‹ Recueil d'opérasChapitre 223 sur 1141 · I SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

I SCENE PREMIERE

JACINTHE, seule.

Une heure du matin, et don Juliano, mon maître, n'est pas encore rentré. C'est son habitude. Il ne dort jamais que le jour... et je l'aime autant... le service est bien plus agréable et plus facile avec un maître qui ferme toujours les yeux!...

Mais ce soir, avant de partir pour le bal de la cour , cette idée de donner à souper à ses amis la nuit de Noël... quelle conduite I... pour faire réveillon! Moi qui justement ce matin avais eu la même idée avec Gil Ferez, le concierge et l'économe du couvent des Annonciades, et impossible de le décommander à cette heure où tout le monde dort. . . Mais les maîtres ne s'inquiètent de rien, et n'ont aucun égard, le mien surtout... Jésus Maria, quelle tète!... et qu'une gouvernante est à plaindre chez un garçon, quand il est jeune!... Quand il est vieux, c'est autre chose! témoin l'oncle de Juliano, le seigneur Apuntador , chez lequel j'étais avant lui... quelle différence!

S'il est sur terre Un emploi, Selon moi, Qui doive plaire, C est de tenir la maison D'un vieux garçon...

C'est là le vrai paradis.

Là, nos avis A l'instant sont suivis.

Par nos soins dorloté, Il nous doit la satité.

Notre force est sa faiblesse, Et l'on est dame dame et maître?^-" ^ Vieille duègne ou lendion, Si nous voulons Régner sans cesse, Pour cent raisons Choisissons La maison D'oa vieux garçon.

DEUXIEME COtCLET.

Sa gouvernante Est son bien.

Son soutien.

Elle régente.

Il est pour elle indulgent

Et complaisant.

Elle aura chez monseigneur Les clefs de tout et même de son cœur Fidèle de son vivant, Il l'est par son testament, Oîi brille, c'est la coutume, Une tendresse posthume.

Vieille duègne.

Ou tendron, Si nous tenons A notre règne, Pour cent raisons Choisissons La maison D'un vieux garçon.

Mais ici, par malheur, nous n'en sommes pas là, et demain, quand ma nièce Inésille sera avec moi dans cette maison , j'aurai soin de la surveiller, parce qu'une jeunesse qui arrive de sa province , avec des mauvais sujets comme mon maître et ses amis !... Mais voyez donc, ce Gil Ferez s'il avait au moins l'esprit de venir avant tout ce monde, on pourrait s'entendre... ( Allante la fenêtre du fond qu' elle ouvre. ) Je ne vois rien. Si vraiment... en face de ce balcon... au milieu de la rue, on s'est arrêté... Ah! mon Dieu... une grande figure noire... qui lève le bras vers moi... Ah ! j'ai peur ! ( Elle referme vivement la croisée. ) C'est im avertissement du ciel... J'ai toujours eu idée qu'il m'arriverait malheur de souper tête à tête la nuit de Noël avec l'économe d'un couvent... avec tout autre, je ne dis pas... Ah!... l'on frappe!... Dieu soit loué... C'est Gil Ferez... ou mon maître... peu m'importe, pourvu que je ne reste pas seule.

Elle va ouvrir la porte du fond et pousse un cri dt ^-'Tçsuç en voyant apparaître une figure noire.

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