DON HENRIQUE, CATARINA
DON HENRIQUE
Eh bien ! Senora, vous m'avez promis de me rendre ma liberté ?
CATARINA , souriant.
Et par reconnaissance, je dois tenir ma promesse... Comment te garder ici prisonnier... toi qui nous aides à partir ?
DON HENRIQUE
Oui, je fais là une belle action,. , et grâce àaÉBatout.
„^ moi, mon oncle le ministre aura signé, sans le savoir, une ordonnance...
CATARINA
Ce n'est peut-être pas la première.
DON HENRIQUE
C'est possible!.. Mais enfln, tu as parlé de conditions... Lesquelles mets-tu à mon départ?
CATARINA
Une seule... difficile peut-être à exécuter,
DON HENRIQUE
N'importe!.. Laquelle?
C'est que pendant une année entière, tu te tairas sur ce que tu as vu ou entendu ; que tu n'en parleras à personne!.. (Geste de don Henrique.) Ah! c'est gênant!., c'est fâcheux!., car l'anecdote est piquante et originale... et pour un cavalier qui cause volontiers, et qui même, dit-on, est assez indiscret...
DON HENRIQUE, vivement.
Jamais!..
CATARINA
Enfin, il le faut!..
DON HENRIQUE
Je le jure !
CATARINA
Il y va de ta vie... et de plus, si un jour, par hasard, tu me rencontrais, tu ne me reconnaî* trais pas.
DON HENRIQUE
Voilà, Senora, qui est plus difficile.
CATARINA
Il le faut!..
DON HENRIQUE
Je le jure sur l'honneur!..
CATARINA
C'est bien !.. Seigneur don Henrique de San* doval, vous êtes libre... (A ReboUedo, qui paraît en ce moment.) Que l'on rende à M. le marquis de Santa-Cruz , sa voiture !
Impossible, Senora... perdue et abîmée dans un précipice de cent cinquante pieds!
CATARINA
C'est affreux!..
DON HENRIQUE , riant.
Du tout!.. Je voulais la changer.
CATARINA, à Rebolledo.
Qu'on dispose la mienne... (a don Henrique.) qui te conduira jusqu'à la première poste. (A Rebolledo.) Reviens nous avertir quand elle sera prête! (Rebolledo sort.)
DON HENRIQUE
Sa voiture?.. Eu vérité, Senora, c'est moi qui, maintenant, vais presque te devoir delà reconnaissance... et je voudrais tele prouver en le donnant un bon conseil... mais je n'ose...
CATARINA
Parle!
DON HENRIQUE
Eh bien ! l'état que tu as choisi est certainement fort beau... Il a du vague, de la poésie, et com:ne tel , se permet des licences souvent dangereuses...
CATARINA
C'est son beau côté... Le danger ennoblit
Je le sais bien... Mais, pour loi, j'en aimerais mieux un autre... Fàche-toi, si tu veux.. Malgré moi, je ne peux pas m'empêclier de pren- <lre intérêt à ton sort... quoique...
CATARINA, liant.
Quoique je ne le mérite guère... C'est cela que tu veux dire!..
DON HENRIQUE
Non... non... Mais, vois-tu bien, cela finira mal... Quelque jolie que tu sois, les archers et les nl;:uazils sont peu galans de leur nature... las îlammes de l'inquisition ne respectent rien!
CATAIUNA.
Je le sais.
BON HENRIQUE
Pourquoi alors t'}^ exposer?
CATARINA
Peut-être y suis-je forcée?.. Peut-être un molli' louable...
DON HENRIQUE
Lequel?
CATARINA , souriant.
C'est mon secret.
DON HENRIQUE
C'est juste... Mais si jamais ce secret-là te mène OÙ je le prévois... adresse-toi à moi... au marquis de Santa- Cruz. Peut-être aurai-je encore assez de crédit pour obtenir...
Une injustice?
DON HENRIQUE
Oui, en te sauvant... Mais toi, loi seule... enteiuis-tu bien... car, pour les autres, si je pouvais, au contraire...
CATARINA
M. le Marquis!..
DON HENRIQUE
A commencer par ce ReboUedo.
CATARINA
Mon oncle?..
DON HENRIQUE
'Ion oncle !.. Tu en es bien sûre?
CATARINA
Sans doute.
DON HENRIQUE
Je craignais que ce ne fût mieux que cela... H te surveille d'un œil si inquiet et si jaloux.
CATARINA
Que t'importe?
DON HENRIQUE
Rien... J'aime mieux que ce soit ton oncle.
CATARINA, riant.
Et moi aussi.
Et, dis-moi... Dans la vie indépendante et aventureuse que tu mènes, n'as-tu rien à craindre de ces bandits et de leurs hommages? CATARINA, avec fierté.
ta fille de leur ancien chef!.. Et puis, n'ai-je pas?..
(Elle montre un poignard qu'elle porte à sa ceinture.) ;
DON HENRIQUE
Je vois bien. I
CATARINA
Qu'aucun d'eux n'oserait braver ! '®'
LES DIAMANS DE LA COURONNE
DON HENRIQUE
Aucun?
CATARINA
Sois tranquille!.. Ce n'est pas là que serait le danger !
DON HENRIQUE
Où donc serait-il ?
CATARINA
Tu es bien curieux!
DON HENRIQUE
Non... Mais si belle et si lière... Je voudrais bien savoir si jamais ton cœur a parlé !..
Don Henrique, tu es le premier qui ait osé m'adresser une pareille demande.
DON HENRIQUE
Et tu crains d'y répondre ?
CATARINA
Peut-être !
DON HENRIQUE
Et pourquoi donc?