‹ Recueil d'opérasChapitre 166 sur 1141 · DON HENRIQUE, CATARINA · texte numérisé non relu

DON HENRIQUE, CATARINA

DON HENRIQUE

Eh bien ! Senora, vous m'avez promis de me rendre ma liberté ?

CATARINA , souriant.

Et par reconnaissance, je dois tenir ma promesse... Comment te garder ici prisonnier... toi qui nous aides à partir ?

DON HENRIQUE

Oui, je fais là une belle action,. , et grâce àaÉBatout.

„^ moi, mon oncle le ministre aura signé, sans le savoir, une ordonnance...

CATARINA

Ce n'est peut-être pas la première.

DON HENRIQUE

C'est possible!.. Mais enfln, tu as parlé de conditions... Lesquelles mets-tu à mon départ?

CATARINA

Une seule... difficile peut-être à exécuter,

DON HENRIQUE

N'importe!.. Laquelle?

C'est que pendant une année entière, tu te tairas sur ce que tu as vu ou entendu ; que tu n'en parleras à personne!.. (Geste de don Henrique.) Ah! c'est gênant!., c'est fâcheux!., car l'anecdote est piquante et originale... et pour un cavalier qui cause volontiers, et qui même, dit-on, est assez indiscret...

DON HENRIQUE, vivement.

Jamais!..

CATARINA

Enfin, il le faut!..

DON HENRIQUE

Je le jure !

CATARINA

Il y va de ta vie... et de plus, si un jour, par hasard, tu me rencontrais, tu ne me reconnaî* trais pas.

DON HENRIQUE

Voilà, Senora, qui est plus difficile.

CATARINA

Il le faut!..

DON HENRIQUE

Je le jure sur l'honneur!..

CATARINA

C'est bien !.. Seigneur don Henrique de San* doval, vous êtes libre... (A ReboUedo, qui paraît en ce moment.) Que l'on rende à M. le marquis de Santa-Cruz , sa voiture !

Impossible, Senora... perdue et abîmée dans un précipice de cent cinquante pieds!

CATARINA

C'est affreux!..

DON HENRIQUE , riant.

Du tout!.. Je voulais la changer.

CATARINA, à Rebolledo.

Qu'on dispose la mienne... (a don Henrique.) qui te conduira jusqu'à la première poste. (A Rebolledo.) Reviens nous avertir quand elle sera prête! (Rebolledo sort.)

DON HENRIQUE

Sa voiture?.. Eu vérité, Senora, c'est moi qui, maintenant, vais presque te devoir delà reconnaissance... et je voudrais tele prouver en le donnant un bon conseil... mais je n'ose...

CATARINA

Parle!

DON HENRIQUE

Eh bien ! l'état que tu as choisi est certainement fort beau... Il a du vague, de la poésie, et com:ne tel , se permet des licences souvent dangereuses...

CATARINA

C'est son beau côté... Le danger ennoblit

Je le sais bien... Mais, pour loi, j'en aimerais mieux un autre... Fàche-toi, si tu veux.. Malgré moi, je ne peux pas m'empêclier de pren- <lre intérêt à ton sort... quoique...

CATARINA, liant.

Quoique je ne le mérite guère... C'est cela que tu veux dire!..

DON HENRIQUE

Non... non... Mais, vois-tu bien, cela finira mal... Quelque jolie que tu sois, les archers et les nl;:uazils sont peu galans de leur nature... las îlammes de l'inquisition ne respectent rien!

CATAIUNA.

Je le sais.

BON HENRIQUE

Pourquoi alors t'}^ exposer?

CATARINA

Peut-être y suis-je forcée?.. Peut-être un molli' louable...

DON HENRIQUE

Lequel?

CATARINA , souriant.

C'est mon secret.

DON HENRIQUE

C'est juste... Mais si jamais ce secret-là te mène OÙ je le prévois... adresse-toi à moi... au marquis de Santa- Cruz. Peut-être aurai-je encore assez de crédit pour obtenir...

Une injustice?

DON HENRIQUE

Oui, en te sauvant... Mais toi, loi seule... enteiuis-tu bien... car, pour les autres, si je pouvais, au contraire...

CATARINA

M. le Marquis!..

DON HENRIQUE

A commencer par ce ReboUedo.

CATARINA

Mon oncle?..

DON HENRIQUE

'Ion oncle !.. Tu en es bien sûre?

CATARINA

Sans doute.

DON HENRIQUE

Je craignais que ce ne fût mieux que cela... H te surveille d'un œil si inquiet et si jaloux.

CATARINA

Que t'importe?

DON HENRIQUE

Rien... J'aime mieux que ce soit ton oncle.

CATARINA, riant.

Et moi aussi.

Et, dis-moi... Dans la vie indépendante et aventureuse que tu mènes, n'as-tu rien à craindre de ces bandits et de leurs hommages? CATARINA, avec fierté.

ta fille de leur ancien chef!.. Et puis, n'ai-je pas?..

(Elle montre un poignard qu'elle porte à sa ceinture.) ;

DON HENRIQUE

Je vois bien. I

CATARINA

Qu'aucun d'eux n'oserait braver ! '®'

LES DIAMANS DE LA COURONNE

DON HENRIQUE

Aucun?

CATARINA

Sois tranquille!.. Ce n'est pas là que serait le danger !

DON HENRIQUE

Où donc serait-il ?

CATARINA

Tu es bien curieux!

DON HENRIQUE

Non... Mais si belle et si lière... Je voudrais bien savoir si jamais ton cœur a parlé !..

Don Henrique, tu es le premier qui ait osé m'adresser une pareille demande.

DON HENRIQUE

Et tu crains d'y répondre ?

CATARINA

Peut-être !

DON HENRIQUE

Et pourquoi donc?

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