'a rien.

PEiii Je l'aime ainsi... Je suis maîtresse de ma main... je suis veuve...

TCiiïN-KAO. Et moi, je vous ordonne...

PEKI. Je n'ai plus d'ordres à recevoir. . . car, grâce au ciel . je suis libre...

TCiiiN-KAO. Ça n'est pas vraii... et je ferai ton bonheur malgré toi. . . voilà comme je suis... Je vais trouver mon nouveau gendre , pour toucher ta nouvelle dot , et je reviens avec lui... Songe à ce que je t'ai dit, et surtout au souper...

PEKI. Mais, mon père!...

TCniN-KAO fait un geste de colère , et lève la main pour la frapper. Elle s'incline devant lui. A la bonne heiire ! voilà comme je t'aime!...

(Il sort et ferme les rideaux de la croisée du fond.)

ni-: BRONZE.

Page 1